Le Royaume de Bretonnie
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 [LTIMNP] : L'aventure.

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Mictlantecuhtli
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MessageSujet: [LTIMNP] : L'aventure.   Ven 7 Déc 2018 - 2:43

LONGINQUAE TERRAE IN MARIA NEBULOSA PERDITAE


L'an 836 de l'Unification.
Duché de Lyonesse, à 20 lieues au nord de la nouvelle frontière du Moussillon.


« Inutile de se voiler la face, je suis bel et bien perdu. »

Ainsi pensait le jeune Hoël, écuyer du duc de L'Anguille, parti de Couronne depuis dix jours et porteur d'une importante missive pour le nouveau Roy. Juché sur son fier étalon, il se trouvait pour l'heure sur un ancien sentier forestier qu'il avait pris - à tort - pour un raccourci au travers de la forêt d'Arden. Maudissant son initiative malheureuse qui risquait de lui faire perdre un temps précieux, il talonna sa monture pour l'inciter à franchir d'un bond les épaisses broussailles qui lui barrait le passage. Les membres lacérés par de cruelles épines, l'animal hennit de douleur mais poursuivit sa course avec opiniâtreté.

Bien que sensible aux souffrances de son compagnon, Hoël avait un autre sujet d'inquiétude : sous les épaisses frondaisons des chênes pluricentenaires, les pâles rayons du soleil d'automne ne parvenaient pas à se frayer un chemin, ce qui rendait presque impossible toute tentative de s'orienter dans ce dédale végétal.

Au bout d'une paire d'heures de cette progression lente et louvoyante, le jeune écuyer commença à céder au désespoir. Bien des hommes plus expérimentés que lui s'étaient aventurés dans ces régions sauvages et inhospitalières pour n'en jamais revenir ; alors que pouvait espérer accomplir un apprenti chevalier qui en était à sa première mission ?

Malgré la peur qui le tenaillait à la perspective de devoir passer une nuit dans la forêt, Hoël n'en était pas moins doué de raison et de sens logique. C'est ainsi que, avisant un petit cours d'eau qui s'écoulait sans bruit entre des buissons de joncs, il prit la décision de se laisser guider par la nature. Sans émettre le moindre signe de protestation, sa monture entra dans le lit du ruisseau où un courant frais et limpide baigna ses nombreuses meurtrissures. Par une légère pression des jambes sur les flancs de l'animal, le cavalier lui fit adopter un trot léger qui soulevait des gerbes d'eau avec une rassurante régularité. Dans cette région du Royaume, tous les cours d'eau devaient suivre la direction générale de l'ouest pour rejoindre la mer ou celle du sud pour se jeter dans la Grismerie. L'une comme l'autre lui éviterait de rebrousser chemin ou de s'enfoncer d'avantage dans les bois et, tôt ou tard, il finirait par déboucher sur les vastes prairies de l'arrière-pays.  

L'après-midi était déjà bien avancée et le soleil déclinait lorsque enfin les arbres commencèrent à s'éclaircir pour céder progressivement la place à une plaine vallonnée. Cette vision aurait eu de quoi transporter de joie n'importe quel voyageur égaré, mais, en cette époque sombre et troublée, Hoël était parfaitement conscient des horreurs qui l'attendaient sur les terres des hommes.

Ayant mené son cheval hors de l'eau, il le lança au galop vers le sud-ouest sans s'autoriser à relâcher sa vigilance. Les deux années qui venaient de s'écouler avaient vu le royaume être ravagé par la maladie, presque mis à genoux par une invasion massive d'hommes-rats et finalement déchiré par la traîtrise de ceux-là même qui avaient sauvé le pays de la ruine. Tant de morts, tant de misère, et tellement d'autres peines à venir ... Dans un tel contexte, quiconque baissait sa garde risquait de finir dans l'une des innombrables fosses communes ; gueules béantes qui depuis des mois avalaient les corps sans discontinuer.

Hoël avait lui-même perdu de nombreux membres de sa famille durant ces évènements tragiques, dont son père et son frère aîné, aussi chassa-t-il ces sombres pensées de son esprit pour se focaliser tout entier sur l'objectif de sa mission. Le Roy Philippe, qui avait succédé à son père assassiné par le duc Mérovée, était parvenu à abattre le traître et menait depuis des mois le siège de Moussillon. Pour le nouveau souverain retenu loin du trône, les informations contenues dans la lettre du duc de L'Anguille revêtaient peut-être une importance capitale. Et il lui incombait à lui, Hoël de Gânet, que le pli scellé soit remis en temps et en heure.

Mu par cette pensée, il s'apprêtait à forcer l'allure de son cheval déjà écumant lorsqu'il aperçu au loin le tracé d'une route grossièrement pavée. Entre elle et lui s'étendait une large prairie d'herbe rase, piquée çà et là d'arbres esseulés et de rochers aux formes érodées par les vents. Adossé à l'un d'entre eux, un paysan entouré de quelques chèvres s'était abandonné au sommeil. Sa présence en ce lieu suggérait la proximité d'un village où Hoël pourrait se restaurer et changer de monture afin de poursuivre son voyage, aussi s'avança-t-il jusqu'à sa hauteur avant de l'interpeller :    

Oh là l'homme, rends-toi utile et dis moi si ce chemin là-bas est bien la grande route du sud.

Mais son interlocuteur ne daigna pas relever la tête encapuchonnée qu'il maintenait obstinément posée contre sa poitrine. Pressé par le temps, irrité par cette indolence, Hoël sauta lestement de selle pour secouer ce gueux qui tardait à lui accorder l'aide dont il avait désespérément besoin.

Par la Dame ! Vas-tu au moins me dire où se trouve ton villa...

La vision de cauchemar qui s'offrit alors à lui le tétanisa tout entier et le rendit muet de terreur. Ses mains enserraient un visage ravagé par des bubons suintants. Une bouche horriblement déformée laissait apparaître des rangées de dents noircies, tandis que les orbites vides étaient semblables à deux puits noirs qui menaçaient de l'aspirer vers le néant.


C'en était trop pour le jeune écuyer déjà fort éprouvé par ses récentes mésaventures. Ses jambes flageolantes ne lui permirent pas de conserver son équilibre et il partit à la renverse en poussant un cri d'effroi. Le spectacle répugnant de la mort et la crainte de la contagion lui firent battre des bras et des jambes pour s'éloigner du cadavre aussi vite que possible.

Incapable de se relever, tremblant des pieds à la tête et les yeux inondés de larmes, Hoël demeura ainsi un moment, vif gisant non loin d'un mort assis. Telle était désormais la réalité d'un royaume où les défunts se comptaient en aussi grand nombre que les vivants, ces derniers ignorant si leur sort était le plus enviable.

Il fallut encore de longues minutes pour qu'Hoël surmonte le choc de cette découverte et remonte péniblement sur le dos de son étalon. Sans un regard en arrière, l'esprit envahi par le doute et de sombres pensées, il s'engagea sur la route avec le fol espoir qu'elle le mènerait en droite ligne jusqu'aux pieds du roi.

Au terme du jour, rompu de fatigue et accablé de chagrin, il fit halte dans les ruines d'une grange en bordure d'un village ravagé par la guerre et désormais dépeuplé. Le regard perdu dans le ciel étoilé qui déployait son immensité scintillante au dessus de sa tête, il se pelotonna auprès d'une maigre flambée et tenta de glaner quelques heures d'un mauvais sommeil en vue de son étape du lendemain. Dans le tourbillon d'un monde en proie à la folie et aux ténèbres, c'est dans l'exécution des tâches qu'on leur confiait que les humbles tels que lui trouvaient un roc auquel s'accrocher.

_________________
Seigneur d'Aurevallis, chevaucheur du bourdon géant d'Arden, membre du Saint Conseil


Dernière édition par Mictlantecuhtli le Sam 8 Déc 2018 - 21:33, édité 1 fois
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Niger
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MessageSujet: Re: [LTIMNP] : L'aventure.   Sam 8 Déc 2018 - 4:01

"Pays de fous !!!"

C'est sur ce cri de dépit et de rage que le Loup Noir, il y a peu encore homme de guerre à la solde des barons batailleurs du Nord, à la tête de sa douzaine de fiers, rudes et amicaux mercenaires de Gasconnie, s'arrêta dans un fossé, au pied d'un vieux chêne, pour reprendre son souffle.

Epuisé, les vêtements lacérés et couverts de boue après une poursuite de deux jours, il n'entendait plus ni cris de haine ni aboiements féroces à sa suite. Sans doute avait-il semé ses poursuivants ?

Il jeta un oeil sur l'équipement qu'il avait pu préserver : une hache de belle facture, légère, solide et tranchante, un fort coutelas courbé, très vieux compagnon de route, et un bouclier noir, porté au dos, duquel il retira deux flèches.

"Ici ou ailleurs, ils ne m'auront pas vivant, en tout cas."

Il déposa les deux fers dans sa besace, à côté de sa poche à feu, et ferma les yeux un instant, pour goûter un peu de calme et sentir l'air du coin...  

"Foutu piège quand même ! Ce brenneux de Morthomme a non seulement oublié de me solder, ce qui est un moindre mal, mais il a voulu en outre me faire rouer vif par ses gueusards de sergents. La guerre ne vaut plus grand chose dans ce pays maudit... Barons, ducs, comtes et chevaliers, tous ont moins de noblesse et de vertu que leurs chiens et leurs chevaux !"  

Tout homme ayant ses limites, il lui fallait se reposer un peu, se laver et dormir. Le reste attendrait.

Rassuré par le silence régnant à l'orée du bois, il entendit bientôt le frémissement d'un petit torrent. Il se releva, marcha une centaine de pas sous le couvert arboré et arriva bientôt sur la plage de sable gris d'une onde vive et limpide, bordée de talus, d'arbres et de pierres avivées. Ce paysage lui rappelait, les pentes, la force sauvage et le fracas des galets roulants en moins, les gaves de ses montagnes d'origine.

"Eh bien, Sire Loup, tu es à la maison pour cette nuit."

Il se dévêtit consciencieusement, ne gardant que son coutelas à portée de main, entra dans l'eau et alla boire à une petite source qui suintait de la roche. Cette eau était fraîche, avec une saveur prononcée d'ardoise et de lichens, un vrai bonheur... Jamais aucune table ducale n'en offrait de pareille !

Il avisa un abri sous les racines émergeantes d'un arbre immense et s'y fit un abri de fortune, disposant forces mousses et fougères au sol. Il tressa ensuite un clayon sommaire pour se garantir de toute intrusion, humaine ou animale.

Harassé mais prudent, il éviterait de faire un feu ce soir, au cas où ses poursuivants seraient encore dans les environs. Le lendemain, reposé, il irait rôder autour d'un village qu'il avait aperçu au loin, en passant, pour tenter de rober une poule, un jambon ou un fromage... ou peut-être offrirait-il ses bras pour faire du bois et gagner honnêtement un repas et de la chaleur humaine ?  

Il se glissa dans sa tanière, s'enveloppa dans son manteau et s'endormit, le ventre creux mais vivant.
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Chevalier Rouergue
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MessageSujet: Re: [LTIMNP] : L'aventure.   Sam 8 Déc 2018 - 11:09

Des rafales de vent balayent les champs alentours, provoquant comme des vagues dans les herbes hautes. Dans le ciel les nuages défilent à toute allure accentuée par les bourrasques.
Les haies d'arbres subissent les souffles furieux avec affolement, mais malgré la puissance apparente, la région en a vu d'autres ! Ce qui était parti pour être une belle journée ensoleillée est à présent une journée froide.
Seules les pierres et les rochers, dans tout ce maelstrom, restent insensibles à l'air qui se déchaîne !
Les pierres ... et le fer forgé, caractéristique des constructions de la région. Les murs secs, les campaniles d'aciers au sommet des chapelles, les maisons en pierres blanches et les toits en tuiles.
Sur les abords du village même les moutons et les chèvres restent à l'abri du grand vent.
Tout comme moi, derrière la vitre de cette auberge providentielle dont je goûte le repos avec une certaine satisfaction.
J'aime le vent ... En fait j'aime regarder lorsque la nature est furieuse, le bruit du vent dans les oreilles, l'odeur et l'ambiance de la pluie, l'illumination d'un éclair au milieu d'une nuit tempétueuse ... Mais paradoxalement j'aime mon confort ... Mon château me manque ... Et finalement je ne me suis que très rarement arrêté chez d'autres seigneurs ... Il y a 20 ans, lorsque j'ai commencé ma quête, je pensais vraiment que "les appels à l'aide" me mèneraient de fil en aiguille à participer à de grands événements. Mais non. Lorsque que le roi Louis est mort, j'étais en Brionne. Lorsque les Skavens ont attaqué le sud, j'étais dans le Duché de L'Anguille. Rien de bien glorieux ...
Mais je me force à arrêter là mes divagations pour éviter le ridicule : il n'y a là que le patron de l'établissement pour m'écouter. Ces derniers temps, les clients sont rares et les voyageurs encore plus. Le village est presque désert.
Mais l'heure de la journée avance ...
J'ai déjà dormi ici, je dois repartir. Je le paie et le remercie pour son hospitalité. Que la Dame le garde.
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Toison d'or
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MessageSujet: Re: [LTIMNP] : L'aventure.   Sam 8 Déc 2018 - 21:27

Deux fois déjà depuis la pique du jour le grand vieux cerf avait fait défaut, dont une en battant l'eau. A chaque fois la meute, menée par Courtoise, avait rabattu, se récriant joyeusement en retrouvant la voie de bon temps. Ascelin faisait, à son habitude, confiance à sa vieille lice qui gardait le change. Sans clabauder il avait lancé Veillantif, son jeune roncin baucent de robe, à travers épais fourrés et halliers touffus. Couché sur le cou de sa monture, cramponné aux rênes ou dansant sur ses étriers pour franchir rus et troncs couchés il ressentait comme jamais l’excitation de la poursuite. Oui, c'était ces moments qui valaient la peine de vivre, lorsque le vent et les jeunes branches lui cinglaient le visage et les sangs, que les cris de la meute et les répons des autres chasseurs retentissaient autour de lui. Certes, d'autres poursuites pouvaient avoir leur charme, telle celle mené deux jours auparavant contre une troupe de malandrins d'outre Brienne. Deux jours et deux nuits pour les surprendre, juste avant qu'ils ne franchissent le gué qui les ramenait à leur bauge. L'affaire avait été chaude et il se sont tous défendus mieux qu'un vieux solitaire. Leur chef savait se battre et il lui avait donné maille à partir avant de rompre le combat pour traverser le fleuve et rejoindre ses quelques brics rescapés. Il avait laissé deux fripons sur le terrain ainsi que dix des douze têtes de bétail qu'il avait razzié. Malgré sa frustration, Aymeric pouvait être fier. Mais cette satisfaction n'était rien face à sa jubilation lors qu'il aperçut entre les frondaisons la silhouette du vieux dix-cors bien branché.
- Vol ce l'est ! , tayaut, tayaut !
Sans apenser davantage il saisit sa trompe et sonna l'hallali. Il entendait à travers bois les chevaux de Godefroy et d'Aymeric, ses vaillants compaigns de chasse et de ripailles qui faisaient force d'éperon pour le joindre à temps.

Fièrement campé face à la meute de chiens courants, le cerf s'apprêtait à livrer son dernier combat. Souplement, Aymeric sauta à bas de sa monture, il dégaina Hauteclaire son épée et s'avança vers la bête fauve. Sa vesture, chaperon vert, le torse ajusté dans un pourpoint de cuir noir, des chausses, noires également, qui s’enfonçaient dans des heuses de daim souples armées d'éperons de bon achier, était bien adaptée aux exercices physiques et mettait en valeur sa haute taille et sa belle prestance. Damoiselles ou filles de tavernes, la gent féminine restait rarement insensible à sa présence, à moins que ce ne fut à ses yeux clairs et perçants moult fois cachés par de longs cheveux blonds en bataille.. Il respira à pleins poumons l'air piquant du petit matin.

Il contempla à nouveau le dix-cors qui venait, d'un coup d'andouiller rageur, de navrer un vautre un peu pressant. Du coin de l’œil, Ascelin aperçu Courtoise qui se tenait à l'écart du béhourd, préférant encourager ses compères de la voix. D'un pas assuré, il s'avança pour servir l'animal ...

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Mes titres : Toison d'or, chevalier à l'épée de bois, roi d'armes du Très-Noble et Respectable Ordre Chevaleresque des Gros Glands Incapables de Terminer leurs Figs à Temps pour les Concours du Foroume ; chevalier du slip sur la tête ; également connu comme Très-Haut et Très-Saint Prince des Barbouilleurs de Figs ou comme "Toison de Vinci" ; admis à siéger parmi les illustrissimes et révérendissimes membres du conseil de cet auguste forum, porteur enfin de super pouvoirs d'administrateur  ...mais, s'il vous plait, continuez de m’appeler "Toison".
N'hésitez pas à visiter mon site

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Kaops
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MessageSujet: Re: [LTIMNP] : L'aventure.   Dim 9 Déc 2018 - 13:29

.
    Amaury était déçu, encore. Mais le plus frustrant était peut-être le fait que cela devenait presque une habitude.

    Légèrement vouté sur son destrier, le chevalier errant aquitain maugréait pour lui-même mais aussi, il ne le savait que trop bien, en vain. Après tout, râler de la sorte n’allait pas faire changer d’avis le seigneur gisorois qu’il venait de quitter peu de temps auparavant. Encore un espoir bref qui finissait en désillusion dès la première demande prononcée… Néanmoins, avec un énième soupir, le bretonnien se redressa enfin. Il se devait de rester optimiste malgré sa longue série de déboires dans un pays qui peinait à se relever des dernières guerres. De toute manière, si lui-même ne faisait pas cet effort, personne ne serait là pour le faire à sa place.

    Tout en grattant sa barbe noirâtre de quelques jours – il devrait penser à se raser d’ailleurs – Amaury contempla distraitement la route qui s’étendait devant lui. Un petit sous-bois semblable à tant d’autres dans cette région l’attendait. Oh, joie. Le chevalier en vint même à regretter brièvement les paysages champêtres de son duché natal. Puis, il se rappela des habitants, de sa famille et il se dit qu’en fin de compte, il était bien mieux ici.

    Par habitude, l’aquitain vérifia les sangles en cuir fatigué de son équipement tout aussi harassé avant de talonner son cheval. Dans le même mouvement, il farfouilla dans un sac de voyage attaché à la selle sur laquelle il reposait pour en tirer un petit ouvrage. Une sorte de compilation de contes bretonniens. Rien de bien folichon, mais une longue route l’attendait avant de rejoindre le prochain duché, alors autant s’occuper l’esprit un tant soit peu. Qui plus était, avec quelque chose d'intéressant pour changer. A nouveau, l’habitude fit qu’il tint le livre d’une main alors que sa deuxième allait se poser sur le pommeau de sa lame. Il avait horreur de se tenir ainsi, toujours prêt à répondre à une sempiternelle embuscade d’un ennui mortel. Mais il fallait faire avec son temps.

    Les heures passèrent et se ressemblèrent. Les changements de pages ponctuaient de leurs chuintements sobres son voyage au même titre que les claquements des sabots de son destrier. Et à nouveau, malgré l'hésitation qui voulait l'accabler, Amaury se laissa pourtant porter par une idée simple. Une conviction qui le suivait depuis le début de son errance : Le prochain serait le bon.
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Alain de Saint Jean
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MessageSujet: Re: [LTIMNP] : L'aventure.   Dim 9 Déc 2018 - 13:45

Enguerrand parti de Perrache avant l'aube, en toute discrétion, avec pour seule personne assistant à son départ son oncle, lequel lui prodigua d'ultimes conseils tout en lui rappelant les devoirs d'un bon chevalier Bretonnien:

"Croire en la Dame et sa puissance, la servir, elle et les enchanteresses qui la représentent, défendre veuve et orphelin, et surtout toujours utiliser son épée pour le bien..."

Cette dernière remarque l'avait laissé perplexe, comment pourrait-il en être autrement!!!???...

Songeur, Enguerrand avait alors rejoint un groupe de pèlerins en partance pour la "Humble Chapelle" afin de demander à la Dame de reprendre  en grâce ce pays si tragiquement marqué...

Il assurerait leur "protection", mais il restait persuadé en son for intérieur que la seule qui vaille en ces temps de misères était le nombre, qu'importe qu'il fût constitué de simples manants...
Le voyage s'avéra long, routinier et fastidieux au possible, l'essentiel de sa fonction de protection consista surtout à éviter que les pèlerins ne commettent des excès sur les rares populations rencontrées.

"Comment peut-on prier la Dame et, en même temps, piller sans vergogne les biens d'autres malheureux???..." Voilà une question qu'il ne cessait de ressasser en son for intérieur, le rendant encore plus taciturne qu'à l'habitude...

Heureusement, sa carrure et son impressionnante épée suffisaient à calmer toute émergence d'égoïsme, mais la faim pouvait pousser à bien des extrémités, il le savait... A de nombreuses reprises il "acheta" un animal déjà volé, tué, cuit et mangé par les pèlerins, à son légitime propriétaire...

Plus ils s’approchaient de leur destination plus les campagnes environnantes ne laissaient voir pour seul paysage que ruines et désolation... Nombre de hameaux traversés étaient vides de toute vie, seuls les animaux de basse-cour, redevenus sauvages, animaient de leur présence les villages incendiés ou les fermes abandonnées...
Outre l'avantage de fournir aux pèlerins une nourriture, certes difficile à attraper mais régulière, cela permettait à la bourse d'Enguerrand, déjà bien diminuée de son modeste pécule, de trouver un repos bien salutaire...

La tension consécutive à environnement immédiat restait palpable au sein du groupe, l'angoisse montant d'un cran à chaque nouveau charnier, chaque nouvelle dépouille, fussent-ils de plusieurs mois voir plus encore...

Arrivé à destination, Enguerrand reçu un manteau mité et sale, en fait guère mieux qu'une couverture, de la part de ses protégés en guise de remerciement pour ses bons offices... Après s'être empressé de le faire nettoyer (contre ses dernières pièces), il passa une dernière nuit en la salle d'accueil de la "Humble Chapelle" confiant en son sommeil quant à la nouvelle destination qu'il prendrait au lendemain...
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Gromdal
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MessageSujet: Re: [LTIMNP] : L'aventure.   Lun 10 Déc 2018 - 13:01

Assis sur un fût de bois à côté d'un âtre crépitant, Jehan contemplait sa gourde d'eau d'un oeil absent. La poche de cuir usée était presque vide... Il allait falloir trouver de quoi la remplir bientôt.

Soudainement, le chevalier cracha avec véhémence et dégoût sur les flammes.

"Contrée maudite." grinça-t-il entre ses dents. Tout le duché allait à vau-l'eau. La peste, la trahison du duc... Et pire encore, il était arrivé trop tard pour profiter des évènements. Les chevaliers du roy étaient partis, abandonnant derrière eux une région ravagée, qui se noyait dans son propre pus. Et la métaphore était à peine surfaite: partout où il était allé, il n'avait croisé que pestifiérés, répandant leurs cadavres dans les rues et sur les routes, et leur maladie sur la nourriture et dans leurs puits. Jehan en était arrivé à deux simples conclusion : d'une, il était arrivé trop tard pour saisir sa chance d'accéder à la gloire, et de deux il devait quitter le duché. Au plus vite.

Pour cela, il remerciait ses voyages par l'Arabie, où les médecins étaient bien plus compétents que les quelques apothicaires que l'on trouvait en Bretonnie : Depuis qu'il s'était rendu compte de la situation, il n'avait plus touché qu'à ses propres provisions, toujours rempli sa gourde d'eau dans les rivières à l'eau claire, éloignées de tout hameau. Les seules personnes avec qui il avait eu du contact, s'était à la pointe de l'épée. Il n'était pas question de mourir ici, comme un rat, encore moins aussi prêt de l'Artenois et de l'espoir de quitter la contrée grangrénée.

Ignorant le tavernier avachi sur le comptoir, le sang s'écoulant encore à petit flot de sa gorge promptement tranchée, Jehan sortit prestement de l'auberge, détacha son cheval et l'élança sur la route caillouteuse. Un tas de cendre encore fumantes, témoignage des habitants du village perdus à la maladie, se tenait à la sortie du hameau. Il le dépassa sans un regard.
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