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 A la poursuite du faux AstrabellVoir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
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Baron de Havras
La lance impétueuse



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MessageSujet: A la poursuite du faux Astrabell   Mer 4 Oct 2006 - 23:23

Première partie : Les quatre chevaliers.

Le tournoi du Brigandin venait de s'achever et tous les chevaliers qui y avaient participé et n'étaient pas partis dès la fin des affrontements quittaient les lieux depuis le début de la matinée.
A une lieue de là, deux chevaliers en armes semblaient s'impatienter et trépigner sur leur selle.

"Mais que fait-il à la fin ? Ne pouvons-nous presser le pas ? Ce fourbe d'usurpateur a déjà trois jours d'avance !" déclara Henri de Volvestre, jeune chevalier de Catharie.
- Du calme, mon ami ! Vous n'êtes pas sans savoir que nous ignorons même dans quelle direction il s'en est allé, répondit l'autre chevalier. Celui-ci n'était autre que Théobald de Bastogne, jeune chevalier de la grande famille de Bastogne, l'une des plus glorieuses maisonnées de Bretonnie. C'était lui qui avait remporté le tournoi et, à présent, il se sentait invincible ou proche de l'être. Homme d'une grande fierté, il avait mis un point d'honneur à se joindre à la quête du sire de Volvestre, mais pour l'heure, il se sentait bien, assis sur son destrier dans ce petit bois à l'odeur de noisette.
- De grâce, dépêchez-vous, Arius ! lança le jeune Henri de Volvestre.

Un homme surgit alors en râlant. Il avait passé la nuit à fêter la victoire de Théobald à grand renfort de tonneaux de Bordeleaux et était encore tout courbaturé des suites de sa défaite à la finale de la joute. En passant à côté de ce petit cour d'eau, il avait ressenti le besoin de s'y rafraîchir et, s'il avait pris son temps pour le faire, il trouvait néanmoins l'attitude de son compagnon quelque peu exagérée.
Son nom était Arius de Chort, chevalier originaire de la baronnie de Havras près de l'Anguille et, s'il était venu jusqu'au duché de Gisoreux pour participer à des tournois au nom de son baron, l'opportunité que représentait cette quête lui avait semblé intéressante.

"Nous pouvons continuer sans vous, si vous ne vous sentez pas en bonne humeur ? vous n'aurez qu'à nous rattraper." dit henri de Volvestre.
- Et pourquoi pas accomplir cette quête sans moi pendant que nous y sommes ? rétorqua Arius. Je me sens quelque peu résponsable, après tout, c'est après la défaite que je lui ai infligé que ce félon a pris la fuite.
- Certes, mais cela ne nous dit toujours pas où nous devons nous rendre, déclara une nouvelle fois Théobald.
- Mais, c'est évident, ne trouvez-vous pas ? dit alors Henri. Nous allons à Castagne, dans cette terre de gueux et de faquins toujours prêts à enchaîner les tours pendables et railler les autres lors des tournois en usurpant les identités !

A ces mots, Théobald et Arius écarquillèrent les yeux. Tous deux savaient un certain nombre de choses sur Castagne et notamment qu'elle était une terre proche de la cité perdue de Moussillon, autrement dit un territoire maudit et de surcroît à l'autre bout du royaume, par dela la forêt d'Arden. Jamais ils n'avaient entendu parler d'une coutume de Castagne voulant que l'on usurpe les identités d'autres chevaliers pour se rendre aux tournois et ils ignoraient tout autant comment Henri pouvait bien savoir qu'ils se devaient d'aller en Castagne, mais face à sa détermination et ses certitudes, ils préférèrent ne pas discuter. Ils ignoraient la majeure partie des conditions qui avaient mené Henri de Volvestre, champion des terribles cadets de Catharie, à se rendre au Brigandin car, même durant les beuveries, ce dernier s'était fait peu loquace sur la question.
Henri avait été chargé de la lourde tâche de défaire et de ramener l'homme qui se disait être Astrabell de Pinsaguel en Catharie par son seigneur et la dame Astrabelle elle-même. Cette dernière avait toujours possédé le don de voyance et, puisqu'elle avait révélé à Henri que l'usurpateur était originaire de Castagne, il voyait là toutes les raisons de s'y rendre.

Tandis que Arius remontait en selle, un bruit se fit en entendre dans les fourrés avoisinants, suivi du bruit d'un cheval traversant au trot les eaux d'un ruisseau. Tous trois tirèrent leurs lames et attendirent, prêts à abattre n'importe quelle menace.

"Un cavalier !" chuchotta Théobald.
- En effet, et il est seul, répondit Arius.
- Dans ce cas, nous avons toutes les raisons de penser qu'il s'agit d'un bretonnien, surtout avec toute l'activité chevaleresque qu'il y eut dans la région ces derniers jours, conclut Henri.
Tous approuvèrent cette juste et judicieuse remarque. L'instant suivant, un chevalier d'âge relativement avancé, au port noble et aux traits assez sévères, fit son apparition.
Il s'agissait du très fameux lot d'Orcadie, chevalier réputé dans tout le royaume et qui avait fait grande impression au tournoi du Brigandin. C'était une authentique légende, un chevalier de la Quête sur lequel avait couru de nombreuses rumeurs et sur qui pas moins de quatre chansons de geste avait été composées. Il avait été le tombeur de Henri et avait été lui-même éliminé par Arius, ce qui fit penser à ces deux chevaliers qu'il venait peut-être pour se battre à nouveau avec eux.
Le vieux chevalier fit s'arrêter sa monture à environ trois toises des trois paladins puis leva la main, paume ouverte, en signe de paix.

"Paix ! Vous êtes ceux que je cherchais, nobles seigneurs. J'ai cru comprendre que vous étiez partis en chasse de l'usurpateur qui participa au tournoi sous le nom de Astrabell. J'ai moi-même un léger compte à régler avec lui et je vous saurais gré de m'accepter dans votre expedition."
Les déclarations du chevalier de la Quête stupéfièrent les trois hommes qui ne s'étaient certes pas attendu à cela. Ils avaient pu juger de ses qualités de combattant et il était clair que son épée serait la bienvenue dans leur traversée de la terrifiante forêt d'Arden. Même s'ils ignoraient les griefs qui le liaient à l'usurpateur, ils ne pouvaient se permettre de refuser une telle proposotion et ce fut donc avec joie qu'ils accueillirent le seigneur Lot dans leur troupe.

En vérité, si Lot souhaitait si ardemment se lier à leur troupe, lui le combattant solitaire en Quête du saint calice depuis tant d'années, c'était parce que le soi-disant Astrabell, non content d'usurper l'identité de l'un des plus célèbres chevaliers du Graal de toute la Bretonnie, le fameux El Maestro que même le Roy consultait parfois tant sa science de la tactique était grande, s'était permis de nommer sa monture Agravain. Agravain, comte d'Orcadie, était le propre fils de Lot et il était très clair que l'animal avait été baptisé de la sorte en référence directe à ce seigneur. Le vieux Lot ne pouvait laisser son nom souillé de la sorte mais le fait que d'autres soient également à la poursuite de sa cible lui faciliterait sans nul doute la tâche.
Forte de quatre membres de qualité, la troupe se mit en route. Quittant l'abri du sous-bois, elle fit marche vers l'ancien duché de Moussillon.
Les quatre paladins se mirent d'accord sur l'itinéraire à suivre, il leur fallait aller vite et limiter le nombre de haltes. Il n'était donc pas question de faire un détour vers les terres de Théobald pour trouver refuge et se ravitailler. Dans le meilleur des cas, ils seraient à Castagne en six jours et ils jugèrent avoir suffisamment de provisions pour cela. Leur plan était donc prêt et leur motivation sans faille.
La quête du faux Astrabell venait de débuter.
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Dernière édition par le Mar 7 Nov 2006 - 0:43, édité 1 fois
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Baron de Havras
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MessageSujet: Re: A la poursuite du faux Astrabell   Ven 6 Oct 2006 - 23:38

Seconde partie : La clairière


"Depuis combien de temps sommes-nous partis ?" demanda Arius à Théobald qui chevauchait à ses côtés.
- Nous avons chevauché hier jusqu'à la tombée de la nuit et nous nous sommes remis en route ce matin à l'aube, faites vous-même le compte, dit une voix calme et posée provenant de l'arrière. Cette voix était celle de Lot d'Orcadie, manifestement légèrement lassé par les questions idiotes qu'il avait pu entendre au cours de la dernière heure.
- hmmm, je vois. La nuit est pour bientôt et il va nous falloir établir un camp, n'est-ce pas ? reprit Arius.
- Si seulement nous avions pu un peu plus nous presser... lança alors Henri de Volvestre, désolé de voir qu'ils n'étaient pas encore très enfoncés dans la forêt d'Arden.

L'atmosphère était étrange en ce lieu, la pluie ne tombait pas ici, mais tout l'endroit semblait baigner dans une curieuse lumière bleutée et la brume empêchait de voir à plus de quelques dizaines de mètres. Les chênes n'étaient pas encore trop serrés et permettaient cependant de voir une menace approcher avec suffisamment d'avance pour s'y préparer. Le revers de la médaille étant qu'il était quasiment impossible dans cette partie du bois d'établir un campement à l'abri des regards. Il leur fallait donc presser le pas car seules deux heures les séparaient de la nuit.
La forêt d'Arden était le bois le plus vaste du royaume, un repère de brigands, de malandrins et de créatures démoniaques. Il était très fourni en marais et en lacs et son coeur était impraticable à cheval. De tout temps, elle avait été réputée pour servir de refuge aux monstres et de nombreux paladins et chevaliers de la Quête s'y étaient aventurés dans le but de les affronter. Force était de constater que bien peu, parmi ceux qui étaient allé près du centre, n'en était revenu. La troupe se devait toutefois d'y passer et leur hâte les avait poussé à prendre un ancien chemin de braconniers qui n'étaient alors plus vraiment balisé ni apparent. C'était pourtant là leur seule chance de rattraper le faux Astrabell et ils comptaient bien la tenter quel que fut le danger.

La compagnie de héros trouva enfin un endroit propice à une installation après encore une heure de déplacement.
Les lieux se trouvaient près d'un petit ruisseau dans une clairière suffisamment renfoncée pour empêcher à toute personne ou troupe provenant de l'Est ou du Sud Est de voir leur campement. Un examen rapide de la clairière ne révéla rien d'hostile et il était évident qu'ils ne trouveraient jamais de meilleure place dans le temps qu'il leur restait avant l'obscurité totale.
Henri et Théobald partirent collecter du bois pendant que leurs camarades dressaient un campement digne de ce nom. Après leur retour, Lot se chargea du feu puis vint le moment repas. Chacun prit place autour des flammes rougeoyantes qui, en ce lieu dépouillé, semblaient plus chaleureuses que n'importe quelle cheminée. Henri s'assis à même le sol qu'il recouvrit simplement d'une couverture pour ne pas se trouver couvert de feuilles mortes, Arius s'avachit totalement par terre alors que Théobald prenait place face à eux sur un tronc d'arbre renversé où se tenait déjà Lot, appuyé sur son épée. Sans plus attendre, ils débouchèrent l'une des nombreuses gourdes qui faisaient partie du chargement du sire de Chort et se pourvurent de lard et de viande sechée.
Bientôt, la conversation débuta, rompant la monotonie du son de l'eau qui s'écoulait.

"Nous aurions pu aller plus vite si vous n'aviez décidé de vous arrêter pour faire ripaille dans la journée, se désola Henri. Enfin, mes amis, nous ne sommes pas allé trop lentement non plus, seulement pas aussi prestement que je l'aurais souhaité. Je ne doute pas que nous irons grand train dès demain !"
Arius s'empara d'un morceau de lard et mordit dedans avec véhémence pour finalement en arracher un enorme bout qu'il mastiqua bruyamment.
- Vous autres cadets de Catharie êtes trop impatients, dit-il, la bouche entièrement occupée par son repas tandis qu'il agitait son bout de lard comme pour mimer l'empressement des jeunes cathariens. Nous finirons bien par le rattraper. Pensez-vous sérieusement que ce déchet puisse tenir une telle cadence?
- Nous n'avons nullement reparlé de notre destination, se permit de signaler Théobald, mais sommes-nous sûr que Castagne ait un lien avec cet usurpateur ? Je veux dire, est-ce que le seigneur de Castagne aurait pu être informé du méfait ou même en être l'instigateur ?
- J'en doute, dit Lot, serrant toujours sa longue épée.
Tous se tournèrent vers lui, espérant connaître le fond de sa pensée mais jamais celui-ci ne vint s'exprimer plus avant durant ce diner.

Les discussions se reportèrent ainsi très vite sur des sujets plus légers car les guerriers n'avaient pour le moment pas le coeur assombri par leur aventure et leur humeur était parfaitement joyeuse. Bien vite, leurs rires résonnèrent dans toute la clairière, intimidant un hibou qui dû attendre leur sommeil pour répondre à ses congénères que l'on pouvait entendre dialoguer dans les profondeurs des bois.

"N'êtes-vous pas triste d'abandonner ainsi la pauvre fille du Baron de Corneblais, Théobald ?" demanda Arius sur le ton de la plaisanterie.
- Mais, je n'ai jamais voulu... répondit le chevalier de Bastogne, quelque peu déconcerté.
- Il est vrai qu'elle devenait bien envahissante, remarqua Henri. Sans doute auriez-vous fini marié avant la fin de l'année ! ha ha ha!
- Certes et toutes ses cousines vous auraient maudit pour leur avoir préféré la fille du baron Hector, renchérit Arius.
- Je vous en prie, gentils seigneurs, ne vous moquez pas, je vous assure que je n'ai rien fait pour...
- Dans le fond, peut-être auriez-vous dû prendre l'étoffe de chacune pour en garnir votre lance au tournoi. Cela vous aurait épargné bien des soucis à venir, se moqua Henri de Volvestre.
- Et il m'aurait été sans conteste plus facile d'éviter une lance alourdie par tant de linges, ajouta Arius, hilare.
Les chevaliers de Havras et de Catharie ne pouvaient plus se retenir et riaient comme des déments tandis que Lot tentait de rester digne et de conserver son sérieux, se mordant les lèvres pour ne pas en ajouter.
Théobald était pour sa part quelque peu gêné d'être le sujet de toutes les attentions, mais participait de bon coeur au jeu.
- Peut-être devrais-je retourner sur place et faire noce avec toutes, dit le jeune chevalier en faisant mine de considérer sérieusement l'option.
- N'y pensez pas, jeune Théobald ! Nous avons trop besoin de vous à nos côtés ! répondit Arius en prenant un air faussement sérieux.
- Pour mon terrible jeu de lance ? demanda Théobald, ne s'attendant pas à une réponse positive.
- L'idée m'était venue que vous pourriez utiliser vos charmes pour séduire les femelles peaux-vertes si leur nombre devait s'avérer trop important pour nos épées pour dire vrai, conclut Arius, à deux doigts de s'étouffer.
- Et sans doute votre "jeu de lance" pourrait-il s'avérer ennuyeux en ce cas s'il venait à donner naissance à quelques demi-orques, dit Lot qui était resté tranquille jusqu'alors. Tous restèrent stupéfaits de le voir participer à la discussion et rirent de bon coeur à sa boutade.
Ainsi s'écoula leur seconde nuit d'aventure, dans la joie et sans problème. Tour à tour, ils s'endomirent. Lot d'Orcadie resta éveillé une bonne partie de la nuit à observer le feu en se remémorant d'anciennes quêtes mais finit par s'accorder un peu de repos lorsque les dernières braises vinrent à s'éteindre.

Au petit matin, Henri se leva et constata que ses acolytes étaient encore assoupis. Ne souhaitant pas les déranger de si bon matin, il alla se laver le visage au cour d'eau. Les mains encore sur la figure, il aperçut quelque chose en regardant à travers ses doigts et se figea sous l'effet de la surprise. Ce qui semblait être le voile d'une damoiselle, encore blanc et relativement propre, passa sous ses yeux, suivant le fil de l'eau. Reprenant ses esprits en une fraction de seconde, le sieur de Volvestre se précipita auprès de ses camarades.
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MessageSujet: Re: A la poursuite du faux Astrabell   Sam 7 Oct 2006 - 20:38

Tierce partie : Le sang des lâches.


Henri fit part de sa découverte à ses camarades qui, mal réveillés, eurent bien du mal à comprendre son récit. Après quelques minutes d’explications, ils se mirent d’accord pour remonter le cours d’eau en vue de trouver trace de cette damoiselle. Ils s’équipèrent et harnachèrent leurs montures. Arius s’empara de son heaume, tira son épée pour en tâter le fil et la rengaina. Théobald se mit en selle et empoigna sa lance, prêt à transpercer n’importe quel danger. Lot, armé d’une pierre à affûter, prépara son arme au combat. Il était prêt à pourfendre un troll s’il l’avait fallu. Henri de Volvestre, de son côté, se coiffa de son heaume enchanté et serra fermement son écu magique. Ainsi protégé, il était en mesure de repousser un cataclysme.
Tous les quatre étaient parés au combat et partirent en direction des profondeurs boisées sans hésitation.
Le matin débutait à peine et l’air était encore frais et humidifié par la rosée. Le sol, couvert de mousse et de feuilles tombées était difficilement praticable, même pour de puissants destriers bretonniens, cependant, le plus grand obstacle à leur progression était l’épaisse brume qui, à cette heure, donnait plus encore qu’à l’accoutumée un aspect éthéré à la forêt d’Arden.

« Mais, que ferait une damoiselle dans ces bois ? » s’interrogea Théobald.
- Il eut été étonnant que votre première préoccupation aille à la menace que nous sommes sur le point de rencontrer plutôt qu’à la damoiselle en détresse, remarqua Henri pour tenter de détendre l’atmosphère.
- J’ignore ce qui nous attend, mais je ne pense pas que des orques ou des hommes-bêtes osent encore se manifester si peu profondément dans les bois, mes amis, déclara solennellement Lot d’Orcadie.
- Il est vrai que la grande invasion a été repoussée l’an passé et qu’il n’est pas de très bon ton de se montrer à découvert lorsque l’on est une créature du malin à présent, finit de dire Arius.

Mais il n’en demeurait pas moins que les quatre combattants ignoraient tout de ce qui les attendait et l’appréhension était grande à présent pour chacun d’eux. Nulle peur n’habitait leur cœur car ils étaient tous certains de leur bras mais également, pour s’être affrontés au Brigandin, de celui de chaque membre du groupe. Cependant, l’incertitude rongeait leur esprit et ils se demandaient quel danger se mettrait en travers de leur route.
Ils continuèrent ainsi leur chemin dans le calme pendant une bonne heure. A chaque pas, dans leur poitrine se serrait leur cœur et ils se faisaient plus mornes et silencieux.
Le cours d’eau était plus long qu’ils ne l’auraient cru mais aucune trace de damoiselle ni d’un quelconque ennemi n’était visible.

« Loin de moi l’idée de mettre en doute vos propos, Henri, mais êtes-vous certain de ne pas avoir été mystifié ? se décida à demander Arius, relevant sa visière pour l’occasion. Sans doute ce voile n’était-il qu’une illusion ou que sais-je encore. »
- Je doute qu’une damoiselle et son escorte soit venue ici, à dire vrai, ajouta Théobald.
- Vous avez tort, déclara Lot. Même si ce morceau de tissu ne provenait pas d’une damoiselle, soyez sûr qu’il s’agit là d’un message de la Dame !
Henri Acquiesça et les deux autres restèrent muets à cette pensée. Toutefois, ils s’étaient beaucoup éloignés de la piste qu’ils suivaient et s’ils décidaient de poursuivre dans cette voie apparemment sans issue, il se pourrait qu’ils ne retrouvent jamais leur route. A cet endroit, le ruisseau se faisait plus large et violent et les eaux sonores couvraient les bruits de la forêt, limitant leur perception et les rendant vulnérable à un danger, ce dont ils étaient tous parfaitement conscients. D’un commun accord, après moult discussions, ils se décidèrent à rebrousser chemin. Tandis qu’ils s’apprêtaient à amorcer leur retour, un cri de femme retentit. Tous se dressèrent sur leur selle et scrutèrent les alentours, incapables de s’accorder sur le lieu d’origine du cri.
Un second hurlement retentit et sonna comme un avertissement. « Fuyez ! » leur sembla-t-il entendre, mais loin de s’exécuter, ils se décidèrent enfin à aller de l’avant, traversant en grand bruit les flots tumultueux. Il leur avait semblé, cette fois, avoir repéré l’origine de la voix et étaient bien déterminés à porter secours à cette demoiselle en péril. Alors qu’ils s’éloignaient du cours d’eau, la quiétude du bois s’imposa à eux. Finalement, ils débouchèrent dans une sorte de clairière ou, du moins, un endroit ou les arbres étaient plus éparses. Il ne restait aucune trace de campement ou d’installation, nulle trace d’un feu ni même d’empreintes.
Rien, il ne restait aucune trace d’une dame ou de quelque agresseur, pourtant, quelque chose attira l’attention du seigneur de Chort qui mit pied à terre. Il s’agissait d’un ruban, à moitié enfouie sous un tas de feuilles dont le chevalier de Havras s’empara aussitôt pour l’examiner.
Soudain, des sifflements et des hululements se firent entendre tout autour. Inquiets, les quatre paladins tirèrent leurs lames et se tinrent prêts à défendre leur peau. Ils se savaient encerclés mais conservèrent leur sang froid, sachant que la clef de la survie dépendait en premier lieu du courage et de la détermination.
Plusieurs flèches traversèrent l’air, manifestement tirées de plusieurs directions différentes, mais il était trop tard pour se mettre à couvert. L’une d’elles ricocha sur le heaume enchanté du champion des cadets de Catharie et, sans attendre, Lot partit au galop vers les assaillants. Un autre trait passa et celui-ci se ficha dans l’épaule de Arius qui mit genou à terre sous l’effet de la douleur.
Des gueux enchaperonnés sortirent alors des fourrés et se jetèrent sur les trois bretonniens encore présents dans la clairière. Plus loin, Lot arrivait enfin au premier archer qui n’eut pas le temps de recommander son âme à Morr avant que sa tête ne se décroche de ses épaules. Tel était le sort que l’on réservait aux traîtres en Orcadie.

Les flèches fusaient en tous sens et des guerriers semblaient surgir de tous côtés. Certains étaient vêtus à la mode bretonnienne tandis que d’autres étaient clairement impériaux à en juger par leur tenue. Leur équipement, lui aussi était des plus disparates et allait de l’épée à la fourche en passant par la dague à rouelles ou la fronde. Leur nombre était impossible à déterminer mais allait croissant.
Théobald, dont le destrier était encerclé par ces rustres frappait comme un dément à dextre et à senestre, taillant dans l’os et la chair sans pour autant parvenir à interrompre le flot d’assaillants et l’ardeur de ces derniers.
« Maudits laquais, tremblez devant la fureur de Bastogne ! » déclara-t-il en signe de défi mais rien n’y fit. Les ennemis se faisaient toujours plus nombreux et déterminés.
L’un d’entre eux tomba, crispé par la douleur, son poignet tranché, un autre, s’enfuit, l’œil crevé.

La grande croisade contre le chaos avait permis à certains roturiers de tenter des jacqueries ici ou là dans le royaume déserté par une grande partie de la noblesse et de nombreuses soudées de mercenaires étaient à présent inemployées. Il paraissait plus qu’évident désormais que la conjonction de ces deux facteurs avait rendue les bois du royaume encore plus dangereux à traverser et que des troupes de différents horizons se livraient désormais au détroussement des convois.

De son côté, Henri de Volvestre luttait pour rester en selle. Des gueux arrivaient de tous côtés et s’accrochaient à son tabard et au caparaçon de sa monture pour le jeter à terre. Empoignant son épée, il sabra la mâchoire de l’un des combattants qui tomba inanimé. Son épée était celle du champion des cadets de Catharie et n’avait rien d’une lame ordinaire. C’était avec cette arme que tant de combats avaient été remportés dans le Sud et avec elle également que le jeune Aymeric avait triomphé au tournoi de Marie de Bastogne, son tranchant incomparable était plus acéré que celui de n’importe quelle arme commune et le sire de Volvestre en fit la démonstration en transperçant le crâne pourtant coiffé d’une barbute de l’un de ses opposants.
Arius se redressa alors et poussa un terrifiant cri de fureur. Il se rua sur un groupe de gueux qui venait pour l’achever et se débarrassa des deux premiers sans difficulté. Continuant sur sa lancée, il souleva d’un coup d’épaule et fit rouler par-dessus lui un autre guerrier qui se brisa la nuque dans la chute. S’emparant du marteau de guerre de son défunt ennemi, il partit à l’assaut et débuta son œuvre de mort. Arius était le plus habile de tous au combat et fit une véritable démonstration de son talent aux malheureux brigands qui voulaient l’attaquer, se faisant tous mettre en pièce à coups de marteau et d’épée.
Pendant ce temps, Théobald, juché sur un destrier au caparaçon hérissé de flèches, était parvenu à se dégager de la masse et galopait à la poursuite d’un groupe qui avait pjugé bon de prendre la fuite devant lui.
Un culvert boiteux fut le premier à recevoir son juste paiement pour s’en être pris à de si vaillants seigneurs, bientôt suivi par l’un de ses camarades qui, probablement mal nourri, ne courait pas assez vite.
« Pour la Dame ! » cria hardiment le chevalier en fracassant le crâne d’un autre, tandis que les autres qui s’étaient dispersés, prenaient la fuite pour de bon. Toutefois, à présent isolé, il lui fallait revenir de toute urgence sur ses pas pour prêter main forte à ses camarades et éviter de tomber dans une embuscade de contre-attaque.

Au centre de la petite clairière où se tenaient les combats, les flèches ne sifflaient plus. Henri de Volvestre, trop bien protégé pour de simples humains, gagnait de plus en plus de terrain et le doute assaillit les vils combattants. L’un d’entre eux, encore plus couard que les autres, saisit le pistolet qu’il gardait à la ceinture et tira sur le jeune Catharien. L’étincelle produite par le projectile détourné par le heaume magique finit de les convaincre d’abandonner le combat. Considérant que leurs adversaires étaient certainement invincibles, ils prirent la fuite, rencontrant au passage un grand chevalier de la Quête à la gigantesque lame maculée de sang qui se déplaçait en trottant fièrement. Leur piège avait échoué de la pire manière. Ils avaient perdu quinze hommes sur une troupe de trente quatre et aucun des chevaliers n’était tombé. Pire encore, aucun de ceux qui avaient participé à l’attaque n’en étaient sorti indemne et toute cette piteuse armée était à présent constituée d’éclopés.

D’une position éloignée, Fernand, le chef de la troupe de renégats, observait la scène. Lui-même était bretonnien et avait longtemps été prévôt d’un important seigneur de Bastogne et il savait avec certitude que ces chevaliers ne lâcheraient pas leur trace s’ils découvraient que deux jeunes femmes étaient leurs prisonnières. Il fit un signe de tête à son lieutenant et tous deux partirent à cheval vers leur repère situé plus profondément dans les bois.

Au coeur de la clairière, Lot et les autres comptaient les morts. Ils savaient qu'une damoiselle était troujours retenue mais n'avaient que peu d'éléments pour la retrouver sans compter que leur quête ens erait ralentie. L'heure était donc au choix et pour Arius, aux soins.
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MessageSujet: Re: A la poursuite du faux Astrabell   Dim 8 Oct 2006 - 15:03

Quarte partie : la menace lointaine

La soirée précédente, au Nord du duché de Bastogne...

Une troupe de chevaliers passa dans la nuit. Elle fit grand bruit en traversant le gué de Saint Givrain, tandis que des éclaboussures d’eau volaient en tous sens et que le cliquetis des pièces d’équipement se faisait plus prononcé. Le groupe allait bon train, manifestement guidé par une ardeur qui en disait long. Une bataille approchait, cela ne faisait aucun doute et ces chevaliers étaient plus qu’impatients d’enfin pouvoir se battre. Guillaume, jeune chevalier Bastognais se tenait parmi eux, galopant fièrement pour tenter de tuer son angoisse. Il avait beau tenter de garder la tête vide, des pensées malsaines, visions de sa propre mort ou bien encore de lui agonisant dans une marre de boue, lui revenaient sans cesse à l’esprit. Agé de dix-huit printemps, il avait déjà eu la chance de participer à quelques batailles pour son seigneur le baron Eudes de Belavers, fidèle parmi les fidèles du duc de Bastogne et combattant réputé, cependant, cette fois était différente. La première bataille qu’il avait eu à livrer concernait une histoire de rapt d’une demoiselle et n’avait impliqué que des bretonniens. Ce jour-là, la Dame avait donné raison au bon Frédegar, le banneret qui s’était vu voler sa promise et le château du félon était tombé en moins d’une journée. Sa seconde bataille l’avait confronté à de vils orques mais n’avait impliquée, en tout et pour tout, qu’une centaine d’hommes. Les rares affrontements auxquels il avait pris part dès lors s’apparentaient plus à des escarmouches face à d’ignobles gobelins qui avaient passé leur temps à fuir devant le courroux des serviteurs de la Dame. A bien y penser, cela serait sa première grande bataille et cette pensée le mettait mal à l’aise.
Arrivés en haut d’une butte, les chevaliers firent halte. Le reste de L’ost était déjà là et se mettait en ordre de bataille. La troupe vint se placer sur le flanc de l’armée, non loin des chevaliers du royaume tandis que des gueux se rangeaient en grand bruit à leurs côtés. Robert, le noble champion qui menait leur groupe fit un signe de la tête en direction de l’unité du baron, ce à quoi le capitaine des chevaliers d’élite qui entouraient le seigneur de l’armée répondit par un hochement de tête bienveillant.
Le jeune Guillaume sentait son cœur battre. Il n’ignorait pas pourquoi ils étaient là, si près du domaine maudit de Moussillon et le simple fait de penser à ce qu’ils risquaient d’affronter sous peu lui glaça le sang et manqua de faire mourir en lui toute envie de combattre. Cela faisait près d’une semaine que des rumeurs persistantes sur la présence en Bastogne d’une armée de morts en provenance du domaine maudit se faisaient entendre. Fidèle vassal du seigneur de Bastogne, Eudes avait été envoyé pour en arrêter la progression avec toutes les forces à sa disposition, car Bohémond était bien informé et avait pris la mesure de ce qu’ils auraient à affronter.

Le jeune chevalier, pour tuer sa peur, scruta le reste de l’armée aux côtés de laquelle il allait batailler. Deux formations de chevaliers, pour la plupart chevaliers du royaume, composaient le fer de lance de l’armée. Guillaume était parmi eux et savait leur rôle essentiel. A se droite se trouvait une troupe d’une cinquantaine de gueux armés de hallebarde. A sa gauche, à côté des chevaliers du royaume se trouvait une formation de quinze archers et encore au-delà était le baron au milieu de ses chevaliers d’élite. Plus loin encore se trouvaient une nouvelle flopée d’une quarantaine d’archers derrière lesquels figuraient encore soixante hallebardiers et une bonne trentaine de vougiers artenois. Au total, plus de deux centaines d’hommes étaient présentes.

Son regard revint alors sur la troupe de chevaliers voisine. Il ne l’avait pas vue jusqu’alors mais parmi eux figurait la belle damoiselle Brunehaut dont la longue chevelure blonde et la robe de couleur vive tranchait au milieu de cette nuit sans étoile. Il avait déjà eu l’occasion de la rencontrer au détour d’un couloir et était resté sans voix devant la beauté de ses traits, la force et la grâce qui se dégageaient d’elle. Quel âge pouvait-elle bien avoir ? Elle ne paraissait guère plus âgée que lui, et pourtant… les damoiselles du Graal avaient-elles vraiment l’âge qu’elles semblaient avoir ?
Toutes ces questions traversèrent son esprit et lui firent oublier la bataille l’espace d’un instant… cependant, les événements étaient bien amorcés et la dure réalité du combat approchant s’imposa vite à lui.

Des éclairs apparurent dans le ciel lointain sans qu’aucun bruit de tonnerre ni qu’aucune goutte de pluie ne parvienne sur le champ de bataille. Le jeune Guillaume sentit son cœur battre de plus en plus violemment comme s’il avait été sur le point d’exploser dans sa poitrine, lorsqu’un vieil homme vêtu de noir apparut, seul, sur la colline qui faisait face à l’armée bretonnienne. Il semblait s’époumoner dans quelque langue étrange en gesticulant et en levant son bâton d’un air menaçant.
Il pointa ce dernier en direction de l’armée chevaleresque et un étrange malaise parcouru ses rangs.

« Je déteste les morts-vivants. Cela revient à affronter des pantins fais de chair putréfiée. Il n’y a aucun chevalier à affronter et à capturer, aucune rançon à retirer des vaincus et l’odeur est plus insupportable que celle d’une porcherie. Ce n’est pas ce que j’appelle une bataille » déclara un chevalier tout proche avant d’abaisser sa visière.
Les roturiers tremblaient et semblaient défaillir, certains ne souhaitaient plus pour l’heure que retourner dans leur champ cultiver la terre, fut-ce pour en donner tout le fruit à un noble seigneur et l’idée qu’il était encore possible de quitter discrètement le champ de bataille rencontra un grand succès dans leurs rangs.
Les chevaliers pour leur part tentaient d’apaiser leurs montures qui hennissaient et voulaient se dérober. Robert quitta le groupe et chevaucha devant la masse grouillante de culverts. Sa présence seule suffit à rediscipliner les manants craignant le courroux d’un noble seigneur plus que d’affronter un vieil homme étrange.

Très vite, l’armée bretonnienne était prête au combat et n’attendait plus qu’un ennemi à affronter, chose qui ne tarda pas à venir. La colline sur laquelle gesticulait toujours le nécromancien se noircit bientôt de centaines de formes titubantes et gémissantes qui avançaient inexorablement vers l’ost de Frédegar alors que d’autres formes apparaissaient par vagues successives. La colline semblait cracher à l’infinie des milliers de créatures mortes qui marchaient et marchaient toujours, mues par la volonté d’un homme et la haine de tout ce qui vit.

« Impossible ! Un seul nécromancien ne peut être responsable d’une telle marée morte, ils sont dix fois notre nombre ! » Cracha le seigneur Frédegar.
- Monseigneur, quels sont vos ordres ? Questionna le champion des chevaliers de sa maisonnée.
- Lancez l’attaque, répondit froidement le général.

Le jeune Guillaume n’avait plus le temps de s’interroger sur le sens de la vie et ses raisons d’être ici, il était né noble et avait été fait chevalier errant il y a quelques temps de cela et, si cette condition lui déplaisait pour la première fois de sa vie, il était trop tard pour songer à quoique ce fut d’autre que charger. Les deux groupes de chevaliers du flanc s’élancèrent vers l’ennemi comme un seul homme. Alors qu’ils approchaient de plus en plus près de l’ennemi et que l’épouvantable odeur était de plus en plus prononcée, ils dévièrent de leur trajectoire et semblèrent s’éloigner de la marée d’ennemis qui marchait toujours à leur rencontre. Une fois éloignés de la troupe ennemie, ils changèrent une nouvelle fois de direction et revinrent sur elle par le flanc. Ils accélérèrent et changèrent de formation, se mettant en colonnes parallèles à la manière habituelle des chevaliers de Bretonnie. Ils pénétrèrent dans les rangs de zombies avec une facilité déconcertante, transperçant, percutant et tranchant en tous sens. Têtes et membres putréfiés volèrent. Les morts n’opposaient pas de résistance et les chevaliers se retrouvèrent vite très profondément enfoncés dans la formation des morts-vivants.
C’était le moment qu’attendaient les piétons pour se mettre en marche à leur tour. Le brave seigneur Frédegar chargea à son tour avec ses chevaliers, espérant que la brèche réalisée par les jeunes chevaliers suffirait à lui créer une ouverture directe vers le nécromancien.

La bataille s’engagea sur tous les fronts. Des hommes tombèrent de tous côtés, mordus, griffés, déchirés alors que les morts se faisaient faucher et découper. Cependant, leur nombre seul suffisait à faire pencher la balance en leur faveur. Après plusieurs minutes de combats, la situation avait tourné de manière évidente en faveur de l’armée des morts.
Au centre, les choses allaient au plus mal. Les vougiers artenois commençaient à flancher, leurs effectifs ayant été sérieusement entamés, alors que roturiers et chevaliers tombaient indifféremment sous les coups d’épées rouillées. Les visions offertes par ce spectacle étaient cauchemardesques. Guillaume, qui se battait toujours comme un fou mais à présent à pieds, ressentait une fatigue grandissante, luttant pour garder l’équilibre au cœur de ce talus formé par les corps. Une main lui saisit la jambe. Surpris et pris de panique comme un animal piégé, il se tourna pour voir une aberration morte vivante lui serrer le mollet et soupirant. La chose n’était plus qu’un tronc d’homme à demi putréfié dont l’un des yeux était crevé et l’autre, vitreux n’exprimait aucune émotion. Le jeune Guillaume s’arrêta de bouger un instant, interdit devant la figure de ce malheureux qui avait été tiré de sa tombe par l’impie pendant que la créature, toujours solidement accrochée tentait de monter le long de sa jambe. Le calme et la surprise passés, le chevalier recommença à hurler comme un beau diable en se débattant, assénant quantité de coups de pied dans la mâchoire du maléfique homme-tronc Un coup, puis un autre, et encore un, rien n’y faisait, le monstre tenait bon. Lorsque la créature n’eut plus de dent et qu’un œil se mit à pendouiller devant son visage, le jeune chevalier comprit que rien ne lui ferait lâcher prise. Empoignant fermement la garde de son épée, il trancha le bras du monstre et rampa un instant pour s’éloigner. Il avait l’impression de suffoquer, le sol n’était plus que corps pourris ou frais. Prenant sa tête entre ses mains, le jeune chevalier souhaita ardemment que tout s’arrête, il voulait retourner chez lui, loin de tous ces malheurs. L’instant d’après, il fut submergé et disparut.

Sur le flanc gauche, les choses ne se déroulaient pas mieux. Frédegar n’était pas parvenu à traverser les rangs dans sa charge et était à présent coincé comme tous les autres, fracassant de nombreux crânes de son fléau. Hélas, son bras fatiguait et il savait à présent que la victoire ne serait plus sienne. Il ordonna que l’on sonne la retraite, mais nul n’était plus en mesure d’entre ses ordres. Il était isolé, ses chevaliers d’élite séparés de lui et les monstres se faisaient toujours plus nombreux. Recommandant son âme à la Dame et au dieu de l’au-delà, il se tint prêt à affronter son destin.



Plus loin, quelques chevaliers qui étaient parvenus à s’extraire de la foule furent sauvagement attaqués par d’ignobles loups noirs contre lesquels ils se défendirent comme ils purent.


« Promizoulain, allons-nous-en ! » Cria un gueux au centre du champ de bataille, ce qui eu pour effet de provoquer un mouvement de panique au sein de la formation. Les roturiers qui pouvaient encore le faire fuirent, abandonnant leur équipement, se laissant griffer et arracher leurs vêtements dans l’espoir de pouvoir sortir de la masse morte. Beaucoup n’y parvinrent pas.

La bataille était perdue, c’était une véritable débâcle. Un cri de guerre retentit alors sur la colline. Une nouvelle troupe de chevaliers dévalait la pente, piquant des deux sur les non-morts. Ils étaient près d’une quinzaine, vêtus de tabards noirs et sur leurs écus d’argent figurait la croix de sable de leur ordre.

« Des templiers de Moussillon ! » hurla l’un des chevaliers au prise avec les loups en levant haut son épée.
Hélas, leur intervention ne permit pas de faire pencher la balance et la bataille fut bien perdue même si leur intervention facilita la retraite d’un grand nombre de combattants. Au final, les deux tiers de l’armée bretonnienne avait été éliminée et son général avait disparu.
De sa colline, le nécromancien riait. Il fut bientôt rejoint par deux autres sorciers de son engeance.

« Seigneur Faztarath, nous n’avons plus rien à faire en Bastogne et nos frères nous attendent plus au Nord, déclara l’un d’eux. »
- Nos agents ont-ils trouvé l’artefact dans la chapelle ? demanda le nécromancien.
- Tout à fait, mon frère, répondit le second d’un ton monocorde. Les autres membres de notre ordre n’attendent plus que nous pour commencer le rituel.

Leur armée avait été réduite de moitié et de nombreux corps n’étaient plus utilisables, pourtant, les nécromanciens semblaient satisfaits. Ils n’avaient plus qu’à retourner vers Moussillon, à l’orée de la forêt d’Arden pour mettre leur plan à exécution. De tels affrontements étaient courants dans le vieux monde, mais la défaite des bretonniens en ce jour n’inspirait rien de bon pour l’avenir.
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MessageSujet: Re: A la poursuite du faux Astrabell   Lun 9 Oct 2006 - 2:59

Quinte partie : Les damoiselles.

«Allez-y, tirez !» Hurla Arius en serrant les dents.
Henri, debout devant lui tenait fermement le morceau de flèche qui dépassait de son épaule, paré à tirer, tandis que Théobald de Bastogne retenait le chevalier de Havras.
- Nous n'avons pas de feu pour cautériser la plaie, êtes-vous certain que ce soit la meilleure solution ? Demanda Théobald.
- Si nous n'extrayons pas cette flèche au plus vite, il mourra de fièvre dans les deux jours, déclara Lot d'Orcadie qui avait manifestement pu constater le phénomène par le passé.
- Bon, eh bien, gardez votre sang-froid, je vais l'extraire, dit sire Volvestre.
Arius hurla et tenta de se débattre alors que ses compagnons se chargaient des soins. Henri tira avec force et la flèche sortit entièrement, sans laisser d'éclat dans la plaie.
- Quel malheur de gâcher une si bonne bouteille ! Gémit Arius avant qu'on ne verse sur sa plaie le contenu de l'excellente chopine d'alcool norse qu'il conservait pour les lendemains de batailles difficiles. Une fois de plus son cri retentit dans les bois, faisant fuir oiseaux et rongeurs.

Quelques minutes plus tard, il était de nouveau prêt au combat, comme si de rien n'était, se plaignant juste d'une épaule douloureuse.
«Pouvez-vous vraiment combattre ?» s'interrogea Henri, perplexe.
- Je pourrais vous mettre à terre en deux mouvements, rétorqua Arius à nouveau joyeux.
- Eh bien, votre bonne humeur n'aura pas tardé à revenir, souligna Lot.
- A croire que rien ne puisse l'entamer, dit Théobald, soulagé de voir que son compagnon était encore en forme.
- Si, le gâchis d'une bonne bouteille. Ces cuistres vont payer pour m'avoir contraint à verser mon nectar ailleurs que dans mon gosier ! Dit Arius avec vigueur. Et puis, si j'ai survécu à notre duel, ne croyez pas que de vulgaires laquais pourraient me terrasser.
- Vous dites vrai, dit Théobald, riant. Mais qu'allons-nous faire à présent ? S'inquiéta-t-il. Je ne suis pas disposé à laisser ces gueux s'en tirer à si bon compte...
- Sans parler de la damoiselle, dirent en coeur les trois autres exprimant la pensée qui, ils le savaient, habitait l'esprit de Théobald.
- Vous vous moquez encore, mais nous ne pouvons la laisser entre leurs griffes, se justifia le jeune chevalier.
- Fort bien, mon ami, nous vous raillons un peu mais il est certain qu'aucun d'entre-nous ne laissera une damoiselle en péril, déclara Lot. Je présume que notre quête peut passer au second plan pour quelque temps.
Tous s'accordèrent sur ce sujet et se mirent par conséquent en route non pas vers la piste de l'usurpateur mais plutôt vers l'intérieur de la forêt.
La forêt d'Arden était vaste, très vaste et de nombreuses communautés de renégats, de bandits, de monstres ou de cultistes du chaos devaient y cohabiter sans avoir conscience les unes des autres. Elle était faite de nombreuses parties distinctes, de régions aurait-on pu dire et ne représentait pas un ensemble homogène. La forêt d’Arden était d’ailleurs à cheval sur bien des baronnies, comtés et duchés, preuve de sa grande diversité.



Ils progressèrent dans les bois pendant une heure encore. Sans qu'ils ne s'en aperçoivent, la couleur dominante de l'environnement était à présent au vert et non au bleu et le sol, loin d'être plat, se trouvait sur plusieurs étages.
Il y avait des creux et des buttes, l’endroit était propice aux embuscades et les quatre héros étaient contraints d’aller à pieds depuis un long moment. Pourtant, aucune attaque ne survint et ils se demandèrent donc tout naturellement s’ils allaient dans la bonne direction. Sans doute avaient-ils sous-estimée l’impact psychologique qu’avait eu leur dernière rencontre avec les brigands car ce fut là la principale raison de la tranquillité de leur voyage et non une erreur de direction.
Les quatre paladins n’avaient pu suivre de piste pour retrouver la trace de leurs ennemis et, pourtant, ils étaient en bonne voie. La raison en était simple, elle se nommait Lot d’Orcadie. En effet, le vieux seigneur possédait plus d’expérience en la matière que ses trois compagnons réunis, comme tout chevalier de la Quête expérimenté, il savait lire les signes même les plus infimes en milieu forestier et avait ainsi pu établir une direction à suivre, même de manière sommaire. Sans doute la Dame avait-elle été bien inspirée de souffler à l’oreille de l’usurpateur l’idée de nommer son cheval Agravain, car, pour l’heure, la troupe aurait été bien embarrassée sans le concours du seigneur d’Orcadie.

Une poignée de minutes plus tard, il débouchèrent enfin sur ce qu’ils cherchaient : la présence d’installations humaines. Rien de bien impressionnant, simplement quelques draps tendus pour donner l’illusion d’un campement de tentes. Il était plus qu’évident qu’il ne s’agissait pas d’une base permanente mais bien d’un établissement improvisé, signe qui en disait long sur la nature de l’adversaire. Sans doute cette compagnie n’était-elle que le fruit d’une rencontre fortuite entre de multiples troupes de marginaux et n’avait-elle pas d’existence concrète. Quoiqu’il en fut, il fallait aux chevaliers mettre un terme à leurs activités, que ces dernières soient lucratives ou non et que la troupe soit organisée ou totalement improvisée.
Pour l’heure, les chevaliers n’avaient pas d’autre idée en tête que de porter secours aux prisonniers dont ils ignoraient le nombre et la qualité mais parmi lesquels figuraient, ils en avaient la certitude, une jeune femme en détresse.
Ils laissèrent leurs montures à bonne distance et s’approchèrent en toute discrétion, l’arme à la main. Le campement était relativement calme, plusieurs de ceux qui avaient fuit l’embuscade n’étaient pas revenus et les autres étaient en train de panser leurs blessures. Quelques hommes cependant étaient encore valides et pouvaient poser problème. Ceux-là n’avaient pas participé à l’attaque.

« Messire Chort et de Bastogne, contournez-les pour pénétrer dans le camp par cette tente que vous voyez, le sire de Volvestre et moi-même attaquerons par ici même quand vous serez en place, chuchota le sire Lot. »
Nul ne contesta ce plan qui semblait bon et il fut fait selon son idée. Arius et Théobald arrivèrent aussi silencieusement qu’ils le purent, le son des quelques brindilles et branches qu’ils brisèrent sous leurs bottes étant largement couvert par les plaintes des blessés et le crépitement des divers feux allumés dans tout le camp.
Sans plus attendre, les deux chevaliers avancèrent, imités par Lot et le jeune Henri.
Arius et Théobald firent halte derrière l’une des tentes, convaincus qu’un homme approchait. L’instant d’après, un homme passa, crachant d’une manière tout à fait répugnante. Ce dernier avait quitté sa position auprès du feu pour aller se soulager dans la forêt, hélas pour lui, il prit le mauvais chemin. Arius surgit, fendit le crâne du malheureux de sa fière épée et planta dans le même mouvement sa dague dans son ventre. Terreur et incompréhension se lirent dans ses yeux au moment où il s’effondra, mais les chevaliers n’avaient ni le temps ni l’envie de s’apitoyer sur le sort d’un pauvre bougre arrivé dans une vie de misère par la faute de mauvais choix.
Lot et Henri ne firent pas dans la dentelle et chargèrent le premier groupe qui se trouvait sur leur chemin. D’un ample revers de lame, le chevalier de la Quête ôta la vie de l’un des brigand, enfonçant se cage thoracique et réduisant en bouille artères et chair. Avant qu’ils n’aient vraiment eu le temps de réagir, leur nombre était réduit de moitié. Le regard figé dans une expression de fureur et de haine, Henri transperça le cœur de l’un des guerriers et tira son épée hors de son corps sans vie avec mépris. Face à lui se tenait à présent l’homme dont le poignet avait été tranché par Théobald plus tôt. Celui-ci n’était pas en mesure de tenir une arme et donc de se défendre, ainsi se contenta-t-il de reculer, saisit d’effroi. Il trébucha lamentablement et commença à ramper sur le dos, ne quittant pas le catharien des yeux. Henri, le fixa un instant, son regard plongeant dans le sien, il leva son épée et hésita à mettre un terme à l’existence minable de cet homme indigne. Il n’en fit rien, retenu par son honneur, et partit à la recherche d’une nouvelle proie.

L’alerte était donnée et la panique s’empara du campement. Les moins valeureux ne cherchèrent même pas à comprendre ce qui leur arrivait et quittèrent le navire avant son naufrage.
Au milieu du campement, Théobald et Arius continuaient leur progression vers la tente principale, se traçant un sillon sanglant à la pointe de l’épée. Théobald décapita un individu qui se mit en travers de son chemin, recevant du même coup une éclaboussure de sang en plein figure, Arius envoya sa dague sur un homme qui approchait, lui perforant la gorge.
Fernand sortit du pavillon principal, incrédule. Pris de panique, il retourna à l’intérieur et s’empara d’une damoiselle.
Au même instant, son lieutenant payait de sa vie sa fidélité, car, ayant refusé de fuir, il périt sous les coups de Henri de Volvestre. Lot finit de trancher son dernier adversaire, des hommes en état de se battre ne restait rien.
Le souffle court, les membres endoloris par la marche et les combats, les quatre chevaliers prirent le chemin du pavillon de Fernand. Avant qu’ils n’y accèdent, l’ancien prévôt en sortit, tenant en otage une très belle jeune femme aux cheveux d’or qu’il menaçait d’une dague.

« Vous avez un bon instinct pour ces choses, Théobald, la damoiselle en détresse valait bien tout ce mal, dit Arius avec une certaine légèreté malgré la fatigue qui l’accablait quelque peu. »
- Laissez-moi partir et cette dame vivra, déclara Fernand qui tentait de conserver un air confiant.
- Et je suppose que nous devrions nous en remettre à votre parole, lui dit Théobald d’un air méprisant.
- Et dire que nous aurions pu rattraper l’usurpateur si vous n’étiez venu perturber nos plans, s’énerva Henri.
- Sans parler de la bouteille d’alcool norse qui m’avait été offerte par mon seigneur le baron de Havras ! Ajouta Arius.
- Tout cela mérite la mort, conclut Lot.
- Peut-être pourriez-vous penser à cette malheureuse, compagnons ! Dit Théobald d’un air dépité.
- Vous dites cela parce que vous n’avez pas goûté à ma bouteille, lança Arius.
- Et que ce n’est pas votre suzerain dont l’honneur a été souillé, renchérit Henri.
- Peut-être aurions-nous aimé goûter à cette bouteille si vous nous en aviez proposé, fit justement remarquer Lot.
- Il y a du vrai là-dedans, réalisa Henri.
- M’écoutez-vous, seigneurs ? S’inquiéta Fernand, horrifié par le spectacle qui s’offrait à lui.
- Mes réserves vont certainement grandement être amoindries à présent que vous avez ce genre de revendications fantaisistes, gémit Arius.
- Veuillez nous pardonner, gente dame, de vous offrir pareille vision, mais notre compagnie semble traverser une querelle, dit Théobald, s’adressant poliment à la demoiselle.
- Et après cela, vous allez encore dire que vous ne faites rien pour séduire les damoiselles… dit Arius, détournant de fait, mais néanmoins à juste titre, la conversation.
- Peut-être est-il temps de décider du sort que nous allons réserver à ce rustre, déclara finalement Henri.

A l’intérieur de la tente, une autre damoiselle était retenue prisonnière. Tandis que les débats faisaient rage, elle n’avait de cesse de tenter de rompre ses liens et, alors que les choses s’éternisaient, elle y parvint. Saisissant un poignard, elle se dirigea vers la sortie.
Fernand était de plus en plus terrifié. Malgré ses menaces, les chevaliers semblaient ne pas lui prêter la moindre attention depuis cinq minutes pour qu’au final la question se pose de savoir comment ils allaient mettre un terme à son existence. Au bout du compte, sa fin arriva par derrière. La bouche ouverte sous le coup de la surprise, il s’effondra, un poignard fiché dans les vertèbres.
Les damoiselles étaient saines et sauves et à présent hors de danger.
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MessageSujet: Re: A la poursuite du faux Astrabell   Mer 11 Oct 2006 - 2:20

Sixième partie : l’autre piste

Les quatre chevaliers s’affairaient autour des deux belles damoiselles, veillant à ce que rien ne leur manque. Les deux jeunes femmes, qu’ils avaient assises sur un banc trouvé dans la « demeure » de Fernand, ne savaient trop comment réagir, encore troublées par leur mésaventure. Toutes deux étaient jeunes et belles, leurs cheveux, d’un magnifique blond pour l’une et noirs comme le jais pour la seconde, étaient longs et soyeux, signe évident de coquetterie et d’appartenance à la noblesse. Impression confirmée par leurs longues robes de couleurs vives et richement travaillées.
De leurs identités, elles ne voulurent rien révéler ou plutôt éludèrent-elles la question rapidement, sans doute encore méfiantes à l’égard de leurs sauveurs, mais elles leur révélèrent néanmoins les conditions qui avaient mené à leur détention. Alors qu'elles se trouvaient sur la grand route traversant la forêt, elles étaient tombées dans une embuscade tendue par les brigands de Fernand, et ce malgré leur escorte de gens d'armes. Depuis cet instant, elles avaient vécu un véritable cauchemar qui avait duré de très longues heures. Une histoire somme toute d'une banalité remarquable.

« Buvez ceci », leur dit Arius en tendant une gourde.
- J’ose espérer qu’il s’agit là d’eau, mon ami, vint lui chuchoter Théobald, quelque peu inquiet.
- Aussi surprenant que cela paraisse, j’avais également de l’eau dans mon paquetage, lui répondit solennellement Arius.
Tandis que les deux jeunes femmes étanchaient leur soif sans ménagement, les paladins se concertèrent pour tenter d’établir une marche à suivre quant à la suite des événements.

« Et maintenant, qu’allons-nous faire d’elles ? » demanda Henri de Volvestre.
- Nous ne savons pas qui elles sont ni où elles comptaient se rendre, fit remarquer Lot.
- Il est certain que nous ne pouvons les emmener avec nous à la poursuite de l’usurpateur, les dangers risquent d’aller croissant, surtout maintenant que nous allons devoir couper à travers bois pour compenser notre retard, dit Arius.
- Nous ne pouvons non plus les abandonner ici, insista Théobald.
- Alors vous préconisez que nous abandonnions notre quête ? Lui demanda Arius.
A ces mots, Henri de Volvestre manqua de s’étrangler.
- Nous ne pouvons plus abandonner à présent, dit-il.
- Vous dites vrai, dit Lot. Nous ne pouvons pas les abandonner ici mais il serait fort peu sage de les prendre avec nous, cependant, nous avons perdu assez de temps comme cela dans notre quête.
- Et que conseillez-vous ? l’interrogea Arius.
- Emmenons-les, nous avons suffisamment de bras pour les protéger, déclara Lot. Une fois arrivés à la Grismerie, elles n'auront plus besoin de notre escorte.
- Sans doute sera-ce un moindre mal, nous ne pouvons les laisser ici à la portée des bêtes de proie, dit Théobald.
- Soit, mais puisque nous savons que nous allons nous confronter à de pénibles épreuves, n’est-il pas contraire au code chevaleresque d’entraîner avec nous ces dames ? s’inquiéta Henri.
- La Dame nous en pardonnera, répondit promptement le chevalier de la Quête.
- Mais peut-être n’ont-elles nulle envie de nous accompagner, dit enfin le sire de Volvestre.
- Il se pourrait, dit Théobald, mais au moins devons-nous leur proposer ce choix.
- Et resteriez-vous avec elles si jamais elles refusaient de nous suivre ? le questionna Arius.
- Le cœur lourd, soyez-en sûr, conclut Théobald sans convaincre réellement ses compagnons.

Alors que les débats agitaient la compagnie, les deux damoiselles se demandaient ce qu’il allait advenir d’elles. Elles se mirent d’accord pour ne pas trop en dire sur leur identité et ce, même si elles étaient convaincues d’avoir affaire à des chevaliers bretonniens. Quelque chose les poussaient pour l’heure à la retenue même si elles n’avaient pas la moindre idée de ce qu’ils comptaient faire d’elles.
« Et bien, c’est décidé, dit vivement Théobald. Nous n’avons d’autre choix que de les emmener avec nous et qu’importe le danger ! »
- L’idée ne m’enchante guère, mais nous sommes liés par nos obligations chevaleresques et par notre bon sens, dit le vieux chevalier de la Quête.
- Loin de moi l’idée de vouloir vous presser, mes amis, mais nous serions bien inspirés de reprendre la route, dit Henri. Nos ennemis pourraient fort bien revenir sous peu…
- J’en doute, dit Arius en mettant un coup de pied dans un corps inerte. Mais nous avons à mon sens un plus grave problème pour l’heure.
- Trouver une monture pour ces charmantes dames ? demanda Théobald.
- Non, mais je suis affamé et je doute que nous trouvions de lieu propice à un établissement avant quelques heures, ce qui retarde d’autant l’heure du repas, rétorqua sur-le-champ le chevalier de Havras.
Tous furent affligés par cette réponse.
La damoiselle aux cheveux sombres finit par se lever, lassée par cette attente et alla directement s’adresser aux chevaliers en pleine discussion, sa camarade ne parvenant pas à la retenir.

«Sires, il n'est pas de mots pour exprimer notre gratitude pour votre action héroïque. Il nous est pourtant nécessaire de reprendre prestement notre chemin après ces pénibles mésaventures. Sans doute pourriez-vous nous conduire vers un sentier menant à la route ?» déclara-t-elle.

Les chevaliers se décidèrent à mener les damoiselles au fleuve Grismérie sur lequel des passeurs effectuaient en permanence la traversée et d'où elles pourraient rallier le lieu où elle désiraient se rendre, quel qu'il fut. C'était le meilleur compromis auquel ils pouvaient parvenir et les dames en furent satisfaites.
Tous les six quittèrent le campement des brigands, encore jonché de corps sur lesquels les premiers corbeaux venaient de se poser. La traversée de cette partie de la forêt se révéla délicate tant le terrain était escarpé, mais nul ne chuta ni ne fut blessé.
Les heures qui suivirent ravirent les quatre paladins. Jamais ils n'auraient pensé voyager en si charmante compagnie en entrant en Arden.

Au même instant...

A quelques kilomètres au Sud, là où les bois se faisaient légèrement plus praticables, un chevalier avançait seul, fièrement juché sur son destrier. Friedrich de Schwytz était son nom. Vaillant chevalier originaire des montagnes grises, il était maître de l'Abbaye d'Einfelder et gardien de plusieurs cols dans ces montagnes. Lui aussi avait participé à la joute du Brigandin qui s’était achevée quelques jours plus tôt dans le but de prouver aux bretonniens de l’intérieur la bravoure et la valeur martiale des montagnards. Après sa défaite des mains de Théobald de Bastogne, il n’avait pas repris la route immédiatement, préférant observer la suite des événements et avait même eu l’occasion de boire un peu en compagnie des héros qui constituaient à présent la compagnie à la poursuite de l’usurpateur.
Pourtant, il ne s’était pas joint à eux, ne faisant aucune promesse ni serment le liant à eux et, sur sa route pour Couronne, il fut saisit de terribles regrets qui le poussèrent à rebrousser chemin. A peine était-il parti depuis deux heures qu’il s’en retourna au Brigandin où on l’informa que les quatre chevaliers n’étaient plus sur place. Sentant que l’accomplissement d’une telle quête était une véritable aubaine pour la renommée de sa terre, il mit tout en œuvre pour les retrouver. Puisqu’il n’avait vu de trace d’eux sur la route de Couronne, il tenta sa chance vers la route allant en Arden où se trouvait une croisée de chemins se rendant en Bastogne, Artenois ou encore le territoire maudit de Moussillon. C’est sur la route qu’il apprit d’un vieil homme bossu, édenté et à l’air particulièrement ahuri tirant une charrue de ses mains nues, que quatre chevaliers dont les descriptions correspondaient tout à fait étaient passés quelques heures auparavant. N’ayant pas de certitude quant à la fiabilité de ces renseignements obtenus d’un homme ignorant certainement la différence entre un écu de sable et écu de sinople et dont la notion du temps devait être tout aussi douteuse.
Friedrich s’était ainsi élancé vers la forêt d’Arden, espérant rattraper les quatre héros. Comprenant assez vite qu’ils n’étaient pas sur la route principale, il partit à la recherche d’un chemin annexe et en débusqua un, mais au bout de quelques toises, il n’était plus persuadé d’être encore sur une piste définie. Ce fut finalement par chance qu’il trouva le lendemain les restes d’un feu au bord d’un petit ruisseau, ce qui le conforta, d’autant que les nombreuses traces alentours ne laissaient aucun doute sur le fait que des chevaliers en armes étaient venu ici. Se décidant à suivre le chemin qui lui semblait le plus logique car les feuilles mortes masquaient, hélas pour lui, la direction qu’ils avaient empruntée, il reprit la route.
Après de longues heures de course, il déboucha sur un petit pont de pierre enjambant un ruisseau asséché probablement depuis bien avant sa naissance. De l’autre côté se trouvait pourtant un chevalier solitaire, occupé à vider une écuelle de ragoût. Incrédule, le chevalier des montagnes resta interdit devant cette vision pittoresque. Lorsqu’il aperçut enfin Friedrich, le chevaler inconnu se précipita à sa monture pour s’emparer de son épée, vissa son heaume sur son chef et partit se placer à l’entrée du pont.
« Nul ne passe ! » Cria-t-il en signe de défi.
- Seigneur, aucune querelle ne nous oppose et ma mission ne peut souffrir de délai ! répondit Friedrich avec fermeté.
- Nul ne passe, se contenta de répondre le chevalier sans nom.
- N’auriez-vous plutôt vu une compagnie de quatre sires chevaliers passer ici avant moi ? demanda Friedrich, très peu motivé pour se battre après cette longue route.
- Je n’ai vu qu’un seul homme et il se tient devant moi ! dit le chevalier.
- Cela n’a rien de surprenant puisque ce pont que vous défendez est perdu en plein bois et n’est de surcroît que d’une utilité contestable, rétorqua Friedrich d’un ton légèrement sarcastique.
- Il suffit ! Oserez-vous traverser ? Insista le chevalier.
Friedrich mit pied à terre et libéra lentement son épée du fourreau qui la retenait. Il n’avait aucune envie de se battre, mais ne comptais pas pour autant se laisser retarder par un fou qui avait certainement passé trop longtemps isolé pour réaliser la bêtise de sa cause.
- Tenez-vous prêt à mourir, chevalier ! s’époumona le belliqueux chevalier.
- Peut-être devriez-vous appliquer cette mise en garde à votre propre personne, mon bon seigneur, répondit Friedrich.
- HA HA HA ! Sachez mon bon seigneur que jamais en dix années de duels je n’ai été tué, dit le chevalier insane en se gaussant.
- Pourquoi est-ce toujours à moi d’affronter les plus dérangés ? Soupira Friedrich en s’avançant.
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MessageSujet: Re: A la poursuite du faux Astrabell   Dim 15 Oct 2006 - 21:31

Septième partie : franchissements

Le chevalier insane plongea, fendant l’air de son arme acérée. Il sentit quelque chose se rompre sous son coup et en fut grandement soulagé, ce combat commençant à un peu trop s’éterniser à son goût.
« Tu es vaincu, étranger ! »hurla-t-il d’un air victorieux.
- C’eut été vrai si j’avais été un buisson, rétorqua ironiquement Friedrich.
- Rhaaa ! La peste soit de vous ! s’emporta son adversaire, se ruant sur lui une nouvelle fois.
D’une passe rapide, il se fendit mais son coup vint mourir sur l’écu du montagnard. Perturbé par ce nouvel échec, il frappa de taille sans temps mort mais son attaque se perdit dans l’air. Rendu furieux, le chevalier dérangé frappa avec rage dans tous les sens, comme frénétique, sans qu’aucune de ses attaques ne parvienne pourtant à inquiéter le noble Friedrich, qui tenait bon, pliant volontiers sous les coups en attendant le moment propice pour répliquer.
Cependant, si le chevalier qui se tenait en face de lui ne jouissait pas de toute sa santé mentale et que la tempérance, l’une des vertus majeures du chevalier, lui faisait manifestement défaut, Friedrich devait bien avouer qu’il connaissait son affaire. A travers l’apparente désorganisation de ses mouvements, plusieurs passaient très près du paladin, manquant de l’estropier ou de l’embrocher, et cela était un signe plus qu’évident d’un entraînement poussé.
Un coup vint de la droite, un autre par la gauche, un suivant manqua de sectionner le bras du seigneur de Schwytz qui, trop occupé à parer et éviter cette grêle de coups féroces, ne pouvait toujours envisager de riposte pour le moment. Fort heureusement, le noble Friedrich était solidement protégé, casqué d’un redoutable heaume auquel avait été lié de puissants sortilèges de défense et armé d’un impassable écu enchanté. Ces deux objets étaient sans conteste les deux reliques les plus sacrées de son domaine et le sieur Friedrich se réjouissait un peu plus chaque jour d’avoir à sa disposition de pareils artefacts. Au tournoi du Brigandin, déjà, il avait pu constater la grande efficacité de ce matériel et s’était sorti de ses combats sans blessures graves. Pour l’heure, s’il n’était pas à même de riposter, il savait qu’il devait son salut à ses remarquables protections.
Alors que le combat suivait son cours, les deux sires finirent par se retrouver un court instant à suffisamment bonne distance l’un de l’autre pour marquer une pause. Ils firent donc halte, haletants, tentant de se jauger l’un l’autre et d’évaluer leurs chances de remporter la victoire.
A travers sa visière, Friedrich observait bien attentivement son opposant qui, jusqu’alors s’était beaucoup plus fatigué que lui à frapper comme un dératé. Tenter de tenir la distance encore quelques minutes pour le pousser à la faute était la meilleure option à ses yeux et il comptait bien se tenir à ce plan jusqu’au bout.
De son côté, le chevalier fou semblait animé d’une fougue intarissable malgré son état de fatigue croissant. Pour dire vrai, son propre état l’importait peu et il comptait bien se battre jusqu’à la mort de celui qui avait osé le défier même s’il devait pour cela nier les signes de faiblesse que son corps laissait transparaître.

- Préparez-vous à souffrir ! dit-il, hurlant à pleins poumons.
- Je souffre déjà vos commentaires depuis un trop long moment, lui répondit Friedrich d’un ton moqueur quoiqu’un peu lassé.

Une fois encore, le chevalier insane attaqua avec brutalité, tentant de tromper sa propre fatigue en moulinant en tous sens. Son arme heurta le cimier de Friedrich, lui faisant presque perdre pied sous l’impact. L’instant d’après, le brave seigneur n’échappa à une sinistre fin que grâce à un réflexe heureux qui lui fit placer son bouclier sur la trajectoire même de l’arme ennemie à peine une seconde avant ce qui aurait pu être une horrible blessure. Plus les choses allaient et plus il sentait le combat se durcir. Il savait que son adversaire ne tiendrait pas un long combat, mais sa propre fatigue et son manque d’entrain le plaçaient peu à peu dans une fâcheuse posture. Le défenseur du pont attaqua de nouveau, mais sa lame fut vite interceptée par celle du montagnard. Bientôt ils se retrouvèrent pris dans un duel de force, tels deux lutteurs tentant de prendre l’ascendant sur l’adversaire pour le faire trébucher. Friedrich réalisa à cette occasion à quel point l’insane se trouvait être une force la nature. Bien sûr, il avait remarqué dès qu’il l’avait aperçu que son adversaire faisait une bonne tête de plus que lui, mais jamais il n’aurait pensé qu’il puisse disposer d’autant de ressources. Le chevalier de Schwytz devait se rendre à l’évidence, sa tactique qui consistait à pousser son ennemi à l’épuisement n’était plus d’actualité et il devait impérativement passer à l’attaque à son tour s’il ne voulait finir ici, dans ce bois perdu et qui plus est sans témoin de sa fin. Les dents serrées, ils se tenaient écu contre écu, les lames collées l’une à l’autre, essayent péniblement de repousser ou de mettre à terre l’adversaire. Sentant que Friedrich lui résistait, l’insane lui donna un violent coup de genou dans les côtes. Meurtri, le sieur des montagnes grises failli prendre de plein fouet l’attaque suivante mais s’en sorti néanmoins in extremis au grand dam de l’autre.

« Les choses iraient plus simplement si vous vous laissiez mourir »finit par dire le protecteur du pont sur un ton apparemment tout à fait sérieux.
- Et il vous faudrait attendre encore bien longtemps avant d’avoir un nouveau chevalier à combattre or je ne crois pas que la solitude soit bonne pour votre esprit, répondit Friedrich, essoufflé mais toujours railleur.
- Détrompez-vous, jeune chevalier au parler étrange, il n’est point de jour où je n’ai pas à défendre mon pont d’intrus. Ne voyez-vous donc leurs armes joncher le sol ?
- Pour dire vrai, non, répliqua Friedrich après un bref regard jeté aux alentours où ne figuraient rien de plus que des plantes sauvages et des arbres forestiers.
- Que la Dame ait pitié de vous qui ne pouvez contempler le plus grand des chevaliers dans son œuvre, dit l’insane. Vous prétendez ne pas voir les signes de mes triomphes passés et pourtant, votre propre dépouille ornera bientôt ce sanctuaire dédié à ma propre valeur martiale ! La Dame est ma guide et je suis son bras vengeur !
- Forfanterie ! cria Friedrich, de plus en plus lassé par l’attitude de son opposant à l’esprit dérangé.
- En ce cas, préparez-vous à rejoindre l’Autre Monde, dit calmement le fou.

Le combat s’engagea de nouveau après cet intermède verbal. Le chevalier fou chargea comme un bœuf pour se faire accueillir par un Friedrich plus déterminé que jamais. L’insane porta une série d’attaques rapides mais vigoureuses mais Friedrich s’attendait à ce genre de manœuvre et y opposa une défense appropriée. A la grande surprise du chevalier des bois, le bon Friedrich se montra plus entreprenant et agressif, attaquant à son tour. Cette fois-ci, ce fut au fou de reculer en parant tandis que les coups s’abattaient sur lui de manière implacable. La sueur au front, l’insane bloqua un à un toutes les tentatives de Friedrich. Malgré sa folie et son manque de lucidité en ce qui concernait le monde qui l’entourait, il connaissait suffisamment bien le déroulement d’un combat pour savoir qu’il n’était pas bon pour lui qu’un adversaire se découvre en plein combat une telle soif de victoire et, s’il était conscient de l’état de fatigue du montagnard et de l’avoir ébranlé par son coup de genou, il sentait le vent tourner. Il se décida donc à porter une ultime estocade, un coup destiné à mettre un terme définitif à l’affrontement, une botte secrète de sa composition.
Rejetant son bouclier au loin, il empoigna son arme des deux mains et la tint haut au dessus de sa tête puis, hurlant comme une bête, il se jeta en avant.
Friedrich fut quelque peu troublé et désemparé devant cette attitude pour le moins surprenante. Il savait qu’il avait enfin une chance de l’emporter de manière nette et sans fraude mais craignait les réactions incohérentes du gardien du pont des bois. En outre, cette nouvelle attaque avait d’inquiétant qu’il commençait à connaître assez bien son ennemi pour savoir que même ses actions les plus improbables pouvaient s’avérer meurtrières.
Brandissant son arme vers l’avant, Friedrich se tint prêt à aviser en fonction des mouvements de l’autre chevalier. Alors que le chevalier fou changeait de garde en courant, le fier Friedrich hésita entre deux options, ne sachant s’il était préférable d’encaisser l’assaut ou de plonger au dernier instant.
Se libérant de toutes ces pensées, le seigneur de Schwytz ferma les yeux et respira lentement, comme pour s’imprégner du rythme des déplacements du chevalier dérangé. Sans y réfléchir, il s’apprêta à faire un pas de côté, mais un bruit étrange lui fit ouvrir les yeux.
En effet, dans sa course effrénée, le fou s’était tordu la cheville et était bêtement tombé du pont dans un fracas assourdissant.
Friedrich, harassé, se pencha pour voir son opposant gésir en contrebas. Il ignorait s’il était mort ou vif et c’était vraiment le cadet de ses soucis car, pour l’heure, il n’avait plus qu’une idée en tête : prendre un peu de repos. Il repartit chercher son destrier, franchit le pont, se traîna péniblement jusqu’à un arbre, s’y adossa et se laissa tomber lamentablement. Peu lui importait sa quête à cet instant, il ne désirait plus que reposer ses muscles et ses membres. Ecoutant les oiseaux, il ferma les yeux.

Du côté de la compagnie...

La compagnie poursuivait toujours son chemin, escortant les deux jeunes femmes. L’une d’entre elles, celle qui arborait une douce et soyeuse chevelure blonde, ne quittait pas des yeux Théobald de Bastogne avec lequel elle se faisait une joie de discuter en chevauchant, à plus forte raison depuis qu’elle avait appris son ascendance. Théobald était sans conteste un très beau jeune homme qui jouissait d’une certaines fraîcheur et d’une bonté d’âme évidente mélangée à une fierté et un courage qui avait tout pour plaire aux damoiselles, pourtant, plus que tout cela il était l’un des fils de l’une des familles les plus puissantes du royaume ce qui en faisait l’un des meilleurs partis qui soient pour toute damoiselle de haut rang.
Pendant ce temps, Arius et Henri ouvraient la marche en compagnie de l’autre damoiselle tandis que Lot fermait la marche, attentif à tout danger venu de l’arrière.

« Arius, voilà un nom fort peu courant. J’ai souvent entendu dire que les chevaliers du duché de l’Anguille portaient des noms à consonance pour le moins surprenante mais je n’avais pas encore eu l’occasion d’en juger de mes yeux.» dit la damoiselle aux cheveux noirs.
- Ma foi, gente dame, les chevaliers de l’Anguille sont de puissants seigneurs vertueux et nobles, se targuant parfois de posséder quelque trace de sang de solides et redoutés hommes du Nord. Bien avant l’établissement des fondements de la chevalerie en notre royaume, à l’heure où la noble tribu de nos ancêtres venait en ces terres par l’est, la coutume veut que de fiers nordiques accostèrent à l’Anguille et s’y établirent, abandonnant leur ancien mode de vie. On dit qu’ils se mêlèrent peu à peu aux bretonni pour donner naissance à la noblesse de mon duché et la tradition est restée dans bien des familles parmi les plus anciennes de baptiser ses enfants d’anciens noms aux sonorités aujourd’hui curieuses à l’oreille des autres régions. Puissiez-vous vois un jour parader les chevaliers d’élite de la citadelle solitaire de l’Anguille, c’est sans conteste un spectacle d’une haute magnificence.

La damoiselle buvait littéralement les paroles du chevalier de Havras, anormalement sobre et sérieux. Elle le trouvait singulier et avait pu constater qu’il n’était pas le dernier à railler les autres et à se divertir lorsqu’il le pouvait et, pourtant, elle constatait à présent qu’il pouvait faire preuve d’une remarquable bienséance lorsque cela était à propos. A côté, Henri de Volvestre lui aussi était fort surpris par l’attitude de son camarade qui avait même rechigné à ouvrir une autre de ses gourdes lors du dernier repas.
- Sire Arius, mon ami, tenteriez-vous de faire concurrence à notre bon Théobald ? se moqua Henri.
- Ne suis-je pas chevalier avant tout ? rétorqua avec le sourire Arius de Chort.
- Mais, dites-moi, seigneur Henri, qu’en est-il de cet usurpateur que vous recherchez tous avec autant d’ardeur? Interrogea la damoiselle en se tournant vers le seigneur de Volvestre.
- Pour dire la vérité, ma dame, il s’agit là d’un lâche qui eu l’outrecuidance de se présenter à une joute sous l’identité du grand seigneur Astrabell de Catharie et ce sans nul doute pour le compte d’un traître.
- Est-ce pour cette raison que vous vous rendez en Castagne ? demanda la damoiselle, désireuse d’en apprendre plus. D’aucuns disent qu’il est préférable de se tenir à bonne distance de ce lieu mais aussi que le comte Dangorn de Castagne est un homme fidèle aux codes de la chevalerie.
- Je dois avouer que j’ignore une grande partie de l’histoire de Castagne, dit Arius. Je connais juste comme un tout un chacun le nom de Mauldred le félon qui rejeta la Dame pour se joindre aux sombres seigneurs.
- On dit que depuis lors cette terre eut à subir des temps sombres jusqu’à l’arrivée de saint Dangorn qui redressa la situation, ajouta la damoiselle.
- Quoiqu’il en soit, il ne faut pas avoir le sens commun pour s’évertuer à réhabiliter une terre si proche de la cité de Moussillon, déclara Arius. Même si Dangorn est chevalier du Graal, il n’en demeure pas moins possible que son oncle Mauldred soit derrière cette affaire. Me trompe-je ?
- Ma foi, je l’ignore, mais je me plie aux recommandations de Dame Astrabelle qui a évoqué la terre de Castagne avant de me confier cette mission, dit Henri avec gravité.
- Comme vous parlez gravement, mon ami, constata Arius. Sans doute rattraperons-nous ce couard avant qu’il ne sorte de l’Arden, dit Arius d’un ton enthousiaste et plein de confiance. Nous n’avons pas trop à nous en faire au sujet de la Castagne.
- Sans doute, dit pour conclure Henri, perdu dans ses pensées.

Ainsi se déroula la suite de leur trajet. La troupe passa par quelques recoins sombres de la forêt d’Arden et à de nombreuses reprises, ils eurent l’impression d’être cernés et épiés. A de nombreuses reprises, Lot pensa qu’ils ne pourraient échapper à un affrontement et sa lame se tenait prête à pourfendre tout assaillant. Toutefois, aucune attaque ne survint jamais, comme si les ennemis tapis dans l’ombre n’avaient aucun désir d’ouvrir les hostilités.
Un jour complet passa avant qu’ils ne commencent à entendre le son lointain du fleuve qui s’écoulait à travers le bois.
Après de nombreuses heures de cheminement encore, ils arrivèrent sur la rive Est. Le courant était puissant et le fleuve était très large, nul gué n’était en vue ni aucune embarcation.
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Dernière édition par le Lun 16 Oct 2006 - 1:20, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: A la poursuite du faux Astrabell   Dim 15 Oct 2006 - 21:31

Septième partie, suite...

« Nous voici à la limite entre Gisoreux et Artenois », dit Lot d’Orcadie.
- Il va nous falloir trouver un moyen de traverser à présent, dit Henri.
- Et un endroit sûr où laisser nos invitées, ajouta Théobald.

La forêt d’Arden était remplie de bêtes féroces et de troupes en armes et comme il fut déjà dit, elle figurait parmi les lieux les plus dangereux du royaume, mais la rivière qui la traversait ne dérogeait pas à la règle. D’hideuses créatures s’en approchaient parfois pour se désaltérer et d’autres encore plus ignobles vivaient en son sein. Y circuler n’était pas sans danger et très peu de passeurs faisaient la navette d’un bout à l’autre tant le danger était grand. Pourtant en ce point de la forêt, la compagnie avait encore bon espoir d’en rencontrer un qui accepterait de faire embarquer les deux jeunes femmes.
La vie de passeur dans l’Empire était épouvantable avec toutes les menaces qui y rôdent et, étonnamment, celle de passeur de la Grismérie était à bien des égards pire encore. Il n’était pas rare de voir des barques revenir vides ou des corps criblés de flèches flotter à la surface de l’eau. L’espérance de vie de tels hommes était des plus courtes et cependant, ils étaient encore nombreux à suivre cette voie car le fait d’être passeur était une question héréditaire, un fils de passeur refusant de mener une vie de paysan pataugeant dans la boue quels que furent les risques de la rivière.
Les quatre chevaliers et leurs belles dames firent mouvement vers le sud, longeant le fil de l’eau dans l’espoir de rencontrer l’un de ces navigateurs d’eau douce. Ils durent parcourir une longue distance encore avant de trouver un ancien embarcadère à demi effondré à côté duquel s’affairait un vieil homme. Ce dernier était vêtu comme un parfait roturier. Ses vêtements, rapiécés et de couleurs sombres avaient une forme d’une laideur incroyable et son long manteau usé lui donnait un air de vieux corbeau. Sur sa tête siégeait un chapeau de feutre et dans ses mains se trouvait une longue rame qu’il gardait fermement serrée en cas d’entourloupe de la part du groupe approchant.

«Ola vieil homme ! » l’interpella Henri de Volvestre.
- Bien l’bonsoir mon bon cheigneur, répondit le vieux passeur à la dentition lacunaire, lorgnant la compagnie de ses petits yeux de fouine.
- Nous avons besoin de vos services pour mener au plus vite ces deux dames loin de ces lieux obscurs, dit Henri.
- Bah où qu’c’est qu’elles vont donc ches belles pucelles ? demanda le vieux.
- Au nord de la Bastogne, répondit sans attendre la jeune accompagnatrice de Théobald.
Le vieil homme se gratta la barbe un moment, semblant réfléchir ou du moins essayer de le faire. Après un moment de silence, tandis que la troupe attendait sa réponse, il cracha un colossal glaire et dit simplement « 20 sous par dame poul monter sur mon rafiou et 1 coulonne poul le voyage! ».
- 1 couronne d’or et 40 pièces ? Ma foi, cet homme doit disposer d’une nef elfique insubmersible pour ce prix, dit Théobald.
- Pouvez t’jours chercher un aut’ bougre pour fire la traverchée mon cheigneur, mais j’point sûr qu’vous pouviez trouvère un pacheur a moins d’mile. Puis, ch’est qu’mon chervice y a pas à ch’en plaindre pour sûr, baragouina le passeur.
- Plait-il ? laissa échapper Arius, les yeux écarquillés.
- Oh mais ch’est qu’il a d’bien beaux jatours che nobliau ! dit le vieux passeur, visiblement intéressé par la tenue du chevalier de Havras.
- Je ne suis pas certain qu’il soit sage de laisser nos demoiselles entre les mains de ce curieux personnage, fit remarquer Arius. Ah mais ne me touchez pas, sinistre gueux !
- Je partage cet avis, dit Théobald en observant le vieux occupé à renifler l’une des damoiselles.
- Soyez conscients que nous ne trouverons jamais de meilleure occasion, dit Lot. Si nous nous en tenons à ce que nous avons décidé hier, nous devrons passer par le gué situé plus au Nord et la forêt y est plus hostile qu’elle ne l’est ici. Y conduire deux damoiselles serait une infamie.
- Tout ira bien dit la jeune dame aux cheveux noirs, nous partirons avec ce charmant personnage. Nous vous saurons éternellement gré pour tout le mal que vous vous êtes donnés pour nous et soyez sûr que toute la Bastogne sera bientôt prévenue de vos hauts faits.

L’aimable dame se retourna d’un geste gracieux et s’adressa au passeur avec complaisance et humanité afin de débuter sous de bons hospices le voyage qui s’annonçait. Les quatre chevaliers se cotisèrent pour payer le vieil homme qui avait soudain l’impression d’avoir plus que réussi sa journée jusqu’alors très calme. Avant de s’en aller, la damoiselle aux cheveux blonds confia à Théobald un rosaire qu’elle accompagna d’un baiser et d’un mot d’encouragement quant à l’avenir de leur quête. Après quelques menaces proférées par les chevaliers à l'adresse du vieux pouilleux au cas où malheurs devait survenir à sa noble cargaison, le radeau quitta la terre ferme.
Alors que la barque s’éloignait et que les damoiselles s’en allaient vers le sud avec un homme à la parole vraisemblablement douteuse, les paladins avaient le cœur lourd. Non seulement ils se séparaient d’une compagnie fort charmante, mais la partie la plus sombre de leur traversée de l’Arden débutait. Une fois les dames hors de vue, ils partirent sans échanger un mot.
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MessageSujet: Re: A la poursuite du faux Astrabell   Sam 21 Oct 2006 - 21:02

Huitième partie : La geste de Sire Friedrich

Lorsqu’il rouvrit les yeux, plusieurs heures avaient passé et Friedrich dû reprendre la route sans tarder. Il ne revit plus de traces du chevalier des bois et n’en fut pas franchement mécontent, se sentant comme libéré d’un poids.
L’air était alors assez frais et de la forêt se dégageait une impression de sérénité que le chevalier des montagnes jugea fort appréciable. Il poursuivit donc sa route sur près d’un mile encore sans aucun problème, profitant même assez du cadre qui s’offrait à lui. Las, la forêt d’Arden avait bien des facettes et certaines se révélaient très contradictoires, passant parfois de la lumière à l’ombre sans crier gare. De plus, homme des montagnes, Friedrich s’y connaissait relativement peu en forêts et ainsi n’avait-il pas réellement prêté attention au subtil changement qui s’était opéré dans l’environnement, et fut donc bien surpris lorsqu’il remarqua enfin que tout autour de lui était baignait dans l'obscurité. A cet endroit, les hauts arbres semblaient former une voûte qui ne laissait plus rien passer, ou presque, des rayons de l’astre solaire, donnant à l’ensemble des alentours une impression sinistre.
Empoignant le manche de son épée, prêt à la tirer du fourreau en cas de besoin, le seigneur de Schwytz continua sa progression dans cette atmosphère de plus en plus oppressante. Il se sentait épié et n’aimait pas du tout ce sentiment, comme si les arbres eux-mêmes se tenaient prêts à lui bondir dessus pour le déchiqueter. Une heure passa, puis une autre, sans qu’aucune menace ne se concrétise pour autant. Ses nerfs étaient mis à rude épreuve tant l’état d’alerte et de vigilance dans lequel il se maintenait pour se prévenir des menaces était grand. Les heures défilèrent, éprouvantes et apportant chacune leur lot d’angoisses nouvelles sans qu’aucune présence hostile ne se manifeste physiquement.
Friedrich n’était plus sûr de rien, ni de ses sens, ni de sa raison, il en venait à douter de tout mais il était hors de question pour lui d’abandonner d’autant plus qu’à ce point du bois, rebrousser chemin eut été aussi dangereux que de continuer.
Finalement, la journée passa et Friedrich dû se résigner à trouver un lieu où établir son campement. La soirée qui s’ensuivit fut morne et triste. Le paladin des montagnes était seul, perdu en pleine forêt et transit de froid. Certes, les arbres lui permettaient de nouveau d’entrevoir le ciel, mais ni la pâle lueur de la lune ni le scintillement des étoiles ne pouvaient le tirer de ses pensées morbides. Il s’enveloppa enfin dans une couverture et serra son épée avant de s’endormir au coin du feu crépitant, devant faire abstractions des bruits qu’il entendait dans les fourrées et des mouvements qui agitaient périodiquement les fougères pour trouver le sommeil.

Aux premières lueurs du matin, il repartit. Faisant chemin tantôt à cheval et tantôt à pied eu égard à l’escarpement du terrain, il ne pouvait progresser vraiment très rapidement mais, pourtant, il était surpris de n’avoir rattrapé les quatre chevaliers à la poursuite desquels il s’était lancé. Qu’ils soient derrière lui était peu probable et qu’ils aient pu aller aussi vite à quatre dans une région aussi inhospitalière le surprenait grandement, cependant les faits étaient bien là et nulle trace des quatre sires ne lui apparaissait pour l’heure.
En fin de matinée, il arriva aux abords d’un étang assez vaste que certains auraient pu nommer un lac sans exagération. Surpris par cette vision incongrue, il lui fallut néanmoins trouver un moyen de le contourner, tâche qui s’avéra plus délicate qu’il ne l’aurait espéré. Il pataugea, se mouilla jusqu’à la taille parfois, lutta par trois fois pour dégager sa monture embourbée et tomba lui-même dans la boue à plusieurs reprises. Il trouva finalement un passage entre les arbres où il pouvait s’engager au sec et l’emprunta sans attendre. Judicieux ou non ce choix lui permit, même s’il dû pour cela faire un détour, de contourner un moment la zone marécageuse. Après de longues minutes au sec, il se résigna à retourner vers l’eau pour poursuivre sa route.
Il passa encore près d’une heure à lutter contre les sangsues et les mouches avant de voir la fin de cette étape.
Sale, fatigué par cet effort superflu et de plus en plus troublé par l’absence de traces de chevaux ou même d’un sentier clair, il poursuivit son chemin malgré une lassitude croissante. Peu après, il déboucha enfin sur la Grismérie, calme et claire à cet endroit de l’Arden. S’accordant un instant pour se rafraîchir et se laver le visage il partit à la recherche d’un moyen de franchir les flots qui prit la forme après une relativement courte période de recherche d’un vieux bac abandonné. L’utilisant, le sieur Schwytz quitta avec son fidèle compagnon équidé le duché de Gisoreux pour l’Artenois qui sonnait alors comme une promesse de changement.

Son entrée sur ce nouveau domaine lui laissa pourtant une impression mitigée. A première vue, il n’y avait aucune réelle différence entre les deux rives à ce qu’il pouvait voir. Lorsqu’il arriva enfin de l’autre côté après une traversée sans encombre mais qui lui prit encore un long moment, il se remit en route sans attendre.
Il chemina tant bien que mal au milieu des ronces, des fougères et des arbres noueux. A cet endroit, la forêt était de nouveau assez eclairée et presque accueillante si ce n’était qu’il y était impossible de poser le pied sans risquer de se griffer sur quelque plante urticante. Toutefois, la difficulté de progression allant croissante à chaque mètre, le chevalier se devait de changer régulièrement de trajectoire et c’est de cette manière qu’il finit par plus ou moins perdre sa direction. Bien sûr, il savait encore à peu près d’où il venait mais les nombreux détours qu’il avait opéré rendaient plus dure à chaque fois son orientation. Pendant deux jours, il erra. La forêt était un lieu dangereux pour les voyageurs isolés et très peu d’hommes égarés y retrouvaient leur chemin, ce que la naturez ne manqua pas de lui rappeler. Ca et là, des restes d’armes et d’armures rouillées étaient coincés sous la mousse et quelques restes humains apparaissaient parfois. Pourtant, la forêt elle-même était calme, comme si la nature avait repris ses droits depuis longtemps malgré la mort de ces guerriers jadis vaillants et fiers. Ici, des chevaliers de tous rangs se trouvaient enfin à égalité. Qu’importait leur naissance et leur famille ou même la façon dont ils avaient fait face à la mort, tous n’étaient plus que de vulgaires morceaux d’os oubliés de tous et laissés sans sépultures.

Maculé de sang et de crasse, Friedrich continuait sa route, trébuchant et la main serrée sur sa bride pour empêcher à son compagnon de fuir. Soudain, le sol sembla céder sous son poids et il se retrouva dans ce qui semblait être une tanière.
L’odeur y était pestilentielle et, pour le coup, le paladin se retrouvait coupé de sa monture restée en haut. Esseulé, ignoré du monde, Friedrich chercha une issue, devant pour cela faire mouvement dans le noir total. Il marcha dans le dédale des tunnels, épée en main, pleinement conscient de se trouver dans la demeure d’une créature monstrueuse même si, au fond de lui, il l’espérait abandonnée.

C'est alors que Friedrich s’arrêta, tétanisé. Ni l'obscurité, ni la fatigue ne l'empêchaient de voir ce qui se tenait face à lui à présent. Une immense bête semblable à un ours géant que l’on aurait croisé avec quelque loup difforme se tenait devant lui, rongeant les restes d’une biche en grognant. Jamais il n’avait vu pareille chose et ne douta pas qu’il s’agissait là de l’un des nombreuses bêtes sauvages inconnues qui habitaient ce vaste bois. Sans se poser de question, le chevalier de Schwytz se jeta sur elle la lame la première. La suite des événements fut pour le moins confuse, les coups portés par le chevalier vinrent pour la plupart s’enfoncer dans le pelage de l’animal sans qu’il puisse dire s’ils avaient effectivement pénétrée sa chair et les mouvements désordonnés de la bête ne l'aidaient pas à y voir plus clair. Il frappa comme un forcené, encore et encore, avant de prendre la fuite dans l'ombre. Tandis qu’il courait et rampait vers la sortie, d’ignobles rugissements résonnaient. Sans se retourner, il poursuivit sa route.

Le chevalier des montagnes pria la Dame de toute son âme et la lumière lui apparut enfin. Il venait de trouver une sortie. L’instant suivant, la créature arriva à son tour à l'extérieur, écumante de rage et avide de revanche. Friedrich fut renversé, écrasé sous le poids de la bête qui lui asséna coups de griffes et morsures avec une violence et une puissance qui auraient pu tailler un sanglier en pièces. Il lutta pour sa survie, son bouclier vola presque en éclat et de nombreux anneaux de sa cotte de maille lui rentrèrent dans la peau. Le malheureux combattant se rappela alors les nombreux restes qu'il avait vu en chemin et se voyait déjà parmi eux. Dans une dernière action pleine de désespoir, il s'empara de son épée et l'enfonça profondément dans la gueule de la chose qui s'affaissa pour ne plus jamais bouger.

Le seigneur de Schwytz avait la vie sauve mais se trouvait désormais perdu et sans monture dans un milieu hostile. Remerciant la Dame, il reprit une fois encore la route. En lui grandissait un sentiment de mécontentement car aucun ménéstrel n'écrirait jamais sur les hauts-faits qu'il avait déjà accomplis. Il jugea cela bien injuste.
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You'll take my life but I'll take yours too
You'll fire you musket but I'll run you through
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MessageSujet: Re: A la poursuite du faux Astrabell   Lun 23 Oct 2006 - 15:47

Neuvième partie : la sombre forêt

« Je n’irai pas plus avant ! » cria Arius, en arrêt devant les flots déchaînés.
- Le vaillant Arius de Chort craindrait-il le bain ? dit Théobald d’un air amusé.
- Un bain, dites-vous ? Mon fidèle destrier semble plutôt considérer cela comme un torrent furieux ! répliqua Arius, réticent.

La troupe avait continué vers le nord pendant près de deux heures encore avant de trouver le fameux « gué » évoqué par Lot auparavant. Cependant, loin de ressembler à un gué à proprement parler, ce gué n’était rien de plus qu’un passage où l’eau était moins profonde sans pour autant que les courants y soient moins violents. La compagnie devait pourtant traverser ici si elle voulait avoir une chance de rattraper le retard qu’elle avait accumulé.

- Je passerai le premier, dit Lot d’Orcadie en faisant avancer son cheval dans l’eau.
- Lot, avez-vous perdu l’esprit ? Ne nous précipitons pas ainsi, dit Henri.
- La peste soit de la frilosité ! souffla le vieux paladin.
- Il semblerait que les chevaliers de la trempe de Lot fassent fi des dangers, dit Théobald en regardant le vieux chevalier pénétrer dans l’eau.
- Allons, c’est folie que de vouloir suivre cette route ! Traverser une armée d’orques sauvages me semblerait moins risqué, déclara Arius toujours aussi peu motivé par l’option qui lui était proposée.

Tandis que ses compagnons discutaient, le vieux Lot s’engageaient dans l’eau, assis sur sa selle et serrant de toutes ses forces les rênes de sa monture. Son cheval luttait tant bien que mal contre la phénoménale puissance de la rivière qui lui fouettait les flancs. Très vite, il eut les pattes entièrement submergées et eut à produire un effort considérable pour garder la tête hors de l’eau tout en soutenant le poids du chevalier de la Quête. Arrivé à un peu plus d’un tiers du parcours, Lot descendit de selle et se plaça à côté de son animal, les bras enserrés autour de son encolure.
Ses trois compagnons observaient sa progression avec appréhension, inquiets pour leur camarade et sa santé mentale.

« Il n’y arrivera jamais ! » laissa échapper Arius.
- Il a parcouru la moitié du chemin, il va le faire, il le doit, tenta de se convaincre Théobald.
C’est alors qu’un courant plus fort que les autres généra une vague qui manqua d’engloutir le vaillant sir Lot qui disparut pendant un instant. Horrifiés, ses trois compagnons restèrent bouche bée craignant le pire. Le vieux chevalier émergea enfin après ce qui leur sembla être une éternité et cracha par la bouche un long jet d’eau comme s’il s’était trouvé être une fontaine humaine.
Les trois paladins soupirèrent de soulagement et l’un d’entre eux ne manqua pas d’affubler du titre de fou le noble chevalier de la Quête qui continuait sa route dans une eau toujours plus dangereuse et traîtresse. Manquant encore de se noyer par trois reprises, le vieux chevalier arriva enfin à l’autre bout et s’y laissa choir, totalement épuisé. Ses cheveux blancs et sa barbe ruisselaient, son tabard était semblable à un drap qui l’on aura jeté dans un lac et de l’eau s’échappait par toutes les mailles de son haubert mais, pourtant, il était en vie, ce qui encouragea Henri de Volvestre à suivre son exemple. Il s’engagea dans l’eau sans attendre, sous le regard des deux autres.

- J’ai la désagréable impression que nous n’y couperons plus à présent, gémit Arius.
- Il faudra plus que de l’eau pour arrêter des guerriers de notre rang, rétorqua Théobald.
- Certes mon ami, mais je suis un guerrier et non un marin aussi aurais-je préféré éviter l’humiliation d’une traversée aquatique.
- Remarquez, jamais je n’aurais cru que l’eau, sous quelque forme que ce soit, puisse avoir vos faveurs, dit Théobald en souriant.
- Avez-vous déjà entendu parler du miracle de Saint-Emilien ? questionna Arius. C’est un conte très répandu parmi la gueusaille de Bordeleaux. Saint-Emilien est un fameux vignoble de la région de Bordeleaux très réputé pour la qualité de ses vignes et le fait que la Dame y apparut un jour pour y changer toute l’eau en vin à la plus grande joie des habitants.
Ah ! Si seulement la Dame pouvait en ce jour accomplir pareil miracle dans la Grismerie, j’aurais sans conteste moins de réticence à aller me noyer.

Théobald éclata de rire mais acquiesça néanmoins sur la dernière partie car lui non plus ne savait pas vraiment nager et craignait les caprices des cours d’eau. Cependant, même s’ils n’aiment pas ce qu’ils allaient devoir faire, ni l’un ni l’autre n’avait l’intention de baisser les bras et la seule vraie raison qui faisait qu’ils ne s’étaient pas encore jetés à l’eau était le fait qu’il valait mieux passer un par un car il suffisait que celui de devant perde pied et ne bloque le passage du suivant pour que tous deux se noient.
Henri mit un certain temps à passer, contenant difficilement la furie du fleuve mais parvint tout de même de l’autre côté. A son tour, il s’adossa à un arbre et laisse sa monture reprendre des forces en attendant les chevaliers de Havras et Bastogne.
L’un après l’autre, Théobald puis Arius effectuèrent leur traversée de la Grismerie avec autant de calme et de concentration qu’ils le purent. Ne dérogeant pas à la règle, ils burent la tasse à maintes reprises et firent leur entrée en Artenois complètement imbibés d’eau. Après de longues minutes, car la Grismerie était large de bien des coudées, ils s’accordèrent à leur tour un repos bien mérité.

- Alors, pas de miracle pour vous non plus ? vint demander un Théobald bien essoufflé à ce qui semblait être une éponge humaine.
- Hélas non ! Et, pire que tout, j’aurais perdu une partie de mon équipement dans l’eau, se plaignit Arius, manifestement fort abattu.



Les quatre chevaliers étaient presque secs, même s’il était clair que leurs cottes avaient besoin d’être huilées et roulées, leurs montures étaient encore fébriles et trempées et ainsi décidèrent-ils de ne point remonter en selle pour le moment. Ils firent mouvements vers l’Ouest.
Il passèrent le reste de la journée à marcher dans cette grande forêt de chênes, ne voyant rien d’autre que quelques écureuils et autres rongeurs sylvestres. Le sol était tapissé de feuilles mortes, chose normale en ce début d’Automne et un petit nombre d’arbres avaient commencé à jaunir même si l’ensemble semblait encore largement vert. De temps à autres, des glands et des marrons tombaient, donnant l’illusion d’une activité alentour mais, si présence hostile il y avait, elle ne semblait pas vouloir attaquer une compagnie de quatre chevaliers en armes.
Parfois, la troupe déboucha dans des clairières et eut même l’occasion de voir les restes d’une vieille hutte, mais aucun être vivant plus gros qu’un corbeau ne se manifesta. Cependant, la compagnie savait fort bien que