Le Royaume de Bretonnie
Bienvenue en Bretonnie, manant(e) ! N'oublie pas, avant toute chose, de te présenter selon le Sainct Patron de Présentation dans la section prévue à cet effet : http://labretonnie.forumactif.com/t1-presentation-voici-le-patron-que-vous-devez-suivre



 
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 [LTIMNP] : L'aventure.

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Mictlantecuhtli
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Mictlantecuhtli

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MessageSujet: [LTIMNP] : L'aventure.   Ven 7 Déc 2018 - 2:43

LONGINQUAE TERRAE IN MARIA NEBULOSA PERDITAE


L'an 836 de l'Unification.
Duché de Lyonesse, à 20 lieues au nord de la nouvelle frontière du Moussillon.


« Inutile de se voiler la face, je suis bel et bien perdu. »

Ainsi pensait le jeune Hoël, écuyer du duc de L'Anguille, parti de Couronne depuis dix jours et porteur d'une importante missive pour le nouveau Roy. Juché sur son fier étalon, il se trouvait pour l'heure sur un ancien sentier forestier qu'il avait pris - à tort - pour un raccourci au travers de la forêt d'Arden. Maudissant son initiative malheureuse qui risquait de lui faire perdre un temps précieux, il talonna sa monture pour l'inciter à franchir d'un bond les épaisses broussailles qui lui barrait le passage. Les membres lacérés par de cruelles épines, l'animal hennit de douleur mais poursuivit sa course avec opiniâtreté.

Bien que sensible aux souffrances de son compagnon, Hoël avait un autre sujet d'inquiétude : sous les épaisses frondaisons des chênes pluricentenaires, les pâles rayons du soleil d'automne ne parvenaient pas à se frayer un chemin, ce qui rendait presque impossible toute tentative de s'orienter dans ce dédale végétal.

Au bout d'une paire d'heures de cette progression lente et louvoyante, le jeune écuyer commença à céder au désespoir. Bien des hommes plus expérimentés que lui s'étaient aventurés dans ces régions sauvages et inhospitalières pour n'en jamais revenir ; alors que pouvait espérer accomplir un apprenti chevalier qui en était à sa première mission ?

Malgré la peur qui le tenaillait à la perspective de devoir passer une nuit dans la forêt, Hoël n'en était pas moins doué de raison et de sens logique. C'est ainsi que, avisant un petit cours d'eau qui s'écoulait sans bruit entre des buissons de joncs, il prit la décision de se laisser guider par la nature. Sans émettre le moindre signe de protestation, sa monture entra dans le lit du ruisseau où un courant frais et limpide baigna ses nombreuses meurtrissures. Par une légère pression des jambes sur les flancs de l'animal, le cavalier lui fit adopter un trot léger qui soulevait des gerbes d'eau avec une rassurante régularité. Dans cette région du Royaume, tous les cours d'eau devaient suivre la direction générale de l'ouest pour rejoindre la mer ou celle du sud pour se jeter dans la Grismerie. L'une comme l'autre lui éviterait de rebrousser chemin ou de s'enfoncer d'avantage dans les bois et, tôt ou tard, il finirait par déboucher sur les vastes prairies de l'arrière-pays.  

L'après-midi était déjà bien avancée et le soleil déclinait lorsque enfin les arbres commencèrent à s'éclaircir pour céder progressivement la place à une plaine vallonnée. Cette vision aurait eu de quoi transporter de joie n'importe quel voyageur égaré, mais, en cette époque sombre et troublée, Hoël était parfaitement conscient des horreurs qui l'attendaient sur les terres des hommes.

Ayant mené son cheval hors de l'eau, il le lança au galop vers le sud-ouest sans s'autoriser à relâcher sa vigilance. Les deux années qui venaient de s'écouler avaient vu le royaume être ravagé par la maladie, presque mis à genoux par une invasion massive d'hommes-rats et finalement déchiré par la traîtrise de ceux-là même qui avaient sauvé le pays de la ruine. Tant de morts, tant de misère, et tellement d'autres peines à venir ... Dans un tel contexte, quiconque baissait sa garde risquait de finir dans l'une des innombrables fosses communes ; gueules béantes qui depuis des mois avalaient les corps sans discontinuer.

Hoël avait lui-même perdu de nombreux membres de sa famille durant ces évènements tragiques, dont son père et son frère aîné, aussi chassa-t-il ces sombres pensées de son esprit pour se focaliser tout entier sur l'objectif de sa mission. Le Roy Philippe, qui avait succédé à son père assassiné par le duc Mérovée, était parvenu à abattre le traître et menait depuis des mois le siège de Moussillon. Pour le nouveau souverain retenu loin du trône, les informations contenues dans la lettre du duc de L'Anguille revêtaient peut-être une importance capitale. Et il lui incombait à lui, Hoël de Gânet, que le pli scellé soit remis en temps et en heure.

Mu par cette pensée, il s'apprêtait à forcer l'allure de son cheval déjà écumant lorsqu'il aperçu au loin le tracé d'une route grossièrement pavée. Entre elle et lui s'étendait une large prairie d'herbe rase, piquée çà et là d'arbres esseulés et de rochers aux formes érodées par les vents. Adossé à l'un d'entre eux, un paysan entouré de quelques chèvres s'était abandonné au sommeil. Sa présence en ce lieu suggérait la proximité d'un village où Hoël pourrait se restaurer et changer de monture afin de poursuivre son voyage, aussi s'avança-t-il jusqu'à sa hauteur avant de l'interpeller :    

Oh là l'homme, rends-toi utile et dis moi si ce chemin là-bas est bien la grande route du sud.

Mais son interlocuteur ne daigna pas relever la tête encapuchonnée qu'il maintenait obstinément posée contre sa poitrine. Pressé par le temps, irrité par cette indolence, Hoël sauta lestement de selle pour secouer ce gueux qui tardait à lui accorder l'aide dont il avait désespérément besoin.

Par la Dame ! Vas-tu au moins me dire où se trouve ton villa...

La vision de cauchemar qui s'offrit alors à lui le tétanisa tout entier et le rendit muet de terreur. Ses mains enserraient un visage ravagé par des bubons suintants. Une bouche horriblement déformée laissait apparaître des rangées de dents noircies, tandis que les orbites vides étaient semblables à deux puits noirs qui menaçaient de l'aspirer vers le néant.


C'en était trop pour le jeune écuyer déjà fort éprouvé par ses récentes mésaventures. Ses jambes flageolantes ne lui permirent pas de conserver son équilibre et il partit à la renverse en poussant un cri d'effroi. Le spectacle répugnant de la mort et la crainte de la contagion lui firent battre des bras et des jambes pour s'éloigner du cadavre aussi vite que possible.

Incapable de se relever, tremblant des pieds à la tête et les yeux inondés de larmes, Hoël demeura ainsi un moment, vif gisant non loin d'un mort assis. Telle était désormais la réalité d'un royaume où les défunts se comptaient en aussi grand nombre que les vivants, ces derniers ignorant si leur sort était le plus enviable.

Il fallut encore de longues minutes pour qu'Hoël surmonte le choc de cette découverte et remonte péniblement sur le dos de son étalon. Sans un regard en arrière, l'esprit envahi par le doute et de sombres pensées, il s'engagea sur la route avec le fol espoir qu'elle le mènerait en droite ligne jusqu'aux pieds du roi.

Au terme du jour, rompu de fatigue et accablé de chagrin, il fit halte dans les ruines d'une grange en bordure d'un village ravagé par la guerre et désormais dépeuplé. Le regard perdu dans le ciel étoilé qui déployait son immensité scintillante au dessus de sa tête, il se pelotonna auprès d'une maigre flambée et tenta de glaner quelques heures d'un mauvais sommeil en vue de son étape du lendemain. Dans le tourbillon d'un monde en proie à la folie et aux ténèbres, c'est dans l'exécution des tâches qu'on leur confiait que les humbles tels que lui trouvaient un roc auquel s'accrocher.

_________________
Seigneur d'Aurevallis, chevaucheur du bourdon géant d'Arden, membre du Saint Conseil


Dernière édition par Mictlantecuhtli le Sam 8 Déc 2018 - 21:33, édité 1 fois
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Niger
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MessageSujet: Re: [LTIMNP] : L'aventure.   Sam 8 Déc 2018 - 4:01

"Pays de fous !!!"

C'est sur ce cri de dépit et de rage que le Loup Noir, il y a peu encore homme de guerre à la solde des barons batailleurs du Nord, à la tête de sa douzaine de fiers, rudes et amicaux mercenaires de Gasconnie, s'arrêta dans un fossé, au pied d'un vieux chêne, pour reprendre son souffle.

Epuisé, les vêtements lacérés et couverts de boue après une poursuite de deux jours, il n'entendait plus ni cris de haine ni aboiements féroces à sa suite. Sans doute avait-il semé ses poursuivants ?

Il jeta un oeil sur l'équipement qu'il avait pu préserver : une hache de belle facture, légère, solide et tranchante, un fort coutelas courbé, très vieux compagnon de route, et un bouclier noir, porté au dos, duquel il retira deux flèches.

"Ici ou ailleurs, ils ne m'auront pas vivant, en tout cas."

Il déposa les deux fers dans sa besace, à côté de sa poche à feu, et ferma les yeux un instant, pour goûter un peu de calme et sentir l'air du coin...  

"Foutu piège quand même ! Ce brenneux de Morthomme a non seulement oublié de me solder, ce qui est un moindre mal, mais il a voulu en outre me faire rouer vif par ses gueusards de sergents. La guerre ne vaut plus grand chose dans ce pays maudit... Barons, ducs, comtes et chevaliers, tous ont moins de noblesse et de vertu que leurs chiens et leurs chevaux !"  

Tout homme ayant ses limites, il lui fallait se reposer un peu, se laver et dormir. Le reste attendrait.

Rassuré par le silence régnant à l'orée du bois, il entendit bientôt le frémissement d'un petit torrent. Il se releva, marcha une centaine de pas sous le couvert arboré et arriva bientôt sur la plage de sable gris d'une onde vive et limpide, bordée de talus, d'arbres et de pierres avivées. Ce paysage lui rappelait, les pentes, la force sauvage et le fracas des galets roulants en moins, les gaves de ses montagnes d'origine.

"Eh bien, Sire Loup, tu es à la maison pour cette nuit."

Il se dévêtit consciencieusement, ne gardant que son coutelas à portée de main, entra dans l'eau et alla boire à une petite source qui suintait de la roche. Cette eau était fraîche, avec une saveur prononcée d'ardoise et de lichens, un vrai bonheur... Jamais aucune table ducale n'en offrait de pareille !

Il avisa un abri sous les racines émergeantes d'un arbre immense et s'y fit un abri de fortune, disposant forces mousses et fougères au sol. Il tressa ensuite un clayon sommaire pour se garantir de toute intrusion, humaine ou animale.

Harassé mais prudent, il éviterait de faire un feu ce soir, au cas où ses poursuivants seraient encore dans les environs. Le lendemain, reposé, il irait rôder autour d'un village qu'il avait aperçu au loin, en passant, pour tenter de rober une poule, un jambon ou un fromage... ou peut-être offrirait-il ses bras pour faire du bois et gagner honnêtement un repas et de la chaleur humaine ?  

Il se glissa dans sa tanière, s'enveloppa dans son manteau et s'endormit, le ventre creux mais vivant.
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MessageSujet: Re: [LTIMNP] : L'aventure.   Sam 8 Déc 2018 - 11:09

Des rafales de vent balayent les champs alentours, provoquant comme des vagues dans les herbes hautes. Dans le ciel les nuages défilent à toute allure accentuée par les bourrasques.
Les haies d'arbres subissent les souffles furieux avec affolement, mais malgré la puissance apparente, la région en a vu d'autres ! Ce qui était parti pour être une belle journée ensoleillée est à présent une journée froide.
Seules les pierres et les rochers, dans tout ce maelstrom, restent insensibles à l'air qui se déchaîne !
Les pierres ... et le fer forgé, caractéristique des constructions de la région. Les murs secs, les campaniles d'aciers au sommet des chapelles, les maisons en pierres blanches et les toits en tuiles.
Sur les abords du village même les moutons et les chèvres restent à l'abri du grand vent.
Tout comme moi, derrière la vitre de cette auberge providentielle dont je goûte le repos avec une certaine satisfaction.
J'aime le vent ... En fait j'aime regarder lorsque la nature est furieuse, le bruit du vent dans les oreilles, l'odeur et l'ambiance de la pluie, l'illumination d'un éclair au milieu d'une nuit tempétueuse ... Mais paradoxalement j'aime mon confort ... Mon château me manque ... Et finalement je ne me suis que très rarement arrêté chez d'autres seigneurs ... Il y a 20 ans, lorsque j'ai commencé ma quête, je pensais vraiment que "les appels à l'aide" me mèneraient de fil en aiguille à participer à de grands événements. Mais non. Lorsque que le roi Louis est mort, j'étais en Brionne. Lorsque les Skavens ont attaqué le sud, j'étais dans le Duché de L'Anguille. Rien de bien glorieux ...
Mais je me force à arrêter là mes divagations pour éviter le ridicule : il n'y a là que le patron de l'établissement pour m'écouter. Ces derniers temps, les clients sont rares et les voyageurs encore plus. Le village est presque désert.
Mais l'heure de la journée avance ...
J'ai déjà dormi ici, je dois repartir. Je le paie et le remercie pour son hospitalité. Que la Dame le garde.
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MessageSujet: Re: [LTIMNP] : L'aventure.   Sam 8 Déc 2018 - 21:27

Deux fois déjà depuis la pique du jour le grand vieux cerf avait fait défaut, dont une en battant l'eau. A chaque fois la meute, menée par Courtoise, avait rabattu, se récriant joyeusement en retrouvant la voie de bon temps. Ascelin faisait, à son habitude, confiance à sa vieille lice qui gardait le change. Sans clabauder il avait lancé Veillantif, son jeune roncin baucent de robe, à travers épais fourrés et halliers touffus. Couché sur le cou de sa monture, cramponné aux rênes ou dansant sur ses étriers pour franchir rus et troncs couchés il ressentait comme jamais l’excitation de la poursuite. Oui, c'était ces moments qui valaient la peine de vivre, lorsque le vent et les jeunes branches lui cinglaient le visage et les sangs, que les cris de la meute et les répons des autres chasseurs retentissaient autour de lui. Certes, d'autres poursuites pouvaient avoir leur charme, telle celle mené deux jours auparavant contre une troupe de malandrins d'outre Brienne. Deux jours et deux nuits pour les surprendre, juste avant qu'ils ne franchissent le gué qui les ramenait à leur bauge. L'affaire avait été chaude et il se sont tous défendus mieux qu'un vieux solitaire. Leur chef savait se battre et il lui avait donné maille à partir avant de rompre le combat pour traverser le fleuve et rejoindre ses quelques brics rescapés. Il avait laissé deux fripons sur le terrain ainsi que dix des douze têtes de bétail qu'il avait razzié. Malgré sa frustration, Aymeric pouvait être fier. Mais cette satisfaction n'était rien face à sa jubilation lors qu'il aperçut entre les frondaisons la silhouette du vieux dix-cors bien branché.
- Vol ce l'est ! , tayaut, tayaut !
Sans apenser davantage il saisit sa trompe et sonna l'hallali. Il entendait à travers bois les chevaux de Godefroy et d'Aymeric, ses vaillants compaigns de chasse et de ripailles qui faisaient force d'éperon pour le joindre à temps.

Fièrement campé face à la meute de chiens courants, le cerf s'apprêtait à livrer son dernier combat. Souplement, Aymeric sauta à bas de sa monture, il dégaina Hauteclaire son épée et s'avança vers la bête fauve. Sa vesture, chaperon vert, le torse ajusté dans un pourpoint de cuir noir, des chausses, noires également, qui s’enfonçaient dans des heuses de daim souples armées d'éperons de bon achier, était bien adaptée aux exercices physiques et mettait en valeur sa haute taille et sa belle prestance. Damoiselles ou filles de tavernes, la gent féminine restait rarement insensible à sa présence, à moins que ce ne fut à ses yeux clairs et perçants moult fois cachés par de longs cheveux blonds en bataille.. Il respira à pleins poumons l'air piquant du petit matin.

Il contempla à nouveau le dix-cors qui venait, d'un coup d'andouiller rageur, de navrer un vautre un peu pressant. Du coin de l’œil, Ascelin aperçu Courtoise qui se tenait à l'écart du béhourd, préférant encourager ses compères de la voix. D'un pas assuré, il s'avança pour servir l'animal ...

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Mes titres : Toison d'or, chevalier à l'épée de bois, roi d'armes du Très-Noble et Respectable Ordre Chevaleresque des Gros Glands Incapables de Terminer leurs Figs à Temps pour les Concours du Foroume ; chevalier du slip sur la tête ; également connu comme Très-Haut et Très-Saint Prince des Barbouilleurs de Figs ou comme "Toison de Vinci" ; admis à siéger parmi les illustrissimes et révérendissimes membres du conseil de cet auguste forum, porteur enfin de super pouvoirs d'administrateur  ...mais, s'il vous plait, continuez de m’appeler "Toison".
N'hésitez pas à visiter mon site

une armée médiévale bourguignonne à partir de figurines gw converties et peintes
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MessageSujet: Re: [LTIMNP] : L'aventure.   Dim 9 Déc 2018 - 13:29

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    Amaury était déçu, encore. Mais le plus frustrant était peut-être le fait que cela devenait presque une habitude.

    Légèrement vouté sur son destrier, le chevalier errant aquitain maugréait pour lui-même mais aussi, il ne le savait que trop bien, en vain. Après tout, râler de la sorte n’allait pas faire changer d’avis le seigneur gisorois qu’il venait de quitter peu de temps auparavant. Encore un espoir bref qui finissait en désillusion dès la première demande prononcée… Néanmoins, avec un énième soupir, le bretonnien se redressa enfin. Il se devait de rester optimiste malgré sa longue série de déboires dans un pays qui peinait à se relever des dernières guerres. De toute manière, si lui-même ne faisait pas cet effort, personne ne serait là pour le faire à sa place.

    Tout en grattant sa barbe noirâtre de quelques jours – il devrait penser à se raser d’ailleurs – Amaury contempla distraitement la route qui s’étendait devant lui. Un petit sous-bois semblable à tant d’autres dans cette région l’attendait. Oh, joie. Le chevalier en vint même à regretter brièvement les paysages champêtres de son duché natal. Puis, il se rappela des habitants, de sa famille et il se dit qu’en fin de compte, il était bien mieux ici.

    Par habitude, l’aquitain vérifia les sangles en cuir fatigué de son équipement tout aussi harassé avant de talonner son cheval. Dans le même mouvement, il farfouilla dans un sac de voyage attaché à la selle sur laquelle il reposait pour en tirer un petit ouvrage. Une sorte de compilation de contes bretonniens. Rien de bien folichon, mais une longue route l’attendait avant de rejoindre le prochain duché, alors autant s’occuper l’esprit un tant soit peu. Qui plus était, avec quelque chose d'intéressant pour changer. A nouveau, l’habitude fit qu’il tint le livre d’une main alors que sa deuxième allait se poser sur le pommeau de sa lame. Il avait horreur de se tenir ainsi, toujours prêt à répondre à une sempiternelle embuscade d’un ennui mortel. Mais il fallait faire avec son temps.

    Les heures passèrent et se ressemblèrent. Les changements de pages ponctuaient de leurs chuintements sobres son voyage au même titre que les claquements des sabots de son destrier. Et à nouveau, malgré l'hésitation qui voulait l'accabler, Amaury se laissa pourtant porter par une idée simple. Une conviction qui le suivait depuis le début de son errance : Le prochain serait le bon.
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Alain de Saint Jean
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MessageSujet: Re: [LTIMNP] : L'aventure.   Dim 9 Déc 2018 - 13:45

Enguerrand parti de Perrache avant l'aube, en toute discrétion, avec pour seule personne assistant à son départ son oncle, lequel lui prodigua d'ultimes conseils tout en lui rappelant les devoirs d'un bon chevalier Bretonnien:

"Croire en la Dame et sa puissance, la servir, elle et les enchanteresses qui la représentent, défendre veuve et orphelin, et surtout toujours utiliser son épée pour le bien..."

Cette dernière remarque l'avait laissé perplexe, comment pourrait-il en être autrement!!!???...

Songeur, Enguerrand avait alors rejoint un groupe de pèlerins en partance pour la "Humble Chapelle" afin de demander à la Dame de reprendre  en grâce ce pays si tragiquement marqué...

Il assurerait leur "protection", mais il restait persuadé en son for intérieur que la seule qui vaille en ces temps de misères était le nombre, qu'importe qu'il fût constitué de simples manants...
Le voyage s'avéra long, routinier et fastidieux au possible, l'essentiel de sa fonction de protection consista surtout à éviter que les pèlerins ne commettent des excès sur les rares populations rencontrées.

"Comment peut-on prier la Dame et, en même temps, piller sans vergogne les biens d'autres malheureux???..." Voilà une question qu'il ne cessait de ressasser en son for intérieur, le rendant encore plus taciturne qu'à l'habitude...

Heureusement, sa carrure et son impressionnante épée suffisaient à calmer toute émergence d'égoïsme, mais la faim pouvait pousser à bien des extrémités, il le savait... A de nombreuses reprises il "acheta" un animal déjà volé, tué, cuit et mangé par les pèlerins, à son légitime propriétaire...

Plus ils s’approchaient de leur destination plus les campagnes environnantes ne laissaient voir pour seul paysage que ruines et désolation... Nombre de hameaux traversés étaient vides de toute vie, seuls les animaux de basse-cour, redevenus sauvages, animaient de leur présence les villages incendiés ou les fermes abandonnées...
Outre l'avantage de fournir aux pèlerins une nourriture, certes difficile à attraper mais régulière, cela permettait à la bourse d'Enguerrand, déjà bien diminuée de son modeste pécule, de trouver un repos bien salutaire...

La tension consécutive à environnement immédiat restait palpable au sein du groupe, l'angoisse montant d'un cran à chaque nouveau charnier, chaque nouvelle dépouille, fussent-ils de plusieurs mois voir plus encore...

Arrivé à destination, Enguerrand reçu un manteau mité et sale, en fait guère mieux qu'une couverture, de la part de ses protégés en guise de remerciement pour ses bons offices... Après s'être empressé de le faire nettoyer (contre ses dernières pièces), il passa une dernière nuit en la salle d'accueil de la "Humble Chapelle" confiant en son sommeil quant à la nouvelle destination qu'il prendrait au lendemain...
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Gromdal
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MessageSujet: Re: [LTIMNP] : L'aventure.   Lun 10 Déc 2018 - 13:01

Assis sur un fût de bois à côté d'un âtre crépitant, Jehan contemplait sa gourde d'eau d'un oeil absent. La poche de cuir usée était presque vide... Il allait falloir trouver de quoi la remplir bientôt.

Soudainement, le chevalier cracha avec véhémence et dégoût sur les flammes.

"Contrée maudite." grinça-t-il entre ses dents. Tout le duché allait à vau-l'eau. La peste, la trahison du duc... Et pire encore, il était arrivé trop tard pour profiter des évènements. Les chevaliers du roy étaient partis, abandonnant derrière eux une région ravagée, qui se noyait dans son propre pus. Et la métaphore était à peine surfaite: partout où il était allé, il n'avait croisé que pestifiérés, répandant leurs cadavres dans les rues et sur les routes, et leur maladie sur la nourriture et dans leurs puits. Jehan en était arrivé à deux simples conclusion : d'une, il était arrivé trop tard pour saisir sa chance d'accéder à la gloire, et de deux il devait quitter le duché. Au plus vite.

Pour cela, il remerciait ses voyages par l'Arabie, où les médecins étaient bien plus compétents que les quelques apothicaires que l'on trouvait en Bretonnie : Depuis qu'il s'était rendu compte de la situation, il n'avait plus touché qu'à ses propres provisions, toujours rempli sa gourde d'eau dans les rivières à l'eau claire, éloignées de tout hameau. Les seules personnes avec qui il avait eu du contact, s'était à la pointe de l'épée. Il n'était pas question de mourir ici, comme un rat, encore moins aussi prêt de l'Artenois et de l'espoir de quitter la contrée grangrénée.

Ignorant le tavernier avachi sur le comptoir, le sang s'écoulant encore à petit flot de sa gorge promptement tranchée, Jehan sortit prestement de l'auberge, détacha son cheval et l'élança sur la route caillouteuse. Un tas de cendre encore fumantes, témoignage des habitants du village perdus à la maladie, se tenait à la sortie du hameau. Il le dépassa sans un regard.
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MessageSujet: Re: [LTIMNP] : L'aventure.   Sam 15 Déc 2018 - 3:12

La soirée était froide, en cette saison d'automne. Le vent soufflait dans la région des Montagnes Grises, et la pluie tombait dru, rendant la route qui reliait Parravon à Montfort boueuse. Alexandre de Grizac, fils aîné du comte de Grizac, mais à présent déchu de son héritage, avait hâte de pouvoir s'arrêter pour la nuit. Cela faisait des heures qu'il chevauchait sous cette fichue pluie qui ne voulait pas s'arrêter, et son manteau était trempé. Son capuchon ne le protégeait que mal, et il craignait que son armure ne se mette à rouiller. Evidemment, il n'avait plus d'écuyer pour l'entretenir.

Il avait quitté Grizac la veille, banni par son père et les autres nobles de la cité. Une bataille perdue, un fiasco militaire, plus de la moitié des chevaliers et des soldats de l'armée du comte morts ou disparus, tout ça à cause du vil sorcier chaotique que lui, Alexandre, n'avait pas réussi à abattre. Etait-ce sa faute à lui, si le sorcier avait réussi à se cacher au beau milieu d'une unité de guerriers du Chaos, allant jusqu'à porter une armure trop grande pour son corps chétif pour mieux se fondre dans la masse ? Il avait bien tenté de prévenir le reste de l'armée de son père que l'ennemi disposait toujours de son lanceur de sortilèges, pour leur permettre de retarder l'assaut, et gagner du temps afin de trouver une solution, mais rien à faire, les chevaliers avaient chargé... comme des imbéciles. A croire que quelqu'un avait fait exprès de leur donner un ordre à ce point stupide.

"Chasse ces pensées de ta tête. Ca ne t'aidera pas à résoudre tes problèmes actuels. Le prochain village, Vilmont, est à une demi-lieue, tu y trouveras sûrement une auberge."

Il réfléchissait aux options qui se présentaient à lui. Peut-être que, s'il arrivait à accomplir quelque haut fait d'armes, il pourrait sortir de sa disgrâce, ou récupérer un fief où il pourrait refaire sa vie. Ou alors, il pouvait se mettre au service du Roy, essayer de se faire un nom à la cour... mais pour cela, il fallait de l'argent, ou un protecteur influent. Il n'avait plus ni l'un, ni l'autre, à présent. Sinon, il pouvait toujours se faire mercenaire, chasseur de primes, ou quelque chose de ce genre. Peut-être même répurgateur. Un sourire  cruel se dessina sur ses lèvres à la pensée de brûler des chaotiques sur un bûcher.

Il voyait à présent Vilmont, qui jusqu'à présent lui était caché par une colline. Des maisons à colombages se dressaient fièrement derrière un rempart de pierre peu élevé, qui formait une sorte de carré grossier, avec une tour au milieu de chaque mur. Dans chaque tour se distinguait l'ouverture d'une porte, close vue l'heure tardive. Alexandre mit pied à terre, se dirigea vers la porte et actionna le heurtoir plusieurs fois. Au bout d'un moment, un garde mit son nez derrière une grille aménagée dans la porte.

"Vous voulez quoi ? demanda le garde d'un ton rogue. Pas de bonsoir, pas de "messire"...
- Entrer.
- J'suis pas idiot ! Entrer pour quoi ?
- Passer la nuit à l'auberge, si tant est que ce village en possède une.
- Vous vous appelez comment ?"

Alexandre soupira. Il faudrait encore expliquer au garde qu'il n'était pas pestiféré, le convaincre de le laisser rentrer, trouver l'auberge, y prendre une chambre... La soirée allait être longue.
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Mictlantecuhtli
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MessageSujet: Re: [LTIMNP] : L'aventure.   Mer 19 Déc 2018 - 4:03

Hoël fut tiré d'un sommeil agité par le piaillement matinal des oiseaux et se redressa péniblement pour porter un regard vaseux sur les ruines qui l'entouraient. Le sol était dur, la nuit avait été fraîche et ses rêves enfiévrés s'étaient révélés peuplés de visages cadavériques qui le fixaient depuis les ténèbres d'un immense espace vide. Frissonnant au souvenir de ces images et de ses mésaventures de la veille, le jeune écuyer se força à quitter sa couche pour chasser ces fantômes et réchauffer ses muscles endoloris par quelques mouvements d'exercice.

Une fois sorti des vestiges de la grange qui l'avait abrité pour la nuit, toute l'ampleur des dégâts qu'avait subis le village lui apparut clairement à la lueur du jour naissant. Portes arrachées à leurs gonds, murs abattus, toits de chaume incendiés, ustensiles de la vie quotidienne en bris épars dans les rues, tout témoignait du passage d'une armée qui s'était adonnée au pillage aveugle et au massacre de la population. Cependant, en lieu et place de corps livrés à la rapacité des animaux sauvages, un vaste tumulus avait été édifié sur la place du bourg. Ce constat mit un peu de baume au coeur malmené d'Hoël : quelles que soient les atrocités qui aient peu se dérouler ici, plusieurs villageois en avaient réchappé et s'étaient fait un devoir d'inhumer les leurs avant de partir pour des terres plus hospitalières.

La visite de quelques bâtisses ne lui apprit ni ne lui apporta rien de plus. Tous les vivres avaient visiblement été emportés par les survivants et il lui faudrait compter ce matin encore sur les maigres provisions qui subsistaient dans sa besace.

Après avoir englouti un quignon de pain, un morceau de fromage sec et une pomme fripée, Hoël s'autorisa à prélever la dernière rasade de vin qu'il avait laissée dans son outre. Avec un peu de chance, son étape du jour l'amènerait à croiser un quelconque relais et il lui serait alors possible de constituer de nouvelles réserves.

S'attelant aux préparatifs de départ, il jeta un oeil à son étalon qui semblait avoir récupéré du difficile trajet de la veille et paissait tranquillement sur toute la surface que sa longe lui permettait d'arpenter. Le fidèle animal accueillit le vigoureux brossage qui son maître lui administra avec un hennissement de satisfaction. Qu'il fut heureux de quitter cet endroit ou simplement impatient de se lancer au galop, il ne cessa de battre des sabots tout le temps nécessaire à son harnachement et emprunta de lui même la route en direction du sud dès que son cavalier sauta en selle.

Hoël faisait toujours face au doute quant à sa position exacte. Ses multiples détours l'avaient passablement désorienté, au point qu'il hésitait à se situer dans le Lyonesse, à la lisière de l'Artenois ou du Gisoreux, voire même dans le duché de Bastogne. Les chances paraissaient par contre infimes qu'il soit déjà parvenu à franchir les frontières du Moussillon.              

« Si seulement je pouvais croiser âme qui vive, pensa-t-il, je serais rapidement fixé. »

Le destin capricieux n'accorda pas cette faveur au voyageur égaré. Mais, alors que le soleil approchait du zénith, un changement dans le paysage apporta une réponse claire et définitive à toutes ses interrogations : la plaine céda progressivement la place à une région de collines rocheuses et accidentées, colonisées par endroit de quelques buissons noirs desquels dardaient de longues épines empoisonnées. Le doute n'était plus permis, car, dans tout le royaume, une seule région pouvait se prévaloir d'un cadre aussi inhospitalier.

Jusqu'alors rectiligne, la route se mit à serpenter entre les éléments saillants du relief, opérant par moment de larges contournements d'une zone infranchissable, hormis pour des montagnards particulièrement aguerris. Comme pour s'accorder à ce paysage de désolation, le revêtement de la chaussée s'altéra lui aussi ; si bien que les profondes ornières et les nids de poule accaparèrent rapidement une large part de l'attention du cavalier. Le pire restait pourtant à venir, car à la roche succéda l'eau stagnante des marécages qui s'étendaient sur toutes les basses terres du Moussillon.

Hoël opta pour la prudence et tira sur les rênes de son étalon afin de freiner sa course lorsque apparurent les premières traces de végétation aquatique. Ici s'achevait ce qui restait de la route pavée, désormais remplacée par une multitude de petits sentiers, dont certains n'étaient que pièges mortels créés par la paillasse des marais, de grandes nappes d'herbes flottantes qui donnaient l'illusion de la terre ferme mais cédaient sous la moindre pression. La traversée de cette région insalubre constitua un défi pour l'apprenti chevalier en mal d'expérience et constamment assailli par des nuées de moustiques. A plusieurs reprises, une patte de son cheval s'abîma dans un trou d'eau, manquant de peu le désarçonner, si bien que, par crainte d'une chute mortelle, il finit par descendre de selle pour précéder sa monture et tâter le sol du pied.

Considérablement ralenti par ce milieu hostile, Hoël ne parvint à s'extraire des marais que deux jours plus tard. Cheval et cavalier aussi harassés l'un que l'autre, affamés et dévorés par les insectes, c'est à l'aube du troisième jour qu'ils parvinrent en vue des murs de Moussillon, capitale du duché rebelle, et des innombrables tentes installées dans ses faubourgs sur lesquelles de brillants étendards claquaient au vent.

*****

Duché de Moussillon, campement royal hors les murs.

Le comte De Thoroul réalisait sa tournée quotidienne d'inspection des garnisons lorsque sa route croisa celle du jeune Hoël. Détaillant ce dernier de pied en cap, il crut d'abord avoir affaire à l'un de ces moussillonais crasseux et maladifs qui arpentaient cette région et ne valaient guère mieux que des mendiants. A bien y regarder cependant, les armes de L'Anguille se devinaient encore derrière les traces de boue qui maculaient son surcot. Moitié par respect, moitié par fatigue, Hoël tomba à genoux devant le comte et se mit à marmonner d'une voix presque inintelligible.  

Monseigneur ... parti ... des jours ... morts ... message ... perdu ... les marais ... roi ... urgent ...

De Thoroul ne parvenait pas à suivre le discours haché que tentait de tenir Hoël, mais, en homme de raison, il comprit que ce jeunot était passé par bien des épreuves qui devaient avoir eu raison de ses forces et ne chercha pas à le brusquer d'avantage.

Mon garçon, dit-il en le saisissant doucement par les épaules, je ne te comprends pas. Fais un dernier effort, dis moi simplement ce qui t'amène ici.

La tête d'Hoël qui commençait dodeliner sur ses épaules et ses paupières qui menaçaient de se fermer à chaque instant étaient autant de signes d'une conscience vacillante. Par quelques gestes saccadés et hésitants, il parvint cependant à accéder à l'étui de cuir qui se trouvait collé contre sa poitrine et à l'exhiber au comte.  

Pour ... le roy, articula-t-il laborieusement.

Le visage de son interlocuteur s'éclaira et se fendit d'un sourire bienveillant.

Excellent jeune homme ! Tu as entrepris un voyage long et difficile, mais ta mission est accomplie. Je fais partie du conseil de guerre de sa majesté le roy Philippe et vais lui remettre personnellement cette missive ; sois sans crainte.

Sans cesser de soutenir l'écuyer, qui sans son aide se serait effondré face contre terre, il héla deux gardes en faction et leur donna des directives claires pour que l'on prenne soin du messager. A moitié endormi, Hoël sentit que des bras puissants se glissaient sous chacune de ses épaules pour l'emmener à l'ombre d'une tente et l'étendre sur un lit de camp. Aussi rudimentaire fut-il, il paraissait rembourré de plumes par comparaison aux sols durs ou détrempés des nuits précédentes, et Hoël en esquissa un pâle sourire de satisfaction.

Laissé seul dans la tente dénuée d'éclairage, il étouffa une quinte de toux avant de s'abandonner au sommeil. Dans la pénombre de cet abri, il lui fut impossible de remarquer les quelques gouttes de sang qu'il venait de projeter dans la paume de sa main.  

*****
         
Sur ces entrefaites, le comte De Thoroul s'était rendu en grande hâte dans les quartiers royaux afin d'honorer sa promesse. Il y trouva Philippe, attablé comme de coutume avec plusieurs membres du conseil devant quantité de cartes stratégiques et de rapports, certains émanant de diverses régions du royaume dont il venait d'hériter dans des circonstances tragiques. En tant que souverain, ses qualités d'administrateur et de meneur d'hommes étaient indiscutables, mais les malheurs de ce temps avaient durci son coeur au point de lui faire porter sur le monde un regard froid et purement calculateur. Depuis son accession au trône, nul ne l'avait plus vu sourire.

Votre majesté, un messager de L'Anguille vient d'arriver au camp. Il semble avoir affronté de nombreux périls pour vous remettre ceci, déclara De Thoroul en tendant le parchemin à son destinataire.

Philippe s'en saisit sans mot dire et brisa le sceau de cire. Pendant plusieurs minutes, l'assemblée observa un silence quasi religieux tandis que les yeux du souverain parcouraient les lignes d'une belle écriture inclinée. Parvenu au terme de sa lecture, il laissa échappé un léger soupir qui trahissait une intense lassitude.

Le duc de L'Anguille m'informe que des partisans de Mérovée sillonnent les territoires du nord, pillant, tuant et détruisant les cibles faciles qu'ils rencontrent sur leur route. Faute d'hommes en suffisance, il requière mon avis sur la marche à suivre pour endiguer leur avancée.

Sire, intervint un membre du conseil, Moussillon est tombée hier et le duc régicide a péri sous nos valeureuses lances. Ceux qui soutenaient sa cause ne tarderont pas à réaliser la vacuité de leurs actions et à se disperser. L'affaire me semble dès lors n'occuper qu'un rang très secondaire dans la liste de nos soucis.      

Bien au contraire, rétorqua le roi en s'adossant à son siège, Mérovée était un traître et un fou, mais ceux qui le suivaient lui vouent toujours un culte fanatique. La ville est entre nos mains, soit, mais elle demeure une fosse d'aisance qu'il va nous falloir purger. Je ne doute pas un instant que des groupes rebelles cherchent en ce moment même à gagner des refuges dans tout le royaume afin d'y pérenniser leur mouvement et porter atteinte au bon ordre. C'est un problème que l'on ne peut ignorer sans courir au désastre, mais nous sommes clairement sous-équipés pour y faire face.

La sentence du roi fut accueillie par un silence approbateur. Capable de voir plus loin que la majorité de ses conseillers, ses décisions n'étaient que rarement discutées.

Vos ordres, sire, finit par demander De Thoroul.

Mandez sur le champ un préposé aux écritures. Puisque nos maigres forces s'évertuent à contrôler Moussillon et à démanteler ses dernières poches de résistance, nous aurons besoin d'une aide extérieure à l'ost royal pour gérer ce problème. Qu'on rédige un appel aux derniers hommes valeureux encore aptes à se battre pour qu'ils se pressent à la défense de leur terre.

A cette annonce, les différents nobles présents se levèrent comme un seul homme et crièrent à l'unisson « Volonté de roy ! Il a bien dit ! ».

Ainsi fut fait. Le conseil se pencha sur la rédaction du texte que des copistes dupliquèrent ensuite à des centaines d'exemplaires. Le lendemain matin, plusieurs coursiers rapides quittèrent le campement en trombe, leurs fontes remplies de parchemins qu'ils avaient pour mission de disperser jusque dans les derniers recoins de Bretonnie.


Sur le chemin qui le menait au sud, l'un de ces chevaucheurs croisa un groupe de soldats occupés à creuser une tombe. La bouche et le nez protégés d'un bâillon, ils se tenaient à l'écart du corps d'un jeune homme au visage déformé par la variole rouge qu'un prêtre de Morr encensait tout en récitant la liturgie des défunts.

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MessageSujet: Re: [LTIMNP] : L'aventure.   Dim 23 Déc 2018 - 2:51

Voilà que l'autre jour, Cloderic était tombé sur la missive clouée au pieu indiquant les directions du dernier croisement.
Suite à cela, il s'était arrêté dans une ferme sur sa route, le vieux paysan du coin était en train de lui  
aiguiser ses épées.
Il était arrivé ici depuis la seigneurie de Loumir où siégeait son arrière petit cousin Bolaric de Rouergue, de ceux de la branche de Bastogne.

Là-bas, il avait reçu une nouvelle lettre de sa fille :
« Cher père, ici mes pouvoirs au service de ma maîtresse du Lac grandissent encore, il me tarde tant de te voir revenir et de pouvoir reformer une famille avec mère ici à St Aigue.
Reçois toute ma tendresse. Je t’envoie mes prières et dirige vers toi tous mes souhaits de réussite.
J'adjure la Dame de te garder.
Ta fille Meadrune qui t'aime tendrement.
 »

Mais il tenait aussi dans son autre main le parchemin royal :
« […] C'est pourquoi, afin de lutter contre les innombrables périls auxquels le royaume s'exposerait si le germe de la sédition était laissé en terre, nous adjurons les hommes vaillants à courir sus aux traîtres qui soutiennent encore la cause de régicide. […] »

Son cœur balançait entre ces deux lettres. La famille d'un côté, son devoir de l'autre ... Et puis, que dirait sa fille s'il abandonnait sa quête ici ? Ne pas répondre à la missive du sénéchal royal serait un affront irréparable envers la Dame et envers son amour propre.
Il soupira encore devant la stupidité de son raisonnement : ne plus vouloir s'impliquer, mais être tout de même poussé à agir par le poids de la tradition du Graal et par la société Bretonnienne.

La question ne se posait pas. Une fois ses lames affûtées, Cloderic envoya un sou au rémouleur pour paiement de son travail ainsi que pour la nourriture qui lui avait achetée.
Il reprit la route, essuya une pluie de saison et s'arrêta une nuit avant d'arriver en vue du campement royal. Les bannières y ondulaient sous la brise, les fumerolles des foyers sortaient de chaque tente et sur des râteliers s'entassaient des armes en tout genre. Cloderic distinguait déjà des emblèmes sur les blasons. Couleurs chatoyantes, déferlement d'héraldique, les fourrures, les émaux, les métaux, les symboles. Il citait intérieurement les grandes familles qu'il pouvait reconnaître.
Mais il n'était pas seul à rejoindre le camp : d'autres hommes, d'autres chevaliers arrivaient ce même jour.
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MessageSujet: Re: [LTIMNP] : L'aventure.   Dim 23 Déc 2018 - 4:24

"Jainko madarikatuak, atzar !"

Tous les sens en alerte, malgré un réveil brutal, le Noir agrippa sa hache et son bouclier. Il mit un genou à terre, dans un angle de sa tanière, prêt à bondir sur l'intrus qui rôdait. Si celui-ci s'avisait de venir y jeter un oeil, avant même qu'il puisse s'en rendre compte, il perdrait l'usage des deux, et la vie avec !

Il faisait froid et nuit encore. Le Noir estima que le point de l'aube n'allait pas tarder.

Tendant l'oreille vers les pas irréguliers et le souffle puissant qui l'avaient réveillé, il se rendit compte qu'il avait seulement à faire à un animal. Il jeta un oeil à travers la claie de son antre et vit, à quelques trois ou quatre pas de lui, un simple cheval, zain, qui s'abreuvait dans la rivière. Pas de danger apparent...

Il sortit précautionneusement et jeta un coup d'oeil sur les alentours. Rien d'autre.

Il approcha lentement la bête, en parlant doucement, la main ouverte devant lui, sans menace ni geste brusque. Le cheval redressa la tête et les oreilles, juste intrigué, acceptant sur son encolure la main de l'homme. Il se remit à boire paisiblement.

Amusé et content de son nouvel ami, le Noir retourna vers sa hutte et s'affaira à allumer un feu pour attendre le jour. Avec le soleil, il marcherait vers le village pour trouver à manger.

Assis près d'un bon feu, il se prépara une tisane de feuilles et d'écorce de bouleau. Vaguant à ses pensées, il se dit après tout que ce cheval était peut-être une aubaine. S'il restait à proximité de lui, en paix et répondant à ses caresses, cela vaudrait le coup d'aller un peu plus loin : l'approcher, le bouchonner et lui parler pour faire connaissance. Dans sa fuite, pour rentrer en Gasconnie, un cheval lui serait d'un grand secours !

Avec l'aube, le Noir fit un brin de toilette, ajusta son équipement et éteignit son feu. Il se leva pour se diriger vers le cheval et, avec un peu de patience, tenter de lui passer une bride de corde...

Arrivé à portée de main de l'animal, celui se déroba une première fois pour prendre calmement quelques pas de distance le long de son chemin d'arrivée, très visible sur le sol fangeux. Le Noir tenta une seconde approche... Le cheval reprit quelques pas et s'arrêta, pour attendre de nouveau.

L'attitude de la bête restait confiante et amicale : de fil en aiguille, elle semblait vouloir l'attirer à sa suite. Le Noir se dit que cette attitude étrange avait peut-être un sens caché. Il prit le parti de se laisser guider par la bête : hasard, destin ou appel des dieux, ce cheval de rencontre voulait lui montrer quelque chose. Soit !

Il refit quelques pas en direction du cheval...
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MessageSujet: Re: [LTIMNP] : L'aventure.   Dim 23 Déc 2018 - 18:03

Ce retour de chasse au cerf avait été un des plus tristes jamais encontrés en sa courte vie. Pendu à son étrier, un métayer en pleurs lui avait appris la malemort de son père, le chevalier de Boisguilbert. La prise en charge du domaine par son frère Baudoin fut à son imaige : brutale et cruelle. Arguant des frais engendrés par les funérailles, il licencia une partie de la maisnie paternelle. Après avoir passé la grande partie de cette cérémonie à boire et faire ripaille avec la pire engeance de la petite noblesse à l'entour, il congédia mesmement maistre Guillaume, le chapelain. Il annonça pour parachever avoir vendu la meute au baron de Pauvert, une brute avinée qui battait ses chiens et ses serfs. Cet ultime affront manqua dégénérer lorsque Baudoin parla d'y adjoindre Courtoise. Le regard fixe, la main crispée sur la poignée de son épée, Ascelin sut l'en dissuader, à deux doigts de le daguer telle une bête malfaisante.
En ces circonstances, la venue d'un envoyé royal porteur d'une missive appelant au rassemblement sous les murs de Moussillon apparut comme une échappatoire au piège qui amènerait inéluctablement le jeune chevalier à lever la main sur son frère et désormais suzerain.
Deux jours après l'arrivée du messager, il passait la lourde porte du château familial en pauvre arroi : hormis un bon cheval, une bonne épée et sa fidèle lice, il n'emportait rien du domaine familial. Il chassa de son esprit la vision du sourire sardonique et satisfait de son frère lors qu'il le contemplait montant en selle :

La Dame sauve le roy, mais également les malheureux féaux de Baudoin de Boisguilbert ...

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Mes titres : Toison d'or, chevalier à l'épée de bois, roi d'armes du Très-Noble et Respectable Ordre Chevaleresque des Gros Glands Incapables de Terminer leurs Figs à Temps pour les Concours du Foroume ; chevalier du slip sur la tête ; également connu comme Très-Haut et Très-Saint Prince des Barbouilleurs de Figs ou comme "Toison de Vinci" ; admis à siéger parmi les illustrissimes et révérendissimes membres du conseil de cet auguste forum, porteur enfin de super pouvoirs d'administrateur  ...mais, s'il vous plait, continuez de m’appeler "Toison".
N'hésitez pas à visiter mon site

une armée médiévale bourguignonne à partir de figurines gw converties et peintes
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MessageSujet: Re: [LTIMNP] : L'aventure.   Jeu 27 Déc 2018 - 22:24

Avec l'aube vint la réponse à sa question de la veille : où aller maintenant ?

Alors qu'il s’apprêtait à reprendre la route, il vit s'approcher un groupe de gueux sommairement armés, accompagnés d'un jeune chevalier monté sur un fringant étalon piaffant d'impatience.

"Holà! Un chevalier sans monture !? Que diable avez-vous fait de celle-ci ?" l'interpella-t-il.

"C'est que ... en fait ... je suis à pieds ..." osa à peine bredouiller Enguerrand pour seule réponse.

"Par la Dame, quelle triste époque nous vivons ! Un chevalier sans monture. Qu'importe ! Je m'appelle Bertrand de Vantard, fils d'Aldebert de Vantard, petit-fils de Sigismond de Vantard, tous de preux chevaliers ! Et vous, à qui ai-je l'honneur ?"

"Heuu, Enguerrand de Branquignol, pour vous servir..."

"Connaissez-vous la nouvelle, Enguerrand ?"

"Quelle est-elle ?"

"Le Bon Roy Philippe mande tous les preux chevaliers à Moussillon pour y lever ban contre les derniers soutiens du Malduc. C'est là que nous allons, mes gueux et moi. Souhaiteriez-vous vous joindre à nous ?"

Enguerrand  ne réfléchit que quelques secondes, puis donna une réponse positive. Après tout, peut-être était-ce là qu'il se devait d'aller.

Le voyage, pourtant "long" que de deux semaines, lui parût une éternité.

Non seulement Bertrand ne cessait d'énumérer les moult faits d'armes de ses aïeux, mais il menait aussi sa troupe à un rythme infernal. Les gueux, surchargés des effets de leur jeune Seigneur, peinaient de plus en plus à mettre un pied devant l'autre. De surcroît, la nourriture se résumait à un maigre brouet dont il valait mieux ignorer l'origine du contenu. Enfin, le paysage ne laissait voir de loin en loin qu'habitats à l'abandon, pillés, brulés, ou le tout à la fois.

Aussi, ce fût avec plaisir qu'il aperçut les bannières claquant mollement au faible vent à l'issue de leur périple.

Bertrand, soucieux de trouver au plus vite les responsable de la mesnie, piqua de sa monture en direction du camp, laissant là ses gueux et Enguerrand.

"Quoi qu'on fait nous aut' ?" osa demander le plus hardi d'entre-eux à Enguerrand.

"Heu ... Je suppose que nous devons le suivre. Pressons le pas, le camp n'est plus très loin maintenant..."
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MessageSujet: Re: [LTIMNP] : L'aventure.   Lun 31 Déc 2018 - 7:04

De bond en bond, la marche du Loup Noir et de son guide les amenèrent dans une petite clairière, enclose de roches dressées. En son centre s'élevait une grande chaumière, trapue et arrondie comme celles des montagnes au-dessus de Bilbali, faite de pierre noire et de chaume. Le cheval s'arrêta devant la porte basse, peinte en rouge, invitant l'homme à le rejoindre d'un signe de tête.

Sur ses gardes, le bouclier au côté et la hache à portée de main, il frappa trois coups secs, avant de faire vivement deux pas de côté, prêt à parer un assaut...

Au bout d'un temps qui lui parut long, il entendit une voix de femme qui, dans sa langue maternelle, chose étrange si loin de sa province d'origine, l'invitait à entrer sans crainte, l'appelant de surcroît par son nom de guerre :

- "Aitzina, Otso Beltza, beldurrik gabe..."

Désarmé par la curiosité, il ouvrit la porte lentement et franchit le seuil. A faible distance de lui, debout près de l'âtre, se tenait une femme à l'air avenant, élancée et plutôt jolie, vêtue d'une simple cotte brun-rouge et d'un corselet gris de cendre. Ses cheveux noir de jais, en bataille, étaient piqués de fleurs et de fougères. Elle tenait dans ses mains un pichet à cidre et trois bols... Trois bols ?

"Je vois le guerrier en toi, l'ami, et tu n'as rien à craindre d'un vieil homme comme moi..." lui dit un homme d'une soixantaine d'années, en language commun de Bretonnie.

Habillé pour la route, son manteau et son large chapeau suspendus près de lui à un grand bâton de marche ferré, il était assis autour d'une table :

"Tu as croisé la route de mon brave Tximista, et tu as bien fait de le suivre. Viens t'asseoir avec nous, en paix, car Dame Mari et moi-même aimerions beaucoup nous entretenir avec toi. On m'appelle communément le Voyageur..."

Assis autour d'un repas roboratif, le Noir fut invité à raconter son histoire : il conta sa naissance et son enfance libre et noble à Loarra, dans les Monts Irrana, les malheurs de la guerre contre les non-humains, qui amenèrent la ruine et le sac de sa terre natale, la mort ou la capture de tous ceux qu'il aimait et la perte de son épée de naissance...

Il raconta son adoption par un couple d'Elfes errants, qui le firent passer de l'âge d'enfant à l'âge adulte, qui l'aimèrent et le protégèrent, lui enseignant la confiance en ses pairs, la force d'un groupe uni et solidaire, à survivre dans la Nature et à manier toutes sortes d'armes...

Mis en confiance par ses hôtes, il évoqua aussi sa vie de chevalier d'infortune, sans fief ni titre, de chef de bande de guerre, soldé par des seigneurs toujours en querelle, aux quatre coins de l'Estalie et de la Bretonnie.

Le Loup Noir finit en évoquant la traîtrise d'un baron et la chasse à l'homme qui l'avaient amené à se réfugier dans cette forêt.

Le Voyageur se leva pour remettre du bois dans l'âtre, le remercia de sa franchise, réfléchit longuement et lui dit :

"Aujourd'hui, tu es à la croisée de ton chemin, jeune seigneur de Loarra. Mari m'a longuement parlé de toi et t'a invité ici-même : elle te connaît et te suit depuis longtemps déjà. Tes "père et mère" elfiques t'attendent aussi dans les montagnes du Sud, que j'ai rencontrés il y a quelques lunes...

Car le temps est venu, pour toi, de retourner sur tes terres de naissance, où tu sauras utiliser ton expérience et tes qualités de meneur d'hommes pour rendre l'espoir et rallier autour de toi tous ceux qui y vivent encore sous le joug des hommes-bêtes. Rien n'est écrit, mais il y a une chance de rendre tes terres aux hommes de bonne volonté et au Royaume de Bretonnie... armé de ton épée de Naissance, que tous reconnaîtront.

Impossible me diras-tu, car tu as perdu cette arme sacrée il y a bien longtemps...

J'ai une information importante pour toi, glanée lors de mon dernier voyage : ton épée de Naissance se trouve en Moussillon, au côté d'un seigneur félon. Je le tiens d'un marchand de Gisoreux, l'un de ceux qui font métier de revendre le butin pris dans les combats aux quatre coins du Royaume : il était en Gasconnie, il y a quelques vingt-cinq ans, lorsque les Elfes sombres sont venus lui apporter un lot de quelque cent épées prises à Loarra...

Il y en avait une au pommeau incrusté de lapis-lazuli, gravée d'un nom dont tu te souviens certainement...

- Izarra ! l'Etoile !

- Elle-même..."

Submergé d'émotion, presque en pleurs, le Noir s'excusa en un mot, se leva et sortit prendre l'air pour réfléchir. Le crépuscule était prêt de tomber sur la clairière. Il avisa le cheval noir, Tximista, qui broutait non loin du seuil et prit une grande bouffée d'air frais. L'automne était là, la guerre faisait rage en Moussillon, dans tout le Royaume en fait, et il ne savait s'il devait croire ou pas le Voyageur.

Mais que cette histoire soit vraie ou pas, pourquoi ne pas essayer, après tout ? Recruter des chevaliers et hommes de guerre errants ? Retourner à Loarra, y compter les vivants et tenter de les organiser ? Mener une guérilla contre les Peaux vertes, les Hommes-Bêtes et les Rats maléfiques et puants qui s'y sont installés ? Rendre un but noble à sa propre vie et, surtout, redonner espoir aux hommes et femmes de sa terre natale ?

Sa décision était prise : il irait en Moussillon, au moins pour vérifier si son épée s'y trouvait. Et quand bien même il ne la reverrait pas, il reprendrait la route des Monts Irrana, pour y combattre farouchement et reconquérir son honneur de chevalier !

Il pivota lentement pour revenir vers la chaumière et annoncer sa décision au Voyageur. Mari, qui avait approché sans un bruit, se tenait près de lui, silencieuse. Elle lui prit les mains doucement et, plongeant un regard doux et profond dans le sien, elle se mit à chuchoter une incantation rythmée, qui prenait peu à peu de la puissance et de la force. Subjugué, le Loup Noir se sentit partir loin, très loin dans les yeux de la Dame, puis au-dessus de la clairière...

"Réveille-toi guerrier, tu as assez dormi !"

Le Noir reprit ses sens à l'orée d'un campement de guerre. Il avisa un homme d'arme, penché sur lui, une gourde à la main, puis des rires, des cris, des piaffements, des cliquetis d'armures, des ordres donnés... et il reconnut les étendards et bannières du roi Philippe qui claquaient au vent.

Il leva la tête et aperçut une coccinelle qui voletait devant lui : il la suivit du regard et la vit se poser sur le dos d'un cheval noir qu'il connaissait déjà... sellé et portant ses armes et bagages.

Si cette coccinelle était bien la Mari des vieilles légendes de son enfance, il était alors en Moussillon !


Dernière édition par Niger le Mer 9 Jan 2019 - 1:39, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: [LTIMNP] : L'aventure.   Sam 5 Jan 2019 - 14:54

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    Lassé par les rencontres peu amicales qu’il fit dans la forêt d’Arden, Amaury avait décidé de contourner le grand bois. Bien lui en prit, d’ailleurs, puisque son voyage s’effectua sereinement dès qu’il quitta la canopée. Enfin, autant que possible en ces temps troublés puisqu’il troqua les mutants pour des gueux en piteux états.
   
    Bien vite, le chevalier errant se trouva aux abords de la Grismerie. Un signe rassurant aux yeux de l’aquitanien qui voyait sa carte du royaume se confirmer. Le fleuve était aussi large que calme et réussit même à tirer Amaury de ses lectures pendant une petite heure. De temps à autre, il fallait se laisser aller à la contemplation de belles choses qui vous entourait, se disait-il. Et la Grismerie était autrement plus agréable à l’œil que les manants sur la route.

    Non pas que le chevalier avait un problème particulier avec les roturiers – pas plus que la majorité des chevaliers – mais il en avait assez de devoir chasser du pied le moindre pécore qu’il avait eu le malheur de croiser du regard. Il en perdait le fil de sa lecture. Tout de même, plus le temps passait et plus la mendicité empirait, remarqua-t-il pour lui-même. Encore quelques mois à ce rythme et il était certain de se faire agresser pour quelque misérable phynance par les mêmes personnes qu’il croisait en ce moment-même.

    Tiens, d’ailleurs, il pouvait en voir un autre approcher depuis la bordure de son livre. Relevant alors vaguement le regard, Amaury prépara sa réplique pour chasser l’impertinent en même temps que sa jambe se raidissait, prête à l’impact. Néanmoins, quand il aperçut les couleurs royales portées par celui qui se révéla être un messager, le chevalier errant déchanta bien vite.

    Une discussion rapide s’enclencha. Un discours bien appris fut proféré. Quelques toussotements suivirent. D’après Amaury, il avait l’air bien pâle ce bonhomme. Le papier officiel fut délivré et le messager s’en fut avec de nombreux autres avis royaux dans sa sacoche. Une lecture rapide s’ensuivit de la part du chevalier errant. Sans surprise, il grimaça.

    Une mauvaise nouvelle de plus dans ce pays en souffrance. Grandiose. Mais, en lieu et place de la frustration habituelle, ce fut de la curiosité qui habita le chevalier. Il fut le premier surpris. Son regard, qui s’était perdu dans le vague un instant, se braqua à nouveau sur la missive.

    Au premier abord, Amaury ne souhaitait pas s’adonner à l’exercice guerrier qu’était cette pacification. Cependant, ces bandes en maraude allaient apporter le désordre un peu partout et cela n’allait pas l’aider dans la recherche de son petit havre de paix. Conclusion, il fallait qu’ils sortent du tableau. De plus, c’était une demande du Roy… Avec de la chance, sa participation à l’évènement pourrait lui faire obtenir un semblant de faveur royale et ainsi l’approcher un peu plus de son objectif.

    Oui, cela sonnait comme étant une bonne idée. Alors en route !

***

    Ce fut une très mauvaise idée.

    Rien qu’en arrivant dans le duché maudit de Moussillon, la ferveur du chevalier errant fut comme douchée par les émanations putrides émises par ce que les locaux appelaient « l’air du coin ». Mais prenant sa détermination à deux mains, Amaury pressa sa monture même si elle renâclait autant que lui. Abandonner maintenant après tout ce chemin parcouru aurait été férocement idiot. Surtout qu’il commençait à manquer de provisions.
   
    Ainsi, ce fut avec un soulagement en demi-teinte que l’aquitanien vit apparaître au loin l’imbroglio de bannières aux couleurs criardes qui signalait la présence d’une armée bretonienne. Le campement royal était en vue, la cité maudite aussi malheureusement. Le chevalier errant se redressa alors sur sa selle, tenta vainement de nettoyer un peu de crasse sur son surcot vieillissant et s’assura que la plume de son cimier filait toujours dans la bonne direction. Bien. Maintenant, il fallait se préparer au pire.
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Agilgar de Grizac
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MessageSujet: Re: [LTIMNP] : L'aventure.   Sam 5 Jan 2019 - 18:51

La place était remplie de Montfortais bruyants. Au milieu se dressait un bûcher, à côté duquel se tenaient un bourreau, un magistrat, et le condamné, encadré par quelques gardes. La foule hurlait, mais les jets de pierres, fruits pourris et autres n'avaient pas encore commencé.
Alexandre, au balcon de l'auberge dans laquelle il louait une chambre (position qui permettait à la fois d'avoir une belle vue et d'éviter la foule dont il était sûr qu'au moins certains éléments étaient porteurs de maladies contagieuses), regardait attentivement la scène. L'accusé, un homme grand et maigre, l'air nerveux, chauve, jetait un regard mauvais autour de lui.

"Albéric de Dauval, vous êtes condamné à périr sur le bûcher pour les crimes que vous avez commis, qui sont : pratiques hérétiques, vénération des puissances de la Ruine, meurtres, détournement de mineurs nains mineurs, association de malfaiteurs, atteinte à la pudeur et stationnement en zone interdite. Avec-vous quelque chose à ajouter ? proclama le magistrat.

L'homme chauve secoua la tête. Au moins meurt-il avec dignité... ce qui contraste singulièrement avec le reste de sa vie, pensa Alexandre.

- La sentence est exécutée par messire Jehan Tonneau, bourreau et exécuteur de la ville de Montfort, en ce jour de grâce...

Alexandre soupira. Les déclarations des magistrats lors des exécutions étaient toujours les mêmes. Evidemment, c'était ce que prévoyait la loi, mais le spectacle n'en était que plus ennuyeux.

- Moi, Guillaume de Courtépine, avec un accent aigu sur le E, nota bene, prends note de cette exécution au nom du duc de Montfort... continua le magistrat.

Le regard d'Alexandre se porta sur un malandrin qui essayait de dérober sa bourse à un gros marchand au teint rougeaud, au milieu de la foule.

- Bourreau, fais ton office."

Ah, enfin, se dit Alexandre. A vrai dire, il n'aimait pas spécialement les exécutions, mais il avait passé trop de temps et dépensé trop d'énergie à traquer Albéric de Dauval et à le capturer afin qu'il réponde de ses crimes devant la justice bretonnienne pour ne pas s'assurer que la sentence soit exécutée correctement.

Les gardes poussèrent l'homme chauve vers le bûcher, au milieu duquel le bourreau l'attacha. Celui-ci descendit, aspergea le bûcher d'une substance alcoolisée permettant une meilleure combustion, attrapa une torche, et la plongea au milieu des fagots de bois. Les flammes s'élevèrent, lentement d'abord, puis se mirent à dévorer le combustible à mesure que le feu gagnait en puissance. Le condamné, d'abord silencieux, se mit à pousser des cris qui peinaient à couvrir les huées de l'assemblée. Cela continua pendant quelques minutes, puis, privé d'air, étouffant, Albéric mourut et son corps fut lentement réduit en tas de cendres.


***

La foule s'était dispersée et Alexandre de Grizac était descendu du balcon pour s'approcher du bûcher. Il n'y avait pas grand-chose à voir, en fait. A quoi t'attendais-tu, idiot ?, se sermonna-t-il. C'est alors qu'une affiche collée sur un mur attira son attention.

Une heure plus tard, il sortait des murs de Montfort et prenait la route de Moussillon.
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MessageSujet: Re: [LTIMNP] : L'aventure.   Mar 15 Jan 2019 - 3:50

« Par le sang des justes, enfin ! »

Le jeune chevalier terni de boue et de poussière de la tête au pieds venait de jurer tout haut sans s’en rendre compte. Et il en aurait eu conscience qu’en cet instant précis, il n’en aurait eu ni cure ni honte, lui qui portait d’habitude tant d’importance dans l’apparence et le langage.

Enfin ! Après des journées interminables à mener sa pauvre monture à travers les marais, les champs en décrépitude et les villages fantômes décimés par la peste, s’octroyant de rares pauses loin de toute civilisation pour éviter tout contact avec les pestiférés, il était à présent en vue de Moussillon. La cité à présent tristement célèbre s’étendait devant ses yeux, des langues de fumées s’échappant de derrière ses hautes muraille. Devant ces dernières, une mer de tentes s’étalait de tout son long, ses tissus aux couleurs bariolées en contraste avec les ternes murs, de la ville maudite. Tout partout, de vagues formes s’affairaient à leurs corvées quotidiennes, passant armes au bras, menant un cheval par la bride ou s’étirant au sortie de leur tentes.

Une fois n’était pas coutume, à peine visible derrière les buissons tortueux aux innombrables épines qui bordaient le chemin, Jehan fit tomber son masque impassible et laissa s’échapper un long soupir de soulagement. Il était fourbu, sale, perclus de courbature, sans véritable repas ni sommeil depuis quelques jours. Mais il était vivant, et sain de corps comme d’esprit… c’était tout ce qui comptait, maintenant que la gloire pouvait s’offrir à lui.

Le soulagement du jeune homme fut remplacé par une expression amère. Et dire qu’il était en train de quitter le duché, pensant qu’il était arrivé trop tard… C’était une chance s’il avait croisé la cavalcade en partance pour l’Arden, porteuse de l’appel du Roy. Il ne commettrait pas l’erreur de – presque – laisser s’échapper l’occasion de se faire sa réputation. L’échec était le prix des imprudents et des négligents… Il n’entendait pas en faire partie.

Les cris d’un coq tirèrent Jehan de ses pensées. Il était épuisé, avait besoin d’un bon repas et d’un bon bain. Une fois là, il serait enfin apte à se présenter devant qui de droit. Tirant son vieux cheval par la bride, qui lui aussi demandait foin, eau, sommeil et toilettage, il s’avança vers le camp et, il l’espérait, la gloire.

Non, il ne l’espérait pas, il y croyait dur comme fer, et il utiliserait tous les moyens nécessaires pour arriver à ses fins.
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MessageSujet: Re: [LTIMNP] : L'aventure.   Sam 19 Jan 2019 - 0:17

Durant les deux dernières semaines, le campement royal avait fourmillé d’une activité particulièrement soutenue. Suite à l’appel du Roy, des chevaliers, des écuyers, des aventuriers de passage et même quelques roturiers déterminés s’étaient présentés au Moussillon, dépassant les espérances les plus folles du conseil de guerre. Si cet élan patriotique avait rallumé la flamme de l’espoir au beau milieu d’une crise d’ampleur nationale, il s’était aussi révélé être un vrai cauchemar logistique. Chaque jour, plusieurs dizaines d’hommes vaillants et impatients d’en découdre franchissaient les postes de garde ; autant de guerriers turbulents, de bouches à nourrir et d’hommes à loger qu’il fallait missionner sans tarder avant que n’en arrive une nouvelle vague.  

Cette agitation quasi ininterrompue venait tout doucement à bout du comte De Thoroul, à qui le roi avait confié la tâche de centraliser les signalements de rebelles dans les différents duchés et d’envoyer sur place les forces nécessaires. Le manque de sommeil et la charge de travail l’avaient métamorphosé au fil des jours, si bien que la mine avenante qu’il arborait d’ordinaire avait laissé place à un visage aux traits tirés et au teint cireux. Faute de temps pour se raser ou se laver autrement qu’en plongeant sa tête dans une bassine d’eau froide, une barbe négligée avait vite fait son apparition, tandis que ses cheveux ne se résumaient plus qu’à une masse d’épis désordonnés.

Le comte était un homme d’une loyauté sans faille envers la couronne, aussi n’émit-il jamais ne serait-ce qu’un embryon de plainte tout le temps que dura cette mission harassante, trop heureux de servir son roi. Dans un recoin de sa tête pourtant, il souhaitait ardemment troquer plumes et parchemins pour une solide épée afin de partir lui-même en chasse. Peut-être pourrait-il concrétiser ce vœu après une bonne nuit de repos, car le dernier groupe de volontaires venait d’être expédié vers le Gisoreux pour traquer un chevalier renégat récemment aperçu à sa frontière. Avec cet ultime dossier, tout était enfin réglé et son lit de camp lui faisait de l’œil. De Thoroul s’apprêtait à s’y jeter sans plus de formalités, lorsqu’il remarqua la silhouette de son écuyer qui se dessinait à contre-jour dans l’entrée de la tente.

Votre seigneurie …, hasarda timidement ce dernier.

Oui, répondit le comte en levant la main pour protéger ses yeux fatigués de la lumière du soleil, c’est à quel sujet ?            

Veuillez pardonner cette intrusion, mais quelques voyageurs viennent d’arriver. Ils sont là pour …

Pour que je les envoie tailler en pièces quelques fidèles de Mérovée, acheva De Thoroul dans un soupir. Il connaissait la ritournelle.  

Il revint péniblement vers la table encombrée de cartes et, en proie à une évidente lassitude, se laissa choir sur sa chaise.

Allez les quérir, marmonna-t-il la tête enfouie dans ses mains, qu’on en finisse.  

L’écuyer s’inclina brièvement et partit sans rien ajouter. Au pas de course, il zigzagua entre des dizaines de bivouacs, contourna des groupes de chevaliers ou de roturiers de retour de la ville, et finit par atteindre un quartier en bordure du camp qui avait été aménagé à la hâte pour recevoir les volontaires. Entre deux grandes et longues tentes rectangulaires s’élevait un feu autour duquel gravitaient les sept derniers arrivants. Etrange assemblée que celle-ci, tant ses membres paraissaient issus d’horizons radicalement différents. Il y avait là un homme entre deux âges, qui passait inlassablement le pouce sur le fil d’une hache pendant à sa ceinture. Resté debout, il se tenait très légèrement à l’écart et semblait vouloir garder tous les autres dans son champ de vision. Au coin du feu, un jeune colosse dégingandé armé d’une imposante épée devisait cordialement avec un chevalier qui devait être sensiblement du même âge. Bien que dominé d’une bonne tête par son voisin, ce dernier était doté d’un regard pénétrant et semblait lire au plus profond de son interlocuteur ; de quoi le rendre tout aussi intimidant. Un chevalier aux épaules chargées d’ans se trouvait face à eux, de l’autre côté du feu. Ses yeux très mélancoliques étaient plongés dans les braises qu’il tisonnait sporadiquement avec la pointe de son épée. Perdu dans ses pensées, personne ne semblait vouloir le déranger. A quelques pas derrière lui, deux autres chevaliers assez jeunes patientaient assis sur un banc. Le premier était absorbé par de minutieuses réfections de son équipement, tantôt refermant quelques mailles de sa cotte, tantôt passant un chiffon huilé dans les moindres recoins d’un heaume sans cimier dont il lissait amoureusement la plume blanche. Le second voyait toute son attention accaparée par un grand chien de chasse qui était venu poser tête et pattes sur ses genoux pour recevoir force caresses. Si son maître lui adressait un léger sourire et le gratifiait de quelques compliments, on dénotait chez lui cette tristesse nostalgique commune à bien des exilés. Dernier des sept, un chevalier renfrogné allait et venait d’une tente à l’autre, faisant les cent pas pour tuer le temps tout en maugréant à mi-voix sur le temps perdu. Un soldat mal inspiré qui passait par là eut le malheur de lui proposer une rasade de vin pour calmer son impatience, mais il fut promptement et vertement renvoyé.

Les ayant tous bien considérés, l’écuyer du comte De Thoroul s’adressa à eux d’une voix claire et forte qui parvint à passer outre le tumulte du camp :

Messires, veuillez me suivre.

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MessageSujet: Re: [LTIMNP] : L'aventure.   Mar 22 Jan 2019 - 0:14

Alexandre de Grizac arrêta de marcher et se retourna vers l'écuyer, en lui jetant un regard froid, méfiant, et de manière générale pas très poli. Idiot, se dit-il. Ne te mets pas les fonctionnaires à dos, ils peuvent te noyer sous des océans de parcheminasse.

Les autres chevaliers n'avaient pour le moment rien répondu, et Alexandre hésitait à prendre la parole, ne voulant pas causer une scène pour l'instant. Néanmoins, il craignait aussi un peu qu'un silence gênant ne s'installe... finalement, il décida d'attendre la réaction des autres chevaliers, qui étaient probablement mieux doués en relations humaines que lui.
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Niger
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MessageSujet: Re: [LTIMNP] : L'aventure.   Jeu 24 Jan 2019 - 2:30

Six jours pleins que le Loup Noir était arrivé, comme par magie - non ! littéralement par magie ! -, dans le campement de guerre de l'ost du roi.

Il avait profité de la période pour se reposer et, grâce à la rencontre d'un pays fort sympathique, commis à la réparation des équipements que nécessitent tant d'hommes d'armes assemblés, il avait également pu se procurer un habit décent, pratique, et des accessoires plus conformes à son rang de chevalier. Cet habit, faisant son moine, lui avait certes évité trois ou quatre rixes avec des soudards avinés, mais lui avait en retour valu deux provocations en duel, qu'il avait réussi à esquiver de justesse en prétendant ne pas bien comprendre le bretonnien commun... Bref, la vie quotidienne d'un camp de guerre en rupture de ban !

Le plus pénible, autour du campement, était cette odeur tenace et malsaine de pourriture, de choses et d'êtres en décomposition, que le vent de la côte ne parvenait jamais vraiment à disperser. C'était une odeur infâme de marécages, de cadavres, de fumée et de corps sales, le tout mêlé à en avoir la nausée jour et nuit, dans une contrée où le soleil, décidément, avait vraiment du mal à percer. Il était bien loin des automnes lumineux du Sud, qui refusaient de voir partir l'été...

Un espoir, ténu mais quand même prometteur, animait le Loup Noir : un maître forgeron lui avait dit avoir vu, quelques jours avant le début du siège, une simple, solide mais belle épée au pommeau de lapis-lazuli - ou de marbre bleuté - à la ceinture de l'un des lieutenants du duc de Moussillon. En courant les hôpitaux, les geôles, les fosses et les bûchers funéraires à l'entour, il avait acquis la presque certitude que ce féal ne comptait ni parmi les blessés ou les morts, ni parmi les prisonniers contre rançon... Il préférait d'ailleurs sincèrement croire le forgeron, un homme de l'art qui avait eu, ici ou là, ses entrées auprès de gens de la suite de Mérovée : celui-ci lui avait affirmé que ce baron avait réussi à quitter la citadelle, sur ordre, avec une douzaine d'officiers, peu avant que les troupes royales ne l'isolent pour l'assaut final.

Le Loup avait lu attentivement la proclamation du Roi, placardée à tous les endroits de passage, et son appel aux bonnes volontés pour courir sus aux traîtres. Lassé de tourner en rond, il avait très logiquement décidé de proposer ses services : cela lui permettrait de quitter ce campement malsain, avec un sauf-conduit, pour se lancer sur la piste ouverte par le forgeron !

Sur les conseils d'un sous-secrétaire adjoint de Chancellerie, qu'on aurait dit empereur parmi les rois de la terre, tellement il paraissait hautain et imbu de son importance, il s'était donc approché d'un groupe de six chevaliers, en attente devant des tentes officielles. Visiblement, ils étaient tous de bon aloi et de noble rang, jeunes et vieux, malgré des équipements plus ou moins défraîchis. Leur attente patiente, leur grise mine, leur silence pensif ou leurs conversations à voix basses montraient à l'envi qu'ils étaient en recherche d'une convocation ou d'un engagement. Qu'à cela ne tienne : c'était aussi son cas !

En retrait du groupe, absorbé dans ses pensées, tâtant régulièrement et compulsivement le fil de sa hache pour tromper le temps, il cherchait à évaluer, tout à tour, chacun des six hommes, quand un écuyer vint les inviter à le suivre.

Il se mit en marche résolument, passant au milieu des autres, soulagé d'en finir avec une trop longue attente :

"Aitzina ! En avant Messeigneurs..."
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MessageSujet: Re: [LTIMNP] : L'aventure.   Ven 25 Jan 2019 - 2:17

Ils étaient sept à présent, rassemblés ici autour du feu.
« Que c'était bon de se retrouver devant ce feu pour réchauffer ses vieux os ! » pensait le vieux chevalier de la Quête.
Au milieu du brasier, le rougeoiement des braises dansait en envoûtant le vieux chevalier. Et sans même s'en rendre compte, il finit par se voir en train de jouer avec les bois incandescents.
Les types qui l'entouraient étaient tous plein de mystères et semblaient traîner autant d'histoire que lui, pourtant c'était une bande de gamins. Et de ça, Cloderic s'en méfiait... Fougueux, impétueux, passionnés, ayant une tendance incroyable à être si sûr de leurs convictions.
S'il devait se retrouver durablement en mission avec eux il devrait se tenir sur ses gardes, mais aussi prendre garde à eux ...

Soudain, l'écuyer du comte se présenta devant eux en leur demandant de le suivre. Ensemble, le groupe hétérogène s'apprêtait à zigzaguer entre les dizaines de bivouacs.
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MessageSujet: Re: [LTIMNP] : L'aventure.   Ven 25 Jan 2019 - 20:45

Enguerrand, plus encore qu'à l’accoutumée, se sentait mal à l'aise en présence de ses pairs... Ils étaient six, hormis lui bien entendu, tous d'âges différents, aux armures certes usées mais non pas dépareillées comme la sienne.


Tous étaient marqués par la fatigue du voyage qui les avait amené jusqu'au campement, et "s'affairaient", chacun à sa façon, en attendant je ne sais quoi ou qui.

Cependant, tous s'épiaient sous cape, non point d'un regard perfide ou vile, non ... C'était plutôt de la curiosité mêlée de ce jugement si particulier aux chevaliers Bretonniens.

Celui qu'il avait déjà dû affronter "cent fois" en tournoi, celui de votre adversaire, qui vous jauge, vous observe, de pied en cap, notant instinctivement votre port d'épée, de bouclier, votre façon de vous mouvoir ...

Seul un chevalier entrainé depuis sa prime jeunesse pouvait "lire" ainsi son opposant, percevoir d'instinct les possibles failles que les premières passes d'arme devaient confirmer ou non.

C'était exactement ce qui le mettait mal à l'aise. Seul le combat lui permettait d'oublier sa gêne, de la dominer, de la vaincre, par instinct.

Alors qu'il était perdu dans ses pensées l'un d'entre eux fît quelques pas en sa direction. Par réflexe, Enguerrand changea de posture.

Le jeune chevalier au regard bleu acier aussi pénétrant que la plus terrible des lames s'en aperçut, il fît alors de sa main droite le geste de paix tout en affichant le plus radieux des sourires.

Rapidement la discussion s'engagea entre eux-deux, à la plus grande surprise d'Enguerrand il se trouvait à parler, pour la première fois de sa vie, à un total inconnu dont il ne se souvenait pas l'avoir entendu lui donner son nom.

C'est alors qu'un écuyer vint les quérir, arrêtant net de par sa venue autant la discussion que l'ensemble des activités de ses "compagnons".

Enguerrand regarda son vis à vis et ne put dire que cette seule phrase en prenant ses affaires :

"Nous sommes mandés je crois ..."


Dernière édition par Alain de Saint Jean le Dim 27 Jan 2019 - 23:17, édité 1 fois
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Kaops
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MessageSujet: Re: [LTIMNP] : L'aventure.   Sam 26 Jan 2019 - 20:03

.
    Cela faisait déjà quelques jours qu’Amaury patientait en vain dans le campement aux proportions dantesques. Lui qui s’imaginait recevoir son ordre de mission à peine arrivé, le chevalier errant avait donc dû manger son frein. Et sans surprise, sa patience en avait pris un coup.

    Fort heureusement, Amaury était un grand habitué des longs voyages. Cela impliquait deux choses : il avait l’habitude d’un confort très relatif et il savait s’occuper l’esprit en toute circonstance. Ainsi, alors qu’il s’était installé au bivouac qu’un servant de passage lui avait indiqué, l’Aquitainien avait décidé d’ajouter un peu d’huile de coude à l’entretien de son équipement.

    Tout occupé qu’il était par sa tâche, le chevalier ne prêta pas grande attention à son environnement. Même si le chien de son voisin le mettait légèrement mal à l’aise. A part sa monture, il n’avait jamais été très doué avec les animaux, sans que cela tourne à de la peur déraisonnée. Il se contenta donc de quelques regards en biais vers la lice, afin de ne pas être surpris par un mouvement un peu brusque.

    Le temps passa et ce fut d’ailleurs en pleine réparation du bras de sa cotte de maille qu’un écuyer intervint. On souhaitait les voir apparemment.

    « Ah ! Fort bien ! » lança Amarury laconiquement avant de ranger rapidement son matériel.

    Le chevalier errant enfila ensuite sa cotte, son surcot, pris son casque sous le bras en prenant garde à la plume qui l'ornait, s’assura de n’avoir rien oublié de plus (après tout, il ne possédait pas grand-chose) et il s’en fut rejoindre le petit groupe d'un pas déterminé.
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MessageSujet: Re: [LTIMNP] : L'aventure.   Dim 27 Jan 2019 - 23:04

Ascelin était d'humeur morose. Si, soulagé à l'idée de s'éloigner de son frère honni, son départ de Boisguilbert avait été plutôt enjoué, son moral avait finalement épousé la désolation des contrées traversées. Il lui avait fallu quitter prestement les vertes forêts où il se sentait si bien, pour aborder les routes poudreuses qui l'emmenèrent plus au nord, au milieu de paysages de plus en plus hostiles. L'aventure s'était transformé en cauchemar à force de traverser des villages abritant plus de morts que de vifs. Il avait même pensé mourir de faim avant de voir au loin les étendards et les glorieuses tentes abritant l'ost royal. Si le couvert lui avait bien été accordé, à lui et à sa fidèle lice, l'ambiance du camp n'avait rien fait pour lui rendre le sourire. Dispute, chansons à boire, jurons et insultes formaient une cacophonie qui lui faisait sentir de manière crue qu'il était seul, loin de chez lui et de l'environnement forestier qui lui était familier. Heureusement que Courtoise se tenait près de lui, quêtant sans cesse le regard qui la mettrait en joie.
Le seul événement positif avait été ce crieur appelant les nouveaux arrivants à rejoindre les quartiers du comte De Thoroul. Saisissant ses maigres biens, il avait rejoint une troupe disparate dont beaucoup semblaient partager son désarroi ...

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Mes titres : Toison d'or, chevalier à l'épée de bois, roi d'armes du Très-Noble et Respectable Ordre Chevaleresque des Gros Glands Incapables de Terminer leurs Figs à Temps pour les Concours du Foroume ; chevalier du slip sur la tête ; également connu comme Très-Haut et Très-Saint Prince des Barbouilleurs de Figs ou comme "Toison de Vinci" ; admis à siéger parmi les illustrissimes et révérendissimes membres du conseil de cet auguste forum, porteur enfin de super pouvoirs d'administrateur  ...mais, s'il vous plait, continuez de m’appeler "Toison".
N'hésitez pas à visiter mon site

une armée médiévale bourguignonne à partir de figurines gw converties et peintes
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MessageSujet: Re: [LTIMNP] : L'aventure.   Mar 12 Fév 2019 - 4:05

Suivi des derniers volontaires, l’écuyer du comte De Thoroul reprit le chemin qui devait les mener jusqu’au centre névralgique de l’ost royal. La petite colonne progressa dans un silence solennel, en contraste total avec l’animation désordonnée du campement militaire. Les têtes se retournaient à son passage, tandis que des soldats meurtris et crasseux échangeaient des murmures interrogatifs. La puanteur des lieux était presque insupportable, infecte mélange de charognes, d’excréments, de déchets et de sueur. Il n’en faudrait pas beaucoup plus pour que se déclanche une de ces terribles épidémies qui affectent régulièrement les armées en campagne.    

A mesure de leur avancée vers le centre du camp, les relents méphitiques se firent plus discrets et les sentiers boueux qui desservaient d’innombrables abris de fortunes laissèrent la place à de larges allées d’herbe rase. C’est dans cette zone soigneusement entretenue qu’avaient été plantés des pavillons aux riches couleurs afin d’abriter toute la fine fleur de la chevalerie bretonnienne. En son centre, dominant toutes les autres structures, s’élevaient les quartiers du roi. L’écuyer s’en détourna néanmoins pour rejoindre une imposante tente octogonale dont il écarta un pan.  

Votre seigneurie, voici les hommes dont je vous ai parlé, annonça-t-il avant de leur céder le passage.

Un à un, les chevaliers franchirent l’ouverture pour s’aligner devant le comte De Thoroul, lequel posa sur eux un regard fatigué mais attentif. Sans plus attendre, son aide de camp se saisit d’un vieux calepin relié de cuir dans lequel il avait consigné l'identité des volontaires ayant transité par le camp au cours des quinze derniers jours.

Messire, je vous présente les sieurs Ots … Otso Beltza, commença-t-il en trébuchant sur les sonorités de ce patronyme qui lui était totalement étranger, Amaury, Enguerrand, Ascelin, Cloderic, Jehan et Alexandre.    

A l’annonce de son nom, chacun s’était incliné avec plus ou moins de conviction, respectant le protocole qui prévalait en de telles occasions. Le comte De Thoroul les considéra encore un moment sans mot dire, le menton posé sur son poing fermé, avant de se laisser aller contre son dossier dans une longue expiration.

Ainsi vous souhaitez participer à la traque de quelques traîtres à la Couronne, lâcha-t-il abruptement.

Cela relevait plus d’une affirmation que d’une question, mais tous ceux qui lui faisaient face jugèrent préférable de se manifester par un hochement de tête ou quelques mots d’assentiment.

Je crains de vous décevoir, reprit le comte, mais je viens d’envoyer un groupe de cinq chevaliers du Lyonesse à la poursuite du dernier fuyard qui m’avait été signalé. Vous arrivez, hélas, un peu tard.  

Des mines défaites accueillirent cette surprenante déclaration, vite suivie de nombreuses protestations. Et pour cause, certains parmi ces chevaliers avaient chevauché sans discontinuer durant des jours, traversant jusqu’à la moitié du royaume pour répondre à l’appel. Il leur était tout bonnement inconcevable de se voir ainsi refoulés avant d’avoir pu accomplir le moindre fait d’arme. Même le vieux Cloderic, lassé de ne jamais se trouver au bon endroit au bon moment, donnait de la voix pour marquer sa désapprobation. Pour ajouter au vacarme, la lice d’Ascelin se mit en tête de soutenir son propriétaire par quelques aboiements retentissants.  

Le comte leva sèchement une main pour faire cesser ces clameurs qui lui donnaient mal à la tête.  

Ecoutez, je comprends votre désarroi mais vous ne …  

A la surprise de son auditoire, De Thoroul s’interrompit subitement pour quitter son siège avec une vivacité que nul n’aurait soupçonnée chez un homme aussi fourbu.

A genoux, tous ! A genoux devant le Roy ! clama-t-il avec conviction.    

La stupeur était totale, mais l’identité de l’homme qui s’était avancé sans bruit dans le dos de l’assistance ne pouvait faire l’objet du moindre doute. Son visage noble semblable à un marbre ciselé, vêtu d’une longue houppelande carmin brodée d’or et d’argent, le front ceint d’un diadème chargé de pierres précieuses, le roi Philippe posa un regard impassible sur tous les hommes qui s’étaient empressés d’obéir au commandement du comte.

C’est avec une lente majesté qu’il se tourna vers ce dernier et prit la parole :

Sont-ce là les derniers arrivants dont j’ai ouï parler ?      
Ceux-là même, votre majesté, répondit De Thoroul en gardant la tête légèrement inclinée.
Où avez-vous prévu de les envoyer ?
Nulle part, sire. De très nombreux chevaliers se sont présentés ces deux dernières semaines, si bien qu’il n’est plus de mission que je puisse confier à ceux-ci.

Philippe considéra une nouvelle fois ceux qui l’entouraient, s’attardant sur chacun comme s’il lisait son potentiel dans sa seule physionomie. Au terme de cet examen, il s’adressa une nouvelle fois au comte :

Accompagnez-moi.

Les deux hauts personnages sortirent et s'éloignèrent de quelques pas pour entamer un conciliabule à voix basse. Demeurés sous la tente, les sept chevaliers échangèrent quelques coups d’œil indécis puis se redressèrent avec hésitation, ne sachant s’ils commettaient ou non une infraction à l’étiquette. Dans le silence interloqué qui suivit, ils perçurent des bribes de la conversation à laquelle ils n’avaient pas été conviés :

… souvenez-vous, lors de la prise du château … fuite de nuit …  
… où ? … est-ce même possible ? …
… guetteurs nous ont rapporté … ouest … cinq jours …
… sûrement loin … menace ? …
… au vu de leur direction … seule possibilité … feront l’affaire … ne demandent pas mieux … exécution …


Après plusieurs minutes de cette inconfortable attente, tandis que leur sort semblait se jouer sans qu'ils puissent intervenir, les volontaires furent enfin rejoints par le comte qui s’empressa de passer derrière son bureau pour leur faire face à nouveau.

Il se pourrait finalement que nous ayons une tâche à vous confier …        

Cette nouvelle inattendue modifia instantanément l’atmosphère qui régnait sous la tente et quelques exclamations ravies fusèrent.

cependant, poursuivit De Thoroul en haussant la voix pour bien se faire entendre, il faut que vous sachiez qu’accepter reviendra à vous jeter à corps perdu dans l’inconnu. Là où vous irez, personne ne peut présager de ce que vous trouverez ou des dangers auxquels vous serez exposés.    

Tout chevalier s’attend naturellement à devoir surmonter quelques obstacles afin de justifier son rang, mais ces mises en garde jetèrent tout de même un froid. Fallait-il que la quête qu’on envisageait de leur confier sorte à ce point de l’ordinaire pour que le comte se montre aussi prudent ?

Il me faut vous abandonner un instant pour recevoir un important document des mains du Roy. Profitez-en pour faire le point avec vous-même et pour élire un chef d’expédition. A mon retour, je ne veux trouver ici qu’un groupe d’hommes valeureux et organisés.

Le comte s’apprêtait à les quitter lorsqu’il s’arrêta à hauteur du Loup Noir pour lui glisser quelques mots sur le ton de la confidence :

Sa majesté m’a informé que vous étiez à la recherche d’une certaine épée ayant appartenu à votre famille.

Cette déclaration ne manqua pas de surprendre le Loup. Mais, habitué à garder la maîtrise de sa personne, il ne manifesta qu’un très léger tressaillement des épaules.

N’en soyez pas étonné : le Roy a des yeux et des oreilles partout. Cette arme … cette arme qui vous est si précieuse … d'après nos renseignements, elle a toutes les chances de se trouver là où nous comptons vous envoyer. Reste à savoir jusqu’où vous êtes prêt à aller pour la récupérer, conclut-il avec un sourire en coin.

Sur cette ultime considération, il disparut dans la brillante lumière extérieure.

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MessageSujet: Re: [LTIMNP] : L'aventure.   Jeu 14 Fév 2019 - 1:00

Ascelin Boulet toussota discrètement dans son poing fermé pour rompre le silence gênant qui s'était installé dans la tente, puis s’avança d'un pas:
- Il semble qu'on attende de nous que nous désignions un chef à notre future maisnie. Qui se propose pour tenir le rôle ?
Peut être ce noble personnage, Cloderic, dont la chevelure porte la marque des ans ? Chacun sait que l'expérience est une denrée précieuse.
A moins que nous n'élisions ce colosse, Enguerrand ce me semble, dont la carrure pourrait servir de blanc seing en plus d'une occasion ?
Pour ma part, j'accorderai sans doute ma préférence à ce chevalier à l'écu de sable et au nom étrange, tout comme l'est sa vesture. J'ai eu à croiser le fer avec plus d'un de ses semblables et ils n'ont jamais manqué de courage. Mais, surtout, il a été distingué par le roy en personne qui semble s'intéresser à sa quête.
Mais peut être d'autres ont-ils des qualités qui pourraient nous être utile face aux épreuves qui nous attendent ? Une connaissance des lieus alentours ? Un don pour la belle parole ou pour mener les hommes au combat ?
Il nous faut débattre vitement avant le retour du comte ...

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MessageSujet: Re: [LTIMNP] : L'aventure.   Sam 16 Fév 2019 - 11:34

La gêne qui flottait amusa intérieurement le vieux chevalier. Ce genre de situation n'avait plus de prise sur lui.
- Alors, les jeunes, l'un de vous veut être chef ? Malgré mon âge, il ne faut pas croire que j'ai souvent eu l'occasion de commander. Je vous laisse donc vous amuser.
Mais si vous voulez un conseil, celui qu'on choisira devra se montrer ouvert aux autres. Et nous, nous devrons nous montrer indulgents ..."

Cloderic toisa le Loup de la tête aux pieds :
- Mon garçon, serais-tu prêt à ne pas nous envoyer à la mort pour ton épée ? Car les rôles sont simples : à nous d'affronter le danger et à toi d'assurer notre survie. Es-tu partant ?
Puis, se tournant vers les autres :
- Et ne mettez pas toute la nuit pour vous décider ; je n'en ai qu'une à passer ici !"
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MessageSujet: Re: [LTIMNP] : L'aventure.   Sam 16 Fév 2019 - 15:32

A la simple évocation de son prénom Enguerrand sentit un frisson lui parcourir l'échine. Il ne se voyait pas commander d'autres personnes (à l'exception des gueux bien entendu). Pour tout dire, il s'en pensait même totalement incapable.

Mais qui choisir parmi ces nouveaux compagnons ? Le plus vieux d'entre-eux, à ses yeux le plus apte à les diriger de par l’expérience acquise sous le harnois, venait de décliner l'offre.

Il se tourna lentement pour observer Otzo Beltza. L'homme semblait quelque peu troublé par les propos du Comte, mais restait ferme et solide comme à l'extérieur. Oui, il pouvait le suivre. Son instinct le lui disait, son serment de chevalier le lui dictait. Il ne pouvait laisser seul quelqu'un à la recherche de son héritage, même sous la forme d'une modeste épée.

Timidement il prit parole:

"Messires, je ne puis prendre une telle tâche : mon inexpérience est trop grande et mon discernement bien mince."

S'avançant d'un pas vers Otzo il lui tendit son arme:

"J'ignore où vous mènera cette queste, mais permettez-vous que je vous y accompagne ?"


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MessageSujet: Re: [LTIMNP] : L'aventure.   Dim 17 Fév 2019 - 0:12

.
    Il avait vu le Roy. Et ça pour une expérience unique en son genre, c’était quelque chose ! L’aquitainien avait dû user de toute sa patience pour ne pas tressaillir à l’arrivée du monarque… Mais trêves de rêvasseries, il était apparemment l’heure d’un choix et pas des moindres.

    Des langues se délièrent alors et trois d’entre eux déclinèrent. Le choix allait être rapide en fin de compte.

    Mettant fin à sa réflexion, qui manquait de discrétion puisqu’il tapotait nerveusement du pied depuis quelques secondes déjà, Amaury s’avança à son tour. Profitant ainsi de l’intervention d’Enguerrand qui tombait à pic.

    « N’ayant ni rang, ni terre, je ne peux décemment vous demander de me suivre. »

    Puis, il se tourna vers Ostzo qu’il dévisagea sobrement.

    « C’est pour cela que je pense rejoindre Enguerrand à vos côtés sieur Beltza. Si vous le souhaitez bien entendu… Et si vous jurez sur votre nom que vous œuvrez pour la paix en ce royaume qui est le nôtre. »
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MessageSujet: Re: [LTIMNP] : L'aventure.   Dim 17 Fév 2019 - 13:41

Jehan restait en retrait, les bras croisés, partiellement dans l'ombre. Il ne pouvait prétendre à commander le groupe, trop jeune et en apparence trop inexpérimenté, et cela n'était pas dans ses intérêts de toute manière. Comme lors de ce débat, ce qu'il préférait, c'était se taire, et observer. Ô combien de choses l'on pouvait apprendre sur une personne en l'observant ainsi ! L'on sortait les sots des sages, les fiables des retors, les ... mallléables des avisés. Apprendre en regardant, se nourrir des échecs des autres pour s'améliorer soi-même et les dépasser : telle était la voie de l'élève avisé, avide de progresser en toute sécurité. Rien à perdre, tout à gagner.

L'avantage de ne pas être chef mais d'en suivre un de près présentait justement cet avantage de pouvoir tirer leçon des expériences de la personne... et d'avoir quelqu'un d'autre que soit à blâmer lors de l'échec. Oui, cela était le mieux pour le moment. Il n'y avait pas de quoi tirer son épingle du jeu à se mettre sur le devant de la scène... pour l'instant.
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