Le Royaume de Bretonnie
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 La Saga d'Oksilden : Foi Furieuse

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Kaops
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MessageSujet: La Saga d'Oksilden : Foi Furieuse   Dim 28 Mai 2017 - 23:02

Mesdames et messieurs, je vous présente le troisième tome de la Saga d'Oksilden (oui j'ai décidé d'appeler la collection comme ça, je trouve que ça rentre dans le thème).

Apparemment, les températures animent les plumes ces derniers temps, donc pourquoi ne pas profiter de l'occasion pour rempiler ! Cette fois-ci, j'ai pris la décision d'écrire un bon morceau en avance pour être un peu plus sûr de ne pas trop me perdre durant l'écriture. Qui sait, un jour j'arriverais peut-être à faire quelque chose de cohérent Mr. Green Donc si cette introduction est certes un peu courte, la suite arrivera tout bientôt.

Si vous commencez par ce récit, sachez qu'il est la suite directe de Combattre l'acier par l'acier (http://whcv.forumactif.com/t6325-la-saga-d-oksilden-combattre-l-acier-par-l-acier) qui a été posté il y a quelques mois sur le forum des comtes vampires. Cependant, ce récit sera publié en parallèle sur le forum bretonnien et vampirique.

Mais trêves de discours, voici le récit. Sur ce, je vous souhaite une bonne lecture  thumright





     Les lueurs matinales pointèrent par-delà la canopée tandis qu’une brise légère agitaient les feuilles mortes en ce début d’automne. Ces dernières voletaient donc avec force bruissements, créant de petits tourbillons sylvestres tantôt mordorés, tantôt cramoisis qui passaient entre les troncs des arbres qui se tenaient fièrement là depuis des années.

    En ce jour calme, Hanna, une jeune paysanne, arpentait le sous-bois de la Grande Forêt en chantonnant une petite comptine que sa nourrice lui avait apprise autrefois.  Elle était partie cueillir quelques champignons dans les environs à la demande expresse de son mari Klaus. Le village se serrait la ceinture depuis peu pour amasser des provisions pour l’hiver et le rationnement mis en place par le bourgmestre obligeait les familles à chercher leur nourriture par tous les moyens. Si cela gênait la jeune femme dont le nourrisson n’avait qu’un hiver à peine, elle comprenait très bien les raisons derrière ce choix. La vie dans la Grande forêt n’était pas simple et chacun devait mettre la main à la pâte pour permettre à la communauté de prospérer. C’était comme cela que leurs ancêtres avaient procédés et c’était comme cela que les choses allaient continuer. Après tout, dans cette belle région qu’était le Talabecland, le pragmatisme et le respect des coutumes étaient les maîtres mots.

    Après avoir ramassé quelques champignons et baies au passage, Hanna se mit soudainement à ressentir une douleur dans le bas de son dos. Malgré son jeune âge, elle portait encore des séquelles de son alitement forcé dû à son accouchement difficile. Tout en étirant son dos, la jeune femme ressassa distraitement des souvenirs fugaces d’il y a quelques années où elle pouvait encore effectuer ce genre de tâches sans le moindre problème durant des heures. Réalisant qu’elle ruminait ses idées toutes seule, Hanna se mit alors à glousser pour elle-même. Elle pensait déjà comme un des ainés qui passait son temps se plaindre à propos du passé qu’il disait « bien meilleur ». Encore quelques semaines et ce genre de douleur finirait par disparaître, la prêtresse de Rhya du village le lui avait assuré. Mais pour le moment, une petite pause ne lui ferait pas de mal. La jeune mère déposa à côté d’elle le panier d’osier rempli de son butin de la journée et elle s’adossa à un chêne dont les racines noueuses permettaient de s’asseoir facilement. Tout en promenant son regard sur les environs, la talabeclandaise s’émerveillait encore et toujours des miracles journaliers de la nature. D’après elle, il suffisait d’observer les paysages que le couple divin formé par Rhya et Taal aidaient à créer pour s’en apercevoir.

    Quelques feuilles passèrent en suivant un coup de vent, ce qui agita les branches des arbres alentours, produisant à nouveau ce bruissement si familier pour la jeune femme. Elle se perdit dans sa contemplation quelques minutes de plus et regarda ensuite vers le ciel, essayant d’apercevoir quelque chose à travers les branches. Pour ce qu’elle en voyait, des nuages arrivaient depuis le lointain. C’était un signe avant-coureur de pluie, mais cela était normal en cette saison. Cependant, cela indiquait aussi qu’elle allait devoir rentrer rapidement si elle ne voulait pas finir trempée et elle ne souhaitait certainement pas attraper froid. Son enfant et surtout le village avait besoin de soutien en ce moment, et non pas d’une malade de plus. La brise revint, mais plus froide cette fois et Hanna frissonna quelque peu. Elle se dit qu’elle aurait dû penser à prendre un vêtement en laine aujourd’hui et cela confirma le fait qu’elle devait se remettre en mouvement.

    Tout en nouant rapidement ses cheveux châtains en un chignon pour les maintenir plus facilement en place, Hanna se releva tranquillement et réajusta sa robe en lin gris-vert. Par habitude, elle plaça ensuite sa main sur le petit pendentif à son cou qui représentait une feuille de châtaigner taillée dans du bois. Elle en profita ainsi pour remercier ses divinités tutélaires de lui avoir accordé ce moment contemplatif.

    Au moment où elle ramassa son panier cependant, quelque chose attira son regard. A sa gauche, entre deux arbres, se trouvait quelqu’un. Lorsqu’Hanna réalisa qu’elle ne reconnaissait pas la personne, elle s’immobilisa dans l’instant. Dans ces régions si proches des collines stériles, les mutants et autres bandits n’étaient pas rares. La jeune femme porta donc la main au coutelas qu’elle portait à sa ceinture, le regard déterminé tout en étant prête à courir vers le village en cas de besoin. Kortlheim n’était pas bien loin de toute manière, ce n’était qu’une question de secondes avant d’y arriver. Mais en voyant la démarche peu assurée de l’inconnu, Hanna se dit finalement qu’elle pouvait y aller en marchant, il ne la rattraperait jamais à son allure. Le pauvre hère boitait presque en se tenant le flanc tel un animal blessé.

    De sa position, le nouveau venu lui sembla relativement grand. De longs cheveux bruns ainsi qu’une barbe fournie entouraient son visage. La bonne nouvelle était qu’il n’avait pas l’air d’être un mutant, mais il pouvait être un bandit. Hanna se raidit et continua à analyser rapidement l’accoutrement de cet inconnu tout en cherchant des armes quelconques.

    En guise de vêtements, il portait une sorte d’armure plutôt étrange. Elle était à moitié composée de mailles et de cuir sombre et était parcourue de divers symboles et colifichets. De loin, Hanna en reconnu quelques-uns comme étant semblables à ceux qu’arborait un marchand bretonnien itinérant venu dans le village il y a plusieurs mois. Les autres, en revanche, ne lui rappelaient rien. Mais en tous cas aucun n’était semblable à l’autre. Au vu de l’état de son équipement, le voyageur avait passé de sales moments. Le cuir était entaillé par endroit et les quelques plaques d’acier qui surplombait ses avant-bras étaient tellement cabossées qu’on pouvait se demander si elles avaient un jour été plates. Une corne à boire pendait à son flanc ainsi que plusieurs fourreaux et anneaux pour armes. Ils étaient heureusement tous vides et étaient ballotés par le vent automnal. Avec une telle armure, cet homme ne venait certainement pas de la région vu qu’aucun talabeclander ne portait autre chose de plus solide que du cuir pour honorer les volontés de Taal.

    L’inconnu, qui continuait à marcher lentement en grognant de douleur par intermittence, remarqua alors Hanna qui se tenait non loin dans une posture défensive. Il s’arrêta de bouger pendant quelques secondes et la dévisagea en affichant ce qu’Hanna pensa être de la surprise. Il se tourna à demi vers elle et commença à s’approcher en accélérant sa marche.

    « Ne bougez pas plus, dit-elle avec un air résolu. »

     Hanna sortit sa dague de son fourreau et la pointa d’un geste malhabile mais néanmoins assez contrôlé pour indiquer qu’elle savait s’en servir.

    « Dites-moi qui vous êtes avant de vous approcher. »

    L’étranger arrêta sa marche à quelques pas d’Hanna. De là où il était, la jeune femme réalisa qu’il était bien plus grand que ce qu’elle imaginait. Il devait bien faire une bonne tête de plus que Klaus et son mari était un bucheron bien bâti, ce qui ne la rassura pas vraiment. Ses traits étaient cachés en grande partie par son épaisse barbe mais elle put cependant supposer qu’il devait être dans la quarantaine d’hivers. Si son visage était fermé, semblable à ceux des patrouilleurs qui gardaient les environs, ses yeux bleu clair presque gris en revanche étaient emplis d’une tristesse sans pareille. Même s’il avait l’air plus blessé qu’agressif, Hanna préféra rester sur ses gardes.

    « Qu…Quoi ? marmonna l’étranger dans un Reikspiel teinté d’un accent très prononcé et roulant qu’Hanna ne connaissait point. »

    Il ne comprenait pas ce qu’elle lui avait dit ? Avait-elle affaire à un étranger ? L’accent des talabeclander était réputé pour être particulièrement exécrable, la faute à un manque flagrant d’articulation, et il était donc plutôt fréquent que les voyageurs qui parlaient pourtant parfaitement le Reikspiel se retrouvent démunis face à des guides locaux. Consciente de ce fait puisque tous les gens des autres régions le reprochaient aux habitants du Talabecland, Hanna essaya de prendre un accent plus reiklanderien pour se faire comprendre.

    « Vous me comprenez ? demanda-t-elle en articulant bien plus cette fois. »

    Le voyageur hocha la tête après avoir hésité quelques instants. Bon, au moins il comprend, c’est déjà ça, se dit-elle.

    « Qui êtes-vous et que faites-vous ici ? reprit-elle calmement en baissant légèrement son coutelas.
    -Vous n’auriez pas… un guérisseur dans le coin ? Je crois que… je… vais… »

    Le visage du voyageur se tordit de douleur et l’instant d’après, il perdit connaissance en s’étalant de tout son long devant une Hanna de plus en plus déconcertée. Le regard fixé sur l’inconnu évanoui, la paysanne ne savait plus vraiment quoi faire. Un homme étrange sort de nulle part, demande une guérisseuse et tombe devant elle comme un tronc fraichement coupé. Elle qui s’était habituée à une vie tranquille ces derniers temps…

    « Raah, c’est pas vrai, rechigna-t-elle. »

    Hanna n’aimait pas ça, mais elle ne pouvait pas laisser ce pauvre homme seul et inconscient au milieu de nulle part, surtout dans cette région. Rapidement, elle récupéra son panier en osier, rangea son couteau et s’approcha quelque peu de l’inconnu.

    « Je ne sais pas si vous m’entendez, mais je vais revenir avec de l’aide ! »

    Sur ces mots, Hanna s’en alla en courant vers son village. Elle devait avertir Klaus et la prêtresse de Rhya au plus vite.




NB: Ce sujet servira de sujet de discussion, donc si vous avez des commentaires/remarques à partager, allez-y cheers


Dernière édition par Kaops le Lun 26 Juin 2017 - 21:21, édité 1 fois
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Kaops
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MessageSujet: Re: La Saga d'Oksilden : Foi Furieuse   Mar 30 Mai 2017 - 19:39

Et voici la suite !



     Quelques jours plus tard, à Altdorf…


     « Et… c’est tout ce que vous avez à me dire ? ‘Un dossier est arrivé’ ? »

     Herr Johannsen, aussi connu sous le titre de commandeur de l’Ancien et Très Saint Ordre Initiatique des Templiers de Sigmar – parfois aussi appelés répurgateurs au grand désarroi de certains membres de cet ordre qui souhaitent avoir le nom complet – était quelque peu excédé. Et cela, le messager de l’ordre le remarqua assez vite malgré l’apparent calme dudit personnage.

     Il avait été désigné par le commandeur pour lui délivrer ses messages et il commençait à savoir reconnaître les humeurs de son supérieur. En l’occurrence, l’irritation était signalée par un léger tressautement de la paupière droite durant moins d’un dixième de secondes et un imperceptible haussement de la voix sur le « tout ». Pour n’importe qui d’autre, Herr Johannsen aurait dit cette phrase sur un ton complètement désintéressé et monocorde, du moins le type de corde que l’on affutait tel le fil d’un rasoir pour vous dépecer vivant. Mais les petits détails ne trompaient pas, il suffisait juste de savoir où les chercher.

     Et c’était tout un exploit que de déceler un défaut sur la forteresse impénétrable qu’était le visage du commandeur. Tranquillement installé derrière son bureau dans un fauteuil à haut dossier relativement austère, le commandeur Johannsen n’était pas vraiment la représentation de la sympathie. C’était tout le contraire à vrai dire. Rien que son lieu de travail ressemblait à un cachot tout droit sorti des pires prisons impériales. Le cercueil d’un prêtre de Morr était plus accueillant en comparaison.

     Un bureau solitaire trônait au milieu de la pièce avec une chaise toute simple qui lui faisait face pour asseoir la victime de la discussion du jour. Derrière, une grande bibliothèque occupait le mur, contenant plusieurs ouvrages et dossiers dangereux en tout genre. De part et d’autre de ladite bibliothèque, deux petites meurtrières crachaient la seule maigre source de lumière de la pièce, laissant ainsi le visage du commandeur dans l’obscurité. En résultat, des ombres, seul ressortaient une paire de mains parcheminées serrées l’une contre l’autre, sa carrure fine et athlétique en dessous d’un lourd manteau de cuir, une broche en or représentant une flamme dans un cercle et une paire d’yeux qui vous vrillaient littéralement le cerveau. D’ailleurs, il était facile de voir qu’après sa réputation, c’était les yeux du commandeur qui étaient sa meilleure arme. Le blanc semblait briller dans l’obscurité, occupant la presque totalité de votre champ de vision dès l’instant où vous posiez votre regard dessus. Et au milieu, deux cercles d’acier trempé vous jugeaient à chaque instant, grattant le fond de votre crâne pour y trouver des réponses. Le messager se fit encore une fois la réflexion qu’avec un regard pareil, les séances de torture devaient aller relativement vite. Il n’avait qu’à pointer son regard sur sa victime et, en temps et heure, elle lui cracherait le morceau. Et dire qu’il paraissait que personne ne l’a jamais vu quitter ce bureau, voire ce fauteuil…

     « Quand vous aurez fini de me dévisager, vous pourrez disposer Ubbe. »

     Le messager sursauta presque quand il réalisa que son supérieur avait remarqué son petit manège. Il se raidit et regarda droit devant lui.

     « Pardonnez-moi Herr commandeur. Je vous laisse donc. Je reviendrais pour vous avertir de l’arrivée de votre prochain rendez-vous et j’espère que vous trouverez les réponses à vos questions dans ce dossier.
     -Je l’espère mon bon Ubbe, je l’espère… Que Sigmar veille sur vous. »

     Ce genre de menace sous-entendue, Ubbe en avait entendu un sacré nombre sous les ordres de Johannsen, c’était une habitude du vieux répurgateur que de maintenir ses subordonnées sous tension. Mais cette fois il sentit quelque chose de différent. Le commandeur semblait tendu aujourd’hui. Ubbe essaya d’oublier ce détail et, après avoir effectué le signe du marteau sur son épaule, repartit aussitôt vaquer à ses occupations.


     Lorsque la porte se ferma enfin, une noirceur moite envahit à nouveau la pièce. Johannsen prit quelques secondes pour la savourer tel un bon vieux plat que l’on est toujours fier de réussir, puis il soupira longuement. Dire qu’il en était réduit à simuler des tics nerveux pour faire croire à ce pauvre Ubbe qu’il arrivait à le percer à jour. Il s’était réellement attendri avec l’âge. Mais bon, il valait mieux parfois faire croire à certaines personnes qu’elles avaient des cartes en mains. Cela leur donnait un peu de confiance en elles et il était toujours impressionnant de voir ce que quelques rumeurs bien placées étaient capables de produire sur certaines personnes réceptives…

     Johannsen ouvrit précautionneusement un tiroir à sa droite et en sortit un bougeoir en argent ainsi qu’une bougie. Quelques étincelles de briquet plus tard, la mèche s’alluma, laissant une lumière orangée s’étaler mollement sur les murs en pierres taillés du bureau. Johannsen avait beau aimer sa mise en scène, il avait quand même besoin de lumière pour lire.

     Le commandeur enfila une paire de gants en cuir brun qui craquèrent sous le poids des âges et ramena le tas de feuilles vers lui. Un parchemin bruni et plus épais se refermait sur le tout pour le protéger et un ruban rouge marqué d’un sceau entourait ledit dossier pour interdire son ouverture aux yeux non autorisés. Sur la couverture, un titre écrit d’une main habile, quoi qu’un peu brouillonne par endroit, indiquait :

« Rapport d’enquête confidentiel : Incident 648-k5-8h5/07o »

     Johannsen se fit la réflexion qu’il n’arriverait jamais à se faire aux méthodes d’agencement des nouvelles générations. Tant de chiffres étranges pour dire si peu de choses. 648 indiquait que le dossier a été écrit par le 324e agent en poste à Altdorf, en l’occurrence Werner Kurtenbach – voilà donc pourquoi il lui semblait reconnaître la calligraphie, Werner avait toujours eu la main droite crispée. K5 indiquait, s’il se souvenait bien, un danger chaotique de deuxième catégorie et le 8h5/07o… Eh bien, il annonçait le problème insoluble du cas du norse dénommé Hjalmar Oksilden. Mais pourquoi donc Werner lui avait-il envoyé ce dossier ? Il avait pourtant été clos après l’incident dans les montagnes grises...

     Après être resté quelques instants à regarder la couverture, Johannsen soupira à nouveau et entreprit d’ouvrir le dossier. Si Werner le lui avait envoyé expressément, c’est qu’il devait y avoir une raison. Au préalable, il brisa le sceau de cire frappé du symbole de la comète et commença à feuilleter les documents. Le rapport commençait par un chapitre intitulé « déplacements antérieurs à l’enquête ». Un début intéressant, ce n’était pas là quand il avait lu le dossier la première fois. Le chapitre concentrait un bon nombre de rapports de missions, de recueils d’informations et… d’interrogatoires de l’Ordre de la Flamme Purificatrice ? Tiens, tiens, voilà qui sortait de l’ordinaire, se dit Johannsen en se rapprochant pour mieux réussir à lire le texte.

     Il est important de noter ici que si le clergé sigmarite semblait soudé, il n’en était rien en réalité. Plusieurs ordres s’étaient formés à l’intérieur et certains étaient plus virulents que d’autres. L’Ordre de la flamme purificatrice en l’occurrence, regroupait les prêtres qui combattaient la corruption interne de l’Empire par le Chaos et donc les « inquisiteurs ». Normalement, les templiers de Sigmar aussi connus sous le nom de répurgateurs en faisaient partie, mais disons juste qu’ils préféraient faire bande à part d’avec ceux qu’ils considéraient comme étant des fanatiques de l’occulte bien trop soupçonneux. De leur côté, les répurgateurs avaient une vision bien plus simple de la chose. Au lieu d’enquêter sur des artefacts, questionner des confrères sigmarite – ou pire des répurgateurs - en permanence… Eux, membres du très saint ordre des templiers de Sigmar, se contentaient d’annihiler la menace dans les flammes purificatrices. Une méthode qui, à leurs yeux, obtenait bien plus de résultats et bien moins de questions gênantes... si elle était menée de la bonne manière. Et c’était justement là que le commandeur Johannsen intervenait. Il était, avec d’autres confrères, le garant de la cohésion de son ordre. On peut bien brûler des chaotiques à vue, les pertes collatérales étant bien évidemment négligées au profit du maintien du grand Empire de Sigmar, il fallait le faire proprement et selon le protocole. Sinon, en quoi seraient-ils si différents de leurs adversaires de toujours ?


     Mais revenons-en à l’étude du dossier. Johannsen se fit la réflexion qu’il aurait dû participer à l’initiation de Werner tant l’état de son document était désordonné. Les dessins ne possédaient pas de légendes et il devait manquer la moitié des sources. Mais il devait néanmoins reconnaître qu’il avait effectué un travail conséquent. Retrouver autant d’informations et de témoignages sur les passages et agissements du nordique était quelque peu bluffant quand on savait qu’il n’était pas encore surveillé à cette époque. Cependant, les interrogatoires de l’Ordre de la Flamme purificatrice n’étaient pas aussi intéressants qu’il l’espérait. Il s’agissait principalement d’« adversaires » malheureux du nordique qui avaient survécu à un duel contre l’intéressé. En l’occurrence, il s’agissait de cultistes, d’où les interrogatoires de l’Ordre de la flamme. Mais le nom d’Oksilden n’apparaissait que fortuitement, sans fournir plus d’autres informations. En continuant, Johannsen trouva une petite carte du nord du vieux monde. Plusieurs tracés et points de couleur recoupaient les sources précédentes en retraçant ce qui était supposé être les déplacements du norse. Cela allait des Marches de Couronne, au Nordland au duché de l’Anguille et plusieurs points indiquaient des voyages en dehors du continent. Mais il restait un grand nombre de trous entre deux voyages où les répurgateurs n’avaient pas réussi à extrapoler sa position. Cependant, cela restait du bon travail.

     Quelques pages et anecdotes plus tard, une page de chapitre blanche faisait la séparation et indiquait : « Evènements du Grand tournoi de Havras ». Là les choses devenaient intéressantes, mais il connaissait déjà ce chapitre. Il l’avait reçu plusieurs mois auparavant en même temps que les rapports annonçant l’échec cuisant de l’expédition dans la baronnie de Havras. Johannsen sauta donc le chapitre ainsi que le suivant pour voir si quelque chose de nouveau allait tomber. Et effectivement, le dernier chapitre en date était inconnu au bataillon : « Reprise de la piste, transfert à travers le Talabecland ». Johannsen remarqua ensuite un petit mot écrit en rouge accroché à la page de garde : « Mise à jour récente : URGENT ».

     Le commandeur parcouru les quelques lignes et témoignages épars et ouvrit l’original d’une lettre du grand prêtre Farador de Talabheim destinée à l’ordre du Marteau d’Argent. La lettre datait d’il y a moins d’une semaine et annonçait le retour du norse dans la circulation. Si cette nouvelle lui hérissa le poil d’inquiétude, Johannsen reprit ensuite sa tâche professionnellement. Le Marteau d’Argent n’avait été qu’une façade que l’Ordre avait utilisée pour pourchasser le norse. Apparemment Werner avait reçu la lettre il y a peu ainsi que des témoignages provenant de ses sources à Talabheim. Johannsen lut donc le dernier rapport en date écrit depuis Priestlicheim. C’était une lettre courte, confuse et écrite à la hâte par un contact de Werner. Elle détaillait un problème avec le convoi qui transportait le norse mais sans indiquer ce qu’il s’était passé. Enfin, la lettre se terminait par : « Interrogations des témoins impossible pour le moment. Trace perdue. »

     Johannsen lâcha mollement la feuille qui retomba sur la pile de documents en froufroutant. Le rapport confirmait ses craintes et il était réellement, absolument, totalement désappointé par cela. Hjalmar Oksilden était dans la nature, sans surveillance et apparemment revenu d’entre les morts. Le cuir des gants du commandeur craqua alors que ses poings se serraient de frustration. Ce nordique n’était qu’une petite épine dans le pied de l’Ordre des templiers, mais par Sigmar il était résistant. Avec un peu de chance, ce n’était pas lui et Farador s’était simplement trompé… Non, le grand-prêtre de Talabheim était un incapable lascif, mais la tromperie ne faisait pas partie de ses habitudes. Et puis, il était suffisamment au courant des affaires de l’Ordre pour savoir que le nordique était recherché. De plus les témoignages ne laissaient pas vraiment de place aux doutes… ces histoires de portails rendaient le cas du nordique bien plus grave qu’il ne l’était à la base.

     Si Werner l’avait averti de la situation en urgence, ce que ce n’était donc pas prévu. Le connaissant, Johannsen en déduisit que la soif d’ambition de son collègue lui avait fait garder le secret sur sa découverte pour qu’il puisse en tirer les lauriers. Mais la débâcle de son opération lui avait apparemment fait retrouver la raison et il en appelait maintenant à une autorité compétente. Comme quoi, malgré ses défauts, il apprenait de ses erreurs… Ou il cherchait à les cacher.


     Johannsen se retrouvait donc à devoir faire un choix. Qui allait-il donc envoyer en mission pour pourchasser cet hérétique ? Il allait avoir besoin d’une garnison complète pour l’arrêter s’il en croyait les rapports sur les compétences martiales du norse, sauf qu’il ne souhaitait pas dépenser trop de moyens sur une petite affaire comme celle-ci. De plus, ses meilleurs agents étaient déjà tous déployés sur des cas plus importants et lointains et les faire revenir pourrait leur faire perdre un temps précieux. Où était-il donc censé trouver au plus vite un agent dispensable mais compétent ?
Quelqu’un se mit à toquer la porte. Presque surpris, Johannsen faillit éprouver de la surprise avant de réaliser qu’il devait s’agir d’Ubbe. Bien. Le commandeur ouvrit un deuxième tiroir et y récupéra un pistolet ouvragé et déjà chargé qu’il pointa vers la porte d’un geste expert. C’était une simple précaution.

     « Qu’y-a-t-il ? demanda-t-il d’une voix qu’il avait rendue morne par habitude.
     -Votre rendez-vous est arrivé dans Altdorf, monsieur, fit la voix d’Ubbe qui était quelque peu étouffée par la porte en bois massif. Il sera là dans moins d’une demi-heure pour son rapport. »

La mémoire du commandeur prit quelques secondes à chercher dans son agenda mental pour retrouver le nom de la personne en question. Il le trouva.

     « Ah… Lui, dit Johannsen avec une touche exaspération à peine cachée. » - Puis, son esprit se rappela de sa nécessité récente. – « Lui… Oui, il pourrait faire l’affaire finalement. Parfaitement même.
     -Pardon mein Herr ? demanda Ubbe qui avait entendu le commandeur murmurer.
     -Je vous remercie Ubbe. Mais avant qu’il n’arrive, allez demander à Werner Kurtenbach de venir dans mon bureau dans les plus brefs délais, voulez-vous ? J’ai à lui parler. »





     « Tu es mort ! »

     La voix grandiloquente et teintée d’un accent du Middenland retentit sur les quais du port d’Altdorf en étant suivie par de nombreux bruits de coups et de bois brisé. Parmi la foule de dockers, marins et marchands douteux qui vaquaient à leurs occupations, plusieurs têtes se tournèrent pour trouver la source du boucan. Ils cherchaient surtout à savoir s’il s’agissait d’un danger ou d’une affaire possible - voire les deux, ce qui pour certains était encore mieux. Mais quand les badauds identifièrent l’auteur de cet éclat comme étant un répurgateur impérial, les regards se détournèrent bien vite et leurs intérêts pour sa personne disparurent encore plus vite qu’un cadavre gênant dans le Reik. Des membres de l’inquisition, ces hommes avaient la réputation d’être les pires de tous, et à raison. Non seulement ils n’étaient pas vraiment contrôlés par l’état -à l’exception de l’empereur en personne- mais en plus, sur la base d’un seul mouvement suspect, le juge, jury et bourreau qu’ils représentaient avait tendance à vous envoyer aussitôt visiter les geôles de leur ordre. Ce qui, dans une très grande majorité des cas, s’apparentait à un aller simple. Les plus chanceux finissaient sur un bûcher.


     Le répurgateur donc, se tenait sur un embarcadère, ou plutôt ce qui ressemblait auparavant à un embarcadère puisque ce dernier avait été méthodiquement réduit en petit bois par le sigmarite en furie et son marteau à deux mains. Son long manteau en cuir brun et son chapeau à long bords typique des répurgateurs flottaient au vent au gré des attaques, dévoilant ainsi par moment les nombreux équipements de combats ésotériques que l’intéressé portait sur lui. Quelques sceaux frappés d’une tête de loup et des parchemins sur lesquels des textes bénis étaient inscrits voletaient sur ses épaules. Au milieu du col relevé de la veste, on pouvait voir son visage expressif, presque théâtral, dont la moue de colère sur-exagérée était encore amplifiée par le bouc taillé que l’individu portait.

     Apparemment, l’homme en question sautait en tous sens, abatant son arme avec force rage et exultation pour exterminer - selon ses termes- « par la main d’Ulric et le revers patriarcal de l’empereur » un pauvre rat. Le rongeur avait eu la malheureuse idée d’aller grignoter un bout de la botte de l’inquisiteur alors qu’il descendait de son embarcation. S’en était suivit un accès de rage démesuré de la part du répurgateur qui avait pris à cœur l’extermination instantanée du rongeur – rongeur qui avait immédiatement fuit le courroux de ce fou furieux par ailleurs.

     La ‘guerre totale’ déployée par ledit répurgateur pu prendre fin après quelques minutes de martyrisassions de plancher riveté, quand un coup chanceux atteignit le rat à la tête. Devant un marteau de guerre lancé à pleine vitesse, l’animal ne résista point longtemps et s’envola sous la forme d’une purée rougeâtre qui alla amerrir dans le Reik après un vol d’une durée honorable. Le répurgateur, en réalisant le succès de son opération, s’arrêta de bouger un instant pour contempler son œuvre et, quand le rat toucha l’eau, s’écria :

     « Victoire ! Ha HA ! J’suis trop fort ! »

     Il continua ainsi la liste de ses onomatopées diverses et variées pendant encore quelques secondes tout en faisant le symbole d’Ulric, sa divinité tutélaire. Cela consistait à placer devant soi son poing fermé, sauf l’auriculaire et l’index qui étaient dirigés vers le ciel. Le tout était censé représenter une tête de loup, symbole du dieu de l’hiver et du Middenland, ou un U comme Ulric.


     Devant un tel spectacle, plusieurs personnes dans l’assemblée se mirent à se poser des questions. Les répurgateurs étaient toujours dépeints comme des gens austères et aussi froids que les glaces éternelles des montagnes du Bord du monde. Alors en voir un faire étalage d’autant d’expressions fleuries et de joie avait de quoi déboussoler.

     Plusieurs regards furtifs et méfiants se mirent à apparaître parmi la foule. Peut-être n’était-il pas un répurgateur ? Serait-il un imposteur utilisant l’habit typique pour se faire exempter des taxes ? Les rumeurs et suppositions se répandirent rapidement et certaines personnes peu recommandables se mirent ainsi à converger vers l’étrange personnage qui exultait toujours. C’était le genre de badauds qui n’aimait l’agitation que quand ils en étaient la cause directe et la concurrence était très mal vue. Les rumeurs finirent de les convaincre qu’il ne devait pas s’agir d’un vrai répurgateur et donc qu’il n’y avait rien à craindre. Au contraire, ils allaient rendre service à la cité et à l’Empire en se débarrassant de cet imposteur. Avec de la chance, ils auraient peut-être même une récompense pour leurs bons et loyaux services. Il suffisait d’aller lui poser quelques questions, moyennant quelques planches de bois et autres ustensiles…

     Ce genre de scène était plus que courante dans les environs. Les ports de l’est d’Altdorf n’étaient pas vraiment des endroits recommandables et détonnaient avec les quartiers nord universitaires et ceux du sud, plus riches. Mais ils étaient ceux qui offraient le plus de place puisqu’en général les nouveaux arrivants repartaient bien vite, et souvent les pieds devants.

     « Holger Von Wütend ! tonna soudainement une voix féminine mais sévère. Avez-vous définitivement perdu l’esprit ?! »

     La foule de marins et autres soiffards prêt à « fracasser de l’impôt’steur » s’arrêta net à l’entrée du ponton en entendant cela. La voix avait un de ces tons particuliers qui vous demandait implicitement de vous taire et de vous mettre au garde à vous dans l’instant. Certains dans le groupe se surprirent d’ailleurs à le faire par réflexe instinctif. La surprise passée, la petite foule tourna son regard vers l’embarcation arrimée au ponton d’où provenait ce nouvel éclat. Sur le bord du navire de transport, semblable à ceux qui traversaient le Reik et l’Empire tous les jours, se tenait effectivement une femme. Enfin, c’est ce que les matelots crurent deviner grâce aux longs cheveux noirs de jais qui dépassaient de l’armure de plates blanches et dorée qu’elle portait. Il fallait avouer qu’entre son air austère, sa taille relativement grande et les deux marteaux dorés qu’elle portait à ses flancs Sieghilde Ingrimm, grande prêtresse-guerrière de Sigmar de son état, ressemblait bien plus à ses congénères masculins du clergé qu’à autre chose. Seules ses formes que l’on devinait graciles sous son armure juraient quelque peu avec sa posture et trahissaient donc sa condition féminine. Mais pour le moment, Sieghilde se tenait donc là, les bras ballants et avec un air effaré devant le spectacle de destruction absolue qui s’offrait à elle.

     « Hein ? lança Holger en se retournant à demi. Oh ça, quelques dégâts collatéraux, rien de bien méchant. Mais ce foutu rat avait mordu ma botte ! Il l’avait cherché !
     -Rien de bien méchant ? Ce ponton donne l’impression qu’il va s’effondrer dans l’instant !
     -Mais nan ! Vous dramatisez. » - Holger donna un petit coup de talon dans une planche qui se cassa net sous l’impact et partit s’enfoncer dans le Reik dans un bruit de succion peu ragoutant. - « Bon d’accord, j’y suis peut-être allé un peu fort.
     -C’est un sacré euphémisme à ce niveau-là Holger, soupira-t-elle. Et dire que je commençais à croire que vous vous étiez calmé après tout ce temps... »

     Quoique maintenant qu’elle y pensait, il ne s’était jamais calmé. Dès sa première rencontre avec le turbulent répurgateur Ulricain, Sieghilde avait vite compris à quel genre de personnage elle avait affaire et elle ne s’était pas trompée jusque-là. Mais ses supérieurs hiérarchiques souhaitaient savoir quels résultats ce répurgateur solitaire aux méthodes extrêmes pouvait fournir s’il était dirigé proprement. Malheureusement pour elle, Sieghilde avait été choisie pour la tâche à cause de sa dévotion pour la cause et de sa patience. Pff, sa patience justement, elle avait été bien poussée à bout depuis ces derniers mois ! Et dire que sa promotion en tant que grande prêtresse du Marteau d’Argent n’avait pour but que de lui laisser plus de latitude dans son tutorat du répurgateur. Un de ces jours, elle allait expliquer aux hautes instances ce qu’elle en pensait de sa promotion…

     « Ma, vous devriez vous calmer señorita, fit une troisième personne derrière la prêtresse-guerrière. Les rata sont oune fléau qu’il faut pourifier au nom de Sigmar ! »

     Le nouveau venu dans la conversation se révéla être un autre prêtre-guerrier. Et d’après son accent à couper au couteau, il était estalien. Avec son crâne rasé, il affichait un style plus sobre que celui de Sieghilde, témoignant de son rang inférieur dans la hiérarchie du clergé. Il arborait un air affable, voire quelque peu absent. Un peu comme s’il était décalé par rapport à la réalité et qu’il la regardait sous un autre angle, ce qui déconcertait souvent ses interlocuteurs. Mais Steve Von Talos, prêtre guerrier de Sigmar depuis sa jeunesse, était parfaitement maître de ses moyens contrairement aux apparences. Ce qui, là encore, surprenait toujours ses adversaires.

     « Mais vous n’allez pas vous y mettre vous aussi, si ? implora Sieghilde qui chercha chez le prêtre estalien un minimum de soutien. »

     Le regard empli d’incompréhension qui accueillit froidement Sieghilde lui indiqua que si. Il allait s’y mettre. La prêtresse-guerrière regarda le plancher pendant quelques secondes pour se calmer. Déjà qu’elle devait supporter les errements psychotiques de son ‘collègue’ répurgateur que voilà qu’en plus elle devait se trimballer un prêtre-guerrier tout aussi dérangé… L’un dans l’autre, elle regrettait terriblement d’avoir accepté cette maudite mission jusqu’à Carroburg.

     Plusieurs jours auparavant, son supérieur les avait envoyés, elle et Holger en mission dans la cité impériale de Carroburg à l’ouest. Ils devaient enquêter sur les agissements étranges d’un commandeur un peu excentrique qui avait organisé un tournoi sans autorisation. En y arrivant, Sieghilde avait joué le jeu et avait participé au tournoi pour en apprendre plus sur l’organisateur. Mais non seulement l’enquête s’était révélé aussi infructueuse qu’inutile, qu’en plus de cela ils étaient tombés sur un vieil ami d’Holger en la personne de Steve Von Talos qui accompagnait lui aussi quelqu’un au tournoi.

     Le prêtre-guerrier estalien avait soi-disant rejoint un équipage qui était apparemment en grand besoin d’argent pour enfin réussir à passer le port de Marienburg et ses multiples taxes, d’où la participation au tournoi pour en gagner le prix. Ce fut un échec de ce côté-là et Steve s’était retrouvé tout seul lorsque le capitaine dudit navire l’avait allègrement abandonné sur la rive.

     A ce propos, si Von Talos s’était plaint abondamment de cette ‘trahison’ et de la perte de sa mandoline préférée, Sieghilde avait plutôt entendu une autre version selon laquelle le capitaine ne supportait plus l’estalien et l’avait laissé derrière pour quelques jours. C’était donc peu après son abandon que Sieghilde et Holger avaient retrouvé le prêtre qui noyait son chagrin dans la tequila et, par charité, avait décidé de l’emmener jusqu’à Altdorf pour qu’il puisse essayer de retrouver son équipage.

     Et si l’histoire était farfelue, Sieghilde compris bien vite qu’elle avait un fond. Quelques jours avec le prêtre estalien lui avait suffi pour comprendre le pauvre capitaine du Middenstag. Si elle avait pu, elle aussi aurait jeté l’estalien par-dessus bord. Entre ses grands éclats dignes de ceux d’Holger, Steve Von Talos se lançait parfois dans des discours sans aucun sens en accompagnant le tout de quelques accords de mandoline. Instrument de musique qu’il arrivait d’ailleurs à sortir de nulle part à chaque fois, s’en était à se demander s’il n’était pas un mage de l’ombre. Et pour couronner le tout, il était un véritable paratonnerre à ennuis.

     Vous comprendrez donc qu’entre le répurgateur détraqué qui cherche les problèmes et le prêtre-guerrier estalien décalé qui les attirent, le voyage ne fut pas de tout repos. La distance entre Carroburg et Altdorf était misérablement courte à l’échelle de l’Empire, mais ils s’étaient tout de même retrouvés à devoir utiliser quatre bateaux différents pour la parcourir. Le premier avait coulé, le deuxième avait explosé à moitié et le troisième les avait déposés sur la rive quelques minutes après que Steve se soit mis à chantonner un air de chez lui.


     En cet instant donc, Sieghilde était à bout.


     Elle venait de passer ce qui était probablement la pire semaine de sa vie et c’était parti pour continuer. Ce qui fait que lorsqu’elle releva la tête pour s’apercevoir de la présence du simili-gang qui s’était formé en guise de comité d’accueil, le regard qu’elle leur lança vaporisa littéralement leurs ardeurs.

     « Tiens, siffla-t-elle entre ses dents sur un ton glacial. Vous tombez bien avec vos planches et marteaux. Le ponton a besoin d’être réparé. Au travail. »

     Il n’en fallut pas plus pour que les marins et autres débardeurs se mettent immédiatement au travail, oubliant dans l’instant ce qu’ils souhaitaient faire par pur instinct de survie. Satisfaite de voir un de ses ordres être suivit à la lettre pour une fois, Sieghilde souffla un grand coup et retrouva enfin son calme. Elle se tourna vers Holger et Steve qui discutaient avec forces mouvements de bras du dernier exploit du répurgateur.

     « Holger, vous avez un rapport à faire à l’ordre des templiers au cas où vous l’auriez oublié. Von Talos, vous… allez avec moi jusqu’à la cathédrale. »

     La prêtresse-guerrière avait dû se forcer pour sa dernière phrase. Pour le moment, elle souhaitait surtout avoir un peu de calme et de solitude plus qu’autre chose. Mais elle allait devoir faire avec.


     Le trajet à travers la capitale impériale, voire du Vieux Monde, se passa sans trop de problèmes. Même les plus forcenés des coupe-jarrets ne voulaient pas approcher des membres du clergé sigmarite de haut rang et encore moins d’un répurgateur. En résultat, la foule se fendait autour du trio en laissant au moins un mètre d’écart pour éviter une sentence éclair. Les quartiers pauvres d’Altdorf, comme dans toutes les autres villes, étaient dans un état déplorable et surpeuplés. Le seul bâtiment un tant soit peu digne d’intérêt était la tour du collège Flamboyant qui pointait au loin – si tant est qu’on arrive à la distinguer depuis les rues étriqués et sordides du quartier. Plusieurs rumeurs insinuaient même que les mages de feu avaient été placés là afin de profiter de leur profusion aux incendies pour réguler la population locale. Dans les faits, l’empereur de l’époque ne souhaitait tout simplement pas les voir incendier la moitié de la ville et les avaient ainsi placés à l’écart.

     Lorsqu’ils traversèrent le pont aux trois amendes qui surplombait le Stir pour rejoindre les quartiers sud, aucun douanier sensé d’esprit ne tenta de les empêcher de traverser. Au contraire, ils les saluèrent même. Ce qui ne manqua pas de déclencher un tollé de vociférations sourdes de la part des pauvres gens qui tentaient de passer ce pont depuis des heures.

     C’est en arrivant de l’autre côté du pont que l’ambiance se détendit enfin quelque peu. Les avenues plus larges et un peu mieux entretenues soulagèrent les nerfs de Sieghilde. La rue des temples s’étendait devant eux, fourmillant de l’activité de dévots et de prêtres de divinités en tous genres. Mais ce n’était pas ici qu’ils souhaitaient aller. Remontant la grande rue adjacente qui allait vers le palais, ils purent bien vite apercevoir la grande cathédrale circulaire de Sigmar. Le bâtiment était visible depuis des kilomètres aux alentours grâce à son dôme doré gigantesque. Sa splendeur n’étant dépassé de peu que par l’encore plus grand palais impérial qui se tenait non loin. La grande place qui entourait le bâtiment était remplie de croyants qui venait prier sur les marches, demandant à Sigmar de leur accorder sa lumière.

     Lorsqu’ils arrivèrent au niveau du parvis après avoir difficilement traversé la place bondée, Sieghilde et Holger se saluèrent en se donnant rendez-vous au même endroit en début d’après-midi et ils se séparèrent. Les prêtres-guerriers partirent vers la cathédrale et les étages supérieurs réservés aux prêtres, tandis qu’Holger se dirigeait nonchalamment vers une petite rue plus sordide que les autres de l’autre côté de la place. Ils avaient beau travailler ensemble, Sieghilde et Holger devait en référer à des instances différentes.



Voilà, je pense poster la suite d'ici une semaine  thumright

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Dernière édition par Kaops le Lun 26 Juin 2017 - 21:25, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: La Saga d'Oksilden : Foi Furieuse   Mar 6 Juin 2017 - 22:50

Et voici la suite !




     Engoncé entre deux bâtiments, le quartier général des Templiers de Sigmar était une forteresse de pierres noires miniature perdue en plein milieu de la ville. Les rues y menant étaient désertes à l’exception du passage d’un badaud un peu perdu qui en général comprenait bien vite son erreur et s’enfuyait aussitôt en courant. Mais pas trop vite, car cela pourrait paraître suspect et donc hérétique. Même la vermine habituelle des rats et autres rongeurs passait outre cette rue qui ne leur inspirait pas confiance.

     Holger, lui, déambulait dans cette allée en trottinant en ignorant complément l’atmosphère moite et mal éclairée de l’endroit. A vrai dire, tout cela lui rappelait son terrain de chasse sylvanien préféré, il s’y sentait donc à l’aise. Le répurgateur ulricain se posta devant la porte bardée de fer et de pointes qui formaient des symboles pieux. Il arma son poing et entreprit de frapper à la porte de façon répétée jusqu’à ce que quelqu’un daigne bien lui ouvrir.

     Après quelques secondes seulement, une série de cliquetis lui indiquèrent que des arbalètes et autres armes de tirs venaient de s’enclencher et le visaient depuis différents endroits aux alentours.

     « Holger Von Wütend, déclama l’ulricain à haute voix. Je viens faire mon rapport. »

     Aucune réaction de la part des tireurs et du portier qu’Holger avait entendu se placer derrière la porte. Holger soupira lourdement et entreprit de prononcer une dernière phrase sur un ton excédé qu’il cacha à peine.

     « … Et gloire à Sigmar. »

     A peine avait-il prononcé ces mots que la porte s’ouvrit en grand, une demi-douzaine de répurgateurs armés se tenant derrière. Le regard noir et haineux qu’ils adressèrent à Holger confirmait à ce dernier qu’il n’était toujours pas le bienvenu ici. En même temps, cela était normal, il vénérait un autre dieu que Sigmar et ne faisait donc pas vraiment partie de l’Ordre des templiers. Pour eux, il n’était qu’un incroyant de plus et non pas un collègue. En plus de cela, pour couronner le tout, Holger avait été radié de l’ordre des répurgateurs d’Ulric à causes de ses méthodes explosives il y avait plusieurs années. Ce qui, dans les faits, faisait de lui un renégat et un hors-la-loi. Mais si les templiers étaient à deux doigts de le cribler de balles, Holger savait qu’ils n’en feraient rien. Ils avaient besoin de lui et il avait la protection du Marteau d’Argent pour le moment. En tant que tel, sa condition de répurgateur était toujours valide.

     Cependant, malgré sa relative immunité, même Holger haïssait cette situation. Il abhorrait copieusement les templiers qui l’empêchaient de travailler et ne se gênait pas pour le leur rendre.

     « Bon, on ne va pas y passer la journée, grogna-t-il. Allez-y, qu’on en finisse. »

     L’instant d’après, un sac en toile fut passé sur la tête du répurgateur pour l’empêcher de voir où il allait et quelqu’un lui lança une boutade à l’épaule pour lui indiquer qu’il devait avancer. Holger répondit par un grommellement menaçant et avança. Derrière lui, la lourde porte se referma dans un grincement funeste et d’autres bruits de mécanismes indiquèrent que les armes des tireurs embusqués étaient rangées. La rue redevint silencieuse.



     Non loin, dans les étages supérieurs de la cathédrale de Sigmar, l’accueil était un brin plus chaleureux.

     Sieghilde se dirigeait à travers le dédale d’escaliers sans ralentir, par habitude. Si les couloirs en pierres blanches renforcés de tréteaux en bois étaient savamment construits - une bonne partie de la cathédrale ayant été construite par des nains – les architectes avaient malheureusement donnés un aspect presque labyrinthique au tout. Mais la prêtresse-guerrière avait vécu dans ces lieux durant trop d’années pour s’y perdre. C’était sa seule maison en un sens.

     Alors qu’elle grimpait une énième rangée de marches familières, Sieghilde se remémora avec émotion ses jeunes années dans le grand temple sous la tutelle de son mentor, Rudolph Ingrimm. Le vieil homme avait fait d’elle la femme qu’elle était en la prenant sous son aile. Depuis le jour où il l’avait trouvé dans les restes d’un village du Reikland saccagé par les hommes-bêtes, le prêtre-guerrier était devenu une sorte de père adoptif pour la jeune fille. Suivant l’exemple du vieil homme et orpheline depuis peu, Sieghilde se tourna donc bien vite vers la foi et fût prompte à rejoindre les ordres. Elle avait accompli son initiation honorablement et prit d’ailleurs le nom de son mentor lorsque le vieil homme finit par mourir quelques années plus tard, en sa mémoire. Mais toutes ces années étaient passés depuis un long moment déjà. Sieghilde était une grande prêtresse maintenant, même si sa promotion avait un but caché, dans son for intérieur, elle en était tout de même fière.

     La fibre nostalgique serrant son cœur, Sieghilde regarda autour d’elle alors qu’elle continuait son ascension. De temps en temps, une meurtrière ouvragée donnait sur la grande salle de prière en contrebas. Les murmures exaltés de centaines de dévots en montaient, fournissant un fond sonore apaisant au lieu. Au centre de la cathédrale se tenait une immense statue en or de Sigmar, le fondateur de l’Empire, brandissant Ghal Maraz son marteau légendaire. Beaucoup de pèlerins ne venaient que pour voir cette statue gigantesque qu’il prenait parfois pour Sigmar en personne. Pour Sieghilde, le fait de contempler la statue de son dieu tutélaire la rassurait tout simplement. Cela lui rappelait pour quoi elle se battait tous les jours. Le lieu familier et les sensations et souvenirs qu’il ramenait finirent par avoir raison des inquiétudes de Sieghilde qui retrouva progressivement son tempérament plus doux et posé.

     « Ma qué ! Yé remarque qu’ils n’ont toujours pas mis la fontaine à cerveza que yé leur avais conseillé la dernière fois ! tonna soudainement Von Talos. Elle aurait été doù plous bel effet à côté de la statoue dé Sigmar… »

     Sieghilde ne se tourna même pas vers le prêtre estalien et retint un grognement sourd pour elle-même. Définitivement, elle avait bien besoin d’un peu de repos.


     Après plusieurs étages, le prêtre-guerrier estalien et Sieghilde débouchèrent enfin sur ce que la prêtresse-guerrière cherchait : les quartiers des prêtres. Habituée à l’endroit, Sieghilde avança sans hésiter avant de s’arrêter subitement en se rappelant à nouveau de la présence de l’estalien.

     « Vous pouvez m’attendre ici ? demanda-t-elle à son collègue en se tournant à demi.
     -Ah si ! répondit Steve en prenant une pose respectueuse. Ye vais m’entraîner avec ma mandouline en attendant. Prévenez-moi quand le scénario répartira ! »

     L’instrument apparu encore une fois comme par magie dans les mains de l’estalien qui s’adossa à un mur et se mit à l’accorder. Maintenant sûre que Von Talos n’allait pas poser plus de problèmes, Sieghilde acquiesça et reparti dans les quartiers des prêtres tout en essayant de ne pas prêter attention à ses élucubrations. Quelques couloirs sobres plus loin, la prêtresse arriva devant un endroit plus familier que les autres : sa chambre. Elle avait beau y revenir de façon intermittente entre deux missions, cela lui faisait toujours de l’effet. Avec un léger sourire, Sieghilde tourna la poignée et s’engouffra dans la petite pièce. La prêtresse-guerrière prit un instant pour étudier l’endroit, un simple réflexe pour s’assurer que tout était bien comme avant. Sa plante en pot, le seul petit plaisir qu’elle s’était autorisé, tenait toujours bravement sur son bureau et les quelques meubles basiques accumulaient un peu de poussière. Oui, ça n’avait pas changé, se dit-elle simplement.

     Sieghilde profita pendant quelques secondes des premiers instants de calme dont elle disposait enfin depuis un long moment avant de partir récupérer du papier et de l’encre pour écrire son rapport. Elle passa donc plusieurs minutes à coucher sur papier les détails de son dernier voyage, ses pensées vagabondant parfois vers des souvenirs épars. Mais à peine avait-elle achevé les premières pages que quelqu’un arriva par l’embrasure de la porte.

     « Señorita ? »

     Sieghilde lâcha subitement un grognement peu féminin alors que son calme volait en éclats à l’entente de la voix de l’estalien.

     « Oui … ? dit-elle en grinçant des dents.
     -Il y a oune prêtre-guerreros qui veut vous parler. Il dit que c’est ourgent.
     -Je viens à peine d’arriver et j’ai un rapport à écrire, soupira la prêtresse-guerrière. Donc s’il pouvait me laisser un peu de temps pour aller parler au père Gothansen, j’apprécierais grandement. Une fois cela fait, je pourrais considérer sa demande, il n’y en a pas pour longtemps de toute manière.
     -Je l’espère, ma sœur. »

     Cette fois, la voix n’était pas celle de Von Talos mais Sieghilde la connaissait très bien. Elle se retourna pour apercevoir le théogoniste Gothansen, son supérieur direct, juste derrière Von Talos. Sa figure imposante passant avec peine l’embrasure de la porte.

     « Avant que vous ne posiez des questions, j’aimerais aller plus rapidement en vous donnant directement les réponses, dit le théogoniste d’une voix forte et posée qui imposa le calme à Sieghilde.  J’ai déjà eu des retours sur votre opération et je comprends les raisons de sa réussite relative. Il faut croire que si le commandeur Magnan a des plans étranges derrière la tête, ils sont bien inoffensifs. Mais si je suis venu directement pour vous voir ici, c’est parce qu’il se trouve que vous êtes demandée ailleurs.
     -Heu, bredouilla Sieghilde qui ne comprenait pas forcément la tournure des choses. C’est-à-dire ?
     -Un message est arrivé il y a peu…de l’ordre des templiers de Sigmar. » - en prononçant ce nom, Gothansen ne put réprimer une grimace – « Apparemment, Von Wütend leur as dit quelque chose qui a fait en sorte qu’ils veulent vous voir. Le répurgateur ulricain est votre responsabilité Sieghilde et donc la mienne. Il vaudrait mieux pour notre opération que vous alliez voir ce qu’ils vous veulent. Une fois cela fait, revenez et faites votre rapport. Nous aviserons en fonction. »

     Sieghilde se retint se soupirer sa frustration alors qu’elle réalisait que son repos venait de partir en fumée. Au contraire, elle acquiesça et accepta l’assignation sans rechigner. Gothansen sembla satisfait, voire compatissant dans son regard. Le théogoniste devait savoir qu’il en demandait beaucoup à la prêtresse-guerrière mais il lui faisait confiance. Von Talos ressorti de la pièce sur le son de quelques accords de mandoline en comprenant que le départ était imminent. Sieghilde s’apprêta à sortir elle aussi lorsque Gothansen plaça sa main sur son épaule.

     « Deux choses, lui murmura-t-il à l’oreille. Tout d’abord, je n’aime pas la tournure des évènements donc faites attention à vous. Ensuite… comment avez-vous fait pour trouver l’élève de Coteaz des Entommeures ?
     -Je vous demande pardon ? s’étonna Sieghilde.
     -Von Talos. Il est l’initié de l’archidiacre Jean Coteaz des Entommeures. Il est un peu spécial, c’est vrai, mais ne le sous-estimez pas. »

     Sieghilde cligna des yeux quelques fois alors qu’elle réalisait ce que cela signifiait. L’estalien était l’élève d’un des plus hauts membres du clergé sigmarite ? Etonnée, la prêtresse-guerrière jeta un coup d’œil rapide à Von Talos qui dansait au son de son instrument un peu plus loin. Définitivement, elle avait du mal à y croire. Mais l’archidiacre suppléant Coteaz était réputé pour penser en dehors des conventions après tout.

     Sieghilde acquiesça et accepta le conseil de son supérieur. Après un dernier salut, elle emboîta alors le pas du prêtre-guerrier estalien et se mit déjà à regretter ce bien trop court instant de calme.





     « Oui, Ubbe ? demanda Johannsen. »

     La porte du bureau austère s’ouvrit, laissant apparaitre un halo de lumière jaunâtre provenant d’une lampe à huile dans le couloir. Ubbe se tenait dans l’encadrure de la porte et affichait un air inquiet. Prudemment, le jeune répurgateur chercha du regard un quelconque mouvement dans les ombres épaisses de l’autre côté de la pièce pour vérifier si son supérieur était bien là. Les deux yeux perçants qui brillaient dans l’obscurité lui confirmèrent la présence du commandeur.

     « Il y a un problème, Ubbe ? demanda la voix funeste et patricienne de Herr Johannsen.
     -Eh bien, il se trouve qu’ils sont trois, monsieur… »

     Les yeux du commandeur s’étrécirent, donnant à Ubbe des sueurs froides.

     « Trois ? »

     La question avait été posée sur un ton calme mais qui sonnait comme une sentence d’exécution. Ubbe déglutit avant de reprendre, il s’aventurait sur un terrain dangereux.

     « Sœur Ingrimm est arrivée avec un prêtre-guerrier, estalien au vu de son accent. Après qu’elle soit rentrée, il s’est plaint du fait que nous ne le laissions pas passer. Et quand il nous a annoncés qu’il ne répondait qu’à l’archidiacre Coteaz des Entommeures, nous avons hésité et… Sœur Ingrimm a demandé à ce qu’il la suive. Je ne savais pas comment réagir, il est quelque peu… »

     Ubbe ne put continuer son discours, un des doigts de la main gantée de Johannsen avait commencé à tapoter lentement sur le bureau. Cela ne présageait rien de bon.

     « Amenez-les quand même. Sans l’estalien. Il attendra dans le couloir, hors de portée d’écoute.
     -Bien, mein Herr. »

     Ubbe referma la porte d’un geste hésitant et des bruits de pas pressés confirmèrent le fait que le jeune répurgateur était inquiet. Johannsen se demanda bien pourquoi, il avait pourtant l’habitude de voir l’exubérant Von Wütend. Serait-ce l’incident avec le prêtre Estalien qui le gênait ? Tout cela était bien suspicieux… Mais d’ailleurs, un prêtre-guerrier estalien qui aurait un lien avec Coteaz ? Pourquoi est-ce que tout cela lui rappelait quelque chose ?

     Alors que Johannsen réfléchissait sur la question, des bruits de voix se firent entendre dans le couloir. Le commandeur reporta donc son attention sur la porte. Etonnamment, les voix se firent plus violentes subitement. Les pas s’accélérèrent et Johannsen pu enfin entendre plusieurs personnes crier à quelqu’un de… ne pas entrer ? La porte s’ouvrit violement en grand dans un bruit sourd qui faillit surprendre le commandeur. Dans l’embrasure de la porte se tenait un prêtre-guerrier chauve avec un grand marteau dans le dos et une mandoline dans les mains. Le nouveau venu prit une pose théâtrale, regarda vers le plafond, lança un accord et s’exprima d’une voix forte et assurée :

     « Yé soy…Steve ! Von Talos ! *Tin ta la tin ta tin tsouin tsouin* Le prêtre-guerreros … ExTRAorDinAire !! »

     Le silence qui suivit cette entrée remarquée pesa bien plus lourd qu’une tonne de plomb.

     « Muy bien ! continua Von Talos qui ignora le regard glacial du commandeur. Maintenant, dites-moi, qué voulez-vous au grand Steve ! Von TaloooOO… ?! »

     Le discours enflammé de l’estalien fut promptement arrêté par une Sieghilde furieuse qui l’avait tiré rapidement par le col.

     « Quand on vous dit de vous arrêter, vous vous arrêtez bon sang ! cria-t-elle. »

     Derrière les vociférations de la prêtresse-guerrière, Johannsen pu entendre très clairement les éclats de rires francs de Holger Von Wütend qui s’en donnait à cœur joie. L’ulricain avait apparemment trouvé la scène tout simplement hilarante. Johannsen profita d’un moment de silence dans le brouhaha qui s’était formé pour énoncer un ordre d’une voix possédant la gravité d’une étoile à neutrons :

     « Ubbe, faites ce que vous étiez censé faire depuis le début et sortez-moi cet estalien d’ici. Ingrimm, Von Wütend, rentrez et prenez place. » - Johannsen attendit quelques secondes pour s’assurer que les ordres avaient été bien compris avant de reprendre. – « Je ne me répèterais pas. »

     Malgré les protestations indignées de Von Talos, Ubbe arriva néanmoins à sortir l’énergumène. Le silence ne revint que lorsqu’Holger fut coupé dans son fou rire par un taquet dans la nuque provenant d’une Sieghilde dévorée par la colère et la honte.

     Auparavant, la prêtresse-guerrière avait eu le malheur d’expliquer à Von Talos la raison de sa présence en ces lieux sur le chemin. A peine avaient-ils eu le temps d’arriver que l’estalien s’était mis dans le crâne qu’il faisait partie de l’évènement et son tempérament de feu avait pris la suite - au grand bonheur d’Holger qui affichait encore un grand sourire. Le répurgateur avait dû attendre une bonne heure dans le quartier général des templiers avant que Sieghilde ne soit amenée peu après et il s’était ennuyé comme un rat mort tout du long. Alors voir un tel capharnaüm se produire était le meilleur des spectacles pour lui.

     Les deux impériaux entrèrent donc et s’assirent devant le bureau du commandeur. L’un était hilare, l’autre verte de rage. Mais une fois la porte fermée, l’ambiance rechuta bien vite et Holger se rappela de la raison de sa présence en ces lieux. Enfin, ce qui était censé être sa présence en ces lieux, à vrai dire il ne savait même pas pourquoi Sieghilde était arrivée ici.

     « Bien, reprit Johannsen dont le ton avait pris quelques degrés par rapport à avant. Maintenant que cet incident… est passé, revenons au sujet principal. Sœur Ingrimm et… Von Wütend, bienvenue. »

     Cet accueil froid et désintéressé n’était que le fruit de l’étiquette et rien d’autre, cela le duo le comprit bien vite. Tandis qu’Holger analysait la maçonnerie avec un dédain évident, Sieghilde soutint tant bien que mal le regard froid du commandeur. Elle aurait pu regarder une paire de pieux effilées que cela serait revenu au même. L’homme en face d’elle était serein, dans son élément et complètement maître de la situation. Il ne fallut donc pas longtemps à Sieghilde pour réaliser que malgré son rang elle n’était pas en situation de force ici. De plus, le commandeur avait une manière particulière de jouer avec vos nerfs en ne faisait strictement rien d’autre que d’exister. Etre dans cette pièce était un exercice mental intense qui avait dû mener à bouts un bien grand nombre d’accusés par le passé. C’était donc cela qu’Holger subissait à chaque rapport ? Légèrement inquiète, Sieghilde jeta un œil vers son collègue ulricain qui, à son étonnement, semblait s’ennuyer terriblement. Décidément, ce dernier était aussi exaspérant qu’impressionnant parfois.

     De son côté, Holger avait remarqué que son nom avait été prononcé avec une insolence évidente, mais cela l’ulricain y était habitué. Chaque entrevue avec le commandeur se faisait à couteaux tirés et était abrégée au plus vite à chaque fois. Donc, désireux de frustrer le plus possible son interlocuteur, Holger posa aussi lentement que bruyamment ses deux jambes sur le bord du bureau du commandeur tout en le fixant d’un air atterré.

En réponse, Johannsen soupira doucement en constatant que le comportement du répurgateur radié était toujours aussi condescendant, ce qui n’était pas une surprise. Mais à force, le commandeur devait reconnaître que Holger avait réussi l’exploit de lui peser sur les nerfs. Cependant, en cet instant, une question titillait la curiosité du commandeur qui sortit un petit dossier de derrière lui qu’il se mit à feuilleter brièvement.

     « Juste avant de commencer, commença Johannsen, le prêtre-guerrier est bien estalien ?
     -Oui, répondit laconiquement Sieghilde. Pourquoi ?
     -C’est étrange, j’avais cru comprendre que le seul monastère de Sigmar en Estalie avait brûlé il y a de cela des années. Il serait donc un survivant ?
     -Possible, bougonna Holger. »

     Cela confirmait bien les soupçons du commandeur, il s’agissait de l’élève de Coteaz de Entommeures. L’archidiacre avait toujours été source de problèmes, il fallait croire que même ses initiés suivaient sa voie. Il allait devoir demander un suivi du prêtre à l’avenir.

     « Mais d’ailleurs, si je me souviens bien, vous avez un passé avec lui, Von Wütend.
     -Ouais, lâcha Holger. Mais ça ne vous regarde pas.
     -Je vous pose la question parce que mes rapports indiquent que vous l’aviez tué lors d’un tournoi dans la capitale il y a plusieurs mois de cela. Je suis donc étonné de le voir en ces lieux.
     -Oh ça, juste une petite purification par le feu. Il allait tout de suite mieux après. »

     Même à travers les ombres épaisses qui entouraient le visage du commandeur, Sieghilde pu voir un sourcil se lever d’étonnement et d’incrédulité. Johannsen ferma d’un coup sec son dossier.

     « Bien, au vu de votre coopération jusque-là, j’en déduis que je tirerais aucune information utile de vous deux aujourd’hui. Vous ne m’en voudrez pas d’avoir essayé. »

     Johannsen enleva le premier dossier du bureau pour le remplacer par un autre, plus épais et entouré d’un bandeau rouge. Le commandeur poussa alors le document vers l’ulricain. Lorsqu’Holger aperçut clairement le nom du dossier, il perdit son air arrogant dans l’instant et enleva ses jambes du bureau en prenant une pose plus menaçante avec ses bras croisés sur son torse.

      « Vous avez l’air de reconnaître ceci Von Wütend, me trompes-je ?
     -Holger ? demanda Sieghilde à son tour.
     -Hjalmar Oksilden est mort, grommela Holger. Pourquoi est-ce que vous perdez encore du temps avec son cas ? Finir happé par un portail chaotique, c’est relativement efficace pour vous faire disparaître, non ?
     -Non, répondit Johannsen avec ce qui semblait être un léger sourire.
     -Pardon ?
     -C’est efficace uniquement quand l’intéressé ne ressort pas par un autre portail à Talabheim. »

     Le commandeur apprécia grandement les quelques secondes de silence qui suivirent cette phrase ainsi que les visages surpris des deux personnes en face de lui.

     « Reprenons depuis le début, voulez-vous ? Il faut mettre les évènements dans leur contexte pour les comprendre, n’êtes-vous pas d’accord ? » - Un nouveau silence lourd fut la seule réponse à sa question. Johannsen en souri encore plus. Il les tenait. - « Notre petite histoire commence lors des évènements dit du « Grand tournoi de Havras » en Bretonnie dans lequel Herr Oksilden a participé. Il n’était certes arrivé qu’en demi-finale, mais c’était un parcours honorable. Là où les choses se compliquent, c’est à partir du moment où l’on sait qu’il n’aurait jamais dû arriver aux demi-finales en vie.
     -Mais de quoi parlez-vous ? grogna Holger.
     -Laissez-moi y venir, trancha le commandeur. Il se trouve que l’archidiacre Johann Coteaz des Entommeures était lui aussi présent au tournoi et…
     -Jean, le coupa Sieghilde. C’est Jean Coteaz, pas Johann. Tout le monde sait qu’il déteste qu’on l’appelle par ce nom.
     -Je disais donc que Jo-hann Coteaz était présent, appuya à nouveau le commandeur. Il était accompagné d’une escouade de templiers venu l’aider dans sa mission de purification. En effet, ce tournoi regroupait un grand nombre d’hérétiques qui méritait amplement d’être purifié. Chaotiques, revenants, ogres étaient présent et Herr Oksilden en faisait partie. Il avait fait montre d’un lien avec les puissances de la ruine en usant de magie interdite pour se protéger des coups. De plus, sa folie furieuse avait mis en danger de nombreux citoyens innocents alors qu’il les, je cite, « défiait en duel glorieux et honorable ». Une vaste mascarade pour justifier sa soif de sang à n’en pas douter. Nos braves templiers étaient donc partis exterminer ces impures engeances. »

     Le commandeur recula dans son siège en prenant un air grave, comme s’il se préparait à annoncer une suite moins plaisante.

     « La mission fut un fiasco retentissant. »

     Holger en pouffa grassement de rire avant d’écoper d’un regard glacial.

     « Les hérétiques ont déjoués les glorieux plans de l’ordre et ont exterminés les troupes sur place. Des renforts envoyés depuis Altdorf ne sont jamais arrivés et Johann Coteaz a même été soupçonné d’avoir participé à ces activités renégates - mais bien évidemment un homme d’église tel que lui ne peut point y avoir été mêlé… Et Hjalmar Oksilden, eh bien, avait non seulement survécu à plusieurs tentatives d’assassinat, mais il avait en plus tué personnellement plusieurs des templiers envoyés sur place.
     -D’où le fait qu’il soit maintenant une cible de l’ordre, je me trompe ? supposa Sieghilde.
     -Exactement, ma sœur. En quelques jours, ce norse dérangé était ainsi passé du stade de trouble de l’ordre public à celui d’un chaotique dangereux ardemment recherché par le saint ordre. La suite, vous la connaissez puisque vous avez rencontré ledit norse au cours d’une mission… Tout en rapportant à nos oreilles sa position lors de votre dernier rapport, n’est-ce pas Von Wütend ? »

     Holger se contenta de répondre par un grognement agacé.

     « Et l’histoire qui aurait dû s’arrêter après l’incident des montagnes grises, a repris il y a peu malheureusement. » - le commandeur ouvrit le dossier et récupéra une note qu’il se mit à lire – « Pour ce que nous en savons, Hjalmar Oksilden est réapparu à Talabheim à travers un portail invoqué par des cultistes de Khorne. Inconscient, le norse a été transporté par convoi jusqu’à Altdorf. Mais, un incident aurait eu lieu lors du transfert. Les causes en sont inconnues pour le moment, mais la quasi-totalité du convoi a été retrouvé mort à mi-chemin, non loin de Priestlicheim. D’après les corps, une attaque de bandits aurait été le déclencheur d’une escarmouche sanglante. Sur la vingtaine de personnes constituant le convoi, on décompte deux survivants dont le capitaine du convoi et on déplorera la perte de Frau Vonheuffer, une noble accompagnant le convoi dont le corps n’a pas été retrouvé.  Hjalmar Oksilden a bien évidemment mystérieusement disparu. »

     Johannsen attendit quelques instants pour laisser Holger et Sieghilde digérer l’information tout en rangeant la note dans le dossier.

     « Vous savez pourquoi nous le cherchons. Cet homme doit être jugé pour ses actes et châtié en conséquence. Votre mission est donc de le retrouver et de le ramener ici. Des questions ?
     -Comment savez-vous qu’il s’agit de Hjalmar ? s’enquerra Sieghilde.
     -Il s’est présenté en tant que tel en sortant du portail avant de tuer un cultiste. De plus, il correspondait aux descriptions.
     -Et vous espérez que l’on va croire que Hjalmar Oksilden est sorti d’un portail donnant sur les royaumes du chaos comme si de rien était ? C’est physiquement impossible qu’il y ait survécu !
     -Je n’y crois pas plus que vous et c’est pour cela qu’il vaudrait mieux se pencher sur son cas. Il s’agit surement d’un démon ayant pris sa forme et son apparence. Il faut donc le détruire au plus vite.
     -D’où viennent vos témoignages ? lança ensuite Sieghilde.
     -Du grand prêtre Farador de Talabheim et d’un prêtre-guerrier de Priestlicheim. Des hommes de foi en qui nous pouvons faire confiance, vous en conviendrez.
     -Et les témoins directs, les survivants que vous venez de mentionner ? Leurs avis comptent plus que celui de personnes absentes !
     -Ils ne font pas partie des ordres, ce qui rend votre argument invalide. De plus, ils n’ont pas voulu donner la moindre information utile sur Oksilden. D’après eux, il se serait échappé de sa cage en toute discrétion.
     -Pfeuh, ce qui faut pas entendre, grommela Holger.
     -Je vous demande pardon ? demanda le commandeur.
     -Ce norse, si c’est bien lui, est l’exact opposé de la discrétion. Et tout ça, le massacre, la fuite dans les bois. Ce n’est pas son genre.
     -Comme je l’espérais, votre mission à ses côtés vous a permis de bien le connaitre. Impeccable, la traque n’en sera que plus simple. »

     Le commandeur attrapa le dossier et le retira dans les ombres impénétrables autour de sa personne.

     « Maintenant, si vous voulez bien me laisser. J’ai à faire. Ubbe vous donnera l’ordre de mission ainsi que des pistes à partir desquelles vous pourrez commencer votre investigation. »

     Sieghilde et Holger comprirent à ce moment-là que la séance était close et que le commandeur n’allait pas leur en dire plus. Quelque peu dépité mais surtout déboussolé, ils sortirent sous le regard froid de Johannsen.

     Une fois la porte fermée, le commandeur se permit un sourire narquois. Cette affaire était réglée. Soit ils arrivaient à contenir Oksilden, soit ils mouraient en essayant. Dans les deux cas, il supprimait un problème. Maintenant, il avait le temps de penser à une solution au problème restant.




     Quelques instants plus tard, Sieghilde et Holger était raccompagnés aux portes de la commanderie du saint ordre par Ubbe. Un dossier sous le bras, la prêtresse-guerrière ruminait les derniers évènements tandis qu’Holger inspectait nonchalamment le plafond pour s’occuper sur le chemin.

     « Nous y sommes, dit Ubbe en ouvrant la porte. »

     Holger et Sieghilde lui rendirent à peine un signe de tête et sortirent sous les regards froids des gardes postés là. Une fois dehors, ils aperçurent immédiatement Von Talos qui tournait en rond devant le bâtiment en grommelant quelque chose en estalien. Lorsque le prêtre-guerrier aperçut ses deux congénères, il leva les bras aux ciel en écarquillant les yeux.

     « Ah ! Vous êtes dé rétour ! Qué s’est-il passé ? Et porqué yé mé souis rétrouvé ici ?! Comment peut-on refouser de voir le GRAND Steve Von Talos ! *talada tsouin tsouin

     Encore une fois, la mandoline semblait être créé magiquement à partir de l’air ambiant. Sieghilde poussa son deux-cent-vingt-et-unième soupir de la journée et emmena Steve en posant sa main sur son épaule. Maintenant, elle devait en plus trouver les bons mots pour expliquer la situation sans que l’estalien ne s’emballe sans raison…


     Alors que le trio remontait la rue vers le grand Temple de Sigmar, la figure ombragée d’un répurgateur les regarda partir avec attention. Ce dernier se fit alors la réflexion que ses collègues sur les toits devaient en faire de même. Profitant de ce petit instant durant lequel il était approximativement sûr de ne pas être surveillé, le répurgateur s’approcha à pas feutrés d’une grille sur le sol qui menait aux égouts de la ville. Une goutte de sueur perla à son front alors que son inquiétude grandissait avec le temps qui passait. S’il était pris, il ne reviendrait jamais des geôles de l’ordre, et le pire était que contrairement à beaucoup de gens il savait ce qu’on lui ferait subir là-bas.

     Après un rapide regard aux alentours, l’homme laisse tomber de sa manche un petit parchemin enroulé qui tomba directement à travers les barreaux sans un bruit. Tout en se retenant de souffler de soulagement, le répurgateur commença à partir pour rejoindre son poste. Mais sa curiosité eu raison de sa prudence et il jeta un énième regard à travers les barreaux. Comme il s’y attendait, entre les barres de fer rouillées, seule l’obscurité régnait. Le répurgateur aurait pu repartir en haussant les épaules avec une légère touche de déception, mais au moment où il allait se plaindre intérieurement du fait qu’il ne voyait presque jamais ses contacts, il aperçut quelque chose dans les ombres.

     Il fallut toute sa volonté au répurgateur pour ne pas sursauter sur le coup. Ce fut terriblement bref, durant un battement de paupière à peine, mais il était certain d’avoir vu quelque chose le fixer à travers la grille. Bien évidemment, après avoir cligné des yeux pour se reconcentrer dessus, il n’y avait plus rien. Cela pouvait être son imagination, mais intérieurement le répurgateur n’était pas dupe. Après tout, il savait à quoi il avait affaire et quelle était leur nature. Et même s’il se savait en contrôle, il ne pouvait pas s’empêcher de réfréner cette sensation désagréable qui parcourait sa nuque à cet instant…





Dernière édition par Kaops le Lun 26 Juin 2017 - 21:30, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: La Saga d'Oksilden : Foi Furieuse   Mar 13 Juin 2017 - 20:33




     Courir.
    Voilà ce qu’il devait faire. Oh, aussi, ne pas lâcher le message. Surtout ne pas lâcher le message. Mais courir était aussi important. Les deux étaient importants. Vitaux. S’il oubliait un des deux, il était mort-mort. Alors autant aller plus vite.

    Dans les tunnels et canaux sombres des égouts d’Altdorf, une ombre parcourait le dédale de pierres taillées à une vitesse bien supérieure à celle d’un humain. Il sautait d’une passerelle branlante à une autre avec aisance, passant parfois au-dessus de vides de plusieurs mètres. Seule l’oreille attentive d’un membre de la garde des égouts aurait pu entendre le crépitement affolé des pas du funambule par-delà le clapotis constant des eaux usées. Que ce soit sur des planches de bois rongées par le temps et l’humidité ou sur des pavés lisses et glissants, le cliquetis était toujours le même. Une cavalcade désespérée qui sonnait telle les griffes d’un rongeur en train de fuir pour se cacher.

    Et cela n’était pas si loin de la vérité. Si un œil attentif avait pu discerner la forme étrange qui passait quelques fois non loin d’une torche, alors il aurait pu la décrire ainsi : De taille humaine, quoiqu’un peu plus petit que la moyenne, il restait cependant comme recroquevillé, vouté tel un bossu en permanence. Mais cela ne semblait point le gêner. Au contraire, il profitait de sa posture pour se déplacer plus rapidement, galopant parfois à quatre pattes de façon effrénée. Il portait quelques morceaux de tissu tellement misérables, trempés et rapiécés à la va-vite qu’en comparaison, un paysan bretonnien était habillé à la dernière mode. Or, si de loin il ressemblait à une sorte de mendiant égaré, il n’en était point un. C’était d’ailleurs à cela que s’arrêtait sa ressemblance avec les hommes de la surface, car si l’on y regardait de plus près, son corps difforme était celui d’un énorme rat.

    Une fourrure marron éparse parcourait son corps malingre et une queue rose qui ressemblait à un gros ver sortait du bas de son dos, frétillant au gré de l’inquiétude de son propriétaire. Au bout de ses bras, des pattes griffues étaient refermés solidement sur le bout de parchemin qu’il avait récupéré plus tôt. Une sorte de masque de tissu trop court pour son long visage recouvrait sa tête, ne laissant paraître qu’une paire d’oreilles pointues sur le dessus de son crâne ainsi que deux petits yeux rouges perçants. Et même si le bout de tissu cachait en grande partie son portrait, on devinait sans mal le museau qui dépassait à l’autre bout. Des incisives surdéveloppées en pointaient, surmontées par des moustaches courtes de rongeur.

    En somme, un rat de grande taille qui était doté d’une intelligence aussi limitée que perfide. Et en cela, il était le parfait exemple de ce que quelques très rares érudits connaissaient comme étant un homme-rat ou, de leur véritable nom, skaven.


    Après avoir arpenté plusieurs tunnels, ledit skaven - nommé Squiir - s’arrêta et entreprit de procéder à l’opération classique que tout éclaireur skaven se doit de pratiquer toutes les deux minutes. Aussi appelée par les intéressés le « regarde-voit partout et cherche-cherche les assassins dans ton dos ». S’ensuivit donc quelques secondes de regards apeurés dans tous les sens et de frétillement de moustaches alors que l’odorat du rongeur essayait de repérer quelque chose. Convaincu qu’il n’y avait personne, le rat reparti dans sa cavalcade jusqu’à un tournant. Il s’arrêta alors à nouveau et reprocéda à l’analyse. Et ainsi de suite jusqu’à ce qu’il arrive à un endroit plus familier. C’était fastidieux certes, mais on n’était jamais assez prudent. Jamais.


    Il se trouvait alors dans un des endroits qui n’étaient pratiquement jamais fréquentés des égouts d’Altdorf. Ce qui correspondait à une fréquentation très rare de contrebandiers suicidaires qui disparaissent corps et âme de toute manière en arrivant vers lesdits lieux. Enfin, pas totalement, leurs os tapissaient le mur d’en face.

    Le mur de briques d’un côté du tunnel avait été éventré et donnait sur un trou d’approximativement deux mètres de diamètre descendant dans les profondeurs. S’il n’y avait presque pas de lumière auparavant, elle en était absente à l’intérieur du souterrain en terre labourée. Mais cela ne gêna pas l’homme-rat qui pouvait à peu près voir dans le noir. Par précaution, ce dernier chercha des yeux les symboles de son clan, des griffures et autres symboles primitifs fait à la peinture sur des morceaux de bois pourris. Un fois ces derniers trouvés, il s’engouffra alors dans le terrier et son dédale de galeries.


    Il était enfin arrivé dans un endroit qu’il connaissait. Le musc puissant et si particulier des membres de sa glorieuse race - une sorte de mélange de relents d’urine et de poils mouillés - enveloppait le tunnel et rassurait le skaven. Il était parmi les siens… Et c’est donc pourquoi il devait être encore plus vigilant qu’auparavant. Plus il s’enfonçait dans les galeries, plus il pouvait entendre de grattements dans les parois, de couinements dans le lointain. A plusieurs reprises, il rencontra des congénères qui couraient en sens inverse ou passaient devant lui pour s’engouffrer rapidement dans une autre galerie. Le monde souterrain était par certains aspects tout aussi animé que celui de la surface après tout. Il était aussi plus mortel la plupart du temps, surtout pour les skavens solitaires qui se baladaient avec des renseignements importants.

    Par moment, le passage ne faisait pas plus d’un mètre de large et l’on voyait encore les traces de griffes laissées par les esclaves qui l’avaient creusées à mains ou pattes nues. A d’autres endroits, il menait à des galeries gigantesques de plusieurs dizaines de mètres de haut. Les tunnels skavens étaient variés en termes de tailles et de solidité et il était d’ailleurs commun que plusieurs d’entre eux s’effondrent - plus ou moins volontairement selon les ambitions de certains skavens haut placés. Mais ce qui était certain, c’était qu’il y en avait partout. Où que vous soyez dans le vieux monde ou même au-delà, vous aviez une chance d’être au-dessus d’une galerie skaven. Cette fourmilière titanesque serpentait sur des milliers de kilomètres et s’y perdre était terriblement aisé. Mais pour ses habitants à longues dents, c’était parfaitement normal. Le messager skaven se baladait d’un tunnel à l’autre en se repérant majoritairement à l’odeur. C’était instinctif pour lui…Peut-être trop d’ailleurs.

    Le messager s’arrêta net dans sa course et il se mit à écouter avec attention. Une série de grattements proches lui confirmèrent ses craintes. Les skavens qu’il avait dépassés auparavant l’avaient encerclé, probablement sous les ordres d’un seigneur rival du sien ! Par le Rat cornu, il s’était fait bêtement avoir. A force de suivre son instinct, il en avait oublié les bases de la précaution !

    N’écoutant que sa couardise, Squiir s’engouffra dans un autre boyau et courut à toute allure. A peine s’était-il engagé qu’il entendit un cri strident derrière lui, suivit du sifflement caractéristique d’objets tranchants en train de traverser l’air dans sa direction. Le comité d’accueil semblait conséquent… A l’embranchement qui suivit, un autre skaven dans un état pitoyable - probablement un esclave - lui sauta dessus en geignant. Le messager ne demanda pas son reste et bifurqua immédiatement vers une autre sortie.

    Dans sa fuite paniquée, Squiir se dit que s’il était assez rapide, il pourrait surement leur échapper. Peut-être... Non, sûrement ! Son grand seigneur allait le protéger et repousser ses assaillants dès qu’il le trouvera. Il lui suffisait d’atteindre Sub-Altdorf et de…Le messager se retrouva subitement en face d’un gouffre. Pris dans son élan, le skaven ne put s’arrêter et chuta en geignant dans le vide. Alors qu’il tournait sur lui-même, il put apercevoir la masse de ses poursuivants qui s’amassaient à la sortie du boyau. Quelle ironie tout de même, réussir à leur échapper pour finalement finir écrasé sur le sol… Le choc vint quelques secondes après. Mais étonnamment, il se fit bien plus en douceur que ce Squiir avait imaginé.

    Après avoir réalisé qu’il était toujours en vie et en relativement bon état, Squiir rouvrit les yeux pour se retrouver empêtré dans une bâche en toile. Au loin, les cris de vengeance de ses assaillants s’amenuisaient avec le temps et la distance. Oui, distance, parce qu’il bougeait. Le son d’un fleuve souterrain finit par atteindre les sens tétanisés du pauvre Squiir qui n’en revenait pas de sa chance. Dans sa chute, il avait miraculeusement atterri sur une des barges qui empruntaient la rivière souterraine reliant Skarogne, la capitale de l’empire souterrain, à Sub-Altdorf. Le skaven bredouilla un remerciement au Rat Cornu qui devait veiller sur lui en ce moment-même et se retourna vers ses assaillants. Après une série de gestes obscènes à leur attention, le messager se rassit dans la toile et lâcha un grand soupir. Il était enfin tiré d’affaire.

    « Qu’est-ce que toi faire ici ?! »

    Ah en fait non, se dit subitement le messager en reconnaissant le couinement particulièrement confiant d’un skaven haut placé. Immédiatement, par réflexe, Squiir se remit sur ses pattes et aplatit son museau sur le sol en guise de soumission tout en relâchant le musc de la peur. Les glandes skavens étant capable de créer différentes odeurs particulières, c’était un excellent moyen de communication pour les hommes-rats. En l’occurrence, Squiir affirmait donc son respect envers son supérieur. Mais sa curiosité reprit le dessus et le messager jeta un coup d’œil rapide vers son interlocuteur.

    A quelque pas de lui, au centre du ponton et entouré de sa garde personnelle, Squiir reconnut Thyroax, technomage de haut-rang du clan Skryre. S’il avait pu, Squiir aurait relâché une nouvelle fois son musc car maintenant, il était réellement terrifié. C’était un membre très bien placé du clan Skryre qui se tenait là, un représentant d’un des quatre clans majeurs du royaume souterrain ! Toute la cité de Sub-Altdorf se souvenait encore de son arrivée pour le moins explosive d’il y a quelques mois. Le technomage avait fait sauter une partie du port construit autour de la rivière souterraine uniquement pour avoir la place de passer. Et les seigneurs locaux avaient eu la bonne idée de ne pas trop s’en plaindre vu que risquer les représailles d’un des clans majeurs revenait à se couper la gorge immédiatement.

    Engoncé dans une quasi-armure de métal et de cuir recouverte de tissus bruns qui recouvraient une bonne partie de son corps, on devinait plus que l’on ne reconnaissait l’appartenance de Thyroax à la grande race des skavens. A vrai dire, seul le museau et le bras gauche du technomage n’étaient pas recouverts de plaques, valves ou autres instruments ésotériques. Mais c’était apparemment en cours puisqu’une plaquette de fer couvrait le côté droit de sa mâchoire inférieure et son œil droit était cerclé d’acier. Ce dernier détail avait son importance d’ailleurs puisque l’œil en question avait été remplacé depuis plusieurs années par un rocher de malepierre d’excellente qualité. Le minerai magique luisait dans l’obscurité d’un éclat verdâtre malsain au possible. Cela donnait au skaven un regard froid et pourtant presque hypnotique qui finit de terrifier jusqu’à l’os le pauvre Squiir.

    Cependant, Squiir fit tout son possible pour ne pas montrer son désarroi plus que nécessaire. Il connaissait les rumeurs décrivant à quel point le technomage pouvait se montrer capricieux, voire dangereusement volatile, en l’espace d’un instant. Beaucoup dans l’entourage de Thyroax attribuait ses sautes d’humeurs soudaines à l’éclat de malepierre fiché dans son globe oculaire et ils avaient probablement raison. La malepierre avait des effets tout aussi variés que dangereux pour quiconque l’utilise sans précaution, et encore les précautions ne suffisaient pas toujours. Donc le fait que le technomage ait eu l’idée de se planter dans le crâne un morceau conséquent de ladite pierre a déjà de quoi inquiéter. Mais quand on sait que cela a rendu sa maîtrise des arcanes du Rat cornu encore plus puissante… Eh bien, aux dires de Thyroax lui-même, le prix à payer était bien faible en comparaison avec les bénéfices.

    Après avoir ordonné à ses gardes de faire place, Thyroax s’approcha de Squiir. Lorsque l’ingénieur se déplaça, ce fut une fanfare miniature de mécanismes hydrauliques et de crépitements électriques qui le suivit alors que toute la quincaillerie mécanique que le technomage portait s’animait. Le grand bâton orné de tiges d’acier représentant le symbole du clan Skryre que le technomage portait émettait des étincelles verdâtres à chaque fois qu’il touchait le sol. C’était comme s’il se déchargeait subitement à chaque pas.

    « Ô grand et tout-puissant technomage Thyroax, commença Squiir. »

    Le messager jeta à nouveau un œil vers le technomage. Apparemment, la flatterie n’avait pas suffi, autant en rajouter. Après tout, de tous les skavens, les membres du clan Skryre étaient les plus friands de glorifications en tout genre.

    « Grand dévoreur de fromage, maître des arcanes du Rat Cornu, génial inventeur d’explosions, … »

    Le dernier compliment avait fait mouche. Etant donné que Thyroax était un amateur notoire d’effets pyrotechniques, son ego avait été titillé dans le bon sens. Ainsi, il s’était arrêté d’avancer et regardait à présent le messager avec intérêt. Une lueur sadique se mit à briller dans l’œil restant du technomage, ce qui empira encore plus son côté menaçant.

    « Tu sembles bien pressé… Pourquoi ? Parle-dit ! Vite ! »

    Le technomage appuya ses propos en frappant Squiir de son bâton, lui arrachant un cri de douleur alors qu’une décharge d’électricité statique le piquait. Il était évident que le technomage appréciait grandement la chose d’ailleurs.

    « Le… Le message ! Je rapporte un message, grand seigneur ! Et… !»

    Subitement, les sens de Squiir lui dire qu’il devait se retourner. Le messager sursauta d’un bond en se retournant vers le bord de la barge et effectivement son instinct avait eu raison. A peine le skaven s’était-il remis sur ses pieds qu’une trentaine d’hommes-rats se déversait sur le pont du navire toutes armes dehors. Ils l’avaient suivi jusqu’ici ? Mais alors que Squiir allait reprendre sa fuite il se rendit compte que la troupe de ses assaillants venait en fait de s’arrêter net. Tétanisés, ils regardaient tous avec effroi la figure tordue et clinquante de Thyroax qui se tenait derrière Squiir.

    « Décidément… » - Thyroax reporta son regard vers Squiir qui tenta de se ratatiner encore plus dans le plancher – « Intéressant, tu es peut-être en fait. »

    Un skaven mieux équipé que les autres sortit des rangs des guerriers des clans, sa fourrure mouillée gouttant encore de la nage forcée qu’il avait dû prendre. Il portait du tissu rouge et noir arborant les symboles du clan Treecherik, un thraal du clan Eshin. Malgré leur surnombre évident, le chef n’en menait pas large.

    « Heum… tenta-t-il alors qu’il cherchait les bons mots. Grand mage ingénieur du encore plus grand clan Skryre ! Au nom du clan Treecherik, laissez traître à nous !
    -Traître ? demanda lentement Thyroax. Hum... Intéressant, oui-oui.
    -Vous acceptez ? Donnez traître vite-vite !»

    Après quelques secondes passées à lancer un regard vide au chef, Thyroax se mit soudainement à se tordre selon différents angles, agité de spasmes erratiques. Un râle saccadé, sordide sortit ensuite de sa gorge, semblable à un rire malade et incontrôlé. Le tout étant évidemment doublé par une fanfare mécanique dissonante. Le résultat était tout simplement horrifique pour l’assemblée présente et même les gardes du technomage eurent un mouvement de recul.

    Pour le chef, le technomage en face de lui était clairement fou, même pour un skaven. Les membres du clan Skryre n’étaient certes pas réputé pour leur santé mentale, mais là c’était d’un autre niveau. Il avait peut-être été un peu trop hâtif dans sa manœuvre d’intimidation... Par précaution, le chef posa lentement sa main sur la dague à son fourreau. Au même moment, Thyroax s’arrêta brusquement de s’agiter et lança un regard enragé vers le chef.

    « Est-ce qu’un ordre tu viens de me donner ? couina sombrement Thyroax. »


    Le chef comprit immédiatement que la situation venait de devenir très dangereuse pour lui en l’espace d’un instant. Mortellement dangereuse. Mais alors qu’il allait ordonner une retraite immédiate, il se rappela qu’ils étaient en surnombre évident après tout… Et aussi que son maître l’avait menacé d’une mort lente et douloureuse en cas d’échec. Une telle position de force, donc, redonna du cœur à l’ouvrage au chef qui grogna et releva ses babines pour dévoiler ses dents - un geste de menace chez les skavens. Il sortit un couperet grossier et ordonna immédiatement de lancer l’attaque. L’équipage du navire n’allait pas poser de problèmes et ses guerriers valaient sûrement ceux d’en face. Et puis qu’est-ce qu’un technomage pouvait bien sortir pour renverser cette situation ?

    Son regard froid fixé sur le chef, Thyroax farfouilla dans une sacoche et en sortit une bonbonne cylindrique sur laquelle un petit morceau de malepierre avait été greffé. Le technomage la leva bien haut pour que toute l’assemblée puisse la voir.

    « Alors vous être mort-mort ! menaça le technomage. »

    Ah oui, c’est vrai, se dit le chef. Ils peuvent avoir ce genre d’engins sur eux. Leurs ardeurs étant complètement douchées par la menace évidente et comme mu par un élan commun, la totalité des skavens encore présent sur le pont quitta le navire avec précipitation en couinant de peur. Tous, sauf Thyroax, sa garde et Squiir qui était trop effrayé pour faire quoi que ce soit.


    Le technomage attendit quelques secondes pour s’assurer qu’ils étaient bien tous à l’eau et rangea son détecteur de malepierre portable dans sa sacoche. C’est impressionnant de voir à quel point les faibles d’esprit peuvent être crédules, se dit-il en ricanant. Bon, il fallait en finir avec cette mascarade. Thyroax se mit donc à agiter ses bras en murmurant une incantation et une fumée verdâtre parsemée de résidus électriques se forma au niveau de ses paumes. Le bâton en métal grésilla de plus belle jusqu’à ce qu’une boule d’énergie magique se forme à son sommet.

    Quel dommage pour eux, il aurait presque eu pitié, se dit Thyroax en frappant le sol de son bâton. La boule d’énergie se condensa immédiatement et se transforma en un éclair vert qui partit vers les eaux environnantes. La décharge se répandit à toute vitesse dans la rivière, brûlant les skavens en pleine nage en leur arrachant des cris déchirants. De son côté, Squiir regardait la scène de carnage avec des yeux exorbités.

    « Mais… Mais… Ils vont se venger !
    -Clan Treecherik va jamais savoir s’il n’y pas de survivants. Simple. Maintenant, si tu parlais de ce message, hum ? »
    En voyant les guerriers du clan Skryre s’approcher lentement de lui, Squiir compris alors qu’il venait de tomber de Charybde en Scylla en l’espace d’un instant. L’œil vert se rapprocha de lui. Il n’eut même pas le luxe de couiner.






    Pendant ce temps-là, à la surface, le trio sigmarite était de retour au port. Il avait fallu plusieurs minutes pour expliquer la situation à un Steve relativement agacé et Sieghilde venait tout juste de terminer.

    Avec un soupir de plus, la prêtresse-guerrière respira un grand coup et attendit une réaction de la part du turbulent estalien. Après des explications pareilles, il allait forcément vouloir dire quelque chose, comme d’habitude, grommela Sieghilde pour elle-même. Steve prit quelques secondes pour réfléchir à la chose, fit la moue et se tourna enfin vers Sieghilde.

    « D’accord, dit-il tout simplement.
    -Comment ça d’accord ? Vous n’avez rien d’autre à dire ?
    -Non nada, ce né point ma misìon ! Yé né vais donc rien dire. »
    Sieghilde prit quelques secondes pour appréhender la première phrase sensée que Steve Von Talos lui a jamais dite et reprit.
    « Heum, bien dans ce cas…
    -…Cépendant ! s’exclama soudainement l’estalien.
    -Ah, je me disais aussi, maugréa Sieghilde.
    -Yé vais vous accompagner yusqu’à Volgen et continouer vers Talagaad’é ! Y’espère retrouver mon équipage là-bas.
    -Heu, vous êtes sûr ? Ils pourraient peut-être revenir ici un de ces jours et…
    -Dekwé !? cria Holger en coupant Sieghilde. T’es plus longtemps avec nous ? Ouééé ! Allez Sieghilde, on y va ! »

    Sur cette exclamation joyeuse, Holger sauta presque sur Steve en le prenant par l’épaule et l’emmena avec lui vers une embarcation toute proche. La démarche brinquebalante des deux gaillards était encore plus surréaliste quand on réalisait qu’ils occupaient tous les deux des postes importants dans le clergé.

    Sieghilde, elle, regarda la scène d’un air blasé cependant. Au niveau où elle en était, cela ne l’étonnait même plus. Elle était maintenant convaincue qu’elle n’arriverait jamais à contenir ces deux énergumènes, alors autant faire avec après tout. Mais au moment, où elle allait les rejoindre, une voix se mit à crier sur le navire.

    « Mais qu’est-ce que… ! Descendez de mon bateau !
    -Par ordre de l’inquisition, nous avons le droit d’être sur ce bateau de transport ! fit la voix d’Holger.
    -Mais c’est un bateau de pêche !
    -Non, c’est un bateau de transport maintenant. Compris Willy ?
    -Willy ? Je m’appelle Hans et…
    - Compris… Willy ?! »

    Et ça y était, il était reparti dans ses grands numéros. Holger était réputé pour être aussi borné qu’un sapin du Hochland, donc ce pauvre pêcheur n’allait pas réussir à faire grand-chose. Le pauvre, se dit Sieghilde qui commença à presser le pas avant que l’autre danger public de service ne s’y mette à son tour.

    « Ma qué ?! »

    Ah, mais merdre.

    « Comment ça, cé bateau n’est pas oune bateau de transport ! Vous essayez de nous tromper ! A moins qué…Si ! Yé suis mainténant sûr que c’est oune bateau hérético !
    -De... De quoi ? fit la voix maintenant tremblante du pêcheur. Mais je pêche juste des…
    -Ah ! Tu avoues tes péchés ?! PURIFICATION !
    -Hein ?? Non ! Je pêche des anguilles !
    -Des anguilles hérético !»

    Il fallut plus d’un quart d’heure à Sieghilde pour convaincre le duo catastrophique qu’Hans, simple pêcheur d’anguille du Reik, n’était pas un cultiste chaotique… Dans ce même laps de temps, elle dû aussi expliquer audit Hans pourquoi ses collègues avaient pulvérisés son embarcation par les flammes sur fond sonore de mandoline. Probablement la partie la plus difficile d’ailleurs.

    Une fois cet incident réglé, la prêtresse-guerrière attrapa les deux énergumènes et les balança sur le premier vrai bateau de transport qui passait par là. Le capitaine du petit navire en question ne se sentit pas de poser plus de questions aux nouveaux passagers après avoir croisé le regard furibond de la prêtresse, ce qui arrangea bien cette dernière. En cet instant, elle souhaitait juste un peu de tranquillité, donc le plus tôt ils partiraient, le mieux ce serait. Heureusement pour elle, son souhait fut exaucé peu de temps après puisque le départ de la barge fut accéléré considérablement sur ordre du capitaine. Ce dernier n’avait apparemment pas envie de jouer avec les nerfs de la prêtresse qui hurlait encore sur un répurgateur fébrile et un prêtre-guerrier avec un drôle d’accent... La barge leva donc l’ancre vers Talabheim.



    Quatre heures plus tard, Sieghilde était toujours dans sa cabine à l’intérieur du navire. Elle avait profité du peu de calme qu’elle avait réussi à instaurer en menaçant Von Talos d’une interdiction de cerveza jusqu’à nouvel ordre s’il continuait ainsi. Avec un membre du duo infernal de calmé, l’autre en fit de même. Sieghilde avait en effet remarqué qu’ils avaient tendance à amplifier mutuellement leurs ardeurs et inversement.

    Maintenant laissée tranquille et relativement rassérénée, la prêtresse-guerrière avait tentée de se changer les idées. Le voyage jusqu’à Volgen allait durer une bonne semaine vu qu’ils remontaient la Talabec à contre-courant, donc il fallait bien trouver de quoi s’occuper. Ainsi, elle avait étudié le dossier donné par Johannsen. Forcément, la majorité des informations qu’il leur avait divulgué plus tôt n’étaient pas présentes. Les documents relataient surtout des faits et autres témoignages recueillis sur place par des agents de l’Ordre des Templiers de Sigmar. C’était à peine assez pour comprendre la situation et certainement trop peu pour avoir une piste solide d’où commencer donc. Fantastique. Et en plus de cela, il avait fallu qu’elle recoupe une bonne partie des informations pour en tirer quelque chose, la gratifiant ainsi d’un sympathique mal de crâne. Ce qui fait que la prêtresse voulait surtout prendre un peu l’air maintenant.

    Après avoir vérifié que son armure de plates était bien rangée et en ordre sur son paquetage avec ses deux marteaux, Sieghilde se décida à enfiler une robe de laine brodée de couleur or et grise par-dessus sa tunique de lin. C’était le genre de tuniques militaires du clergé qui avaient été maladroitement retaillées pour des femmes, mais Sieghilde se moquait bien de son aspect. Le mois de Brauzeit venait de commencer et les températures diminuaient de jour en jour tandis que l’automne s’installait progressivement. Alors autant prévoir le coup et éviter d’attraper une maladie quelconque avant même que leur mission ne commence.

    Une fois la robe enfilée, Sieghilde se dirigea vers la sortie. Au bout de quelques pas, elle se rendit cependant compte à quel point le port quasi-permanent de son armure au court des derniers mois avait laissé des séquelles. Elle ne l’avait pas remarquée auparavant puisqu’elle était restée assise la majorité du temps, mais maintenant qu’elle marchait… C’était autre chose. Ses membres courbaturés lui semblaient lâches et fragiles alors qu’elle retrouvait une liberté de mouvement dont elle avait perdue l’habitude. Après quelques étirements rapides, le malaise finit par passer. Ce qui ne passa pas néanmoins, c’était sa posture militaire qui jurait avec ses formes pourtant graciles. Malgré tous ses efforts, Sieghilde n’avait jamais réussi à s’en débarrasser. Ainsi, la prêtresse se sentait un brin ridicule dans la robe qu’elle venait de mettre… Mais au chaos les apparences, se dit-elle après avoir tenté de remettre ses cheveux court noir en ordre.

    Lorsque Sieghilde arriva au niveau du pont du navire, elle patienta quelques secondes après avoir ouvert la porte donnant sur l’extérieur. Une fois sûre de ne pas entendre de hurlements vengeurs ou autres effets pyrotechniques, elle s’aventura à l’air libre. On n’était jamais assez prudent avec les deux autres après tout. La prêtresse partit directement s’appuyer sur le bastingage pour ainsi respirer une bonne bouffée d’air frais. Une petite brise agitait les feuilles des arbres qui bordaient le grand fleuve. Le ciel était parsemé de nuages, mais le soleil dispensait tout de même ses rayons sur les environs. Au loin, vers l’arrière du navire, les hautes tours du palais d’Altdorf et ses remparts dépassaient de la canopée.

    Plusieurs minutes passèrent ainsi durant lesquelles Sieghilde se contenta d’observer le courant calme de la Talabec qui partait vers Altdorf. Un cri bref fit relever la tête à la prêtresse qui s’aperçut qu’il venait d’un des matelots. Ce dernier était sur la berge en face d’elle et encourageait les trois chevaux qui servaient au halage du navire. Les bêtes de trait n’avaient pas l’air plus fatigués que cela de tirer la barge par le biais de cordages, mais un peu d’attention ne devait pas faire de mal. Quel dommage tout de même qu’ils n’aient point pu trouver un navire à vapeur cette fois-ci. Le processus pour remonter des fleuves avec des bateaux classiques était fastidieux, mais c’était le seul moyen. Et les machines à vapeur étaient bien trop rares et capricieuses pour être monnaie courante sur ces eaux.

    Sieghilde sortit enfin de sa contemplation et décida de se dégourdir un peu les jambes. Les courbatures étaient déjà en train de revenir. Sur le chemin vers l’arrière de la barge, elle rencontra un des matelots qui se mit immédiatement dans une sorte de garde-à-vous solennel.

    « Sainte mère.
    -Que Sigmar veille sur vous, mon fils, répondit Sieghilde par habitude. »

    Le matelot entreprit immédiatement de faire le symbole du marteau sur son torse tout en murmurant le nom du dieu impérial. Ce genre de comportement dévot était monnaie courante dès que Sieghilde se baladait quelque part et elle s’y était habitué. Elle était une grande-prêtresse après tout, une figure vers qui se tourner pour beaucoup de gens. Mais alors que Sieghilde allait continuer, l’attitude gênée du matelot l’interpella.

    « Il y a un problème ?
    -Non, sainte mère, mais… Mais avec les aut’gars et le capitaine, on se demandait si… Si vous accepteriez de nous donner un office lors du r’pas de ce soir. Ça va faire un moment qu’on en a pas eu… Le travail, tout ça. Enfin, vous savez…
    -Avec plaisir, lui répondit Sieghilde en souriant aimablement. Vous avez une préférence sur le sermon ?
    -Oh ? dit le matelot d’un air penaud. Euh… j’n’oserais pas...
    -Ce n’est pas grave, le reprit Sieghilde. Nous verrons cela plus tard. »

    Le matelot remercia Sieghilde du regard et reparti aussitôt rejoindre son poste avec un air heureux.
    Un sermon, cela faisait plusieurs mois que Sieghilde n’en avait pas fait. Elle devrait bien pouvoir trouver quelque chose d’encourageant d’ici ce soir, mais de tous les devoirs d’un prêtre-guerrier, c’était bien celui-là qu’elle avait tendance à oublier. Le Marteau d’argent était plus un ordre à vocation guerrière qu’ecclésiastique. D’habitude, c’était l’ordre de la Torche qui s’occupait de ces tâches, mais ils ne pouvaient pas être partout à la fois.

    Sieghilde se redirigea vers l’arrière du navire. En y arrivant, elle repéra immédiatement Steve Von Talos et Holger Von Wütend qui s’était assis dans un coin. Steve semblait être en pleine « siesta » - comme il aimait les appeler - contre des cordages et Holger s’affairait à quelque chose dans son coin. Comme il était de dos, elle ne pouvait point voir ce qu’il faisait, mais il avait posé son sempiternel chapeau à haut bords à côté de lui. Un fait rare en l’occurrence puisqu’il semblait ne jamais se séparer de son attirail. D’ailleurs, comme elle venait de l’expérimenter, Sieghilde se demanda comment l’ulricain faisait pour supporter le port de tous ses équipements en permanence. Mais pour le moment, elle fut particulièrement surprise de voir que le répurgateur arrivait à se retenir de courir partout comme à son habitude. Cependant, étant de nature prudente, la prêtresse-guerrière préféra aller vérifier de quoi il en retournait.

    En arrivant au niveau d’Holger, le répurgateur se retourna brusquement à demi en l’entendant arriver. Quand il reconnut Sieghilde, il lui décocha son habituel sourire jovialement inquiétant.

    « Ah, ben vous voilà enfin ! dit-il. »

    Maintenant qu’elle pouvait enfin voir ce qu’Holger tenait entre ses mains, Sieghilde vit que le répurgateur était en train de tailler un petit ours dans un bout de bois avec un de ses couteaux de lancer. La prêtresse se rappela alors qu’elle avait lu sur son dossier qu’Holger était originaire du Kislev, dont l’ours était le symbole, mais qu’il avait passé une forte majorité de sa vie au Middenland, la province du loup et d’Ulric. Cela l’étonnait toujours, surtout que les kislévites étaient plutôt des gens réservés alors qu’Holger était un cliché ambulant du middenlander classique. Comme quoi, son éducation avait eu plus de poids sur son comportement que ses origines. Mais apparemment, Holger était toujours nostalgique de son pays natal.

    « Vous savez, regarder les gens fixement pendant un long moment, c’est un brin inquiétant.
    -Hum ? Oh, pardon !... J’avais l’esprit ailleurs, c’est tout. »

    Le répurgateur eu l’air circonspect mais finit par hausser des épaules. Après un bref regard vers la statuette en bois, il la jeta par-dessus bord et s’adossa au bastingage.

    « Du coup, tu as lu le dossier de l’autre ?
    -Il utilise Sigmar comme une ponctuation tout au long du rapport. Ce n’aura pas été une partie de plaisir mais oui, je l’ai lu. Sauf que ce n’est pas fameux… »

    Une fois les maigres résultats expliqués au répurgateur, celui-ci se contenta d’une grimace agacée comme seule réponse.

    « Comme tu dis, enchaina Sieghilde. Il va falloir qu’on trouve de quoi faire sur le lieu du convoi. »

    Un mouvement à côté d’eux leur rappela la présence dormante de Steve Von Talos.

    « Ne t’inquiète pas, il a le sommeil solide, la rassura Holger.

    -Je l’espère. J’aimerais profiter un peu de ce calme pour changer. »

    Holger lança un regard étonné à Sieghilde puis éclata de rire.

    « Foutaises ! Si tu en avais eu marre de toutes mes conneries, tu serais partie depuis longtemps ! »

    Sieghilde allait répliquer, mais se rendit compte qu’Holger marquait un point. A n’importe quel moment, elle pouvait annuler la mission et abandonner le répurgateur, mais il fallait croire qu’elle avait fini par s’y habituer.

    « Mouais, continuez comme ça avec ces insinuations et c’est ma main qui va partir. »

    Devant la menace, Holger essaya de se retenir de rire et leva les mains en signe de paix. Une tentative d’excuse passable aux yeux de Sieghilde qui avait déjà eu droit à pire. Mais maintenant qu’elle y repensait, une question lui revint à l’esprit.

    « Dites-moi.
    -Hmm ?
    -Vous l’aviez réellement tué ? Von Talos, j’entends. Ce qu’a dit Johannsen m’a quelque peu intrigué.
    -Oh ça. C’est comme je lui ai dit, une simple purification par le feu.
    -Mais il est là, avec nous… et vivant, réessaya Sieghilde avec plus de conviction.
    -Bah, les détails techniques de la purification, c’est pas mon problème. Moi je me contente d’appliquer.
    -Donc ça ne gêne aucun de vous deux de savoir qu’il est mort et a ressuscité magiquement par votre faute ?
    -Nan. Je l’ai pourchassé à travers les montagnes grises pendant sept mois. Donc franchement, la combustion complète, ce n’est pas le pire qu’il ait subi. C’est mon meilleur ennemi, je lui dois bien ça. »

    Sieghilde préféra arrêter là la discussion. Après un rapide salut, la prêtresse repartit vers l’avant du bateau pour méditer. Décidément, elle ne comprendrait jamais la relation entre ces deux hurluberlus… Personne au monde ne le pouvait apparemment.




Dernière édition par Kaops le Lun 26 Juin 2017 - 21:34, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: La Saga d'Oksilden : Foi Furieuse   Jeu 22 Juin 2017 - 0:22




   Thyroax était circonspect.

   Son museau posé sur sa patte gauche, il brouxait ses dents tandis que son regard se perdait dans le tunnel qui s’étendait devant l’embarcation. Ils avaient pris beaucoup de retard avec cette histoire de messager et, en plus, la totalité de l’équipage de la barge avait été assez stupide pour sauter dans la rivière avec les assaillants. Du coup, maintenant que ces derniers étaient carbonisés, la troupe de Thyroax se retrouvait à devoir manœuvrer le navire. Ce qui, au vu du manque d’expérience en la matière des guerriers des clans, était fastidieux et terriblement chronophage...

   Par réflexe, le technomage passa quelques griffes au niveau de son œil de malepierre. Sa fourrure noire avait tournée au blanc aux alentours du cerclage d’acier contenant la roche. Une bénédiction du Rat Cornu à n’en pas douter… Même si cela le démangeait de temps à autre. Il n’arrivait cependant jamais à atteindre la source de sa démangeaison vue que le picotement semblait venir de l’intérieur de son crâne. Mais comme cela ne lui arrivait que lorsqu’il se laissait aller à ses pulsions, il lui suffisait de se calmer pour que cela passe.

   Thyroax brouxa ses dents doublement. Après quelques minutes, le crissement étouffé finit par avoir raison de son inquiétude. Il avait juste besoin de quelque chose d’autre pour se détendre définitivement.

   « Hraki ! couina Thyroax à un de gardes. »

   L’intéressé s’approcha aussi vite que possible de son maître assis sur le pont. Il se plaça à droite du technomage, son museau pointé vers le sol.

   « Oui, ô grand Thy…*SBRALF* »

   Hraki n’eut même pas le temps de terminer sa phrase que le gantelet incrusté de malepierre de Thyroax lui atterri sur le museau. Satisfait du résultat en voyant que le guerrier était sonné, le technomage souffla enfin. Rien de tel qu’un peu de violence gratuite sur ses sous-fifres pour animer une journée.

   Une bien belle invention que ce gantelet, se dit d’ailleurs Thyroax en ramenant sa patte droite vers lui. Il fallait dire qu’il avait redoublé d’ingéniosité sur ce coup-là. Ledit gant était relié à quelques vérins et alimenté en malepierre pour augmenter sa force d’impact. C’était clairement une autre preuve du génie de la grande race de Skavens. Ils étaient les seuls à pouvoir créer de telles pièces de technologie supérieure qui leur amènerait à coup sûr la victoire sur les choses-hommes de la surface et les autres sous-races. Seuls eux, les grands skavens étaient dignes de contrôler ce monde ! Et c’était les ingénieux skavens du grand clan Skryre qui seraient ceux qui apporteraient cette victoire !

    Satisfait de son discours intérieur, Thyroax, qui avait posé sa patte droite sur le bord de sa chaise, tenta de la ramener pour poser son museau dessus… Sauf qu’il n’y arriva pas. Le gantelet s’était subitement bloqué sur l’accoudoir. Une valve avait dû se gripper, voilà tout. Deuxième tentative, deuxième échec. Cette fois, Thyroax s’impatienta. Il prit un ustensile dans sa robe et entreprit de débloquer l’engin. Mais à peine avait-il joué avec un des réglages qu’un baromètre sur son bras se mit à siffler frénétiquement. Un coup d’œil indiqua à Thyroax que la pression des vérins du gantelet venait d’augmenter exponentiellement. C’était mauvais signe ça. Le technomage commença à paniquer, le niveau de pression atteignit un niveau critique et aucune des modifications apportées n’améliorait la chose. Et pour couronner le tout, il pouvait sentir que ce maudit gantelet se refermait lentement sur sa propre patte !

   Définitivement pris de panique, Thyroax activa le mécanisme de secours de son gantelet – ce qui correspondait à un détachement frénétique de câbles en sautillant sur place. Les gardes du technomage, en comprenant la situation, n’écoutèrent que leurs réflexes et se mirent à l’abri dès que possible. Une fois capable d’enlever son gantelet, Thyroax le jeta avec une partie du mécanisme par-dessus bord.

    C’est aussi à ce moment-là que Thyroax se rappela de la réaction particulière causée par un contact entre ce type de malepierre modifiée et de l’eau : une réaction chimique exothermique puissante ou en d’autres mots, une explosion.

    La déflagration faillit faire chavirer le navire de par son intensité, mais par chance les dégâts furent minimes. Seul la moitié de l’équipage périt sous les giclures d’eau irradiée qui résultèrent de l’incident. Des pertes acceptables donc. Mais Thyroax, lui, était en rage. Son gantelet avait très certainement été saboté ! Une pièce si savamment assemblée ne pouvait pas avoir été endommagé par sa main, il s’agissait sûrement d’un coup monté ! Le technomage se retourna subitement vers un des skaven sur le pont.

    « Hraki… C’est de ta faute ! Tu as déréglé-cassé ma machine ! »

    Le guerrier des clans, à peine réveillé de son semi-coma, ouvrit des yeux ronds d’incompréhension. Mais à peine essaya-t-il de se défendre que Thyroax vociféra :

    « Tuez-Tuez-le ! »

    Les autres guerriers des clans, cachant à peine leur joie de ne pas avoir été pris pour responsable de ce raté technique, se déversèrent immédiatement sur le pauvre Hraki qui se fit déchiqueter à coups de couperet et autres pistolets à malepierre du clan Skryre en quelques secondes. Le technomage contempla la scène et, une fois sûr que Hraki ne bougerait plus jamais, il ordonna qu’on lui en amène un morceau. Il avait une petite faim. Un problème de moins, se dit Thyroax en plaçant ses pattes l’une contre l’autre.

    Alors que le technomage s’apprêtait à retourner sur son siège, un effluve très particulier se présenta à son odorat : Celui d’une cité skaven tournant à plein régime. Ils étaient enfin arrivés à destination, Sub-Altdorf n'était plus loin. Il se fit la réflexion qu’ils étaient arrivés plus vite que prévu, mais il n’allait pas s’en plaindre. Le technomage s’avança sur le pont pour profiter de la vue tout en tenant toujours le bout de papier dans sa patte. Ah oui, le papier ! Il l’avait presque oublié. Se rappelant à nouveau ce qu’il avait lu sur le parchemin, il était à présent du genre pressé…


    Un tournant plus tard et le fleuve amena l’embarcation en vue de Sub-Altdorf. Le tunnel s’ouvrit alors sur une cave aux proportions titanesques. A l’agression odorante s’ajouta un boucan de tous les diables qui reflétait à peine la vie grouillante et gémissante de la cité souterraine. Des centaines de milliers d’êtres habitaient la sous-cité, dans le plafond, sur les parois, sous le sol, suspendus plusieurs mètres au-dessus du sol… Partout où l’on posait le regard, un skaven grattait la terre, vaquait à ses assassinats ou arpentait les quartiers marchands pour se trouver de nouveaux esclaves. Une obscurité pesante et moite habitait elle aussi l’endroit, lui donnant une ambiance que Thyroax trouva rassurante. Même s’il estimait qu’elle était gâchée par un pseudo-système d’éclairage qui parcourait les rues du centre de la cité, celles occupées par les clans plus importants. Les tuyaux métalliques verdâtres qui serpentaient ainsi offraient des flaques de lumières maladives et éparses dans ces quartiers, sorte de parodie de l’éclairage pratiqué par les choses-hommes de la surface. Une idée qui révulsa presque Thyroax puisque pour lui l’obscurité était la meilleure amie du skaven.

    Des poutres et autres constructions branlantes parsemaient le plafond pour s’assurer que l’endroit n’allait pas s’effondrer sous le poids de la cité humaine qui se tenait juste au-dessus. Autour de la cité, le fleuve souterrain serpentait timidement, se dirigeant vers d’autres cités skavens par divers engouffrements. Au centre, une grande tour creusée à même la roche surplombait la totalité de la caverne et servait de soutien principal à la caverne. En son centre, dans un bâtiment en bien meilleur état que les autres, se tenait le conseil de Sub-Altdorf. Un élément perturbateur et difficilement contrôlable du point de vue du véritable Conseil des Treize, mais Thyroax préférait les voir comme une source d’opportunités. Du moment que le conseil de Sub-Altdorf accédait à ses demandes sans rien demander d’autres que quelques piécettes de malepierre, cela lui allait très bien.


    Après quelques minutes à manœuvrer l’embarcation, Thyroax et sa garde arrivèrent au port de la cité. Les couinements rageurs des équipages skavens de multiples navires marchands emplissaient l’endroit. Chaque bateau voulait arriver le premier dès qu’une des très rares places libres se débloquait plus ou moins par la force des choses. En résultat, des carambolages absurdes s’enchainaient et finissaient souvent en rixes brouillonnes dans les alentours.

    D’ailleurs, à peine l’embarcation de Thyroax arriva-t-elle dans la bataille qu’un autre navire heurta celui du technomage. S’ensuivit une flopée de jurons et d’insultes de la part de l’équipage adverse, mais leurs exclamations moururent bien vite dans leur gorge dès qu’ils aperçurent la figure clinquante du technomage. Soudainement, la hargne dont ils faisaient preuve avait disparue et les rameurs redoublèrent d’efforts pour faire s’éloigner leur embarcation au plus vite avec des regards apeurés. L’égo de Thyroax apprécia grandement la chose, apparemment on se souvenait encore de lui ici. Les rumeurs allant bon train, les autres embarcations comprirent bien vite qu’elles avaient tout intérêt à s’éloigner au plus vite et la barge de Thyroax arriva à bon port sans le moindre encombre.


    Sur le ponton, une petite délégation du clan Skryre attendait impatiemment la venue du technomage. Un peu trop impatiemment d’ailleurs au goût de Thyroax qui n’avait pas été informé de ce comité d’accueil.

    « Qu’est-ce que vous faites-attendez là ? demanda le technomage en descendant du navire.
    -Nous vous accueillons, Ô grand Thyroax. Votre venue-arrivée a été annoncée il y a quelques temps déjà. »

    Thyroax n’apprécia que très peu le manque de respect évident des autres skavens. Ils lui parlaient comme à un égal, leur museau à la hauteur du sien ! C’était tout bonnement inacceptable ! Mais au moment où Thyroax allait apprendre le sens de la hiérarchie à ces résidus gastriques incompétents, il réalisa quelque chose d’autre. La « délégation » était bien entourée. Une bonne vingtaine de vermines de chocs, de grands rats à la fourrure noire, équipées d’hallebardes et en ordre de bataille, se tenaient juste derrière eux. La garde diminuée de guerriers des clans de Thyroax était surpassée de très loin par ces troupes d’élites et cela l’enragea. Il était en position de faiblesse ici, en territoire hostile. Apparemment, les hauts placés du clan Skryre de Sub-Altdorf avaient gardés une certaine rancune par rapport à l’incident explosif de la dernière fois et ils avaient l’air de vouloir le garder à l’œil cette fois-ci. Alors même qu’ils faisaient partie du même clan, ils étaient méfiants envers lui. Classique.

    Oh, il était capable de les griller sur place sans souci, mais cela le laisserait vulnérable et il préférait avoir des plans de secours sacrifiables plutôt que de se mettre au premier plan.

    « Il y a un problème-souci, grand seigneur ? fit la voix mielleuse de l’envoyé du clan. A cran, vous avez l’air. »

    Il jouait avec lui en plus ? Il avait vu à quel point la situation l’enrageait et il s’en amusait ? Oh lui, à la première occasion, un accident malencontreux allait lui tomber dessus par hasard…

    « Non, aucun, grommela Thyroax.
    -Bien, qu’est-ce que le joyau de l’Empire souterrain peut faire-faire pour vous ? »

    Le joyau ? C’était un mauvais trait d’humour ? Et qu’est-ce que ça voulait dire d’abord ? Était-ce une expression des choses-hommes qu’ils admiraient tant dans cette ville ? Si c’était le cas, alors c’était réellement pathétique. Définitivement, les dirigeants de cette cité avaient beaucoup à apprendre de Skarogne, la glorieuse capitale de l’Empire Souterrain. Ils s’étaient déviés du chemin voulu par le Rat Cornu à force de se rapprocher des ridicules choses-hommes. En résultat, une bonne partie de la ville n’était qu’une pitoyable parodie de la capitale qui se tenait juste au-dessus, et ils en étaient fiers en plus ! Partout où Thyroax posait le regard, il ne voyait que des esclaves humains, des semblants de bâtiments de la surface, etc. Et maintenant qu’il le remarquait, même les membres de la délégation avaient des habits avec une tendance humaine. Comment pouvaient-ils encore oser s’appeler Skavens dans de telles conditions !

    Rongé par la colère, Thyroax ne pouvait pas se sentir plus insulté que maintenant. Et cela devait se voir vu qu’un des membres de la délégation avait eu un mouvement de recul soudain. Quelques secondes plus tard, ledit skaven s’était remis en place même s’il semblait nerveux. Thyroax se souvint alors que son œil de malepierre brillait plus intensément lorsqu’il était en colère. C’était très probablement la cause du malaise qui parcourait la délégation en ce moment d’ailleurs.

    Ce genre d’effets secondaires dû à son œil étaient très pratiques pour intimider ses adversaires en leur rappelant son puissant lien avec les arcanes du Rat Cornu - même si cela avait le défaut d’indiquer ses émotions à ses interlocuteurs. Mais en l’occurrence, cela venait de lui donner une occasion. L’instant d’hésitation chez la délégation lui indiqua qu’ils avaient toujours peur de lui.  Le technomage avait maintenant bien cerné la situation.

Il avait beau être menacé, tous ici savaient à quel point il pouvait être dangereux et à cause de cela ils n’osaient pas vraiment s’en prendre à lui. Alors il comptait bien profiter de leurs doutes pour les mener à sa guise. S’il ne pouvait pas sortir de sa cage, il allait s’assurer que ladite cage bouge avec lui.

    « Votre Couineloin. Maintenant, lâcha Thyroax sur un ton menaçant. Et après, cette cité je quitte. »

    La menace semblait avoir fonctionné en tout cas puisque le skaven qui dirigeait la délégation finit par faire signe - ostensiblement à contrecœur - à Thyroax qu’il devait le suivre. Les vermines de chocs se replacèrent autour du groupe de Thyroax et l’escorte commença ainsi à se déplacer vers les quartiers du clan Skryre.


    Après avoir traversé la grande sous-cité relativement facilement – un contingent de vermines de chocs ayant tendance à libérer le passage – Thyroax put enfin entrer dans les quartiers du clan majeur. L’endroit était tellement semblable à une école d’ingénierie de l’Empire que Thyroax dut retenir au moins une dizaine de commentaires insultants en y entrant. Alors certes, les établis et machines à l’intérieur étaient organisés dans le plus pur désordre skaven, mais était-ce si difficile de se simplifier la vie et de construire rapidement un laboratoire sans trop y réfléchir ? Ils étaient voués à être détruit d’une manière ou d’une autre de toute façon ! Thyroax préféra cependant ne pas perdre encore plus de temps sur ces stupidités et continua vers l’endroit où se trouvait le couineloin.

    A l’entrée de la salle, l’émissaire du clan fit comprendre à Thyroax qu’il devait laisser ses gardes derrière avant de rentrer. Le technomage grommela et rechigna, mais il finit par se plier à la demande. Le plus tôt il en terminait avec cette ville, le mieux ce serait. L’émissaire lui ouvrit alors le rideau rapiécé qui bloquait le passage.

    Thyroax retrouva une certaine forme de bonne humeur en apercevant le couineloin non loin. La grande machine était déjà allumée et plusieurs valves sifflaient en chœur au gré des commandes données par des ingénieurs du clan positionnés juste derrière. Quelle belle invention tout de même, se dit Thyroax qui en avait presque la larme à l’œil. Un engin de communication longue distance d’une grande précision, et de fabrication skaven qui plus est, se tenait devant lui. Une des plus belles réussites de son clan avec les roues infernales. Certes, il avait une certaine tendance à l’auto-combustion, mais c’était un problème mineur. Au centre de la machine, se trouvait une petite estrade, à peine assez grande pour qu’un skaven puisse s’y tenir. En face de l’estrade se tenait un grand miroir incrusté de malepierre par endroit et un tuyau un brin rouillé qui servait à parler.

    Son ego racial maintenant regonflé à bloc, Thyroax se dirigea vers l’engin et entama les derniers préparatifs. Quand il donna l’ordre de lancer l’alimentation – une roue tournée par des esclaves – l’émissaire du clan grommela quelque peu derrière Thyroax. Apparemment, il n’aimait pas que le technomage donne des ordres à tout va à ses propres subordonnés.

    « Faites attention, technomage. C’est une machine fragile-sensible… fit remarquer l’émissaire. »

    La menace à peine cachée de l’émissaire n’inquiéta même pas Thyroax qui savait très bien ce qu’il faisait. Après avoir activé un dernier levier, le technomage se releva de toute sa hauteur dans une série de clinquements.

    « Sortez, cracha Thyroax à tous les skavens dans la pièce.
    -Qui appelez-vous ?
    -Sortez-sortez, j’ai dit !
    -Nous dire-dire ce que vous faites, vous devez nous dire !»

    Le bâton de Thyroax se remit à crépiter de plus belle alors que la colère du technomage grandissait. La totalité des ingénieurs préféra prendre la poudre d’escampette avant de se faire foudroyer sur place, mais pas l’émissaire. Ce dernier claqua de la langue et une demi-douzaine de vermines de chocs entrèrent dans la pièce.

    « Bien-bien, dit simplement Thyroax qui se savait encerclé. Comme vous voulez. »

    Le technomage se retourna et enclencha un bouton avant que l’émissaire ne donne l’ordre de l’attaque.  L’instant d’après, la machine se mit à vrombir de plus belle et le miroir se noircit progressivement. Des nuages verdâtres apparurent à sa surface et se condensèrent pour former vaguement le visage d’un skaven caché dans l’obscurité.

    « J’en ai assez ! s’exclama l’émissaire. Prenez-attrapez-le ! »

    L’émissaire fit signe aux vermines de chocs qui se mirent en marche immédiatement après – non sans une certaine réticence, il s’agissait d’un technomage de haut rang tout de même.

    De son côté, l’émissaire savourait sa victoire. Il avait enfin trouvé dans le refus d’obtempérer de Thyroax un motif pour son arrestation. Tout se passait pour le mieux. Tiens, Thyroax venait de se jeter à terre ? Certainement pour implorer pitié. L’émissaire avait donc bien vu clair dans le jeu du technomage, rien que du bluff. Parfait, maintenant il n’avait plus qu’à couper la connexion avec…

    « Qu’est-ce qui… passe-passe ?! fit la voix crépitante et hachée sortant du couineloin. Thy…ax , parle-dit !
    -Arrêté, il est ! s’exclama fièrement l’émissaire. Au nom du clan Skryre, votre nom vous donnez-dites ! »

    Une série de bruits brouillés se firent entendre. Thyroax savait d’avance qu’il s’agissait d’un cri de frustration. Son maître n’était pas du genre patient.

    « Mon nom est Ikit l… Griffe et au nom du… Skryre et du conseil, Thyroax tue-brûle-le ! »

    Toutes les fonctions cérébrales de l’émissaire s’arrêtèrent immédiatement, toutes sauf une : la terreur pure. Ikit la griffe, le dirigeant en second du clan Skryre en personne venait d’ordonner sa mise à mort immédiate. La seule personne à pouvoir le sauver maintenant était Morskittar, le véritable dirigeant. Mais ce dernier siégeait au conseil des Treize et devait bien se moquer de son pauvre sort. L’émissaire se mit à suer abondamment alors qu’il cherchait une échappatoire à ce problème insoluble. Thyroax se releva lentement et regarda l’émissaire de son œil de malepierre. Par ce simple regard mauvais, l’émissaire comprit enfin que Thyroax l’avait piégé en le forçant à se ridiculiser devant un des personnages les plus influents de l’empire souterrain. Et maintenant, il était libre de faire ce qu’il voulait de lui. Toutes les vermines de chocs s’étaient affalées au sol dans la seconde où ils avaient entendu le nom de leur grand seigneur. L’émissaire était seul à présent et il ne savait même pas quoi dire pour se défendre.

    « Non-Non, grand seigneur ! commença Thyroax d’une voix faussement implorante. Il m’a été utile-nécessaire pour utiliser le couineloin.
    -Ah ? Bien-bien, il p… vivre mais qu’il sorte-parte …tenant ! »

    L’émissaire prit quelques secondes avant de réaliser que Thyroax venait de plaider en sa faveur après l’avoir envoyé vers sa mort juste avant. Le technomage avait-il voulu faire étalage de sa position et de son influence ? Cela, l’émissaire ne souhaita cependant pas le savoir et ne demanda pas son reste en déguerpissant de la pièce.

    De son côté, Thyroax était satisfait de la tournure des évènements. Il n’avait pas prévu que cela allait se passer ainsi, mais il était définitivement fier de son génie. Bon, maintenant il devait empêcher sa queue de trembler. Le technomage ne voulait pas l’admettre, mais il avait un brin paniqué en voyant les vermines s’approcher pour le chercher…

    « Thyr…ax ! Rapport, vite-vite ! »

    La voix impérieusement énervée de son maître rappela au technomage sa situation présente et il enchaîna une série d’excuses élaborées pour demander pardon à Ikit. Ce dernier en sembla satisfait, mais Thyroax connaissait suffisamment Ikit pour savoir que ce n’était que passager. Ikit était le plus grand ingénieur et technomage que le clan a jamais connu et une grande part des inventions du clan venaient de lui. Brutal, fourbe et intelligent, il était un des rares skavens qui ne craignait pas pour sa vie puisqu’aucun de ses subordonnés n’était assez fou pour essayer de le destituer. Lorsque Thyroax se releva, il aperçut parmi les ombres verdâtres qui représentaient vaguement son maître que ce dernier avait comme toujours sa hallebarde électrique à portée de main. Pour une fois, Thyroax était bien content d’être loin de l’objet en question.

    « Grand maître du clan Skryre et de Skarogne, j’ai deux bonnes nouvelles !
    -Quoi ? …tends mal… Répète-redis !
    -J’ai dit deux grandes-bonnes nouvelles ! répéta Thyroax plus fort et plus lentement.
    -Ah ? Explique… »

    Thyroax passa donc quelques minutes à décrire en détail son voyage jusqu’à Sub-Altdorf depuis Skarogne et comment le plan avançait d’après les informations qu’il recevait de ses espions. Ceci ne sembla intéresser Ikit qu’à moitié qui acquiesça vaguement. Thyroax vit bien vite qu’Ikit aurait souhaité des résultats plus rapides cependant.

    « Et la deuxième nouvelle est qu’un chose-homme est intéressant-curieux. »

    Cette fois, la forme qui représentait Ikit s’agita.

    « J’ai intercepté un message d’un espion chose-homme. D’après ce que j’ai pu lire-déchiffrer, il dit-dit que les chose-hommes qui brillent cherchent quelqu’un.
    -Les pions de Sigmar cherchent-veulent beaucoup de choses Thyroax. »

    La façon dont Ikit avait prononcé le nom du dieu sigmarite était bien plus dédaigneuse qu’il n’y paraissait.

    « Oui-oui maître. Mais apparemment ce chose-homme est ressorti d’un portail du chaos ! Intéressantes seraient des expériences-tests sur cette chose-homme…
    -Nous avons déjà des portails, imbéciles !
    -Mais il en est sorti-sorti tout seul ! Sans instruments !
    -Oublie-oublie-le ! s’insurgea Ikit. L’invasion est plus importante. Rappelle-moi quand tu auras de vraies-utiles nouvelles ! »

    Sur cet accès de rage, la communication se stoppa brusquement. Ikit avait dû arrêter de son côté.
Thyroax se retrouva bien penaud devant le couineloin. Lui qui pensait avoir trouvé quelque chose digne d’intérêt… C’était forcément le Rat Cornu qui avait mené ce message jusqu’à lui ! Il devait avoir un sens et il était bien décidé à le découvrir ! Et si Ikit voulait tant qu’il s’en écarte, c’était surement pour s’accaparer la découverte pour lui-même !

    Maintenant convaincu du bien-fondé de ses convictions, Thyroax ressorti de la salle avec toute une série de tâches à effectuer… Il allait bien évidemment se diriger vers Talabheim, mais pour le moment, il fallait qu’il trouve divers moyens de capturer ce chose-homme. Et pourquoi ne pas utiliser l’espion chose-homme tiens ? Il devait bien avoir une piste…


    Quand Thyorax passa le rideau, il fut accueilli par une foule de skavens aplati au sol, l’émissaire en tête. Ce fut à peine une surprise pour Thyroax qui avait espéré que les membres du clan Skryre de Sub-Altdorf lui poseraient moins de problèmes maintenant qu’ils savaient pour qui il travaillaient.

L’émissaire se proposa immédiatement pour aider Thyroax dans ses multiples sous-affaires. Le technomage savait pertinemment que l’émissaire cherchait juste des faveurs pour se faire bien voir maintenant qu’il se savait en danger… Et cela donna une idée au technomage d’ailleurs.

    « Toi, va-va réparer la machine ! L’appel s’est coupé et Ikit va être furieux ! »

    L’émissaire faillit défaillir à l’idée et se releva immédiatement avec sa suite d’ingénieurs. Ils foncèrent sans tarder vers le couineloin et se mirent à travailler d’arrache-pied pour trouver le problème. Après quelques secondes, Thyroax se tourna vers l’émissaire en se retenant de rire.

    « Attention, c’est une machine fragile-sensible… »

    Puis, Thyroax lança un objet que l’émissaire attrapa au vol en remerciant chaleureusement le technomage et il retourna travailler avec frénésie... Jusqu’à ce qu’il comprenne ce que venait de dire Thyroax. Le technomage venait de lui retourner la menace qu’il lui avait lui-même envoyé plus tôt.

L’émissaire chercha du regard le technomage mais ce dernier s’était déjà éclipsé. Il regarda alors la pièce en question pour réaliser avec horreur qu’il s’agissait d’une des pièces vitales de l’alimentation de la machine. Quand il regarda son équipe, ces derniers étaient sur le point de relancer le courant pour effectuer un test. Immédiatement, l’émissaire se mit à courir vers eux en agitant ses bras tel un possédé.


    A l’extérieur, Thyroax attendait impatiemment le feu d’artifice et il ne fut pas déçu. La première explosion, quoi que de taille mineure, entraina une réaction en chaîne impressionnante qui vaporisa une bonne moitié du quartier général du clan Skryre de Sub-Altdorf dans des flammes vertes.

A vrai dire, Thyroax avait prévu de faire sauter l’endroit après sa discussion avec Ikit, mais l’émissaire lui avait donné un prétexte et un alibi plus que valable. Tout le monde savait que c’était l’émissaire qui était parti réparer la machine, Thryoax était donc hors de cause. Un accident arrive si vite après tout.

    Maintenant que cela était réglé, le technomage ordonna le départ à ses troupes qui se remirent en ordre alors qu’une foule de skavens arrivaient en tous sens pour éteindre l’incendie qui s’était déclaré. Mais il ne partirait pas encore de la sous-cité. C’est qu’il lui restait encore quelques petites choses à régler…

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Kaops
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MessageSujet: Re: La Saga d'Oksilden : Foi Furieuse   Mar 27 Juin 2017 - 21:24

Continuons donc !



    Huit jours plus tard, le navire transportant Sieghilde, Holger et Von Talos arriva en vue de Volgen. Le voyage s’était fait relativement sans encombre à la grande surprise de Sieghilde. Holger et Steve avaient même participé à la bonne humeur générale en amusant les matelots avec un concours d’insultes, diverses chansons guerrières et les récits des aventures de Von Talos dans les montagnes grises. Ce dernier détail était d’ailleurs sacrément irréaliste puisque Von Talos affirmait qu’il avait décapité quelques dragons au passage et avait envoyé des artefacts impies dans un puits infini… Sieghilde avait gardé un œil circonspect sur le récit, mais en voyant que les matelots dévoraient les paroles du « prêtre-guerrier extraordinaire », elle n’avait pas eu le cœur de les décevoir. Les jours précédents, la prêtresse-guerrière avait bien vu durant le sermon qu’elle leur avait donné que l’ambiance n’était pas au beau fixe sur le navire. Les rumeurs d’une montée en force du chaos dans le Nord allaient bon train et plusieurs des matelots avaient de la famille dans les provinces septentrionales de l’Empire. Ils avaient bien le droit à un peu de bonne humeur pour se changer les idées.


    Une fois le bateau amarré dans le port de la petite ville, plusieurs des matelots partirent chercher des vivres et autres matériaux de réparations utiles. Volgen était un arrêt presque obligé pour les navires remontant la Talabec, ne serait-ce que pour s’y fournir en foin pour les chevaux qui servaient au halage. Le navire allait donc y passer la nuit avant de repartir.

    La petite ville portuaire de Volgen survivait principalement de la pêche et de son commerce sur la Talabec et le millier d’habitants de la ville apportait suffisamment de bruits citadins pour que Sieghilde y retrouve ses marques. Cependant, même si elle aurait aimé y rester un peu, la prêtresse-guerrière souhaitait aussi continuer au plus vite. Priestlicheim était à quelques dizaines de kilomètres et en y allant à cheval maintenant ils devaient bien pouvoir y arriver avant la nuit. Une fois leurs montures trouvées, le trio sigmarite se réunit pour dire au revoir à Steve Von Talos qui continuait jusqu’à Talagaad avec le navire.

    « Puisse Sigmar veiller sur vous Steve, lui dit Sieghilde.
    -Ah sí ! La prochaine fois que yé le vois, yé lui dirait de faire de même pour vous, señorita. Yé souis sûr qu’il acceptera, c’est oune bon gars. »

    Sieghilde ne préféra pas relever le blasphème et laissa simplement Holger prendre son tour avec un visage neutre.

    « Talagaad alors, hein ?
    -Sí Holger ! Et après Marienburg, si yé rétrouve mon équipage.
    -Oh bien. Ce fut sympa de te revoir en tous cas ! » -Holger se rapprocha lentement du prêtre-guerrier avec un grand sourire que ce dernier lui rendit – « Maintenant, juste une dernière chose… »

    L’instant d’après, et à la surprise générale, le sigmarite et l’ulricain dégainèrent un pistolet qu’ils casèrent respectivement pile sous le menton de l’autre. Quelques secondes de flottement passèrent durant lesquelles Holger et Steve se lancèrent littéralement des menaces de morts par le regard tout en souriant comme des déments. Puis, ils désarmèrent leurs armes en même temps et revinrent à leur position d’avant avec un petit rire amusé.

    « Ah ah ! s’exclama Holger en riant. Eh bien, il fait croire que tu as enfin prit le coup du ‘pistoulé’ !
    - Yé me souis bien entrainé depuis le tournoi !
    - Et ça se voit, tu rattrapes ton retard. A la prochaine Steve, dit Holger avec un signe de son chapeau.
    -Hasta luego Holger, lança Steve en tournant les talons.
    -Et t’avises pas de crever sans mon autorisation ! »

    Les deux hommes rirent aux éclats et s’éloignèrent l’un de l’autre après un dernier regard de défi sous les yeux légèrement médusés de Sieghilde. La prêtresse avait pris en main un de ses marteaux en voyant le bref duel s’enclencher, mais la suite des évènements l’avait prise de court. Quand Holger arriva à son niveau, il eut l’air étonné de la voir si tendue.

    « Vous avez vu un danger ?
    -Heu… Je croyais.
    -Oh ? Bizarre, l’endroit à l’air normal pourtant. On y va ?
    -…Oui… »

    Holger repartit en haussant les épaules pour lui-même, comme si tout était normal. Sieghilde, elle, se disait qu’elle avait été bien chanceuse d’avoir rencontré le duo Holger-Steve à une période où ils s’entendaient assez bien pour ne pas s’étriper à vue… Elle regarda au loin vers le navire où Steve était déjà remonté pour l’y voir en train de jouer un air sur son éternelle mandoline. Un de ces jours, il faudrait qu’elle ait une discussion avec Jean Coteaz pour essayer de comprendre quelque chose sur ce prêtre estalien… Mais pour le moment, ils avaient du chemin à faire.



    La grande brûlure. Voilà le nom que les Talabeclander donnait à l’automne. Cela n’étonna guère Sieghilde qui avait déjà entendu de nombreuses rumeurs sur l’amour inconsidéré que les habitants du Talabecland portaient à la Grande Forêt qui traversait leur territoire. Mais maintenant qu’elle l’arpentait à son tour, elle comprenait quelque peu le point de vue des habitants.

    Certes, il y avait des arbres partout, à perte de vue - les rares trouées étant celles qui contenaient des villages protégés par de hautes murailles en bois – mais cela avait un certain charme sylvestre. Le parfum de terre mêlé à celui des diverses plantes, le bruissement omniprésent des feuilles… Il y avait quelque chose d’apaisant dans l’apparence de cette forêt en comparaison avec l’épaisse Drakwald dans l’ouest de l’Empire. On s’y sentirait presque à l’abri si on oubliait la menace des mutants qui pullulaient dans la région.

    En détachant enfin son regard de la canopée, Sieghilde vit qu’Holger avait quelques mètres d’avance et elle hâta sa monture pour le rattraper. Une fois à son niveau, elle remarqua que le répurgateur arborait un air légèrement nostalgique. Apparemment, son camarade de jeu lui manquait un peu, se dit-elle avec un sourire en coin. Cependant, la prêtresse-guerrière préféra laisser le répurgateur tranquille. D’habitude, quand elle essayait de lui remonter le moral, il grommelait vaguement dans son coin jusqu’à ce qu’il puisse enfin passer ses nerfs sur quelque chose d’hérétique.
Plusieurs minutes passèrent ainsi avant que le silence ne soit brisé par l’Ulricain :

    « Tu en penses quoi de tout ça ?
    -De la mission vous voulez dire ?
    -Pas vraiment. Plutôt de la manière dont l’Ordre nous utilise pour ses basses besognes.
    -Qu’il en a toujours été ainsi malheureusement, soupira Sieghilde.
    -Justement, grogna Holger. Et sincèrement, j’en ai ras-le-bol de devoir les supporter. Donc une fois cette mission terminée, j’arrête toute cette histoire de tutorat.
    -Vous êtes sérieux ?
    -Parfaitement. Je préfère opérer en indépendant.
    -Et où iriez-vous ?
    -Je retournerai en Sylvanie pour y faire ce que je fais de mieux, chasser du vampire. » - Holger desserra ses dents et son visage se radoucit un peu – « Si tu veux venir, tu es la bienvenue. Je ne serais pas contre une deuxième paire de bras.
    -Malheureusement, je ne pense pas que ce soit aussi facile… Si vous laissez tomber le Marteau d’Argent, votre immunité sautera elle aussi. L’Ordre vous tombera dessus à la première occasion.
    -Ils m’ont ignoré pendant des années, pourquoi est-ce que cela changerait ? »

    Sieghilde rendit le regard que le répurgateur lui adressa puis elle avala lentement sa salive.

    « Trois missions…
    -Kwé ?
    -Il vous reste trois missions à effectuer et vous serez libre de faire ce que vous voulez. Je n’étais pas censé vous prévenir de cela, mais tout ce tutorat… c’est votre dernière chance. Vous avez déjà été déclaré hérétique, mais le Marteau d’Argent et le Culte d’Ulric ont souhaité vous garder dans les rangs à cause de votre renommée dans les régions sylvaniennes.
    -Donc si je sors…
    -Vous vous condamnez inutilement à mort. »

Holger fit la moue en comprenant qu’il était bien coincé dans cette situation.

    « Et ces trois dernières missions, elles me garantissent ma liberté ?
    -Cela dépendra des Templiers de Sigmar. Cela peut être plus, comme cela peut être moins.
    -‘videmment… Bon, ben tu vas devoir me supporter un peu plus longtemps apparemment. Espérons juste que les deux autres missions seront courtes. »

    A la surprise de Sieghilde, Holger prenait la nouvelle mieux qu’elle ne l’imaginait. D’habitude, il s’insurgeait et insultait copieusement le clergé sigmarite qui lui retirait ses petits plaisirs. Mais là, il avait l’air d’apprécier l’idée par certains aspects. Cela lui arrivait d’avoir des caprices intermittents, donc Sieghilde assuma que s’en était un autre. Il fallait juste qu’elle s’assure de le garder sous contrôle.

    Or Sieghilde ne put cogiter plus longtemps sur la question puisqu’une série de bruits lointains se firent entendre progressivement. Elle dut tendre l’oreille pour les reconnaître, mais il s’agissait de sons typique d’une activité urbaine. Priestlicheim était juste à côté.

    Après avoir dépassé quelques arbres supplémentaires, la forêt commença à s’éparpiller de plus en plus aux abords de la ville. Ils purent ainsi apercevoir la petite forteresse de Priestlicheim, grand tumulus sur lequel trônait un monastère de Sigmar. Les deux impériaux pressèrent donc le pas de leurs montures. La nuit approchait et ils avaient quelques questions à poser.




    Sur la Talabec, entre Volgen et Altdorf, un répurgateur de l’Ordre des Templiers attendait impatiemment dans sa cabine. Il tapait frénétiquement du pied sur le plancher pour essayer de relâcher son excitation, mais il n’y arrivait pas. Comment pouvait-il alors qu’une semaine plus tôt, ses contacts lui avaient enfin répondu positivement ! Cela faisait plusieurs mois qu’il leur donnait des informations pour prouver sa bonne volonté et cela avait payé !

    Le répurgateur se leva et fit les cent pas dans sa cabine. Il devait quand même réussir à se calmer. Un homme saint et pur se doit de contrôler ses émotions pour se prouver digne de Sigmar. Le sigmarite inspira et expira profondément tout en marchant et se mit à réciter des litanies. Cela finit par avoir l’effet escompté et le répurgateur arriva enfin à calmer ses tremblements.

    Maintenant arrêté au milieu de la pièce, il lança un regard en coin au papier en piteux état qui trônait sur la petite table de sa cabine. Il devait le relire, juste pour s’assurer d’avoir bien compris leurs demandes. L’homme partit s’asseoir et prit le papier en déglutissant. L’écriture était un peu différente de celle des rares messages que ses contacts lui envoyaient avant, mais elle était aussi plus lisible. Elle restait empreinte de fautes cependant, à un point presque risible, mais ses contacts pensaient à bien.

    L’homme parcouru les lignes à nouveau avec une frénésie renouvelée : Il devait trouver l’homme-portail, Hjalmar Oksilden, et le leur ramener. Le message mentionnait qu’il était surveillé et qu’ils le trouveraient en temps voulu pour procéder à l’échange.

    Le répurgateur reposa la lettre précautionneusement, comme si elle allait s’effriter au moindre contact brusque. Il resta ainsi, pendant quelques minutes, à regarder le papier. Il y était presque. Bientôt, il aurait une source d’informations imbattable : des renseignements directs sur les positions et identités des cultistes et autres mutants dans la cité d’Altdorf. De tels renseignements seraient vitaux pour l’ordre et le prix à payer était dérisoire !... Mais personne ne devait savoir comment il les avait obtenus. Ses contacts, des hommes-rats qui se disaient repentis, semblaient sincères et plein de ressources, mais en aucun cas une menace directe à l’Empire. Les mutants allaient être débusqués par d’autres mutants en fin de compte, une juste ironie.

    Évidemment, une fois les véritables menaces évincées, il ordonnerait une purge des égouts depuis son futur poste de commandeur. Après tout, avec ses futurs succès, ce serait un rang bien mérité, non ? Et puis, ces pauvres créatures s’étaient rachetés auprès de Sigmar, ils méritaient donc une mort rapide pour que leurs âmes soient acceptées par le grand et unique dieu. Tout allait pour le… Quelqu’un venait de frapper à la porte.

    « Capitaine Ubbe ? Volgen est en vue et les hommes sont sur le pont, ils attendent les ordres.
    -J’arrive ! dit le répurgateur en roulant le papier précipitamment dans une sacoche à sa ceinture. »

    Ubbe se releva et partit vers le pont. Une douzaine de répurgateurs de l’Ordre attendaient là, armés des pieds à la tête. Ils étaient parfaits : mortels, entrainés et surtout complètement incapable de poser des questions. Il avait juste suffi qu’il joue un peu avec les papiers de Herr Johannsen pour qu’il se retrouve capitaine temporaire d’une mission spéciale de récupération. L’objectif officiel était de retrouver Hjalmar Oksilden en parallèle de l’équipe envoyé par Herr Johannsen. Ils n’étaient là qu’en « renfort » mais ils devaient aussi s’assurer de la bonne continuation de la mission. Et Johannsen, justement, avait été averti qu’Ubbe était reparti sur le terrain pour s’entraîner un peu.

    C’était presque trop facile. Mais il ne devait pas se reposer sur ses lauriers. Un seul faux pas et sa véritable mission pouvait être découverte. Il devait donc jouer le jeu, mais pour le moment il avait une prêtresse et un ulricain impie à retrouver…




    Sur une autre barge qui remontait une rivière souterraine cette fois, une voix sifflante se fit entendre.
    « Ô grand maître volatil et génialement génial, plus grand…
    -Qu’est-ce que tu veux-demande ? le coupa la voix aiguë de Thyroax.
    -Heu… Pourquoi est-ce que nous utilisons le chose-homme plutôt que des skavens du clan Eshin ? »

    Thyroax se retourna à demi vers son subordonné dans une petite cacophonie de vérins.  

    « Parce qu’il sait comment retrouver les autres chose-hommes… et qu’il coûte moins cher-cher. »

    L’interlocuteur de Thyroax sembla déçu par la réponse, comme s’il avait imaginé un grand plan complexe derrière ce choix. Le skaven tritura nerveusement les étranges lunettes qu’il portait - identiques à celle des autres guerriers de la garde de Thyroax - et partit se remettre silencieusement dans les rangs.

    Thyroax le regarda faire d’un œil circonspect. Ses guerriers commençaient à poser des questions. C’était un problème ça. Il était bien tenté de l’électrocuter un bon coup pour son insolence, mais cela pourrait indiquer que la question le dérangeait…

    Il fallait dire que ses recherches improvisées dans Sub-Altdorf pour retrouver le clan du messager qu’il avait intercepté il y a quelques jours en avait surpris plus d’un. Mais comme il s’y attendait, avec quelques piécettes de malepierre dans la bonne patte, on arrivait à faire des miracles. Maintenant qu’il l’avait récupéré pour son propre usage, il avait un agent infiltré qui allait faire le travail à sa place. Et pour couronner le tout, il était crédule à un point où cela en devenait presque pitoyable. Impeccable. Maintenant, il fallait espérer que son lieutenant réussisse son coup et récupère le chose-homme en temps et en heure.

    Thyroax laissa son regard se perdre sur le tunnel et la rivière souterraine qui s’étendaient devant lui. Plus que quelques jours et il serait arrivé à Talabheim. Les choses sérieuses allaient pouvoir commencer.




    L’endroit était dans un état pitoyable.

    Un chariot criblé de balles était sur le bord de la route forestière. Il avait clairement été déplacé pour permettre aux caravanes qui empruntait ladite route de passer. Le sol était jonché d’armes diverses, plantées dans le sol ou dans les arbres environnants. Non loin, un grand tas de charbon qui devait être un bûcher funéraire empestait la viande brûlée et quelques corbeaux était toujours en train d’y festoyer. D’un côté de la route, plusieurs arbres avaient été abattus violemment. Holger et Sieghilde se tenaient là, un peu abasourdi par l’impression de violence que l’endroit dégageait encore. C’était tout simplement un champ de bataille.

    Quatre prêtres-guerriers de Priestlicheim étaient à côté d’eux, le visage neutre devant un tel spectacle. Sieghilde comprenait bien leur air détaché, ils avaient déjà vu le résultat du massacre, alors revoir les restes fumants n’allait pas les faire sourciller. Après quelques instants, l’un d’entre eux s’approcha du duo.

    « Voilà ce qui reste du convoi. Le chariot a été déplacé, les corps des soldats et des mercenaires ont été enterrés à Priestlicheim sur demande du capitaine survivant. Les autres corps ont été sanctifiés là-bas, dit-il en désignant le tas noirci.
    -Rien d’autre à signaler ? demanda Sieghilde.
    -Volgen a été attaqué le lendemain. Les descriptions parlent d’un monstre cornu et d’un mage noir. Mais si des habitants prétendent que la colère de Taal leur est tombée dessus, d’autres sont convaincu qu’il s’agissait de serviteurs de la Non-Vie.
    -Vous pensez qu’il y a un lien ? dit Holger qui sembla piqué au vif.
    -Pas le moindre, c’était surement une coïncidence. De plus, ils n’ont tués que des bretonniens errants et prit des vivres avant de repartir. Et puis, nous n’avons point vu le moindre revenant impie en ces lieux. »

    Holger pesta en réalisant que les non-morts n’était pas lié aux évènements et parti explorer la zone.

    « Cela fait du sens, continua Sieghilde. Merci pour votre aide jusque-là, frère Anton. Nous allons prendre la suite.
    -Que Sigmar veille sur vous ma sœur. » - le prêtre-guerrier allait tourner les talons quand il se rappela un détail. – « Oh, vous pouvez toujours essayer le village de Kortlheim. Il est au Sud d’ici, à moins d’une heure à cheval. Ils ont subi une attaque récemment eux aussi mais ont réussi à la repousser. »

    Sieghilde acquiesça aux dires du prêtre-guerrier et les regarda se diriger vers Priestlicheim, puis elle partit rejoindre Holger qui était en train d’étudier les arbres brisés.

    « Vous trouvez quelque chose ? »

    Holger, qui avait pris un morceau de bois dans son gant, l’effrita lentement en se retournant vers Sieghilde.

    « Le bois est comme brûlé. Je ne sais pas ce qui as frappé ici, mais on dirait que la foudre a décidé de faire un angle avant de tomber, de continuer un peu dans les bois et de s’écraser vingt mètres plus loin.
    -Et un mystère de plus… Il s’en est passé des choses dans cette région et cela fait beaucoup de coïncidences en aussi peu de temps.
    -Oui, trop de coïncidences même. Et évidemment, le capitaine et le soldat survivant ont été rapatriés à Carroburg pour des raisons de santé.  
    -De toute façon, leurs maigres témoignages ne nous auraient servi à rien, renchérit Sieghilde. Même les prêtres-guerriers n’ont rien réussi à obtenir d’eux, à part que la demoiselle Vonheuffer était soi-disant une vampire. Ils devaient délirer. Une vampire, seule, aussi loin de Sylvanie ? Cela ne fait pas de sens. Décidément, on avance à l’aveuglette comme je le craignais. »

    Holger se plaça au centre de la route et étudia les environs.

    « Eh, viens voir. »

    Intriguée, Sieghilde arrêta de regarder le carnage forestier et rejoignit Holger.

    « Tu ne remarques pas un truc ? De ce point de vue je veux dire.
    -Heum, que la plus grande partie des dégâts a été faite sur la gauche de la route ? La majorité des armes y sont, de même que les arbres brisés.
    -Exactement. On sait tous les deux que Hjalmar n’est pas du genre discret et qu’il a même tendance à laisser un joli bordel derrière lui. Donc, même si ça m’étonnerait qu’il ait pu briser des arbres d’une telle manière, je parierais qu’il est parti vers la gauche. Donc au sud.
    -Vers Kortlheim donc… L’attaque sur le village mentionné par frère Anton serait le fait de Hjalmar ? Il est agressif certes, mais il n’est pas versé dans le meurtre gratuit
    -Si c’est bien lui, n’oublions pas qu’il est sorti d’un portail vers les royaumes du chaos. Si ce n’est pas lui, quelque chose est sorti d’un portail vers les royaumes. Dans les deux cas, il faut s’attendre à tout. »

    Sieghilde acquiesça sombrement. Alors qu’ils se dirigeaient vers les chevaux et leur seule maigre piste, elle commença à s’inquiéter un peu. S’ils trouvaient Hjalmar ou quoi que ce soit qui lui ressemble, comment allaient-ils l’arrêter ? Au vu des dégâts, il n’avait pas l’air très prompt à discuter donc un combat risquait d’être inévitable. Et d’après ses souvenirs, Hjalmar était formidablement dangereux en duel… Il allait falloir une approche prudente et organisée sans quoi le norse prendrait rapidement l’avantage.

    Holger et Sieghilde montèrent sur leurs montures et essayèrent de trouver des traces du passage du norse. Mais à part un petit cratère d’herbe mystérieusement brûlée il y a plusieurs jours déjà, rien de bien concluant. Ils retournèrent ainsi sur la route principale et se dirigèrent vers le petit village de Kortlheim. Rien ne prouvait son passage, mais cela valait le coup d’essayer.



    Il ne leur fallut pas bien longtemps pour atteindre les abords du village qui se trouvait effectivement à quelques kilomètres du lieu du convoi. Ils l’atteignirent au milieu de l’après-midi mais les températures avaient déjà quelque peu diminué à cause d’une couverture nuageuse épaisse qui s’était installée depuis peu.

    Sur le chemin, ils croisèrent une petite charrette portant des objets en bois. Meubles et autres ustensiles étaient apparemment amenés vers Volgen pour y être vendus. Cela devait bien être un des rares moyens de subsistances extérieurs pour ce petit village de la Grande Forêt. Si Holger passa à côté sans sourciller, Sieghilde salua le charretier par habitude. Le talabeclander leur jeta un regard en biais à peine intéressé et continua son chemin sans plus de cérémonie. Sieghilde, qui était habituée aux reiklanders, fut surprise par la réaction et garda son regard sur l’homme qui continuait son chemin.

    « Bienvenue au Talabecland Sieghilde, ricana Holger. Ici les gens jugent les actes, pas les titres, les armures ou les belles paroles. S’ils ne te connaissent pas, tu te dois de prouver que tu es digne de respect.
    -Eh bien, cela va nous faciliter la tâche tiens…
    -Ah ! Faciliter ? Tu es une sigmarite et je suis un répurgateur, d’Ulric certes, mais ils vont être méfiants envers nous. Au mieux indifférent.
    -Vous avez l’air de connaître certaines coutumes locales.
    -J’y suis passé quelque fois pour des chasses aux mutants. Le Middenland n’est pas loin et ces bestioles ont parfois tendance à se retrouver de l’autre côté de la Talabec. Du coup, il fallait bien improviser, mais c’était il y a déjà pas mal de temps. » - Holger se tourna sur sa selle pour regarder Sieghilde. – « Evite juste d’invoquer Sigmar tout le temps et accepte le fait que c’est Taal et Rhya qui dirigent ici. Priestlicheim est une exception dans la région, rien de plus. Si ça se passe bien, on ne devrait pas en avoir pour bien longtemps. »

    Cette fois, c’est Sieghilde qui fit la moue. Se dire que son autorité dans le clergé sigmarite n’avait pas vraiment d’influence en ces lieux avait de quoi la désespérer. C’était un de ses meilleurs outils pour calmer des situations pourtant épineuses. Même au Middenland, les gens respectaient un minimum son rang, c’était dire.

    Maintenant qu’ils s’approchaient du village, Sieghilde se rendit enfin compte de son état. Les murailles portaient de nombreuses entailles mais les murs tenaient le coup. Cependant, on devinait qu’un certain nombre d’entre elles étaient récentes. La prêtresse-guerrière ne l’avait pas vu, mais autour des murs, plusieurs flèches étaient encore plantées dans le sol et des tas noircis indiquait la présence de bûchers funéraires là aussi. Quand ils passèrent à travers la grande porte, deux gardes armés d’arcs et de hachettes les regardèrent passer d’un œil méfiant et curieux. Selon Sieghilde, ils ressemblaient plus à des chasseurs expérimentés qu’à des soldats de l’armée. Mais au vu de l’environnement sylvestre ambiant, il était bien plus logique de leur confier la garde qu’à des hallebardiers par exemple. C’était une question d’adaptation et de survie après tout.

    A l’intérieur de la ville, plusieurs personnes travaillaient à terminer les réparations sur la muraille comme ils le pouvaient. Certains bâtiments aux abords de la porte étaient aussi endommagés, ce qui suggérait une percée de l’attaquant avant qu’il ne soit repoussé. Lesdites réparations occupaient une bonne partie des habitants, les autres amassaient des provisions ou vaquaient à leurs occupations. Tels les gardes à l’entrée, les gens du village étaient habillés simplement, le pragmatisme étant de mise.

    Lorsqu’Holger et Sieghilde arrivèrent sur la place centrale, la majorité des habitants leur jetèrent des regards furtifs et méfiants. Les répurgateurs n’avaient pas la meilleure des réputations dans les villages reculés et celui-ci ne faisait pas exception. Les symboles d’Ulric qu’Holger arborait semblait rassurer quelque peu les habitants cependant. Après tout, même les fanatiques du dieu loup étaient moins craint que ceux de Sigmar, car eux au moins ne cachaient pas leurs intentions. Mais dans l’ensemble, ils sentaient qu’ils n’étaient pas les bienvenus dans le village.

    « Sympathique ambiance, chuchota Sieghilde à Holger. »

    Le répurgateur eu l’air amusé par le commentaire de sa compagnonne et haussa les épaules négligemment.

    « Vous cherchez quelque chose, voyageurs ? fit une voix féminine à leur droite. »

    Une matrone portant une robe verte simple s’approcha du duo. Ses cheveux châtains bouclés cascadaient dans son dos et encadraient son visage rond. Elle leur souriait amicalement et semblait attendre leur réponse. Sieghilde resta interdite pendant quelques secondes et murmura à Holger :
    « Qu’est-ce qu’elle a dit ? Je n’ai rien compris à son accent…
    -Elle nous demande ce que l’on cherche, soupira Holger. C’est sûrement la prêtresse de Rhya du village. »

    Sieghilde se sentit un peu honteuse de ne pas avoir réussi à comprendre quelque chose qui semblait évident aux yeux du répurgateur, mais Holger avait l’habitude d’entendre divers accents. Contrairement à elle qui n’avait connu que le reiklander classique et les touches rauques du middenlander. Sieghilde se retourna vers la dame et fut d’ailleurs surprise de voir qu’elle était bien jeune pour une prêtresse apparemment reconnue parmi les habitants.

    « Heum, nous avons été avertis de…
    -Oh ? Vous venez du Reikland ? dit la dame dans un Reikspiel plus articulé.
    -Effectivement, enchaina Holger. Nous cherchons quelqu’un de particulier mais nos pistes sont fines. » - en voyant les yeux de la dame s’étrécirent, Holger préféra continuer – « Les habitants du village ne sont pas concernés. Il s’agit d’un étranger. Un norse pour être précis.
    -Oh, dit-elle simplement. Vous devriez rentrer vous abriter, la pluie va bientôt tomber.
    -Nous ne souhaitons pas abuser de votre hospitalité et le temps nous manque malheureusement, reprit Sieghilde. Si vous avez…
    -Il serait préférable d’en parler à l’intérieur, la coupa la prêtresse de Rhya qui marchait déjà vers une grande maison qui devait être le temple. »

    Le ton sur lequel la prêtresse les avait invités ne laissait pas vraiment de place aux doutes. Elle savait quelque chose. Holger et Sieghilde se regardèrent l’un l’autre et décidèrent de la suivre. Ce n’est pas comme s’ils avaient le choix.

    Ils laissèrent leurs chevaux non loin et entrèrent dans le temple. C’était une maison circulaire avec au centre un jardin avec petit arbre fleuri. Sieghilde se fit la réflexion que les Talabeclanders ne rigolaient pas quand ils disaient qu’ils aimaient la nature s’ils mettaient des arbres dans leur lieu de culte…

    La prêtresse leur fit signe de l’autre côté de la salle pour qu’ils viennent la rejoindre dans une arrière-salle. Là-bas, une table, un lit et quelques chaises accompagnaient un âtre. Il devait s’agir de la pièce à vivre de la prêtresse. Elle invita Holger et Sieghilde à s’asseoir et elle se tourna vers l’âtre pour préparer une infusion.

    « Mon nom est Matilda, comme vous avez dû le deviner je suis la prêtresse de Rhya de ce village et… sa dirigeante depuis la mort du chef de la communauté il y de cela plusieurs jours.
    -Holger Von Wütend, répurgateur d’Ulric.
    -Sieghilde Ingrimm, grande-prêtresse du Reikland.
    -Un duo atypique s’il en est, gloussa Matilda. Il ne manquerait plus qu’un estalien pour vous compléter.
    -Ah désolé, on l’a quitté à Volgen, ricana Holger. »

    Matilda se retourna vers le répurgateur et sourit doucement en voyant qu’il disait la vérité. Elle ne s’attendait certainement pas à des traits d’humour de la part d’un chasseur de sorcière et on voyait bien qu’elle avait été agréablement surprise par cela.

    « Définitivement atypique, nota-t-elle avant de se retourner.
    -Du coup… hésita Sieghilde qui souhaitait avancer. Vous dites connaitre l’homme dont nous vous avons parlé ?
    -Hjalmar Oksilden ? répondit la prêtresse en les regardant par-dessus son épaule. Oui, au vu de vos têtes d’ahuris, c’est apparemment le bon. Il n’y a pas beaucoup de norses qui passent par ici donc c’est difficile de se tromper. »

    Sieghilde faillit renverser la table en se levant.

    « Vous l’avez rencontrée ?! Quand ? Est-il toujours dans les environs ?
    -Calmez-vous Sieghilde, la rassura Matilda. Chaque chose en son temps. »

    Matilda déposa trois tasses d’un petit breuvage aux herbes sur la table et s’assit en en prenant un. Quand elle regarda le duo, ces derniers la vrillaient du regard.

    « Vous avez remarqués que les villageois étaient méfiants à votre égard ? C’est en bonne partie à cause de l’attaque qui a eu lieu la semaine dernière.
    -Hjalmar vous as donc attaqués ? s’inquiéta Sieghilde.
    -Grands dieux, non ! s’amusa Matilda. Il est arrivé avant, il y a environ deux semaines, dans un état pitoyable si je puis dire. Et au contraire, c’est grâce à lui que l’attaque des hommes-bêtes a été repoussée. Je voulais juste vous rassurer sur le fait que les villageois sont simplement à cran ces derniers temps. C’est passager donc ne leur en tenez pas rigueur. »

    Matilda s’arrêta un instant car le duo semblait circonspect et un peu perdu.

    « Il y a un problème ?
    -Vous êtes au courant de l’attaque du convoi qui a eu lieu non loin ? demanda Sieghilde.
    -Évidemment, on avait l’impression que Taal en personne s’était déchainé cette nuit-là avec le vacarme que cela a produit dans le lointain. Nos éclaireurs ont d’ailleurs aidé les prêtres-guerriers à déblayer les corps.
    -Nous pensons que Hjalmar…
    -En vient ? Ce serait plutôt évident. La petite Hanna l’a trouvé agonisant dans les bois le lendemain matin. Il ne nous a pas fallu longtemps avant de faire le lien. Mais il avait plutôt l’air d’un rescapé qu’autre chose. Il n’était même pas armé.
    -Rien ? Même pas une dague ?
    -Non, pas que je m’en souvienne, dit Matilda en haussant les épaules. Ecoutez, vous m’avez l’air un peu perdu. Je vous raconte ce qui s’est passé et on discutera après ? »

    Sieghilde et Holger acquiescèrent en chœur à la proposition. Le répurgateur croisa les bras, signe évident qu’il doutait de la véracité des faits, mais Sieghilde semblait plus intéressée. Matilda commença alors à expliquer les évènements d’il y a deux semaines…


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Kaops
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MessageSujet: Re: La Saga d'Oksilden : Foi Furieuse   Mar 4 Juil 2017 - 22:33



     La prêtresse de Rhya vaquait à ses occupations habituelles en ce jour-là. Elle avait concocté quelques onguents pour divers villageois. Dans le même temps elle s’était aussi préparée pour un office religieux qui devait avoir lieu plus tard dans la soirée. Une journée qui s’annonçait chargée comme d’habitude donc. Mais ses préparations furent abruptement interrompues quand quelqu’un frappa à la porte du temple de façon répétée.
Curieuse de savoir de qui il s’agissait, Matilda était en train de se diriger vers l’entrée quand une voix se fit entendre :

     « Matilda ! Dépêche-toi ! On a besoin de tes soins en urgence ! »

     La prêtresse s’arrêta un instant en reconnaissant la voix bourrue de Klaus, un des bûcherons du village. Elle soupira longuement en se disant que ce nouveau père paranoïaque devait être venu la déranger encore une fois parce que son enfant avait toussé de travers. Il ne pensait pas à mal, bien sûr. Elle le comprenait même. Mais Matilda aurait bien aimé qu’Hanna, sa femme, lui inculque un peu de son sang-froid…

     « Écoute Klaus, commença Matilda qui était en train d’ouvrir la porte. Pour la vingtième fois, ton enfant va bien et… Oh. »

     Maintenant qu’elle avait ouvert la porte, la prêtresse s’aperçut bien vite que Klaus portait quelqu’un de bien plus âgé que son nourrisson. C’était une sorte de barbare du nord engoncé dans une armure étrange. Définitivement quelqu’un qu’elle ne connaissait pas, mais il avait l’air mal en point. Klaus était accompagné de sa femme et de deux autres bûcherons.

     « Amenez-le à l’intérieur et posez-le sur la table dans l’arrière-salle, répondit pragmatiquement Matilda.
     -Hanna l’a trouvé dans la forêt, raconta Klaus pendant qu’il emmenait l’inconnu. Il était à peine conscient d’après elle.
     -On va déjà voir si on peut le maintenir en vie, on verra pour les détails après. »

     Après quelques minutes durant lesquelles les bûcherons amenèrent difficilement l’inconnu en armure jusqu’à la table – c’est qu’il pesait son poids – Matilda les envoya chercher diverses plantes qui lui manqueraient probablement durant les soins. Les hommes s’exécutèrent sans sourciller. Seul restait Hanna, Klaus et Matilda au chevet du grand barbu.

     « Bon, aidez-moi à le déshabiller, je dois voir s’il est blessé. »

     Mais à peine avait-elle eu le temps de dénouer le cuir qui retenait un des gants que l’inconnu se releva à moitié en gémissant de douleur. Il ne put cependant aller bien loin et après avoir toussé un peu de sang, il retomba dans l’inconscience aussitôt.

     « Superbe… Il doit avoir des côtes brisées. Klaus tiens-toi prêt à le retenir si besoin. »

     Après s’être battu pendant un moment avec l’armure de l’inconnu – la prêtresse n’ayant jamais vu quelque chose de semblable – elle réussit enfin à soulever le plastron. La tunique de lin en dessous était bien sûr tachée de sang et dans un état pitoyable. A croire que l’homme n’enlevait jamais ses protections. Quand elle déchira le vêtement, qui était de toute manière irrécupérable, Matilda eu cependant un mouvement de recul.

     « Par la bonté de Shallya ! Et il est toujours en vie ?! »

     La prêtresse regarda, horrifiée, les contusions et autres plaies béantes ensanglantées qui parcouraient le corps de l’inconnu. Elle avait vu des cadavres de soldats déchiquetés par des minotaures en meilleur état. Inquiète, elle s’approcha du visage de l’homme pour vérifier s’il respirait toujours. A sa grande surprise c’était toujours le cas, mais sa respiration était faible. Avec des blessures pareilles, cela tenait réellement du miracle qu’il survive encore.

     « Cela… va prendre du temps, dit-elle lentement. »


     Trois jours plus tard, alors que Matilda passait voir comment le blessé se portait, elle eut la surprise de voir qu’il était réveillé. Il avait passé la majorité du temps à dormir ou à grogner par intermittence durant tout le temps après ses soins, donc le voir éveillé était une bonne nouvelle.
L’homme était assis sur le lit de paille et il regardait autour de lui, l’air perdu.

     « Eh bien, il vous en aura fallu du temps, lui lança Matilda. »

     L’homme eu un mouvement de recul soudain quand il entendit Matilda. Mais ce réflexe malheureux lui arracha apparemment une douleur soudaine aux côtes et il s’affaissa en grognant dans le lit. Alors que Matilda s’approchait de lui pour changer ses bandages et renouveler les onguents, il lui fit signe de s’arrêter.

     « Où… Où est-ce que je suis ?
     -Kortlheim dans le Talabecland, lui répondit Matilda. Vous êtes dans le temple de Rhya et ma demeure. Donc si vous pouviez arrêter de vous inquiéter et me laisser changer vos bandages, ce serait mieux pour vous. »

     L’homme du nord, d’après son accent, prit quelques secondes pour se rendre compte que plusieurs parties de son corps étaient effectivement entourées de bandages et autres attelles.

     « Vous m’avez…
     -Soignée ? le coupa Matilda. Oui, et ce n’a pas été une chose facile donc éviter de bouger.
     -Et mon…
     -Votre armure a été nettoyée par le forgeron du village, d’après lui c’est une sacrée pièce. Il la garde jusqu’à ce que vous vous remettiez.
     -Mais…
     -Et vous devriez arrêtez de trop parler. Vos côtes brisées n’arrangent pas votre situation. »

     L’homme du nord finit par acquiescer, ne sachant pas quoi faire de plus.

     « Oh, pardon, reprit la prêtresse. Je m’appelle Matilda. Quel est votre nom ?
     -Hjalmar… Oksilden, répondit lentement le norse.
     -Eh bien, Hjalmar, si vous pouviez ne pas trop bouger pendant que je change vos bandages, ce serait appréciable. »

     La prêtresse commença ainsi les soins sur le blessé. Cependant, malgré son apparent calme, Matilda appréhendait quelque peu la tâche. L’état dans lequel le dénommé Hjalmar était… Eh bien, c’était presque inhumain. Son corps était couturé de cicatrices, certaines étaient d’ailleurs tellement impressionnantes qu’il était impensable qu’il ait pu survivre à des blessures pareilles. Mais Hjalmar était un bonhomme coriace apparemment. Son corps sec était certes athlétique, mais aussi très mal nourri.  Il devait être une sorte de vagabond aventurier, mais avec autant de cicatrices il devait être soit extrêmement malchanceux, soit terriblement dangereux pour y avoir survécu.

     Dans tous les cas, vu l’état dans lequel il était, il ne ferait pas de mal à grand monde. Il pouvait à peine marcher. La plus grande partie de ses os semblaient fragilisés ou brisés, il portait des contusions et coupures sur le torse et les bras, quatre de ses côtes étaient brisées et elle avait dû gérer une hémorragie interne avec quelques sangsues. Si on y rajoute les diverses lacérations, son corps était une véritable boucherie.

     « Dites-moi » - Matilda attendit que le norse tourne légèrement son visage pour avoir la confirmation qu’il écoutait sa demande. – « Comment avez-vous réussi à vous infliger tout cela ? Et pourquoi ?
     -Ce serait trop… long à expliquer, répondit Hjalmar qui malgré son stoïcisme dû contenir sa douleur. Quant au pourquoi, disons que c’était pour une cause perdue. »

     Matilda comprit bien vite qu’elle ne tirerait pas grand-chose du norse qui s’était déjà prostré dans son mutisme à nouveau. Une fois les soins terminés, ce dernier se recoucha difficilement en se tenant le flanc.

     Matilda allait sortir de la chambre quand elle entendit le norse lui adresser un « merci » sincère. Cela ne dura que quelques secondes, mais pour la première fois, la prêtresse put aussi voir directement les yeux gris de Hjalmar. C’était ceux d’un soldat qui revenait du front : froids, vides et empreint d’une certaine tristesse. La prêtresse décida de ne plus poser de questions au norse, il en avait déjà subi assez. En sortant de la pièce, elle congédia Klaus qui attendait derrière la porte au cas où, car selon elle cela n’était plus nécessaire.


     Cinq jours plus tard, au crépuscule, les hommes-bêtes arrivèrent. Des attaques de mutants, le village en subissait un certain nombre depuis que les prêtres-guerriers de Priestlicheim avaient commencé leurs croisades de purification des Collines stériles qui se tenaient au sud. Les massacres « d’abominations chaotiques » comme les sigmarites aimaient les appeler avaient certes diminué la population des mutants mais dans le même temps, cela avait aussi attiré l’attention des survivants qui réclamaient vengeance. Ainsi, la région s’était transformée en zone de guérilla à certaines périodes de l’année et Kortlheim en payait parfois les frais.

     En ce jour cependant, la vague de mutants avait été renforcée par des gors d’une harde d’hommes-bêtes de passage. Les monstres bovins avaient dû profiter de la population de mutants pour se constituer une petite armée qui leur servirait à ravager les environs. Ce genre d’évènements s’étaient déjà produits auparavant, sauf que les dernières fois la garnison de Priestlicheim était arrivée en renfort. Cette fois, les habitants de Kortlheim étaient seuls.

     La défense du village se passa bien au début. Les hommes-bêtes tombaient par dizaines sous les flèches des archers expérimentés. Mais bien vite, les bêtes se replièrent et surprirent tout le monde en amenant un tronc d’arbre grossièrement taillé pour servir de bélier. Les monstres se regroupèrent autour et levèrent des boucliers en bois de mauvaise facture pour protéger les mutants qui le portaient. Après un brame assourdissant, ils chargèrent sous une pluie de flèches désespérée de la part des défenseurs. Mais pour chaque bête qui tombait, une autre prenait sa place.

     La charge finit par atteindre la porte principale et la force de frappe fut suffisante pour faire exploser le bois de la porte. Les fibres des troncs volèrent dans un fracas terrible alors que la porte s’effondra en morceaux sur le sol. A peine, les habitants avaient-ils eu le temps de se remettre en formation autour de l’entrée de leur village que les hommes-bêtes chargeaient déjà à travers l’ouverture béante à grands renforts de meuglements.
Matilda, elle, regardait la scène depuis son temple. Elle avait aidé à apporter des flèches et des javelines aux défenseurs durant l’assaut, mais maintenant elle essayait de calmer les enfants qui s’étaient cachés dans sa demeure. Leurs parents étaient toujours dehors à essayer de contenir l’assaut et forcément les gamins étaient mortifiés.

     La tâche était d’autant plus difficile que la prêtresse devait faire tout ce qu’elle pouvait pour contenir sa propre crainte. Chaque cri qu’elle entendait dehors pouvait venir du parent d’un des enfants en face d’elle. Elle essayait ainsi de se convaincre elle-même autant que les enfants que les personnes qu’elle connaissait depuis des années allaient très bien là-dehors… Pour le moment, elle ne voyait pas quoi faire de mieux.

     Voulant voir comment la situation avançait, Matilda risqua à nouveau un œil à travers une fenêtre. La bataille faisait toujours rage à l’extérieur mais les défenseurs tenaient courageusement la ligne. De temps en temps, une torche était lancée dans les rangs des bêtes avec succès lorsque des fourrures s’embrasaient. Mais ils étaient trop nombreux. Aussi efficaces qu’ils étaient, les défenseurs ne pouvaient juste pas contenir à eux seuls une vague de brutalité pareille.

     Alors que Matilda voyait la ligne de défense vaciller, une petite main vint tirer sur sa robe. La prêtresse inspira et retint ses larmes en regardant vers la petite bouille blonde de la fille du forgeron qui semblait perplexe.

     « Oui, Hilda ?
     -Qu’est-ce qu’il fait le monsieur ?
     -De quel monsieur parles-tu ? »

     La petite Hilda montra alors du doigt la porte du temple qui était grande ouverte. Matilda eu un mauvais pressentiment et lorsqu’elle regarda par la fenêtre, elle aperçut Hjalmar en train de boiter plus qu’il ne marchait vers l’échauffourée.

     « Oh non, mais il est complètement… »

     La prêtresse allait partir à sa poursuite quand elle se rappela des enfants sous sa garde. En arrivant devant la porte, elle se retint donc et se décida à la refermer rapidement. Elle ne pouvait pas les laisser seuls derrière pour un homme qu’elle ne connaissait même pas.

     « Alors … ? fit Hilda qui était encore trop naïve pour comprendre la situation.
     - Il… Il est parti aider ton papa. Ne t’inquiète pas et va rejoindre les autres. »

     Une fois sûre que Hilda avait bien obéi à sa demande, Matilda retourna lentement vers la fenêtre. Une sorte de curiosité morbide la poussant à savoir comment tout cela allait finir.

     Quand Hjalmar arriva au niveau des défenseurs, il récupéra une hache de bûcheron par terre. Son ancien propriétaire n’en avait apparemment plus besoin. Il poussa de côté le défenseur devant lui qui s’indigna un instant avant de reconnaître l’étranger qui était arrivé il y a quelques jours. L’homme allait repousser Hjalmar en arrière pour reprendre sa place, mais au même moment un ungor se détacha de la masse et sauta en criant sur le norse. La hache lourde de bûcheron virevolta dans les airs tel un sabre de cavalerie et enfonça la cage thoracique de la bête comme du papier. Mort sur le coup, l’ungor partit s’écraser brutalement sur ses congénères qui reculèrent tous par réflexe.

     Une bonne partie des regards se tournèrent vers le nouveau venu dont l’entrée pour le moins violente avait attiré l’attention. Un tôlée de vociférations se fit entendre, indiquant que les hommes-bêtes avaient trouvés une nouvelle cible.

     Matilda ne put le voir, mais plusieurs villageois lui rapportèrent par après qu’à cet instant précis le visage de Hjalmar était étonnamment calme. Le norse poussa alors un juron en se tenant le flanc et fonça droit dans la harde qui le chargeait. C’est ainsi que commença le carnage. Les défenseurs restèrent là, à le regarder pratiquer son art macabre pendant plusieurs secondes. Malgré son calme apparent, le nordique était une effroyable machine à tuer et les hommes-bêtes finirent par reculer bien vite devant ce nouvel ennemi qu’il n’arrivait même pas à approcher. Cependant, en voyant la débandade s’enclencher, le pragmatisme des Talabeclanders reprit le dessus et ils se joignirent à l’assaut du nordique.

     En quelques secondes, la donne de la bataille changea du tout au tout et les défenseurs de Kortlheim reprirent le dessus. Désorganisés et pris de court, les hommes-bêtes au front prirent rapidement la fuite, créant une retraite générale. Ainsi, le reste des monstres prirent aussi la poudre d’escampette à toutes jambes ou sabots sous une pluie de flèches.

     Si les défenseurs s’étaient arrêtés à l’entrée de la ville, Hjalmar lui avait étonnamment continué et tuait tout homme-bête qui passait à portée de sa hache. Il lui fallut cinq bonnes minutes avant de s'arrêter et de mettre un genou à terre, le souffle court. Lorsque les défenseurs en liesse vinrent l’acclamer pour sa bravoure et hardiesse au combat, ils trouvèrent le norse dans un état peu enviable. La plupart de ses blessures s’étaient rouvertes et l’adrénaline du combat s’estompait, laissant ainsi la douleur reprendre progressivement ses droits.

     Les hommes du village l’emportèrent en vitesse jusqu’au temple avec les autres blessés où Matilda était déjà en train de préparer ses onguents et bandages. Une longue nuit s’annonçait à nouveau pour la prêtresse.



     Deux jours plus tard, Hjalmar se réveilla d’un énième coma. Matilda fut tentée de lui faire une leçon sur ses manières suicidaires, mais c’était en grande partie grâce à ces dernières qu’ils étaient toujours en vie. Elle retint donc ses commentaires.

     Malgré l’épisode des hommes-bêtes, l’état de santé du nordique s’améliorait à vue d’œil. Un petit miracle quand on savait dans quel état il était, mais quand on était habitué à récupérer des pires situations, une de plus ou de moins ne devait pas changer grand-chose. Ce jour-là, la prêtresse décida de faire marcher un peu le norse avec une canne, histoire qu’il ne reste pas complètement statique toute la journée. Hjalmar ne rechigna pas à cette idée. Ce qui venant de lui signifiait qu’il appréciait la chose, même s’il semblait assez embarrassé de devoir utiliser une canne.

     A peine furent-ils sortis du temple que Hjalmar reçut toute une flopée de salutations et de remerciements qui fusaient de partout dans le village. Cela sembla étonner le norse qui ne sut pas vraiment quoi dire devant tant de gratitude.

     « Vous deviez vous y attendre non ? demanda Matilda alors qu’elle restait aux côtés du norse pour s’assurer qu’il ne tombe pas.
     -Pas vraiment à vrai dire, maugréa-t-il.
     -Vous avez sauvé le village, il est normal qu’ils vous remercient, gloussa Matilda.
     -Peut-être… Mais s’ils me connaissaient vraiment ils n’auraient pas la même attitude.
     -Personne ne veut savoir cela ici. Votre passé est important certes, mais vos actes parlent d’eux-mêmes et ce sont eux qui importent plus. »

     Hjalmar acquiesça solennellement à la remarque, le regard pour une fois empli d’une pointe de gratitude.  




     « … et trois jours plus tard, une fois un peu mieux remis de ses blessures, il a décidé de repartir. Personne n’a véritablement compris pourquoi, mais il disait préférer s’éloigner du village pour ne pas le mettre en danger. Que soi-disant, il avait une tendance à attirer des problèmes autour de lui. »      
- Matilda s’arrêta enfin dans son récit et prit une rasade de sa tasse d’infusion – « Depuis nous ne l’avons plus revu. Nous lui avons donné quelques vivres et il est reparti. Vous l’avez loupé de quelques jours. »

     Holger et Sieghilde se regardèrent pendant quelques secondes, essayant de digérer les informations. Au dehors, une pluie fine avait commencé à tomber et on pouvait entendre le doux crépitement des gouttes qui tombaient sur le toit. Finalement, le répurgateur garda un air circonspect qui attira l’attention de Matilda.

     « Si vous ne me faites pas confiance, allez demander aux autres villageois. Leur version sera la même que la mienne.
     -Ce n’est pas vraiment un problème de confiance, commença Holger. A vrai dire, dès que vous aviez mentionné la scène de bataille, j’ai su que l’on avait affaire à notre nordique. Ce qui m’étonne plus, c’est le fait qu’il ait été aussi calme le reste du temps.
     - Il avait effectivement l’air de ruminer des choses, mais nous avons respecté son choix de ne pas en parler, répondit Matilda. Il me semble qu’il m’a avoué avoir voulu payer sa dette envers nous.
     -Vous ne savez donc pas où est-ce que Hjalmar a bien pu aller ?
     -Je n’en ai pas la moindre idée, désolé.
     -Bien, soupira Sieghilde. Merci encore pour votre aide. »

     Le duo se leva et, après quelques remerciements supplémentaires, ils sortirent du temple. Dehors, la pluie était en train de se calmer, mais le terrain du centre du village avait déjà été changé en boue. Des effluves de terres mouillées chatouillèrent ainsi l’odorat du duo. Alors qu’une gouttelette tombait sur l’arrière de sa nuque, Sieghilde envia à nouveau le chapeau à long bords de son collègue qui le protégeait des intempéries. La prêtresse récupéra dans le paquetage de son cheval une petite cape en lin noire et or qu’elle passa sur son dos et partit rejoindre Holger qui était déjà en train de sortir du village.

     Maintenant qu’elle observait ses alentours, Sieghilde vit que même depuis leurs demeures les villageois les regardaient partir par des fenêtres ou depuis un préau. Leurs regards ne s’étaient pas vraiment apaisés et ils semblaient même heureux de les voir partir. A présent, Sieghilde comprenait pourquoi. Des membres du clergé recherchaient un étranger qui avait sauvé leur village, et cela annonçait rarement une bonne nouvelle pour l’intéressé. C’était donc à peine étonnant qu’ils réagissent de façon aussi ouvertement hostile.

     Sieghilde et Holger quittèrent ainsi le village, bredouille, avec une piste qui s’amenuisait avec leurs découvertes. Cependant, ils étaient maintenant convaincu d’avoir affaire à Hjalmar Oksilden et non pas à un démon sanguinaire tout droit sorti des enfers. Même s’ils ne comprenaient pas forcément ses réactions, ils savaient un peu plus à quoi s’attendre. Ils repartirent donc vers Priestlicheim, un des rares endroits de la région où ils pourraient trouver du renfort pour organiser des recherches plus poussées dans les environs.

     Sur le chemin, ils recroisèrent l’homme à la charrette ainsi qu’une caravane de marchands du Stirland en direction vers Priestlicheim eux aussi. Le voyage s’effectua ainsi sans encombre et ils arrivèrent au monastère sigmarite alors que l’astre du jour déclinait lentement à l’horizon. Tandis qu’ils passaient la herse postée à l’entrée du monastère, le frère Anton vint accueillir le duo, mais avec un air dérouté sur le visage.

     « Bonsoir à vous deux, mais je suis surpris de vous voir ici à vrai dire. Vous aviez oublié quelque chose en ces lieux ?
     -Hm, non mais pourquoi cette question ? demanda Holger en mettant pied à terre. Pourtant, nous vous avions prévenu que nous pouvions revenir et cela ne vous avait pas surpris.
     -Certes, mais c’était avant que vos collègues des Templiers de Sigmar ne viennent demander où vous étiez. Ils disaient vouloir vous rejoindre au plus vite car vous aviez soi-disant besoin d’aide dans votre enquête. J’ai donc conclu que vous continueriez votre chemin avec eux.
     -Des… Attendez, mais nous n’avons jamais demandé une escorte de répurgateurs ! s’indigna Sieghilde.
     - C’est pourtant ce que leur capitaine dénommé Ubbe m’a affirmé. Nous les avons donc redirigés vers Kortlheim puisque c’était là que vous étiez. »

     Sieghilde et Holger se regardèrent et un éclair d’inquiétude passa dans leurs yeux quand ils réalisèrent que le nom leur était familier. Il l’avait entendu dans le bureau de Johannsen.

     « Quand sont-ils partis ? demanda expressément Holger en remontant sur sa monture.
     -Il y a à peine deux heures, mais y aurait-t-il un problème ?
     -J’en ai peur. »

     Sur ces paroles, Holger et Sieghilde lancèrent leurs chevaux au galop et foncèrent vers Kortlheim. Si Johannsen avait envoyé ses chiens de garde à leurs trousses, c’est qu’il avait son propre agenda derrière cette mission. Et le duo avait bien l’intention de comprendre de quoi il s’agissait.




     « Tiens, vous aussi vous venez pour Hjalmar Oksilden je suppose ? »

     Cette simple phrase, lancée nonchalamment par Matilda aux nouveaux venus, avait été le malheureux déclencheur de toute cette situation.


     Ubbe marchait tranquillement au centre du village. Ses bottes en cuir créaient des petits bruits de succions à chacun de ses pas dans la boue encore humide et il faisait tout son possible pour les faire durer. Après tout, savoir jouer avec les nerfs de ses victimes faisait partie des recommandations de bases d’un répurgateur compétent.

     En l’occurrence, ladite victime était la petite population de Kortlheim qui avait été rassemblée en cercle. Les habitants se serraient les uns les autres pour se tenir chaud durant ce crépuscule automnal. Autour d’eux se tenaient une dizaine de répurgateurs, l’arme à la main et prêt à tirer. Certains portaient une torche à cause de la lumière déclinante et ils répandaient ainsi des tâches de lumière jaunâtres qui n’amélioraient pas vraiment leurs traits durs et inquisiteurs.

     A part les pas d’Ubbe, seul des bruits provenant des maisons environnantes qui étaient en train d’être fouillées brisaient le silence. Pendant ce temps-là, Ubbe regardait le visage des habitants un à un, s’attardant plus longuement sur certains que d’autres, là encore pour un effet purement psychologique. Enfin, il se tourna vers son second qui venait d’arriver à ses côtés et il lui parla à voix basse :

     « Ils n’ont toujours rien trouvé ?
     -Non, rien d’utile ou d’hérétique.
     -Ils ont hébergé un chaotique ici, la prêtresse nous l’a même avoué. Il doit y avoir quelque chose ! dit Ubbe en serrant ses dents. Retournes avec les deux autres et trouve-moi une preuve… »

     Le répurgateur acquiesça et reparti dans une des maisons aussitôt. De son côté, Ubbe commençait à s’impatienter. Cela faisait bien une demi-heure qu’ils étaient dans ce village et rien n’indiquait le passage d’Oksilden si ce n’était l’aveu malheureux de la prêtresse de Rhya. Il se rappelait encore de son expression quand cette dernière avait vu ses hommes sortir leurs armes en les accusant d’hérésie. Le sourire charmeur de cette sorcière avait disparu bien vite. Mais si ce spectacle était satisfaisant, c’était peut-être une erreur de jugement de sa part. Il aurait dû essayer de l’amadouer pour qu’elle lui rapporte ce qu’elle avait bien pu dire à l’Ulricain et à la prêtresse.

     A présent, elle s’était cloitrée dans un mutisme total et elle restait assise au milieu du groupe en le foudroyant du regard. Elle pouvait bien s’acharner, cela ne changerait rien. Ils finiraient par savoir où Oksilden était allé... Non, il devait le savoir. Il était trop près du but pour se retrouver sans rien.

      « Si vous nous dites où le chaotique se trouve, nous serons cléments, tel Sigmar, tenta Ubbe. Et nous vous accorderons la liberté…Par le feu, pensa aussitôt Ubbe.
     - Et on vous le redit, on ne l’a pas vu depuis quatre jours ! vociféra un des bûcherons.
     -Mensonges ! cria Ubbe. Vous savez où il est, j’en suis sûr… Il doit être dans les parages ! Dites-le-moi par Sigmar !
     -Sigmar, Sigmar, … Il aurait honte de vous en vous voyant… »

     Ubbe lança un regard assassin à la femme qui venait de l’insulter de la sorte. La paranoïa commença à s’insinuer dans ses pensées alors que des craintes de rébellions lui venaient à l’esprit. Il fit un rapide signe de la main au répurgateur le plus proche qui n’attendit pas avant de tirer une balle dans le crâne de la jeune paysanne. Après une courte gerbe de sang, le corps de la femme s’effondra sur ses voisins horrifiés dont les pleurs et les cris de terreur se firent entendre dans la foulée. Le visage à moitié emporté par le projectile, la jeune dame n’avait même pas eu le temps de sentir le coup arriver.

     « Blasphème ! hurla Ubbe. Sigmar est fier de nous, car nous traquons les hérétiques et les blasphémateurs dans votre genre ! Nous comprenons notre seigneur et sauveur mieux que vous tous ici ! » - Ubbe tenta de se calmer et déglutit lentement. Il devait se montrer calme devant ses hommes, sinon eux aussi allaient se mettre à poser des questions. Il réajusta son chapeau et reprit – « Maintenant, dites-nous où est Oksilden où nous continuons la purge… »

     Ses menaces ne furent réellement entendues que par la moitié des villageois, les paroles du répurgateur étant grandement couvertes par les pleurs des proches de la défunte. Matilda, dont les larmes coulaient déjà sur ses joues, se releva et fixa le répurgateur.

     « A l’est, il est parti à l’est, fit-elle d’une voix désespérée. C’est tout ce que nous savons puisqu’il est parti seul. Maintenant laissez-nous en paix !
     -Eh bien, voilà. On avance, fit Ubbe d’une voix faussement mielleuse. Ce n’est pas si compliqué en fin de compte. Maintenant, j’aimerais savoir… » - le jeune répurgateur leva sa main droite, comme pour signaler un ordre de tir. – « Combien d’autres vies te faudra-t-il avant de nous donner une vraie information ? »




     Hanna avait eu la chance d’être en dehors du village alors que les évènements se produisaient. Elle venait de sortir quand elle avait entendu les cris. Sur le coup, elle avait pensée à une attaque d’hommes-bêtes, mais c’était bien pire au final. Depuis une colline non loin, elle avait ainsi pu voir les répurgateurs arriver et menacer les habitants. Après une dizaine de minutes à rester cachée dans des fourrées, Hanna comprit bien vite que ce n’était pas une simple visite de routine, ils cherchaient quelque chose.

     Que la prêtresse du Reikland et l’Ulricain soient maudits, pensa-t-elle, ils avaient envoyé leurs chiens de gardes pour terminer le travail. Finalement, ils avaient eu raison de se méfier d’eux.


     Alors que des ordres fusaient du village dans un reikspiel autoritaire, Hanna avait laissé tomber son panier de provisions et avait pris ses jambes à son cou. Elle avait couru ainsi vers le sud sur un chemin connu seulement des habitants du village, ce qui fait qu’elle devait parfois enlever des branches sur son chemin. Après un long moment qui lui sembla une éternité, surtout parce qu’elle craignait qu’il puisse arriver quelque chose à son enfant à chaque instant, elle arriva en vue de ce qu’elle cherchait : la cabane du vieux Jürger.

     Engoncée entre deux grands chênes, la petite cabine de chasse recouverte de mousse et de pierres était presque invisible pour ceux qui ne savaient pas où la chercher. Jürger l’avait construite il y a de cela plusieurs années pour pouvoir chasser en paix, mais les années avaient fini par avoir raison du vieil homme et le bâtiment avait été laissé à l’abandon.

     Maintenant, un petit feu brûlait dans l’âtre et un mince filet de fumée sortait d’un trou dans le toit. Hanna savait que l’occupant actuel n’utilisait l’âtre que lorsque la nuit commençait à tomber, pour éviter d’être repéré en plein jour. Elle savait aussi qu’il n’aimait pas être dérangé et qu’il préférait qu’elle laisse les provisions journalières devant la porte. Mais aujourd’hui, la situation n’était pas exactement la même.

     Hanna enfonça presque la porte qui s’ouvrit à la volée sur la petite pièce. Une odeur de bois brûlé et de gibier lui emplit les poumons alors que l’air renfermé de la cabine était aspiré à l’extérieur. Elle chercha rapidement dans la pénombre de la pièce et finit par le trouver à côté de l’âtre. Là, à moitié éclairé par le feu, se tenait Hjalmar Oksilden.

     Engoncé dans son armure lourde, comme toujours, le norse était en meilleur état que quand il était arrivé dans le village. Mais le bâton de marche gravé de dessins divers qui reposait sur un des murs rappelait qu’il n’était toujours pas remis complètement. Il avait un air surpris sur le visage qui se transforma lentement en inquiétude lorsqu’il remarqua l’état peu enviable dans lequel Hanna se trouvait. La course dans les bois de cette dernière avait ruiné sa robe et son visage et ses bras portaient quelques traces rouges dues à des retours de branches malencontreux.

      « Hanna ? dit-il d’une voix teintée de l’accent nordique si particulier qui le caractérisait. Qu’est-ce qui t’es arrivé ? »

     Essoufflée, la paysanne dû reprendre son souffle avant de pouvoir prononcer le moindre mot.

     « Le village… répurgateurs… »

     Elle ne put en dire davantage puisqu’un tir de pistolet se fit entendre dans le lointain, en provenance du village. Presque aucun Talabeclander n’utilisait d’armes à feu, Hjalmar ne mit donc pas longtemps avant de faire le lien.

     « Restes ici. Un des villageois devrait venir te chercher. »

     Le norse aida la paysanne à s’asseoir et, après avoir pris son bâton de marche, il sortit de la cabane aussitôt avec un juron à moitié contenu. Hanna le regarda partir par l’unique petite fenêtre pleine de suie de la cabane. Il boitait encore un peu à cause des douleurs aux flancs apparemment. Mais il était tout de même plus rapide qu’elle et, en quelques secondes à peine, il était déjà hors de vue.

     Au final, cela avait peut-être été une mauvaise idée d’avoir voulu héberger le norse aussi longtemps, surtout quand lui-même les avaient prévenus des risques. Ils n’avaient pas voulu l’écouter et avaient même fini par le convaincre de rester un peu plus longtemps dans la cabane de chasse pour s’y remettre en forme. Maintenant, ils ne pouvaient s’en prendre qu’à eux-mêmes pour ce choix. Et pourtant… s’il avait pu fuir et partir se cacher dans la forêt, il était encore parti les aider.

     La paysanne eue presque envie de pouffer nerveusement de rire. Elle avait déboulé dans la cabane pour lui dire d’aller se mettre à l’abri et, sans même connaître vraiment la menace, il avait choisi de courir droit vers le danger. Il aurait pu y avoir une centaine de répurgateurs qu’il y serait allé quand même. Cet homme était définitivement un mystère pour vouloir aller vers sa mort sans sourciller un seul instant. Comme s’il voulait réparer ses fautes, alors qu’il n’en était même pas la cause au final. Hanna se demanda alors ce que le norse avait bien pu faire pour être autant rongé par le remord…


     D’autres tirs se firent entendre dans le lointain. Inquiète, la paysanne s’assit sur la paillasse du norse et se mit à prier Taal et Rhya. C’est tout ce qu’elle pouvait faire en cet instant.




     Dans le village, un silence de mort s’était installé. Quatre cadavres étaient sur le sol à présent. Leurs armes encore fumantes, les répurgateurs s’attardèrent à les recharger au plus vite. Imperturbables, les templiers n’avaient éprouvé aucun remords en tirant car ils étaient certains que Sigmar les regardait.

     Ubbe, lui, serrait et desserrait sa main droite, la gauche étant crispée sur la poignée de son épée qui était encore dans son fourreau. Quatre morts et cette sorcière ne disait toujours rien. Les autres villageois non plus, à présent ils se contentaient de regarder avec horreur le spectacle macabre, maintenant trop traumatisés pour faire quoi que ce soit d’autre que de pleurer en silence.

     « À tout moment, nous pouvons arrêter, repris Ubbe avec un air agacé. Dites-nous… où… est… Oksilden !
     -… A l’est, dit faiblement Matilda. »

     Une autre détonation suivit. Le cinquième corps rejoignit les autres peu de temps après. Tous les villageois sursautèrent puis retournèrent dans leur mutisme habituel.

     « Où ?! s’étrangla presque Ubbe qui dégaina son épée. »

     Matilda inspira longuement avant de regarder Ubbe dans les yeux. Mais au moment où elle allait parler, la voix tremblotante de Gretha, la femme du forgeron se fit entendre.

     « Au sud ! Il… Il est au sud, pitié arrêtez ça… »

     Tous les membres du village regardèrent Gretha en même temps. Au point où ils en étaient, ils ne lui en voulaient même pas. Tout le monde était à bout. Ils voulaient juste que ça s’arrête.

     « Aaaah… Que voilà une nouvelle intéressante. » - Ubbe s’approcha de Gretha en faisant des moulinets avec sa lame. – « Et où, au sud, précisément ?
     -Il est…
     -Ici, fit une troisième voix plus grave. »

     Tous les regards se tournèrent vers la porte d’entrée du village. A la lueur des torches, une grande ombre avançait en se tenant sur une canne de marche. Ses longs cheveux et sa barbe fournie ainsi que ses déplacements contrôlés malgré son handicap confirmèrent les soupçons d’Ubbe. Il venait de trouver sa cible. Avec un sourire presque fou tellement il était heureux d’en avoir enfin fini avec toute cette mascarade, il se tourna vers ses troupes.

     « Richter, occupes toi de lui et assommes-le. On a besoin de lui en vie. »

     Ledit répurgateur acquiesça et rangea son pistolet pour prendre sa lame. Il se disait qu’un coup de pommeau devrait faire l’affaire au vu de l’état du gaillard. Ubbe le regarda partir avec un air satisfait et il rangea sa propre épée dans son fourreau. Il en profita pour faire signe aux deux hommes dans les maisons de revenir, la chasse était terminée. Le jeune répurgateur se tourna alors vers le groupe de villageois et leur décocha un sourire ainsi qu’un rire sardonique. Il était tenté de les remercier pour leur aide, quand soudain il entendit un gargouillement bref. Tous les autres répurgateurs sortirent leurs armes en regardant vers l’entrée du village.

     Lorsque Ubbe se retourna, Richter venait de tomber à genoux et il s’effondrait lamentablement face contre terre. Hjalmar, lui continuait de marcher tranquillement, impassible.

     « Mais que… Vous autres, arrêtez-le ! vociféra Ubbe. »

     Trois autres répurgateurs coururent, lame à la main vers le norse. Ils n’utilisaient par leur pistolet car le capitaine leur avait demandé de le garder en vie, ils allaient donc devoir faire vite.

     Lorsque le premier chasseur de sorcière arriva au contact, la lame levée pour frapper du pommeau sur le crâne découvert du norse, la contre-attaque ne se fit pas attendre. D’une main, le norse frappa d’un revers l’épée du répurgateur avec son bâton de marche pour la dévier et sa main libre fracassa la gorge du sigmarite. En une poignée de secondes, il avait déjà tué son premier adversaire qui tomba sur le sol en gargouillant à son tour. Les deux autres, en voyant cela, tentèrent une manœuvre en tenaille. Le norse esquiva la première lame et bloqua la deuxième en agrippant la main du répurgateur. Avant qu’aucun des deux ne puisse réagir, son bâton de marche avait déjà écrasé le nez du premier et l’autre bout du manche s’enfonçait dans le ventre du deuxième, lui coupant sa respiration. Hjalmar laissa tomber son bâton et fracassa le menton du deuxième répurgateur dont il agrippait toujours la main avec un uppercut. Après avoir entendu sa mâchoire se briser, l’homme laissa forcément tomber son épée qui fut récupéré par le norse. Le premier répurgateur, qui s’était relevé, tenta une attaque désespérée, mais il fut arrêté net par l’épée de feu son collègue lorsqu’elle lui arriva dans le ventre. Sur ce, Hjalmar lâcha l’épée plantée dans le premier sigmarite et le bras de l’autre répurgateur qui partirent rejoindre leur collègue juste après sur le sol. Ainsi, il continua à avancer, sans sa canne et les poings serrés cette fois.

     Ubbe regardait la scène avec horreur. Son sourire avait fondu sur place lorsque ses hommes s’étaient fait littéralement massacrer par un grand barbu avec une canne. Finalement, la réputation du nordique n’était pas usurpée. En vérité, il était peut-être même pire.

     Maintenant que ce dernier s’approchait, Ubbe pu apercevoir son visage entre les ombres alors que ses traits se dessinaient à la lueur des torches. Son expression était de marbre, à peine contrariée. Il avait presque l’air de s’ennuyer. Le répurgateur commença à sentir une perle de sueur couler dans son cou. Ce type venait de tuer trois Templier de Sigmar entrainés en moins de vingt secondes et il s’en moquait complètement ? Et ses yeux… Ses yeux étaient froids comme l’acier, impitoyables, impartiaux.

     Le regard du norse finit par instiller la peur dans l’esprit d’Ubbe qui ne s’attendait pas à tomber sur un tel monstre. En panique complète, il se mit à hurler :

     « Tout le monde, sur lui ! »

     En prononçant ces mots, Ubbe dégaina nerveusement son fauchon et attendit que les autres répurgateurs passent avant lui avant de se lancer à son tour dans la mêlée. Au même moment, Hjalmar s’était mis à courir vers eux.

     Le choc fut brutal. Dès les premiers instants, un des répurgateur finit avec le visage en sang et une bonne partie des os de son visage disloquée quand il reçut de plein fouet un crochet du droit de la part du norse. Hjalmar se battait à mains nues contre une dizaine de répurgateurs armés et ils les tenaient à distance. Chaque fois que l’un d’entre eux tentait un coup, le norse le déjouait avec ses gantelets ou désarmait l’homme en question avant de retourner sa lame contre lui. Le norse ne disait rien, il se contentait de se battre avec une colère sourde et terrifiante d’efficacité tout en recevant des éraflures sans broncher.


     Derrière, les villageois regardaient la scène, tétanisés. Le norse était venu pour les sauver, mais il n’avait aucune chance de vaincre. Ils voyaient clairement que ce combat n’allait pas durer. Le premier impact passé, Hjalmar était resté sur la défensive tout du long. Certes, après une minute de combat, cinq répurgateurs gisaient sur le sol, mais les autres continuaient de le harceler. Et il était clair que Hjalmar fatiguait à présent. Il grognait par intermittence alors que ses blessures se rouvraient ou le lançaient à nouveau.

     Les habitants de Kortlheim durent donc se résigner à rester derrière, à pleurer leurs morts plutôt que de courir sans arme vers un combat où ils ne feraient que gêner le nordique… Un ou deux bûcherons se levèrent quand même pour se diriger vers l’escarmouche, mais leurs femmes en pleurs les retinrent. Personne ne voulait voir un autre mort en ce jour maudit, il y en avait déjà bien assez.

     Une autre minute passa, plus lente, durant laquelle les assauts des chasseurs de sorcières se firent plus précis et la défense du norse plus brouillonne. Mais, alors qu’il ne regardait pas, Ubbe passa derrière lui et lui asséna un coup de pommeau magistral à l’arrière du crâne. La douleur en fit presque perdre la vue à Hjalmar alors que des étoiles scintillaient devant lui. Voyant qu’il était complètement sonné, les autres répurgateurs en profitèrent pour lui faucher les jambes et le matraquer de coups rapides jusqu’à ce qu’ils soient sûr que l’homme du nord resterait au sol.

     Le silence revint, entrecoupée par moment par les halètements des répurgateurs essoufflés. Ubbe, lui, restait médusé. Comment un seul homme dans un état pareil pouvait-il causer autant de dégâts ?! Ils avaient eu de la chance de le trouver à ce moment-là finalement. De quoi aurait-il été capable s’il avait été en pleine forme et armé ? Le répurgateur déglutit et pointa son pistolet vers les villageois qui regardaient la scène non loin. Certains des gaillards étaient en train de se lever et ils arboraient un air menaçant même s’ils ne semblaient pas vouloir les charger. Du moins, pas encore.

     « Vous restez où vous êtes ! » - Ubbe se tourna alors vers les autres répurgateurs – « Portez-le, on s’en va. Mettez-le sur un des chevaux. »

     Deux répurgateurs acquiescèrent et, après avoir rangé leurs armes, s’attelèrent à la tâche. Ils hésitèrent tout de même quelques secondes en s’approchant du corps du norse inconscient, comme s’ils étaient inquiets à l’idée qu’il puisse se réveiller. Quelques instants plus tard, les cinq répurgateurs survivants étaient montés sur leurs chevaux et ils quittèrent précipitamment l’endroit en prenant un chemin différent de celui par lequel ils étaient arrivés sur ordre d’Ubbe.

     Dans le village, les pleurs et les cris reprirent alors que les nerfs des habitants finissaient par craquer. Malgré cela, Matilda n’attendit pas avant de reprendre les rênes. D’une voix qu’elle essaya de rendre calme, elle demanda aux habitants de commencer les préparatifs pour aller enterrer leurs morts dans les bois. Le pragmatisme des talabeclanders finit par agir et les habitants essayèrent de sécher leurs larmes avant de se mettre à la tâche, en silence. Mourir était presque commun dans ce monde, mais la gratuité et la violence affichée par les répurgateurs avait rendu ces morts bien plus douloureuses que d’autres. Pendant qu’elle aidait un mari qui pleurait sa femme, Matilda vit que Klaus cherchait frénétiquement quelque chose.

     « Il y a un problème Klaus ?
     -Hanna… Elle n’est pas encore revenue. C’est probablement elle qui a averti le nordique, je vais la chercher à la cabane.
     -Bien, mais reviens vite. Nous allons avoir besoin d’aide pour la veillée de ce soir, lui répondit Matilda d’une voix morne. »

     Le bûcheron acquiesça brièvement avant de se mettre à courir vers la porte du village. Mais à peine arrivé dans l’embrasure du portail, il se figea. Au loin, Matilda aperçut une paire de torches portée par deux cavaliers. Lorsqu’ils s’approchèrent, elle reconnut Holger et Sieghilde, les deux personnes qui étaient venus la voir plus tôt dans la journée. Si elle ne savait pas quoi penser de leur présence en ce moment, Klaus, lui, avait sa petite idée sur la question.

     « Maudits soyez-vous ! hurla-t-il. Comment osez-vous revenir après avoir lâché vos chiens sur nous! »

     Sieghilde, qui avait arrêté son cheval devant le bûcheron, afficha un air interloqué.

     « Mais de quoi parlez- vous… » -La prêtresse-guerrière jeta un œil derrière le bûcheron en colère et aperçut les cadavres ainsi que les familles en deuil. – « Par Sigmar, qu’ont-ils fait ?...
     -Vos ordres à n’en pas douter ! Maintenant allez-vous-en !
     - Où sont partis les répurgateurs ?
     -Partez ! »

     Holger, qui ne tenait plus, mit pied à terre et s’approcha du bûcheron qui criait sa haine sur Sieghilde. A peine Klaus l’avait-il vu, que l’Ulricain lui décochait un coup de poing en plein visage. Klaus en fut sonné et Holger l’agrippa au col juste après.

     « Où sont-ils par Ulric !? Ces misérables couards vont payer pour ça, tu peux me croire, mais dis-nous où sont-ils partis ! On perd du temps là !
     -Heu… Je… Par la route de Volgen, là-bas, balbutia Klaus en pointant un chemin du doigt.
     -Merci, grogna Holger avant de lâcher le bûcheron. »

     Alors que le répurgateur se remettait en selle, Matilda accouru en agitant les bras.

     « Ils ont Hjalmar !
     -Quoi ?? s’indignèrent en chœur Holger et Sieghilde.
     -Nous vous avons menti, nous l’avions caché pour qu’il puisse se reposer, dit-elle un peu honteuse. Nous ne pensions pas que cela aurait de telles retombées. »

     Sieghilde pesta abondamment et lança son cheval sur le chemin, elle fut suivie par Holger peu de temps après, laissant ainsi Klaus et Matilda seuls à l’entrée du village. La prêtresse de Rhya voulut s’approcher du bûcheron pour voir comment il allait, mais ce dernier la repoussa avant de repartir chercher sa femme.

     Il était sur les nerfs lui aussi, ce que Matilda comprenait bien. La prêtresse de Rhya tourna ensuite son regard vers le chemin où les torches de Sieghilde et Holger disparaissaient derrières les arbres. Elle espérait qu’ils puissent arriver à temps…




     Plus loin, dans la forêt, les cinq répurgateurs survivants pressaient le pas de leurs montures. Un sixième cheval, celui qui portait un Hjalmar inconscient, était au centre de leur formation, son licol tenu fermement par Ubbe.

     Ce dernier était d’ailleurs en train de retrouver sa bonne humeur. Malgré les pertes inattendues, la mission avait été un succès ! Il avait enfin retrouvé Hjalmar Oksilden et maintenant il n’avait plus qu’à le ramener aux mutants pour avoir ses informations. D’une simplicité enfantine !... Enfin, s’il savait où aller. Le message indiquait que des contacts devaient venir le rencontrer en temps voulu, mais il ne savait pas du tout où et comment.
Le répurgateur balaya ses doutes d’un revers de main en se disant que c’était un problème mineur. Pour le moment, ils allaient rentrer vers Altdorf et, si sur le chemin rien n’apparaissait, il n’aurait qu’à retourner auprès de son contact habituel. Après tout, comment des mutants dans les égouts d’Altdorf pouvaient-ils bien se retrouver au beau milieu du Talabecland ? C’était absolument impossible au final, ricana-t-il. C’était donc décidé, il allait suivre son plan, c’était définitivement la meilleure solution.


     Pendant qu’Ubbe acquiesçait tranquillement pour lui-même en dirigeant la formation sur le chemin de terre, il était tellement perdu dans ses pensées qu’il ne vit même pas arriver la hallebarde qui décapita son cheval.


     La pauvre bête s’effondra aussi net et envoya voler son cavalier sur plusieurs mètres. Ubbe, se réceptionna tant bien que mal, mais la chute fut douloureuse. Il devait s’être cassé quelque chose. Complètement sonné par la douleur, le répurgateur essaya de se relever en mettant sa main à son pistolet mais il n’y arriva point. Le choc avait été trop violent pour qu’il puisse faire quelque chose proprement.

     C’est alors qu’il entendit enfin les cris. Chevaux et hommes criaient à la mort tandis que des bruits de combats l’entouraient. Quand Ubbe réussit enfin à enlever la terre de son visage, il ne vit rien d’autre que le canon étrange d’une arme à feu qui semblait briller dans le noir. Une série de sons rapides tantôt caquetants, tantôt sifflants parvinrent à ses oreilles sans qu’il puisse en deviner le sens.

     Puis il y eu un grand flash vert.

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Kaops
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MessageSujet: Re: La Saga d'Oksilden : Foi Furieuse   Dim 16 Juil 2017 - 16:05




    Holger et Sieghilde étaient toujours lancés au triple galop pour rattraper les répurgateurs quand ils entendirent le boucan de l’échauffourée. S’ils ralentirent le pas en se demandant bien ce qui pouvait se passer, ils arrêtèrent net leurs montures quand ils aperçurent des sortes d’éclairs verts partir dans tous les sens depuis l’endroit où les répurgateurs étaient censés se trouver.

    D’un commun accord, l’ulricain et la prêtresse du Reikland jetèrent leur torche par terre dans la boue, ce qui ne tarda pas à les éteindre, et ils mirent pied à terre. Ils ne souhaitaient pas être repérés par ce qui était clairement en train d’attaquer les sigmarites en fuite. Mais ce qui les inquiétait réellement, c’était qu’ils n’avaient absolument aucune idée de ce sur quoi ils allaient tomber. Prudemment, ils sortirent donc de la route et contournèrent le lieu du combat en se cachant dans les fourrés.

    Comme Holger se déplaçait plus rapidement par expérience et aussi plus silencieusement que Sieghilde, il prit les devants pour essayer d’analyser la situation. Tandis qu’ils se déplaçaient ainsi, le combat s’arrêta enfin, mais au lieu du silence, ce fut une succession de piaillements dissonants qui se firent entendre. Apparemment, le groupe d’assaillants était toujours là et ils semblaient nombreux au vu des bruits de pas. Les sons qu’ils émettaient donnaient l’impression qu’un membre du groupe donnait des ordres à la multitude de voix plus aigües qui l’accompagnaient, mais ni Sieghilde ni Holger n’arrivait à comprendre quoi que ce soit à ce langage étrange.


    Après avoir crapahuté entre des buissons pour se rapprocher un peu plus, Holger se releva à demi pour jeter un œil. Mais il se figea immédiatement avec stupeur devant la scène et fit signe à Sieghilde qu’elle devait venir voir cela au plus vite. Aussi curieuse qu’inquiète, la prêtresse tenta tant bien que mal de rattraper son retard sur Holger et une fois à son niveau, regarda à son tour.

    Devant les yeux horrifiés du duo, une vingtaine d’énormes rats s’affairaient à tirer un traineau sur lequel quelqu’un qui était indubitablement Hjalmar se trouvait. Le norse semblait inconscient et dans un état peu enviable. Derrière lesdits rats qui se tenaient sur leurs deux pattes arrière dans une sorte de parodie de l’être humain, un autre rat bien plus grand leur hurlait dessus des propos incompréhensibles. Pour Sieghilde, même si la scène était absolument surréaliste, le tout ressemblait à une compagnie de soldats dirigée par un capitaine. Les rats plus petits semblaient porter diverses armes rouillées et parfois des pistolets dont émanaient des vapeurs verdâtres tandis que le semblant de chef était en armure complète. Seul son visage était à découvert, laissant ainsi apparaître sa fourrure noire et ses yeux rougeoyants dans lesquels brillaient une intelligence aussi simple que malveillante. Par intermittence, entre deux cris rauques, le chef envoyait un coup de la hampe de sa hallebarde encore ensanglantée dans un de ses subordonnés, ce qui lui arrachait un piaillement déchirant.

    Sieghilde sentit alors la main d’Holger lui tirant sur le bras pour lui indiquer de retourner se cacher. La prêtresse arriva difficilement à décrocher son regard de la scène, mais elle parvint à rejoindre Holger. Ils venaient de trouver Hjalmar. L’homme qui, quelques mois plus tôt, était passé à travers un foutu portail du chaos. Entre les rats qui marchent et ça, cela faisait beaucoup à digérer pour la prêtresse.

    « Des hommes-bêtes, murmura Holger. Mais ils sont différents de tous ceux que j’ai pu voir. Ceux-là semblent avoir une sorte d’organisation.
    -Des hommes-rats… marmonna Sieghilde. Alors les comptines pour enfants sur ces horreurs étaient vraies ?
    -De quoi parlez-vous ?
    -Toutes les grandes villes que je connais ont ce genre de rumeurs et autres comptines sur les hommes-rats qui viendraient la nuit pour enlever les gens. L’empereur Mandred le tueur de rats était supposé les avoir exterminés il y a de cela cinq cents ans !
    -Pour ça, je n’en sais rien du tout, mais ce que je sais c’est que ces trucs sont en train d’embarquer Hjalmar là ! »

    La raison principale de leur présence en ces lieux revint aussitôt à la mémoire de la prêtresse, balayant ainsi son inquiétude grandissante au sujet des hommes-rats qui n’étaient même pas censé exister... Holger et Sieghilde regardèrent à nouveau l’étrange cortège qui s’éloignait plutôt rapidement à présent. Ne voulant pas les perdre de vue, ils se lancèrent à la poursuite des rats.


     La course-poursuite silencieuse se poursuivit ainsi pendant plusieurs minutes. Tout le temps durant, Sieghilde et Holger purent détailler avec horreur à quel point ces créatures étaient atroces. Les rats classiques et connus de tous n’avaient certes pas bien belle allure, mais leurs cousins plus gros ci-présents étaient de véritables abominations qui n’avaient qu’une vague similitude avec les rongeurs des villes. Tout chez eux inspirait un sentiment de répulsion chez Sieghilde qui avait du mal à se retenir d’intervenir. Mais s’ils les chargeaient sans réfléchir, Hjalmar risquait de devenir une perte collatérale et leur nombre et leurs armes ésotériques allaient surement suffire pour que les hommes-rats les submergent. Ces monstres avaient réussi à massacrer des répurgateurs sans problème, alors deux personnes ne risquaient pas forcément de faire la différence.

    En plus, quand on ne connaît pas son ennemi, il vaut mieux d’abord prendre son temps pour l’analyser avant de le charger, disait toujours son mentor. Plus d’un prêtre-guerrier du Marteau d’Argent avait été envoyé dans la tombe à cause d’une mauvaise surprise par le passé, donc autant ne pas faire la même erreur.

    Après quelques instants à se cacher et à garder leurs distances, Sieghilde et Holger finirent par suivre les hommes-rats jusqu’à ce qu’ils s’arrêtent devant un arbre entouré de végétations. Le duo dû baisser la tête subitement quand ils virent que le chef se mettait à regarder frénétiquement autour de lui en humant l’air. Malgré ses invectives et ses ordres rageurs à l’encontre de ses subordonnées, il semblait profondément inquiet. Sieghilde remercia silencieusement l’instinct d’Holger qui leur avait fait se mettre dans le sens du vent pour éviter que leurs odeurs ne soient repérées par les hommes-bêtes.

    Une fois sûr de pouvoir regarder à nouveau, ils épièrent ainsi les hommes-rats qui étaient en train d’enlever les fourrés autour de l’arbre qui recouvrait un grand trou dans le sol. Ainsi, une fois ladite végétation enlevée, les skavens s’introduisirent dans la cavité avec précipitation en emmenant Hjalmar avec eux. Une fois passés, ils refermèrent le passage derrière eux.

    Le duo se regarda en se disant que la situation n’était pas vraiment en train de s’améliorer. Ils devaient sauver Hjalmar certes, mais qu’est-ce que ces bestioles pouvaient bien lui vouloir à part le dévorer à petit feu dans leur antre ? Et surtout, pourquoi enlever un norse instable de deux mètres dont le potentiel de destruction était équivalent à celui d’un tank à vapeur ?

    Ces questions n’allaient pas se résoudre toute seule de toute façon, donc, après quelques minutes à attendre, Sieghilde et Holger entreprirent d’entrer dans le tunnel caché à leur tour. Ils ne devaient pas attirer les soupçons sur eux en fonçant directement à leur suite, mais il leur fallait faire vite tout de même. Par malheur, quand ils enlevèrent les buissons, ils réalisèrent bien vite que le tunnel en terre labouré n’était pas éclairé et d’une taille atrocement réduite… Mais qu’à cela ne tienne, se dirent-ils, et une fois une petite torche bricolée avec de la mousse et des bouts de bois, ils partirent à la suite des hommes-rats.


    Finalement, le tunnel se mit à s’élargir une fois les vingt premiers mètres de passés. A présent, ils pouvaient enfin se tenir debout, ce qui était limite pour Holger et son chapeau. L’endroit était humide, prompt à s’effondrer à tout moment et des odeurs pestilentielles étaient en train d’en provenir à présent. Fantastique, se dit Sieghilde en roulant des yeux. Cela ne semblait pas gêner Holger qui continuait son bout de chemin devant elle, mais en même temps il était habitué à pire. Quand même, pourquoi n’étaient-ils jamais envoyés en mission sur les plages de Brionne pour changer ? Mais la prêtresse préféra laisser ses ruminements de côté, ils avaient un norse à retrouver d’abord. Lorsqu’ils arrivèrent à un croisement, une série de grattements rapides ainsi que les sifflements caractéristiques des hommes-rats leur donnèrent la voie à suivre.


    Après quelques instants passés dans les profondeurs, l’hésitation finit par s’installer dans les cœurs du duo. Plus ils s’enfonçaient dans les tunnels et plus Sieghilde et Holger s’inquiétaient sur la suite des évènements. Les galeries semblaient sans fin et les grattements sporadiques autour d’eux ne les rassuraient pas le moins de monde. Etaient-ils seulement capable de remonter à la surface à présent ? Depuis combien de temps étaient-ils dans ces maudits tunnels ? D’après la prêtresse, cela faisait bien une demi-heure, mais cela pouvait être plus. Et comment est-ce que de simples rats plus gros que la moyenne avaient bien pu creuser un réseau pareil en plein milieu du Talabecland ?

    La prêtresse-guerrière rumina ses pensées pendant encore quelques minutes durant leur marche. Elle préférait instinctivement s’occuper l’esprit plutôt que de réaliser la dangerosité de leur situation. Or, et heureusement pour elle, ils aperçurent une source de lumière dans le lointain au détour d’un carrefour. Les cris et piaillements semblaient en venir, ce qui confirmait qu’ils étaient sur le bon chemin. Holger fit signe à Sieghilde de ne plus faire de bruit et d’éteindre sa torche au plus vite, ce qu’elle fit. Ils s’approchèrent lentement de leur cible, convaincu d’avoir enfin trouvé la tanière des monstres. Tout ce qu’ils avaient à faire était de les prendre par surprise. Ils étaient certes dans un territoire que les hommes-rats connaissaient, mais ces derniers ne devaient sûrement pas s’attendre à se faire prendre en embuscade en plein milieu de leur terrier. Une attaque rapide, Holger leur met le feu et ils sortent avec le norse. Un plan simple et efficace.

    Sieghilde et Holger s’approchèrent ainsi de l’ouverture avec précaution en sortant leurs armes. Ils étaient prêts… Mais il y avait quand même pas mal de bruits là. Cela virait presque au boucan à vrai dire et il y avait… des sons mécaniques ? Maintenant qu’ils y pensaient, le tout sonnait comme une école d’ingénierie impériale mais en plus bordélique. Curieux, Holger se décida à jeter un coup d’œil pour en avoir le cœur net.

    « Par les couilles d’Ulric, c’est quoi ÇA ? s’exclama le répurgateur. »

    Devant les yeux ahuris d’Holger - puis de Sieghilde quand il lui demanda de venir voir ça au plus vite - un panorama extrêmement loin d’être celui d’un terrier d’hommes-bêtes s’offrait à eux.
Une caverne gargantuesque, dont les proportions devaient être équivalentes à celle des rues entourant la Domplatz d’Altdorf (donc les plus grandes rues de la capitale), avait été creusée dans la roche souterraine. Des deux côtés de la caverne, un tunnel d’aussi grande envergure s’enfonçait profondément vers des destinations inconnues. Mais ce qui frappait réellement ici, c’était la présence d’un engin monstrueux d’une dizaine de mètres de haut en plein milieu de la cavité.

    Un assemblage d’acier hasardeux, sorte de patchwork rapiécé de métal, qui avait la forme d’un énorme navire était maintenu en l’air par des poutres attachées à un rail dans le plafond de la grotte. L’écho d’une machinerie vrombissante, qui provenait très probablement de l’engin, emplissait la caverne. Le son puissant et continu en donnait même des frissons à l’estomac de par son intensité. De temps à autre, des valves relâchaient de la vapeur à divers endroits et des étincelles vertes apparaissaient au niveau des poutres de soutien et du rail. D’autres vaisseaux de plus petites envergures étaient apparemment attachés à l’arrière et suivaient le vaisseau principal. Quelques torches placées çà et là donnaient un air menaçant à la structure tandis qu’elle était recouverte d’ombres par endroits.


    Holger et Sieghilde restèrent bouche bée devant ce spectacle infernal dont l’ampleur jamais imaginée les sidérait complètement. Ce genre d’horreurs existaient pile sous leurs pieds et ils ne l’avaient jamais remarqué ?! Comment était-ce possible et d’où sortaient ces hommes-rats pour qu’ils aient autant de moyens à leur disposition ? Leur traque venait de prendre une toute autre tournure en quelques instants et cela ne les amusa guère.

    La surprise passée, même s’ils étaient toujours sous le choc, Holger et Sieghilde repartirent se cacher dans les ombres immédiatement. Ils étaient toujours en territoire ennemi ici, la prudence était de mise. Holger repassa sa tête par l’ouverture pour regarder à nouveau la scène, mais plus précisément cette fois. Il remarqua bien vite les hommes-rats qui s’affairaient autour du vaisseau de métal en transportant diverses caisses de matériels vers l’intérieur de la machine par une porte dans son flanc. Une passerelle en sortait et permettait aux rats d’entrer.

    À côté de cette porte, un petit attroupement s’était formé. En plissant les yeux pour tenter d’y voir quelque chose malgré l’obscurité ambiante, le répurgateur reconnut le groupe et le chef qu’ils pourchassaient. A leurs pieds se trouvait la civière improvisée de Hjalmar.

    L’Ulricain resserra sa prise sur son pistolet à en faire craquer le cuir de ses gants en voyant cela. Le norse était si prêt et pourtant si loin ! Comment allaient-ils l’atteindre et repartir avec s’ils étaient entourés de ces hommes-bêtes et de leurs équipements ? La bague enchantée ornée d’un rubis à son doigt le démangeait de plus en plus alors que ses tendances pyromanes reprenaient le dessus… Mais il risquait de carboniser le norse au passage s’il ne faisait pas attention.

    Alors qu’Holger se posait toutes ces questions, le chef du groupe avait apparemment terminé de donner ses instructions et il ordonnait à présent à ses troupes – tout en les frappant- d’emmener le prisonnier à l’intérieur de la machine.

    « Peste ! jura Holger en se replaçant dans le tunnel. Ils emmènent Hjalmar à l’intérieur.
    -Quoi ? s’indigna Sieghilde. Bon sang, on va devoir y entrer nous aussi… Cette chose ressemble à une forteresse, on risque fort d’y passer si… »

    Sieghilde ne put terminer sa phrase car une corne de brume tonitruante lui fit se plaquer les mains sur ses oreilles à cause de la puissance du son.

    « Mais quoi encore ? grogna Holger qui regarda à nouveau vers la caverne. »

    Quelques hommes-rats s’éloignaient à grands pas de la machine qui s’était mise à fumer de plus belle. Les éclairs verdâtres au niveau des poutres de soutien se condensèrent et devinrent constants tandis qu’une série de craquements et de crissements de métaux se firent entendre avec une intensité croissante. De plus, des lueurs maladives apparurent entre les interstices des plaques d’aciers sur le haut de la machine alors que les systèmes à l’intérieur s’activaient. Devant les yeux ronds d’Holger, la machine-vaisseau-forteresse se mit à bouger.

    Se mettant ainsi lentement en branle, la carcasse prit de la vitesse alors que ses moteurs tournaient à plein régime. Le répurgateur s’aperçut alors que des roues dans le rail au plafond tractaient la machine et que tout le processus était mécanisé. Il fallut quelques secondes avant que Sieghilde ne prenne Holger par l’épaule en lui hurlant par-dessus le vacarme qu’ils devaient monter sur cette chose avant qu’elle ne s’en aille sans eux à bord. L’Ulricain reprit ainsi ses esprits et prit les devants en sprintant aussi vite qu’il le pouvait, la prêtresse-guerrière à ses côtés.

    Forcément, dès qu’ils furent en plein milieu de la salle, des cris stridents montèrent tout autour d’eux, même s’ils étaient un peu étouffés par le boucan ambiant. Ils ne s’en soucièrent pas, pour le moment il fallait courir. Au même moment, la machine principale était déjà en train de s’engouffrer dans le tunnel en face d’elle. Holger et Sieghilde accélérèrent encore, il ne leur restait que quelques mètres à parcourir avant d’atteindre la structure.

    Soudainement l’ulricain vit un homme-rat lui sauter dessus depuis un escarpement rocheux, une petite dague à la main. Sans s’arrêter, il vida un de ses pistolets sur la bête qui fut propulsé en arrière dans une gerbe de sang épais et noir et elle tomba morte sur le sol en pierre. Temporairement ralenti, Holger risqua un regard derrière lui pour voir comment Sieghilde s’en sortait. La prêtresse était bien après lui et ses marteaux jumeaux étaient eux aussi teintés d’un sang noirâtre, mais au moins une cinquantaine des créatures les poursuivaient. Et ils n’avaient pas l’air content de les voir.

    La course frénétique se poursuivit sur quelques mètres encore jusqu’à ce qu’ils arrivent sur ce qui ressemblait à des quais. La plateforme branlante faites de plaques d’aciers donnait l’impression qu’elle allait s’effondrer à tout moment mais elle tenait bon pour l’instant. Tout en déchargeant un autre pistolet sur un garde en faction, Holger chercha des yeux un quelconque endroit d’où ils pourraient sauter pour rejoindre la machine infernale qui avait pris encore plus de vitesse à présent. Le bout du convoi approchait à vue d’œil, ils allaient devoir faire vite. C’est alors que la plateforme providentielle apparut enfin. Un des plus petits vaisseaux n’était pas couvert et de longues poutres en acier tordues y étaient empilés avec d’autres objets. Ils pouvaient y sauter sans problème.

    Sieghilde arriva enfin au niveau d’Holger qui lui montra la plateforme. Sans hésiter, la prêtresse sauta immédiatement dessus juste après. Le répurgateur en fit de même et se fit happé comme sa congénère par le grand chariot dont la vitesse était toujours plus importante. Ils atterrirent sur les poutres en grognant, puisqu’un atterrissage sur de l’acier n’était jamais très agréable, mais maintenant, ils étaient sur la machine. A peine eurent-ils le temps de se relever avec difficulté que leur plateforme s’engouffra dans le tunnel non éclairé. Mais avant qu’ils ne puissent commencer à craindre que le voyage se fasse dans le noir, des petites boîtes disséminées un peu partout sur la plateforme et celles environnantes s’allumèrent. Les timides flaques de lumière vertes ainsi projetées n’aidaient pas vraiment à y voir quelque chose, mais c’était mieux que rien.

    Alors qu’Holger vérifiait s’il n’avait rien de cassé, Sieghilde lui prit le bras en pointant derrière eux. Des paires d’yeux rougeoyants brillaient de manière inquiétante dans les ombres et les formes caractéristiques d’hommes-rats s’avançaient vers eux. Quelques-uns de leurs poursuivants avaient apparemment réussi à sauter à leur suite lors de leur abordage, mais ils ne s’en rendaient compte que maintenant puisque l’obscurité leur avait caché ce détail.

    Les rongeurs surdimensionnés geignirent ensemble et chargèrent avec diverses armes de mauvaise facture. Holger se plaça devant Sieghilde et prit son marteau à deux mains. Il regarda vers la prêtresse et lui hurla par-dessus le vacarme :

    « A terre ! »

    Quand Sieghilde aperçut le répurgateur lever son arme lourde, elle n’hésita pas une seule seconde avant de se plaquer au sol. Si elle ne se trompait pas, ce qui allait suivre allait être suffisamment dangereux pour elle.

    Holger activa le mécanisme dans le manche de son arme et la tête du marteau se disloqua en une multitude de plus petits marteaux, tous reliés par des chaînes à la hampe. Avec une série de mouvements circulaires le fléau se mit en mouvement et la tornade de destruction commença. Maintenant qu’il avait la place de l’utiliser proprement, Holger se lança à corps perdu contre les hommes-rats qui l’assaillaient. Or, lorsque le premier rongeur se fit exploser la cage thoracique et envoyé valser au loin, les autres hommes-rats semblèrent changer d’avis sur la question. Plusieurs d’entre eux regardaient maintenant avec anxiété l’œuvre de destruction que le répurgateur arrivait à produire avec son arme étrange et ils n’osaient même plus bouger. Ils s’étaient mis dans cette situation en pourchassant les intrus et ainsi ils s’étaient envoyés vers leur propre mort dans le même temps.

    Mais une fois le deuxième puis le troisième rat tué, une sorte de frénésie désespérée prit place dans l’esprit des survivants qui chargèrent à nouveau, mais en hurlant de terreur cette fois-ci. Holger se serait retrouvé submergé par la dizaine d’attaquants si Sieghilde n’avait pas contre-chargé les rats juste après une énième attaque du répurgateur. La prêtresse-guerrière avait profité d’un moment d’accalmie pour s’infiltrer dans la tempête d’acier qu’était le marteau-fléau de son collègue et maintenant elle distribuait aux hommes-rats tout l’amour que Sigmar portait à ses ennemis à grand coups de revers dans l’occiput.

    Les hommes-rats restants, dont les effectifs diminuaient à vue d’œil, se regroupèrent hors de portée de la chose-homme en armure qui les massacrait allégrement avec ses marteaux. Mal leur en prit, car ils s’étaient placés à côté du vide. Holger les faucha alors d’un seul coup de fléau qui les fit passer par-dessus la balustrade avec force pépiements de douleur et d’effroi. Cris qui s’arrêtèrent brusquement d’ailleurs lorsque leurs corps rencontrèrent le sol à grande vitesse.


    Parce que oui, la machine étrange, plus connue sous le nom de malerail par les skavens, avait atteint sa vitesse de croisière à présent. Pour le duo, leur champ de vision réduit ne les aidait pas vraiment à appréhender la rapidité à laquelle la machine se déplaçait. Mais en voyant passer une torche sur un mur du tunnel à une vitesse bien supérieure à celle d’un cheval au galop, ils se firent une bonne idée de la chose… Où qu’ils soient en train de se déplacer, ils allaient y arriver en quatrième vitesse. Ce qui n’enchanta guère le duo qui réalisa qu’ils avaient ainsi encore moins de temps qu’ils ne pensaient pour essayer de retrouver Hjalmar.

    A cause de leur grande vitesse de déplacement, des courants d’air se mirent à souffler tout autour d’eux puisqu’ils étaient à l’air libre. Or, le vent commença à devenir rapidement difficile à supporter. Avec le boucan ambiant de la machinerie couplé à celui des roues en acier qui tractaient le convoi, le duo ne s’entendait pas parler. Après diverses indications et cris à moitié emporté par des rafales toujours plus virulentes, Holger et Sieghilde se dirigèrent alors vers l’avant du convoi et donc le vaisseau miniature le plus proche.

    Sur le chemin, Sieghilde trouva tout de même amusant de voir qu’Holger s’accrochait à son chapeau à long bords comme à sa propre vie. Il était vrai que sans ce dernier, son apparence changeait assez radicalement.

    Une fois arrivé au bout de la plateforme, une porte donnait sur l’intérieur de l’autre vaisseau. Après un court saut pour la rejoindre, ils ouvrirent difficilement la porte rouillée et s’engouffrèrent au plus vite à l’intérieur. Une fois l’accès refermé, le volume sonore diminua radicalement au grand bonheur des deux impériaux. Quelques lumières verdâtres, encore et toujours, illuminaient faiblement la pièce, révélant ainsi diverses caisses et autres cargaisons logistiques. Au loin, ils pouvaient entendre – et même ressentir d’ailleurs – le moteur qui propulsaient toute cette machinerie. Le fait qu’il n’y ait aucun bruit de crapahutage ou de grattement à l’horizon signifiait que s’il y avait d’autres rats à bord, ils ne les avaient pas entendus à cause du fond sonore ambiant. Ils n’étaient donc pas poursuivis.

    Maintenant sûr qu’ils étaient au calme, Sieghilde prit quelques instants pour s’asseoir et nettoyer machinalement ses deux marteaux dorés. Sa course l’avait épuisée, surtout à cause de son armure lourde. Voyant cela, Holger l’accompagna et entreprit de recharger ses armes à feu minutieusement. Savoir prendre des pauses pour mieux attaquer juste derrière était essentiel lorsque l’on ne savait pas où l’on allait et ils n’auraient peut-être pas d’autres occasions de se reposer avant un moment alors autant en profiter. La prêtresse attendit ainsi de sentir son souffle se ralentir calmement avant de prendre la parole.

    « Tout cela, c’est…
    -Surréaliste ? la coupa Holger.
    -Oui, c’est le terme, acquiesça-t-elle. »

    Ni elle, ni l’Ulricain n’arrivait à mettre des mots sur la suite d’improbabilité qu’ils venaient d’expérimenter. Mais leur entrainement militaire et religieux leur permit de garder la tête froide – ou du moins suffisamment pour ne pas paniquer. La prêtresse-guerrière se releva lentement tout en rangeant un de ses marteaux à sa ceinture. Elle balaya ensuite du regard leur environnement.

    « On dirait un convoi vous ne trouvez pas ?
    -Peut-être, mais avec ces hommes-bêtes bizarres, je ne suis sûr de rien. On ne sait même pas ce qu’il y a dans ces caisses.
    -Eh bien, regardons. De toute façon, à moins qu’ils ne s’arrêtent bientôt, Hjalmar n’ira nulle part. »

    Sieghilde s’approche d’un des caissons qui portait un étrange symbole semblable à un triangle dont les bords se croisaient. Maintenant qu’elle y pensait, ce symbole se retrouvait un peu partout sur la machine et elle avait même cru l’apercevoir sur les habits rapiécés des hommes-rats. Avec la pointe à l’arrière de son marteau, Sieghilde força l’ouverture de la boîte. Le bois n’étant pas franchement de bonne qualité, cela faillit briser la caisse entièrement, mais maintenant ils pouvaient voir à l’intérieur. Devant leurs yeux inquiets se trouvait ainsi une multitude d’armes fourrés pêle-mêle dans la boîte en planches. Cela allait des couperets aux têtes d’hallebarde et aux armures de mauvaises qualités ainsi que des pistolets à la forme étrange. Tous portaient un symbole précis, semblable à celui sur la boîte de par sa calligraphie mais en forme d’un R avec une flèche pointant vers le bas. Sieghilde se déplaça vers une autre caisse qui, quand elle l’ouvrit, dégagea une faible lumière verte depuis l’intérieur. Plusieurs fragments de malepierre était incrusté dans diverses armes cette fois.

    « Encore de la malepierre, pesta Holger. Au moins sur ce point ils ressemblent aux autres hommes-bêtes mais en pire. Il y en a partout ici ! Par contre, quand je vois ce qu’ils ont réussi à en faire, c’est franchement inquiétant. Un tel niveau de technologie ne devrait pas être entre leurs mains corrompues.
    -Plutôt d’accord, maugréa Sieghilde qui elle aussi était répugnée par la présence de la pierre maudite. »

    La prêtresse referma la caisse brutalement, ne souhaitant pas être sujette aux effets secondaires étranges dues à une exposition trop prolongée à de la malepierre pure.

    « C’est de l’équipement militaire. Et j’ai bien peur que toutes les caisses ne soient remplis d’autres armes du même genre. J’avais cru voir une dizaine de chariot similaire derrière la machine principale. Ils seraient donc tous remplis de la même manière ?
    -Si c’est le cas, il y a de quoi fournir des équipements à une petite armée… »

    Sieghilde et Holger continuèrent ensuite à traverser le wagon. Ils savaient que Hjalmar était à l’avant du convoi, ils avaient donc juste à traverser le tout pour y arriver. Le duo traversa alors trois wagons remplis de caisses similaires et un qui contenait des centaines de sacs de grains noirâtres et franchement peu ragoûtants. Holger émit l’hypothèse qu’il pouvait s’agit de provisions, une armée a bien besoin de se nourrir après tout.

    Maintenant convaincu que quelque chose de grande ampleur était en train de se produire ici, Holger et Sieghilde se mirent à penser qu’ils avaient vraiment intérêt à faire quelque chose contre. Quel que soit la destination ou l’utilisation possible de ces équipements militaires, cela n’annonçait rien de bon pour l’Empire. Mais tout d’abord, il leur fallait Hjalmar. S’il pouvait avoir un allié en plus tandis qu’ils étaient dans cette mouise, ce serait pour le mieux.


    En arrivant devant la porte du sixième wagon qu’ils rencontraient, Holger ouvrit la porte rapidement par habitude et surtout par agacement parce que ce maudit convoi ne semblait jamais se finir. Or, lorsque le contenu du wagon apparu devant ses yeux, il réalisa qu’il avait peut-être été un peu rapide en besogne. Nulles caisses ou sacs de grains n’étaient présents cette fois-ci, au contraire, ce fut une bonne centaine de paires d’yeux rougeoyants qui les accueillirent avec surprise.

    Les hommes-rats, maintenant retournés vers les nouveaux venus, et le duo se regardèrent longuement, comme ahuris par l’absurdité de la situation.  L’esprit sommaire des hommes-rats finit cependant par prendre le dessus et avec un cri de guerre enragé, ils se lancèrent à l’assaut de la porte comme une seule vermine.

    Par réflexe, Holger attrapa un petit objet à sa ceinture et le lança à l’intérieur du wagon avant de refermer la porte au dernier moment. Sieghilde, qui avait aperçu la vague d’hommes-rats en colère, partit aider le répurgateur à maintenir la porte qui résonna bientôt des coups des occupants de l’endroit.

    « Vous leur avez lancé quoi ? cria Sieghilde.
    -Une bombe incendiaire. » - le répurgateur sembla hésiter, regarda sa ceinture puis releva la tête avec un air légèrement surpris. - « Ah nan merdre. C’était la bombe lumineuse, un cadeau d’un mage d’Altdorf. Je me disais aussi que la mèche prenait mal quand je l’ai mise sur ma bague.
    -Vous êtes sérieux ? Comment on va faire pour s’en débarrasser maintenant ? s’indigna Sieghilde.
    -Déjà on attend, cette bombe prend vingt secondes à s’activer je crois… »

    A l’intérieur du wagon, une effervescence peu commune agitait les skavens qui se fracassaient littéralement contre la porte. Divers coups de dagues et autres objets pointus (dents comprises) étaient utilisés pour ouvrir l’obstacle qui les empêchaient de tuer les choses-hommes. Sans succès pour l’instant. Le chef de la garnison, un guerrier des clans un peu plus grand et mieux équipé que les autres, eu alors une idée – chose rare dont il fut étonnamment fier.

    « Vite-vite ! La porte de derrière, nous pouvons utiliser ! »

    Mais les skavens, toujours pris dans la frénésie vorace qui les habitaient n’entendirent pas l’ordre. Peu d’entre eux se retournèrent alors pour courir vers l’autre côté du wagon à toutes pattes. Mais sur le chemin, ils rencontrèrent un skaven qui regardait un objet rond ésotérique et il semblait perdu.

    « Quoi-quoi est-ce ? »

    L’instant d’après, un gigantesque flash lumineux envahit l’espace.

    Les skavens, détestant la lumière du jour qui agressait leurs yeux habitués à l’obscurité, furent doublement aveuglés par la puissance du flash. Toute une série de couinements de douleur furent alors prononcés. Or, au même moment, plusieurs skavens qui attaquaient encore la porte avaient eu l’idée – décidément ils étaient productifs aujourd’hui - de commencer à tirer dessus avec leurs pistolets ou même leurs lances. Forcément, comme ils devinrent incapables d’y voir quelque chose, presque tous les tirs créèrent des pertes collatérales.

    L’obscurité revenant peu de temps après, les cris de douleurs et les odeurs de fourrures brûlées emplirent à leur tour l’endroit. Les skavens survivants qui attaquaient la porte se retournèrent pour répondre à cette nouvelle attaque dans leur dos et crièrent presque à l’unisson :

    « Traître-Traître ! On nous attaque ! Tuez les traîtres ! »

    Les quelques skavens armés de pistolets regardèrent leurs armes en se demandant bien comment ils avaient pu finir dans cette situation et ceux qui étaient parti rejoindre la porte de derrière furent bien évidemment désigné comme cibles eux aussi. Les deux groupes de skavens commencèrent alors à se tirer allégrement dessus et une bataille rangée débuta dans le chariot peu de temps après. Que ce soit par vengeance ou par instinct de survie, tous les skavens présents se battaient les uns contre les autres et s’entredéchirèrent ainsi jusqu’au dernier.


    De l’autre côté de la porte, Sieghilde et Holger n’avait pas bien compris ce qui venait de se passer. Ils avaient entendu le flash de la bombe puis plusieurs tirs de pistolets qui avaient ostensiblement ratés leurs positions. L’instant d’après, ce qui ressemblait à des bruits de batailles vinrent de derrière la porte. Après deux minutes de cris, de tirs, de tintements métalliques et de cliquetis des griffes sur de l’acier, tout s’arrêta.

    Le duo se regarda en se demandant bien ce qui avait pu se passer et, prudemment et toutes armes dehors, ils ouvrirent la porte du wagon. De toute façon, ils avaient bien senti que personne ne tapait dessus depuis un moment.

    L’intérieur dudit wagon était à présent un véritable bain de sang. Là où se tenaient les guerriers skavens, il ne restait maintenant plus qu’un immonde charnier à moitié dévoré/carbonisé. En entendant un râle, Holger baissa les yeux vers ce qui semblait être le dernier survivant de la boucherie. L’homme-rat était dans un état plus que pitoyable et il rampait lentement vers les impériaux sur ses moignons de jambes. Malgré son état précaire, il avait pourtant la ferme intention de les défenestrer. Or, ce qui ressemblait à des tentatives de menaces de mort ou d’insultes de sa part finirent invariablement couvertes par une toux sanguinolente qui le gratifiait de spasmes douloureux. Le skaven tenta bien de lever une dague avec le peu de force qui restait dans son seul bras restant, mais le poids de la lame finit de casser son os fragilisé et le bras tomba à terre, plié dans un angle peu conseillé pour son fonctionnement normal. En désespoir de cause, l’homme-rat entreprit de donner des coups de museau tout mou dans les bottes du répurgateur.

    En somme, il était aussi menaçant qu’un escargot armé d’un bout de guimauve, mais il essayait très fort d’y croire. Le répurgateur prit presque en pitié la créature et lui cala nonchalamment une balle en pleine tête pour abréger ses souffrances.

    Le silence lourd qui suivit fut finalement brisé par Holger :

    « Bon. Va m’en falloir d’autres de ces bombes, elles marchent plutôt bien en fait. »

    Sieghilde, elle, se demanda sérieusement ce qu’il y avait dans cet engin pour qu’il ait réussi à causer de tels dégâts. Mais la mission passant avant tout, le duo passa au travers du charnier en vitesse et continua son avancée vers le vaisseau principal.


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Kaops
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MessageSujet: Re: La Saga d'Oksilden : Foi Furieuse   Sam 19 Aoû 2017 - 12:33



      Dans le wagon de tête, celui où se trouvait la machinerie qui emmenait tout le convoi, le boucan des moteurs à malepierre était omniprésent. Une dizaine d’ingénieurs du clan Skryre couraient en tous sens, activant des manettes, vérifiant des valves par séries et tapant parfois sur des tuyaux pour qu’ils arrêtent de siffler de façon menaçante. Le ballet ne s’arrêtait jamais, ne leur laissant aucun répit. Or, malgré leurs équipements lourds, les hommes-rats arrivaient à se faufiler dans l’espace rempli de câbles et tuyauteries avec une rapidité impressionnante.  Les figures des skavens, engoncées dans des tenues complètes en cuir dont seuls sortaient leurs fameuses lunettes de protection verdâtres, offraient ainsi un spectacle curieusement captivant.

      Au centre de la salle des machines, qui se situait donc à l’étage supérieur du wagon de tête puisque le rail était ainsi plus prêt, un autre ingénieur supervisait la procédure. Il avait une petite fenêtre devant lui qui donnait sur le tunnel s’étendant à l’avant, mais aussi tout un grand tableau de bord rempli de valves et indicateurs lumineux. De tous les ingénieurs skavens, il était celui qui s’agitait le plus alors qu’il ne bougeait même pas de son siège. A chaque changement de lumière, des manettes étaient baissés et des ordres étaient criés en panique à l’équipe qui travaillait derrière. Il donnait l’impression qu’ils allaient exploser d’un moment à l’autre si ses ordres n’étaient pas effectués à temps et… Par certains aspects, il avait raison.

      Traxki, Grande-dents vermine de choc de son état, regardait avec curiosité le spectacle ésotérique depuis la plateforme située à l’arrière de la salle. Il savait de son seigneur et maître Thyroax que ce convoi était plus un test qu’autre chose. Une sorte d’énième baptême du feu pour prouver son efficacité au conseil et lancer les phases finales de construction des malerails à travers tout l’Empire souterrain. Mais en voyant les ingénieurs de son clan paniquer en permanence pour ne serait-ce qu’empêcher la machinerie d’exploser, il se dit que le projet de MGV (Malerail à Grande Vitesse) était encore bien loin d’être au point. Alors certes, la cargaison n’était pas vitale et si elle était perdue, la perte serait minime, mais si elle arrivait à bon port ce serait une réussite en tout point. Décidément, les grands seigneurs du clan Skryre pouvaient être prévoyant quand il s’agissait de leurs créations. Enfin Traxki l’espérait puisque sa propre vie était en jeu, là.

      La vermine de choc préféra détourner le regard et retourner en bas. Là-bas au moins, le son était supportable… et il ne voyait pas les ingénieurs couiner dans tous les sens. Traxki avait besoin d’un minimum de bonnes nouvelles en ce moment. Et si avoir eu la chance de pouvoir accéder facilement à un relai de ravitaillement du malerail après avoir capturé son prisonnier en était une, se rendre compte qu’il était dans un engin dangereusement explosif était tout le contraire.


      Après avoir descendu les marches en métal, ce qui provoqua tout une série de cliquetis de griffes, le skaven en armure arriva au rez-de-chaussée du wagon de tête. Là, à côté de quelques caisses de cargaison que les membres d’équipage du malerail n’avait pas réussi à caser dans les autres wagons, se trouvait leur prisonnier et ses troupes.

      Ça au moins, c’était une bonne nouvelle. L’embuscade s’était passée à la perfection, les choses-hommes n’y avaient vu que du feu… Mais il commençait à douter des intentions de son maître. Le chose-homme était censé être un mage manipulant les portails et voilà qu’il se retrouvait à transporter un colosse hirsute dans un état pitoyable. Le chef vermine de choc sentit une goutte de sueur passer sur son cou alors que l’idée qu’il ait pu se tromper de cible germa dans son cerveau. Mais Traxki préféra la balayer au plus vite. Ils avaient suivi le chose-homme espion durant des jours et d’après son comportement, il avait trouvé sa cible. Donc, ce devait être le bon !

      Voyant que ses troupes de guerriers des clans le regardaient avec yeux ronds en attendant des ordres, le Grande-dent décida de leur hurler dessus quelques insultes. Histoire de s’assurer qu’ils resteraient en place. Les skavens plus petits s’inclinèrent devant l’homme-rat à la fourrure noire et détalèrent pour faire semblant d’occuper un poste qu’ils imaginaient important. Traxki savait bien que ce n’était que des faux-semblants, mais cela montrait qu’ils étaient prêts à tout pour ne pas mourir. Bien.

      Tout de même, ses vrais guerriers, son régiment de vermines de chocs, lui manquait un peu. Ils étaient bien plus forts et efficaces que cette bande de lâches rejetons d’esclaves et eux au moins, quand ils essayaient de l’assassiner, il y croyait !


      Soudainement, une série de grognements provenant du chose-homme arrivèrent aux oreilles des skavens en présence. Ils tournèrent tous leurs regards vers l’intéressé et dégainèrent leurs armes dans l’instant. Il fallait croire que la stature de leur prisonnier les inquiétait à raison.

Traxki ne comprenait pas la langue des choses-hommes, au mieux des bribes. De toute manière, il trouvait le Queekish bien plus efficace que tout autre langage. Mais là, le chose-homme parlait dans une langue qu’il n’avait jamais entendu. D’ailleurs, il semblait… Discuter avec quelqu’un ? Mais il n’y avait personne qui lui répondait ici…

      La vermine de choc eu alors une réalisation qui le rassura grandement. Le chose-homme devait être en pleine hallucination, comme tous les autres mages ! Traxki en souffla de soulagement, il était bien tombé sur un lanceur de sorts dérangé. Rassuré quant à l’identité de sa cible, la vermine ordonna tout de même que l’on bâillonne au plus vite le chose-homme. Il fallait l’empêcher de lancer une incantation quand même.

Une fois ceci fait, non sans quelque difficulté puisque le chose-homme se débattait assez violemment contre le traitement, Traxki contempla son œuvre avec un regard nouveau. Thyroax allait le couvrir de piécettes de malepierre avec cette réussite. La gloire qu’il allait en tirer allait peut-être même lui permettre de s’acheter un rat-ogre personnel qui sait ?


      Mais alors que Traxki se perdait dans ses rêves de gloire, un skaven arriva derrière le Grande-dents, le museau pointé vers le bas et le reste du corps qui glissait presque sur le sol.

      « Grande-dents ! Des choses-hommes sont sur le mailerail….
      -Quoi-Quoi ? hurla Traxki qui n’apprécia pas d’être sorti de ses rêves par une aussi mauvaise nouvelle.
      -Ils avancent à travers le malerail. Ils sont rapides-vifs, expliqua rapidement le skaven qui tremblotait sur place. Ils ont éliminé les gardes ! »

      Traxki retroussa ses babines de colère, ce qui terrorisa le messager qui réussit l’exploit de s’aplatir encore plus devant lui. La vermine de choc attrapa sa hallebarde aussitôt et se tourna vers ses troupes.

      « La moitié vous venez-suivez-moi ! Les autres restez ici ! Vite-Vite ! »

      Le Grande-dent se retourna, abattit sa hallebarde sur l’impudent qui avait eu l’audace de lui apporter la mauvaise nouvelle et il courut aussitôt vers la porte qui menait aux autres wagons. Il était trop près du but pour que des minables choses-hommes viennent tout faire capoter !

      Mais à peine la vermine de choc et sa garde venait de passer la porte, qu’une série de hurlements déchirants emplirent la salle. Traxki ne l’entendit pas à cause du bruit des moteurs mais, devant les yeux horrifiés des skavens restants, il se passait quelque chose avec le chose-homme…




Retranscription du dialogue prononcé en norse entre Hjalmar et son interlocuteur inconnu. Quelques minutes plus tôt.

      « Bordel je suis où… Que… Des skavens ? Et merdreuh, comment je suis arrivé là ?
      -…
      -Hmm ? Encore là toi ?
      -…
      -Non toujours pas. Et tu m’excuseras mais je suis un peu occupé là.
      -…
      -Comment ça m’« aider » ?
      -…
      -Non !
      -…
      -Parce que je ne veux pas avoir à rembourser une dette à quelqu’un que je connais pas.
      -…
      -Ouais, enfin ça c’est toi qui le dit. Pour le moment, je n’ai aucun souvenir de t’avoir rencontré.
      -…
      -Ce serait un « cadeau » ? Tu te fous de moi ?
      -…
      -Écoute, je n’en veux pas de ton « cadeau » alors tu peux te le garder.
      -…
      -Pas besoin de mon acco… ? Ecoute-moi bien, si tu essaie de faire quoi que ce soit, je vais te le faire payer au centuple, c’est clair ? Alors tu as plutôt intérêt à…Mfrhmfmmg. »

      La conversation s’arrêta aussi sec à cause du bâillon. Deux minutes plus tard, les hurlements commencèrent.




      Deux wagons plus loin, Holger et Sieghilde étaient en train d’avancer à travers un deuxième régiment plus petit de skavens. Ces derniers étant moins bien équipés que les précédents, il ne fut pas bien difficile pour les impériaux de s’en débarrasser. Ainsi, après quelques courtes minutes, les cadavres décharnés des hommes-rats reposaient sur le sol.

      Si Sieghilde s’en tirait à bon compte, son armure de plates ayant bloqué le gros des coups et la laissant ainsi intacte, Holger souffrait quelque peu. Une dague avait réussi à passer la défense tournoyante du répurgateur et ce dernier affichait donc une belle éraflure à la cuisse droite. L’Ulricain l’avait recouverte au plus vite avec un bout de tissu, mais il allait très probablement avoir besoin de quelques sutures…

      « Il y en a encore après ça ? s’exaspéra Holger en tenant sa jambe blessée. Parce que je commence à en avoir assez ! »

      A peine le répurgateur avait-il prononcé ces mots que la porte de l’autre côté de wagon s’ouvrit à la volée sur un homme-rat en armure presque aussi grand qu’Holger ainsi qu’une douzaine de guerriers des clans bien équipés. Le duo impérial reconnut assez rapidement le chef homme-rat et son régiment qu’ils avaient suivi plus tôt. Ils étaient donc sur la bonne voie.

      « Tuez-Tuez ! cria vaguement le chef d’une voix plus grave que ses subordonnés.
      -Oh, mais c’est pas vrai, grogna Holger. »

      Le répurgateur n’attendit pas que ses adversaires s’approchent plus avant pour directement décharger son pistolet sur le premier venu. Un des rats s’effondra alors dans un râle avant de se faire piétiner par ses congénères qui chargeaient.

      Sieghilde partit à la rencontre des hommes-rats et ses marteaux jumeaux filèrent droits malgré la fatigue. Les crânes vaguement protégés des skavens n’opposèrent que peu de résistance devant le jugement de la prêtresse-guerrière qui recula pour laisser son collègue effectuer son œuvre. Leur charge maintenant désorganisée, le marteau-fléau vola à travers la salle et happa plusieurs des hommes-rats qui ne se relevèrent pas.

A l’arrière, le chef criait ses ordres à ses troupes qu’il voyait se faire démembrer avec une facilité déconcertante. Apparemment la charge directe n’avait pas été une bonne tactique étrangement. Qu’à cela ne tienne, se dit-il alors en levant son bras droit. L’ordre de position de tir donné, quatre skavens sortirent leurs pistolets à malepierre et visèrent la mêlée. La vermine de choc abaissa son bras juste après, enclenchant la volée malgré la présence de skavens entre eux et leurs cibles.

      Les balles verdâtres filèrent en tous sens, ricochant parfois sur les murs mais se fichant surtout dans deux des skavens encore aux prises avec Sieghilde et Holger. Leurs poumons étant touchés, ils s’effondrèrent en crachant du sang mélangé avec d’étranges liquides mutés par la malepierre. Mais la mort horrible de ces pauvres hommes-rats n’arrêta en rien l’escarmouche.

      En voyant les tirailleurs recharger dans le fond de la salle et en sentant qu’une dague l’avait gratifié d’une nouvelle estafilade au flanc, Holger décida qu’il en avait assez. Le répurgateur décrocha alors un coup de botte magistral au skaven le plus proche, l’envoyant bouler sur ses congénères juste derrière, et pointa sa main gauche devant lui. L’anneau de rubis à son doigt se mit à briller de plus en plus intensément et vomit un torrent de flammes la seconde d’après. Le déversement infernal envahit l’espace devant le répurgateur, carbonisant sur place les hommes-rats qui avait eu l’imprudence de se placer devant lui dans une cacophonie de cris de douleurs.

      Quelques secondes plus tard, Holger arrêta le flux en secouant sa main gantée, ne laissant derrière les flammes que des tas de chair noircies. Il avait beau y être habitué, la chaleur de l’objet lui causait toujours autant de souffrance après une utilisation prolongée. Le répurgateur se dit qu’il aurait dû garder cet atout dans sa manche encore un peu puisqu’il ne savait pas du tout sur quoi ils allaient tomber après. Mais là, il en avait juste assez et le résultat était satisfaisant.

      « Holger, la prochaine fois prévenez ! fit la voix de Sieghilde à côté de lui. »

      Lorsque le répurgateur regarda la prêtresse, cette dernière venait d’éteindre des flammes qui avaient prises sur des morceaux de tissus apparent sous son armure. Elle lui lançait un regard assassin.

      « Quand je mets mon bras devant moi, ce n’est pas pour faire joli vous savez, rétorqua Holger. Et je vous ferais remarquer que… »

      Un grognement animal coupa Holger dans sa réprimande. Lorsqu’ils regardèrent d’où il pouvait bien provenir, ils remarquèrent avec étonnement que le chef skaven avait survécu. Le guerrier en armure jeta le cadavre brûlé qu’il avait utilisé pour se protéger du flot de flammes à côté de lui. Mais, même s’il était resté en vie, il avait été quelque peu touché par le brasier. Plusieurs parties de sa fourrure affichaient des traces de brûlures et l’homme-rat était clairement en souffrance.

      Cela ne l’empêcha pas d’empoigner sa hallebarde et, rendu fou de douleur, il chargea ses ennemis bille-en-tête. Surpris, Holger ne put qu’esquiver l’arme d’hast qui s’enfonça dans le plancher juste à côté de lui. Tout en continuant à attaquer, la bête vociférait ce qui devait être des insultes à tout va. Sieghilde arriva en renfort et enfonça la cage thoracique du guerrier avec un coup de marteau bien placé. Mais l’armure de la vermine de choc amortit le coup et ce dernier repoussa la prêtresse d’un coup de hampe.

      « Vous frappez de l’armure Sieghilde, visez la tête ! cria Holger qui réarmait son marteau en prévention. »

      Mais le répurgateur n’eut pas besoin d’intervenir cette fois-ci. La prêtresse-guerrière avait pris note du conseil et tout en déviant la hampe de l’arme d’hast de l’homme-rat enragé, son deuxième marteau vint broyer la boîte crânienne de la vermine avec un magnifique arc de cercle. Enfonçant par la même occasion le casque à pointes de ladite vermine dans sa tête avec un bruit peu ragoûtant. Maintenant décédé, la vermine s’effondra de tout son long dans un fracas de métal puant les poils brûlés.

      Essoufflés par le combat, Holger et Sieghilde restèrent sans bouger pendant quelques secondes à regarder le cadavre de l’homme-rat.

      « Ça y est maintenant ? grogna Holger en se tenant le flanc. Ils se sont calmés ?! »

      L’instant d’après, le bruit caractéristique d’une explosion se fit entendre à l’avant du convoi. Le wagon dans lequel il se trouvait eu un soubresaut sous le choc, ce qui déséquilibra le duo.

      « Nan, mais j’en ai ma claque… »




      Quelques secondes plus tôt...

      Dans le wagon de tête, la panique était complète. Non, panique était trop faible comme mot. Horreur. Voilà, c’était le terme.


      Le souffle court, un guerrier des clans remontait quatre à quatre les marches vers la salle des machines. Ses vêtements étaient ensanglantés, mais ce n’était pas son sang. C’était celui des autres skavens qui étaient présents dans la salle avant que… Que quelque chose arrive au prisonnier.
Le skaven survivant lança un œil derrière lui. Mal lui en pris, car à l’instant où il regarda en bas, la grande figure du nordique entra dans son champ de vision en bas de l’escalier. Lentement, le chose-homme se plaça devant les marches et leva les yeux vers le skaven. Son regard était tout simplement froid, deux points gris, tel des lames prêtes à tuer. Les poings gantés du norse gouttaient encore du sang noirâtre des hommes-rats laissant ainsi une trace macabre le long de son chemin.

      De sa voix grave, le chose-homme… Enfin, la chose prononça quelques mots que le skaven ne comprit pas et il commença à monter les marches, une par une, en prenant son temps. Maintenant à deux doigts de voir son cœur exploser à cause de la peur qu’il ressentait, le skaven continua sa fuite désespérée et continua vers la salle des machines avec une ferveur redoublée. En y arrivant, il trébucha en ouvrant la porte de la salle. Ce fut sa dernière erreur.


      De l’autre côté de ladite salle, l’ingénieur en chef se retourna par habitude pour observer le nouvel arrivant qui allait - encore une fois – le déranger dans son glorieux travail. Or, au lieu de reconnaître Traxki ou un guerrier des clans, il vit quelque chose de deux bons mètres en train de saccager ce qui ressemblait vaguement à un skaven contre le mur d’en face de façon répétée.

      Le boucan des moteurs couvrit le vacarme et les couinements de douleurs qui devaient provenir de la victime de la chose, ce qui rendit la scène encore plus atroce par certains aspects. L’ingénieur n’entendit donc pas ce qui se passait, il le ressentit.

      Après quelques secondes, la chose laissa partir le corps disloqué et sans vie du skaven, puis tourna posément son regard vers l’ingénieur en chef. Le sang du skaven en question se glaça. Tout autour, les autres ingénieurs qui s’occupaient du système arrêtèrent leurs tâches au fur et à mesure alors qu’ils se rendaient compte que quelque chose clochait.

      L’ingénieur en chef fit un pas en arrière, puis un autre. Il savait qu’il n’y avait pas de sortie puisque la chose couverte de sang se tenait devant ladite sortie.

      Il fit un autre pas en arrière, le plus loin il était de ces yeux le mieux ce serait. Il fit encore un pas et …*clunk*…

      Subitement perdu, l’ingénieur regarda derrière lui car il venait de sentir qu’il avait poussé quelque chose avec son dos. Le skaven resta ainsi pendant plusieurs secondes à regarder le levier qui était maintenant poussé. Ce levier très spécifique qui enclenchait la séparation progressive des wagons du rail directeur.

      Maintenant obnubilé par ce problème technique majeur, le skaven s’activa alors qu’il était en complète panique. Il appuya alors sur toute une série de boutons et manivelles pour inverser ce processus, arrêter les moteurs, quelque chose qui puisse limiter la casse à venir.

      Il était tellement occupé, qu’il n’entendit même pas les autres ingénieurs mourir. Tellement d’ailleurs, qu’il ne l’entendit pas arriver derrière lui.




      « Ils ne sont pas croyables ces foutus hommes-bêtes, bougonna l’Ulricain.
      -Holger…
      -Ils t’inventent des saloperies pas possibles, sont tellement nombreux que tu as l’impression que ça ne sert à rien de les tuer et maintenant ils nous sortent des explosions ?!
      -Holger ! cria Sieghilde.
      -Quoi ?! hurla le répurgateur à bout de nerfs.
      -Cours !! »

      L’ulricain se retourna vers Sieghilde, surpris par la demande de sa congénère. Mais en regardant derrière elle, par la porte encore ouverte, il comprit aussitôt pourquoi.

      Au loin, à l’arrière du convoi, un des wagons venait de disparaître de son champ de vision avec un *clang* plutôt significatif qui indiquait que les poutres de soutien venaient de lâcher leurs prises. S’ensuivit le vacarme assourdissant que produisent plusieurs tonnes d’acier quand elles rentrent en contact avec le sol à grande vitesse. A peine, Holger avait-il eu le temps de comprendre ce qui se passait, qu’un deuxième *clang* suivit et qu’un autre wagon disparut dans les ténèbres du tunnel.

      Sieghilde attrapa l’épaule d’Holger et le remit dans le bon sens l’instant d’après. Elle n’eut pas à lui demander une deuxième fois de courir à toute jambes vers l’avant du convoi. Leur course effrénée les amena ainsi jusqu’au wagon précédent celui de tête. Or, ils se rendirent aussi compte du fait qu’ils n’arriveraient jamais à atteindre leur destination à temps. S’ils se souvenaient bien du nombre de wagons et en comptant les *clang* successifs, eh bien, ils allaient bientôt tomber avec le reste.

      Holger et Sieghilde restèrent ainsi à l’extérieur de ce second wagon et tentèrent de trouver dans l’obscurité une quelconque voie de sortie. Leur vitesse de déplacement avait diminué étonnamment, de même que l’intensité du bruit des moteurs. Lorsqu’Holger jeta un regard vers le wagon de tête, ce dernier fumait plutôt abondamment et, sans prévenir, cracha un corps vaguement semblable à un rongeur par une de ses parois.

      « Hjalmar a l’air réveillé, cria Holger par-dessus les hurlements du vent.
      -Il ira bien alors ! lui lança Sieghilde en retour. Pour le moment, il y a une rivière en bas ! »

      Holger baissa les yeux et, en les plissant suffisamment, il s’aperçut que les lumières du malerail se reflétait effectivement sur quelque chose avec un air moins solide que le reste des murs. Apparemment, l’engin était en train de passer au-dessus d’une rivière souterraine.
      *clang*
      Cette fois, c’était le wagon qui se trouvait juste derrière eux qui venait de partir tenter sa chance avec un atterrissage forcé en contrebas. Malheureusement pour lui, si le vol fut de toute beauté, la réception fut fracassante.

      Holger regarda Sieghilde puis le wagon de tête. Ils avaient été si près du but tout de même… Et ils sautèrent.


      Les impériaux eurent plus de chance que les wagons précédents. Leur réception fut certes brutale, mais au moins ils s’en tiraient à bon compte, la rivière étant assez profonde pour amortir leur chute. Holger refit surface bien vite. Ses vêtements en cuir ne prenaient pas réellement l’eau et ne s’alourdissait donc pas de trop, ce qui facilitait ses déplacements.

      Le courant était suffisamment calme pour qu’il permette à l’impérial de rester à flot sans trop de difficulté, mais avec l’obscurité Holger n’y voyait plus rien. En haut, il vit disparaître le malerail et ses rares lumières disparaître dans un autre tunnel. S’ensuivit un autre *clang* puis une myriade clinquante d’acier détruit. Ainsi s’éteignit le monde autour de lui.

      Mais, maintenant qu’il ne voyait plus rien, le répurgateur réalisa quelque chose. Sieghilde n’avait pas donné signe de vie. Elle était en armure de plates avec deux marteaux de guerre à sa ceinture… Et pour autant qu’il s’en souvienne, elle ne savait pas nager.

      Rongé par l’inquiétude, Holger plongea immédiatement, chose facilitée par ses équipements d’ailleurs, et il chercha à tâtons quelque chose qui pouvait s’apparenter à la prêtresse-guerrière. Les parois du lit de la rivière étaient lisses après toutes ces décennies d’écoulement, elle n’avait donc pas pu s’y accrocher. Mais à part de la roche, des morceaux de métal et de l’eau cristalline, rien ne semblait se présenter. Bon sang, si seulement il avait pu voir dans ce foutu tunnel !

      Comme pour répondre à sa demande, une lumière vive l’aveugla presque. C’était les deux marteaux dorés de Sieghilde. A peine avait-elle touchée l’eau, que la prêtresse-guerrière avait entamé mentalement une série de prières à son dieu tutélaire. Comme les mots n’étaient pas prononcés, l’effet était réduit, mais le peu de lumière produit indiqua au répurgateur où la trouver dans cet océan obscur.

      Holger nagea aussi vite que possible jusqu’à la prêtresse qui se débattait pour tenter de remonter à la surface, mais en vain. Son armure pesait tout simplement trop lourd. Quand l’Ulricain l’attrapa, Sieghilde était en train de perdre ses forces par manque d’air. Mais, maintenant qu’ils étaient deux, ils parvinrent à remonter momentanément. La prêtresse respira bruyamment en crachant à moitié de l’eau une fois à la surface. Elle se débattait de tout son être pour sortir de l’eau, mais comme elle ne savait pas comment s’y prendre elle gênait Holger plus qu’autre chose. Ce dernier faisait d’ailleurs tout son possible pour les maintenir à flot, mais ils finirent par replonger l’instant d’après.


      Les marteaux de Sieghilde s’éteignirent peu après et l’obscurité reprit ses droits. La prêtresse-guerrière ne fit que se débattre encore plus, la panique envahissant son esprit alors que son désir de survivre se faisait plus fort que tout. Le lit de la rivière était glissant, il n’y avait aucune prise. Elle sentait bien Holger qui tirait de toutes ses forces pour la ramener, mais elle était trop faible pour l’aider. Sieghilde ne savait pas quoi faire. Elle sentit la rivière la happer à nouveau. Son raisonnement ne pouvait plus l’aider, elle pensait trop à survivre pour réfléchir alors que l’adrénaline et la peur la poussait dans ses derniers retranchements. L’espace autour d’elle lui sembla de plus en plus sombre et ce malgré l’obscurité déjà omniprésente…
Puis, une sensation lui fit retrouver ses esprits. Elle venait de toucher quelque chose avec son bras. Quelque chose de rugueux. Du bois. Des planches pour être exact.

      Se focalisant sur ce détail de tout son être, Sieghilde s’agrippa et tira. Holger dû s’en rendre compte lui aussi puisqu’il l’avait lâchée d’une main. Le courant essaya de les emporter, mais heureusement pour eux, le poids de leurs équipements les maintenait presque collé à la paroi de planches. Après d’interminables secondes, l’eau s’ouvrit enfin sur de l’air. D’ailleurs, maintenant qu’elle le remarquait, il y avait un peu de lumière à vrai dire. Pas grand-chose évidemment, mais assez pour voir que la rivière semblait avoir été prolongée par un pont d’environ huit mètres. L’eau s’écoulait sur cet aqueduc surprenant et continuait de l’autre côté de la caverne. Mais d’ailleurs, cette caverne, d’où sortait-elle ?
      En relevant la tête après avoir craché l’équivalent d’une ration d’eau pour une semaine - du moins c’est l’impression qu’elle en avait - Sieghilde vit qu’Holger s’était juché sur la paroi de l’aqueduc et regardait en contrebas. La prêtresse-guerrière enleva les cheveux trempés qui recouvraient son visage et, tout en essayant de se sécher le visage, monta à ses côtés pour voir de quoi il en retournait.
      A l’instant même où elle regarda en bas, son cerveau capta enfin les sons qu’elle avait involontairement ignorée jusque-là. Enfin, si on pouvait appeler son le bourdonnement discontinu et impressionnant de par son envergue qui était produit par l’armée d’hommes-rats.


      En contrebas, donc à environ une cinquantaine de mètres d’eux et devant leurs yeux progressivement horrifiés, des centaines ou plutôt des milliers d’hommes-rats avançaient en rythme. Sur des intonations de *Schlik*… *Tchak* qui se répétaient en boucles par presque tous les skavens en présence, l’armée avançait ainsi au pas. C’était comme voire l’ordre de marche classique d’une armée impériale avec ses « Ein…Zwei » répétés, mais en plus grotesque, en plus nombreux et en plus effrayant aussi.

      Maintenant qu’elle le réalisait, la prêtresse vit que la caverne était immense. Ridiculement titanesque même. Ils étaient tellement haut qu’elle avait l’impression de voir une armée de fourmis arpenter le sol plus bas. Mais elle ne pouvait pas s’imaginer les dégâts qu’une armée pareille pourrait infliger. D’ailleurs, il était surréaliste qu’une troupe pareille puisse exister et cela rendait la réalisation de son existence encore plus inquiétante.

      En regardant autour d’elle, Sieghilde vit que les parois de la caverne étaient étonnamment droites par endroit. Plusieurs éboulements avaient vraisemblablement déjà eu lieu, mais dans l’ensemble on voyait qu’un travail d’excavation impressionnant avait été mis en place. C’est alors qu’elle vit la grande statue de nain presque mise à bas qui trônait contre un des murs non loin. La prêtresse réalisa alors qu’ils étaient dans une des voies anciennement utilisées par les nains, un passage abandonné de l’Undgrin Ankor. Ces maudits hommes-rats l’utilisaient donc pour se déplacer ainsi à travers l’Empire ? Peut-être plus loin encore…

      « Sieghilde, prépare-toi à replonger, lança Holger à sa gauche.
      -Hein ?
      -Il est hors de question qu’ils s’en tirent. »

      Quand la prêtresse-guerrière regarda son collègue, ce dernier était en train d’enlever la mèche d’une de ses bombes artisanales dont il avait le secret. Holger jeta le bout de corde au loin et balança la bombe en contrebas sur l’échafaudage qui maintenait l’aqueduc. Le répurgateur ayant bien visé, la bombe se coinça sur une série de planches. Puis, après un regard à Sieghilde, il pointa avec son bras gauche et activa sa bague sur les poutres environnantes. La flambée fut de courte durée, l’objet ayant encore besoin de se recharger depuis sa dernière utilisation, mais elle fut suffisante pour faire prendre feu à une partie de la structure. Les flammes n’allaient pas faire beaucoup de dégâts au tout. Par contre, la bombe qui se faisait maintenant lécher par lesdites flammes, c’était une autre histoire.

      Le duo plongea immédiatement et se laissa emporter par le courant tout en essayant de se garder à flot autant que possible. Quelques secondes plus tard, l’explosion survint, brisant les soutiens de l’aqueduc qui s’effondra sur l’armée en contrebas. De tonnes d’eau, de bois et de roches emportées au passage tombèrent ainsi sur les troupes skavens qui ne purent que couiner de peur devant cet évènement imprévu qui vira rapidement à la catastrophe.

      Or, ces couinements horrifiés, Sieghilde et Holger ne purent les entendre à cause du courant qui les emportait encore. La source de la rivière étant redirigée sur leurs ennemis, ils s’étaient dit que l’eau finirait par se tarir et qu’ils pourraient ainsi continuer leur exploration en sécurité. Mais ce qu’ils n’avaient pas prévu, c’était que la sortie de la rivière souterraine soit aussi proche. Ils ne la virent pas arriver car, de leur point de vue et avec la nuit, aucune lumière ne pointait au loin. Ainsi, la paroi rocheuse recracha les impériaux surpris avec force, les envoyant tomber avec fracas et forces éclaboussures dans un lac en contrebas avec les derniers écoulements de l’ancienne rivière.

      Ballotés dans tous les sens par ce qui restait du courant, le duo ne se rendit réellement compte qu’ils étaient à l’air libre que quand ils purent apercevoir les étoiles percer à travers la voute céleste… Et aussi quand ils remarquèrent avec bonheur que les odeurs infectes des souterrains des hommes-rats avaient été remplacées par un doux parfum champêtre.

      Mais le duo ne cria pas encore victoire, ils étaient toujours en plein milieu d’un lac où ils n’avaient pas pied. Holger aida ainsi Sieghilde à sortir du petit lac en la tractant jusqu’à la berge. Ce fut une tâche éprouvante pour le répurgateur qui était épuisé et blessé, mais il donna tout ce qu’il put pour enfin sentir le sol sableux sous ses pieds.

      Une fois cela fait et maintenant en sécurité, Holger fit quelques pas pour sortir de l’eau et s’effondra lourdement dans l’herbe non loin en soufflant comme un bœuf. Sieghilde, elle, arriva à peine à se relever et elle finit bien vite à genoux, ses jambes étant flageolantes après tant d’efforts.
Ils restèrent donc là, dégoulinant d’eau, pendant de longues minutes à tenter de reprendre leur souffle alors que leurs membres en feu leur tiraient des grimaces de douleur. Ils n’avaient pas la moindre idée d’où ils pouvaient bien se trouver, mais en cet instant ils s’en fichaient pas mal. Après tout, ils avaient survécu à tout ce foutoir et causé au passage la mort d’un bon paquet d’hommes-rats, c’était bien suffisant pour l’instant.

      Il leur fallut un bon quart d’heure avant de pouvoir se remettre en marche, éclairés faiblement par Mannslieb et Morrslieb qui teintaient ainsi d’argent et de vert la campagne environnante. Tandis qu’ils observaient les environs à la lueur des deux lunes, ce qui frappa bien vite le duo était qu’ils étaient apparemment… entourés de roches ? Quel que soit la direction où ils regardaient, au loin, des sortes de pics escarpés gigantesques projetaient une ombre qui cachaient les étoiles, formant ainsi un horizon circulaire dans le ciel qui semblait les encercler. Mais au vu des tâches de lumière régulièrement placées au sommet de ces montagnes, cela ressemblait plutôt à un grand cratère large de plusieurs kilomètres. Holger en déduisit qu’ils étaient arrivés dans le fameux cratère de Talabheim et que ce cercle de montagnes qu’ils devinaient ainsi au loin devait être le Taalbastion. Les lumières devaient provenir du système de murailles défensives qui avait été mis en place par-dessus. En montant sur une colline non loin, la vue grandiose sur la capitale du grand duché du Talabecland confirma cette hypothèse. Avec la nuit, elle ressemblait à des myriades de lumières accrochées au flanc de la montagne.

      De là où ils étaient, ils pouvaient même apercevoir le Chemin du sorcier, la seule porte d’entrée et de sortie du Taalbastion qui était connue à travers tout l’Empire. Sieghilde, qui ne l’avait jamais vu auparavant, compris bien vite l’origine de sa renommée. Sortant de la ville, il serpentait sur le flanc de la montagne la plus proche jusqu’à son sommet. Sur ce dernier, une énorme fortification servait de grande porte pour la cité. L’ouvrage était démesuré par sa taille et il sembla à Sieghilde que même les bâtiments les plus imposants d’Altdorf n’étaient que des maquettes miniatures en comparaison.

      Après avoir contemplé la vue à couper le souffle, Holger et Sieghilde, qui d’ailleurs étaient toujours trempés jusqu’aux os, se regardèrent mutuellement. Ils avaient eu de la chance de trouver cette rivière souterraine, mais comment pouvaient-ils être ainsi arrivés aux abords du Taalbastion ? La machine des hommes-rats leur avait donc fait traverser plus d’un quart du Talabecland en si peu de temps ? Comment l’équivalent de huit jours de halage pouvait avoir été effectué en quelques heures ? Devant cette réalisation, le duo frissonna en imaginant le potentiel d’un tel engin en termes de logistique militaire mais ils se reprirent bien vite en se disant que la machine avait été détruite en bonne partie.

      D’après la position de la ville, ils étaient au sud-ouest du cratère et il allait probablement leur falloir une bonne heure de marche avant d’arriver jusqu’à ladite cité. Déterminé, le duo se mit alors en marche malgré la fatigue qui les handicapait pourtant dans leurs mouvements. Ils avaient certes besoin de se reposer et de se nourrir rapidement, mais ils pensaient surtout à chercher des renforts. Quelque chose se tramait dans les souterrains sous la ville et ils étaient bien décidés à l’arrêter.


      Quant à Hjalmar, eh bien, s’il était toujours fidèle à lui-même, il allait sûrement faire parler de lui bien assez tôt.

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