Le Royaume de Bretonnie
Bienvenue en Bretonnie, manant(e) ! N'oublie pas, avant toute chose, de te présenter selon le Sainct Patron de Présentation dans la section prévue à cet effet : http://labretonnie.forumactif.com/t1-presentation-voici-le-patron-que-vous-devez-suivre



 
AccueilFAQRechercherS'enregistrerMembresGroupesConnexion

Partagez | 
 

 Dans l'ombre de l'étoile [TEC]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Kaops
Chevalier de la Quête


Nombre de messages : 355
Age : 22
Localisation : Norsca
Date d'inscription : 24/12/2012

MessageSujet: Dans l'ombre de l'étoile [TEC]   Dim 3 Avr 2016 - 14:55

Bien le bonjour membres du foroume bretonnien! Je continue à suivre mon imagination pour vous offrir ma dernière création littéraire. Le ton est plus sérieux et l'histoire est sans lien avec le précédent récit. Comme d'habitude, je vous posterais la version forum dans les posts suivants alors que la version pdf sera misa à jour ici-même:

Dans l'ombre de l'étoile

Sur ce je vous souhaite une bonne lecture!  study





NB: Le travail présenté ici n'est pas encore terminé, j'en suis peut-être à la moitié de l'histoire. Mais le contenu créé est selon moi assez solide pour être posté.
Je précise tout de même que je moque gentiment de certains détails de Age of Sigmar par moments par le biais d'un personnage, mais ce n'est pas le but principal du récit.


Dernière édition par Kaops le Jeu 23 Juin 2016 - 14:50, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Kaops
Chevalier de la Quête


Nombre de messages : 355
Age : 22
Localisation : Norsca
Date d'inscription : 24/12/2012

MessageSujet: Re: Dans l'ombre de l'étoile [TEC]   Dim 3 Avr 2016 - 15:13

Dans l’ombre de l'étoile



Intéressons-nous à notre histoire qui se déroule en l’an de grâce 2519 d’après le calendrier impérial. Nous sommes dans la ville fortifiée de Jeantennois dans le nord du duché bretonnien de Gisoreux.

D’ailleurs, coïncidence amusante, celle-ci commence comme l’univers : par une explosion.


     Le projectile enflammé atteignit sa cible dans un craquement tonitruant. Des gerbes de flammes illuminèrent la nuit en se répandant sur le mur pour en lécher avidement sa surface. Mais les remparts tirent bon. Ce n’était pas le premier tir qu’ils encaissaient mais, selon les défenseurs, celui-ci était définitivement trop près du haut des remparts. Certains avaient eu la moustache roussie par la déflagration. Mais là encore, ce n’est pas cela qui arrêtera les hommes d’armes. Leur seigneur leur avait donné l’ordre de tenir le mur et ils le tiendront… Du moins pour le moment, jusqu’à ce que leur instinct leur rappelle de fuir.
     Une échelle se posa sur le mur d’enceinte, suivie par plusieurs autres. Les hommes d’armes soupirèrent et mirent leur hallebarde en position pour les renverser. Il fallait faire vite. Si le moindre maraudeur arrivait à passer, c’était des unités autrement plus lourdement armées qui lui emboiteraient le pas. Et ça, les soldats bretonniens ne pouvaient pas se le permettre.
     La bardiche coincée sur l’échelle, on prend bien appui sur le sol et on pousse. Une manœuvre fastidieuse qui ne fait gagner que quelques secondes. Mais ces dernières sont bien trop précieuses pour être gâchées. La seule satisfaction de la tâche est de quelquefois entendre le cri apeuré d’un guerrier sur l’échelle qui tombe à la renverse.
     Ailleurs sur les remparts, la situation n’était guère meilleure. Toute la section ouest était attaquée. Les hommes d’armes tiraient ce qu’ils pouvaient sur les assaillants agglutinés en bas. Les arbalétriers et archers faisaient pleuvoir des traits, enflammés ou non. Quelque fois, une bouteille remplie d’alcool à laquelle on mettait le feu se brisait en bas, une technique kislévite qui avait fait ses preuves. Le flash de lumière ainsi produit donnait involontairement un léger indice sur ce qui grouillait en bas des murs. Et les hommes d’armes avaient vite apprit qu’il valait mieux ne pas regarder dans ces moment-là. Car entre deux nordiques enragés, on pouvait apercevoir des formes humaines énormes qui attendaient patiemment une brèche.  Les guerriers du chaos étaient restés en arrière durant une grande partie du siège. Probablement pour limiter les pertes. Mais ça, les soldats bretonniens n’en avaient cure. Ils étaient loin d’eux et c’est tout ce qui comptait.

     Un nouveau projectile fendit l’air pour cette fois exploser sur le chemin de ronde, fauchant plusieurs soldats avec lui. Les nordiques profitèrent de l’occasion pour poser une échelle et passer en force. Des soldats se ruèrent sur cette faille dans la défense des murs pour les repousser, mais une demi-douzaine de maraudeurs avait déjà posé pied sur les fortifications. En formation, les hommes d’armes avançaient prudemment, la bardiche en avant pour empêcher les guerriers du nord de se déployer.
     Mais ces derniers, enivrés par le fait d’avoir réussi à passer, chargèrent le mur de lances sans considération. Les premiers finirent empalés sur les hallebardes, laissant ainsi le champ libre aux autres pour passer. Les bretonniens tirèrent leurs haches, faucilles et autres ustensiles en se cachant derrière leurs pavois pour les repousser.
     Alors que le combat faisait rage, les défenseurs bretonniens entendirent une voix forte s’élever dans la nuit. Le genre de voix rauque du vieux briscard passablement exaspéré de voir les jeunots faire n’importe quoi.
     « Georges ! Bordel, ton jeu de jambes ! »
     La voix, teintée d’un léger accent impérial, provenait de la ville. Plus précisément de la terrasse d’une auberge qui donnait sur les murailles. Un homme y était en train de siroter une choppe, assis confortablement sur sa chaise. Les pieds posés sur la rambarde.
     La barbe grisonnante suffisamment taillée pour ne pas paraitre désordonnée. De longs cheveux ramenés en arrière. Un long manteau de cuir doublé d’une cotte de maille pour se protéger des coups autant que des éléments. Une épée accrochée à son flanc droit et un espadon dans le dos. Quelques sacoches pour ranger du bordel. Un pistolet chargé à portée de main. Et un air renfrogné permanent à cause d’une cicatrice à l’arcade sourcilière. Varen Richter était une illustration vivante du bon petit mercenaire en somme.
     Alors qu’il promenait son regard sur le groupe de soldats bretonniens tel un maître d’armes devant ses élèves, il jeta son dévolu sur l’un d’eux :
     « Eh, celui qui a presque plus de dents ! invectiva-t-il … Non celui plus à gauche ! Voilà. Ben, tu tiens ton marteau comme une brêle. Il ne va pas te mordre, alors tiens-le vraiment et pas du bout des doigts. »
     Et il reprit son analyse des combattants, sans plus se soucier du précédent. Le manège continua ainsi pendant quelques minutes.
     Les bretonniens  avaient déjà du mal à se battre contre des nordiques enragés, ils étaient donc passablement énervés de devoir en plus supporter les reproches d’un ancêtre qui se la coulait douce en contrebas.
     « Si t’veux bien t’donner la peine de nous montrer comment q’tu fais le vieux, on en s’rait ravis ! s’énerva l’un des soldats alors qu’il repoussait un norse d’un coup de pavois.
     -J’y étais hier sur les remparts ! Je suis plus tout jeune tu sais, faut que je me repose ! Et si je monte et que j’en tue un paquet, je deviens une cible et vous avec, répliqua simplement Varen. De plus… » Le mercenaire dégaina un pistolet et mit en joue le soldat bretonnien. Ce dernier recula par réflexe pour se heurter à quelque chose de bien trop solide pour être un de ses camarades. En levant la tête, il ne rencontra que le regard vide et sans pitié d’un guerrier du chaos. Le chaotique agrippa au col l’homme d’arme qui en lâcha son arme de terreur. La lourde hache de guerre du nordique se mit en position pour frapper.
     Terrorisé, le bretonnien n’entendit même pas la détonation de l’arme à feu dont le projectile frappa le guerrier en pleine tête. Le nordique s’effondra en arrière sans émettre un seul bruit. « … J’ai une meilleure vue d’ici. » reprit la voix de l’impérial.
Le soldat bretonnien n’eut même pas envie de relever le fait que l’utilisation des armes à feu était interdite en ces terres. Sa joie d’être en vie était bien trop forte. Varen soupira et rechargea son arme tranquillement.
     Mais alors qu’il remettait son pistolet en place, un bruit singulier retint son attention. Celui d’une corde de machine de siège qui se détend brutalement. Suivit par celui d’une boule de feu qui vole dans sa direction. Par pur réflexe, il prit appui sur la rambarde et se mit à l’abri sous le toit en glissant avec sa chaise. Le mercenaire étouffa un grognement quand une vieille blessure à la jambe se réveilla. Le projectile frappa le bâtiment peu de temps après et rebondit sur le toit pour venir s’écraser dans la rue, emportant un morceau de toiture avec lui.
     Le danger passé, Varen rapprocha à nouveau son siège des restes de la rambarde. Il récupéra sa choppe sur la table, enleva les quelques flammèches qui avaient prises dessus, et sans plus attendre s’adressa à un autre soldat.
     « Mais ce n’est pas possible, j’arrête de regarder deux secondes et tu recommence à faire n’importe quoi ! Tu vas te faire estourbir à ce rythme ! » Un cri strident retentit alors, suivit d’un bruit sourd sur le sol en bas des murailles. « Ben tiens, qu’est-ce que je disais. » marmonna Varen dans sa barbe.

     Après d’âpres échauffourées, les bretonniens finirent par reprendre l’avantage et la bataille s’arrêta peu après. Les serviteurs du chaos devaient en avoir assez eu pour aujourd’hui. On pouvait voir l’aube commencer à poindre au loin même si le soleil levant était presque caché par les nuages de pluie qui s’approchaient. De son côté, Varen était repartit vers la chambre qu’il avait louée dans l’auberge. Il n’avait pas dormit de la nuit et un peu de repos ne ferait pas de mal se disait-il. Alors qu’il s’installait dans le lit et que la fatigue l’envoyait sur les fleuves du sommeil, il se mit à se demander combien de temps il faudrait avant que le soldat en armure ne sorte de sa chambre.
     « Vous comptez restez là longtemps ? finit-il par demander.
     -Aussi longtemps qu’il faudra pour que vous compreniez qu’il va falloir me suivre, maître Richter. Le seigneur Gyronand vous demande.
     - Et quand le seigneur demande, il vaut mieux obéir je suppose ? ironisa Varen.
     -C’est préférable, à moins que ne préféreriez être jeté par-dessus les murailles, dit laconiquement le garde. Avec de la chance, ils vous laisseront peut-être dormir en paix de l’autre côté.
     -C’est une idée du seigneur ça aussi ?
     -Ouais. »
     A contrecœur, Varen se releva de sa couchette et se mit à suivre le garde qui lui montrait la voie à suivre.


     La pluie automnale avait commencée à tomber. Elle nettoyait les murailles du sang des guerriers tombés, mais elle rendait aussi les rues boueuses. Du coup, les bottes de cuir accrochaient sur le sol malgré les pavés. Mais cela ne gênait pas Varen. Il avait l’habitude de finir trempé. Et puis, sur un champ de bataille, un peu d’eau, c’est le cadet de vos soucis. L’impérial voyait des gouttes d’eau de plus en plus nombreuses couler le long de son manteau alors que l’averse s’intensifiait. Un rapide regard vers le ciel couvert lui indiqua qu’elle allait durer un moment.
     Varen remarqua que le garde l’attendait plus loin, il pressa donc le pas pour le rejoindre. Tandis qu’ils traversaient les rues de la ville, on pouvait, juste en regardant autour, voir à quel point le siège qui durait depuis deux semaines pesait sur la pauvre ville. Jeantennois n’était absolument pas préparée à un tel blocus. Cette partie de la région de Gisoreux était relativement peu sujette à ce genre de problème puisque le dernier siège s’était tenu il y a plus de 200 ans. Les rues se remplissaient déjà de badauds errant en quête de nourriture à économiser ou d’alcool à dilapider. Le moral ambiant n’était donc pas vraiment au beau fixe, surtout depuis que la solitude s’était installée.
     La majorité des habitants avaient évacués la ville quand les premiers chaotiques sont arrivés. Femmes, enfants et vieillards qui ne pouvaient pas se battre laissèrent derrière eux des maris et des frères inquiets. Et malheur à ceux qui n’étaient pas sur les murailles, car si leur aide en logistique était précieuse, l’ennui et le souvenir encore frais de leurs proches ne tardaient pas à les tarauder.  En revanche, le moral de l’impérial était un brin meilleur. Selon lui, il valait mieux ne jamais trop penser au futur, car pour un soldat il est rarement réconfortant. Et le mercenaire ne s’en portait pas plus mal.

     Varen se reconcentra sur sa route.

     Le chemin vers le château était relativement long et complexe. Une bonne et mauvaise idée de l’architecte car si cela rendait la tâche plus ardue aux attaquants, les échanges vers les quartiers supérieurs étaient plus difficiles.
La ville était néanmoins bien agencée. Bâtie sur un flanc de colline, la ville formait un croissant de lune et les attaques ne pouvaient venir que du nord et de l’ouest. Les autres directions étant impraticables car bloquées par les affleurements rocheux. Différents quartiers avaient été créés et étaient séparés avec de plus petites murailles qui couraient à travers la ville telles d’énormes serpents de pierre immobiles. Une bonne idée pour empêcher une invasion de se propager, mais qui limitait aussi les mouvements des troupes dans la ville.

     Après un bon quart d’heure, Varen et le soldat arrivèrent dans le quartier noble de la ville, aux alentours du donjon. Comme Varen était resté près des murailles depuis le début du siège, il n’avait donc jamais mis les pieds dans les quartiers supérieurs de la ville. Quelle ne fut pas sa surprise de voir alors que les nobles ne semblaient pas réellement gênés par la situation précaire dans laquelle ils se trouvaient. Ils se baladaient autour du château en s’abritant de la pluie, riant et s’amusant. Au point que Varen commença à se demander s’il était toujours dans la même ville.
     Le mercenaire jeta un regard méprisant à l’encontre de ces sots qui ignoraient complétement le sacrifice des soldats sur les murs. Si ces derniers voyaient un tel spectacle, voyaient pour quoi ils se battaient, ils abandonneraient probablement le combat…Serrant les poings, le mercenaire se retenait de leur expliquer sa façon de penser.
     Heureusement pour les nobles, Varen arriva aux portes du château peu après. Une fois examiné rapidement par les gardes en faction, il fut autorisé à rentrer. Varen en profita pour s’ébrouer un peu, enlevant ainsi l’eau restante sur son manteau et ses cheveux. Même s’il s’attira les regards désapprobateurs de quelques serviteurs qui passaient par là, il n’en avait cure.
     Alors que le garde l’accompagnait dans le dédale de couloir du petit château, Varen put contempler au passage une des tapisseries qui représentaient le seigneur Gyronand. Elle montrait un homme d’un âge avancé à la barbe taillée. Le regard noble et l’épée à la main, il mettait en avant son passé guerrier. La tapisserie était un peu trop richement décorée au goût de Varen. Pour lui les peintures à l’huile impériales avaient un cachet supplémentaire.
     Mais, curieux de savoir pourquoi il avait été appelé en ces lieux par le seigneur local, il continua dans les couloirs. Quelques détours plus loin, Varen et le garde arrivèrent finalement devant une grande porte en bois qui devait probablement être celle de la salle du conseil. Les gardes en faction regardèrent Varen et, d’un hochement de tête martial, lui demandèrent s’il était prêt. Le mercenaire leur répondit silencieusement lui aussi et les gardes ouvrirent les portes en grand pour qu’il puisse passer.
     « Varen Richter, messeigneurs ! » cria le garde à l’assemblée puis il rebroussa chemin et referma la porte derrière lui.
     Varen se retrouva devant une vingtaine de personnes regroupées autour d’une table. Chevaliers, connétables et même une demoiselle du Graal regardaient avec curiosité le nouveau-venu. Ils étaient regroupés autour d’un énorme plan de la ville. On pouvait y voir des pions en bois qui représentaient les troupes en présence. Parmi tous ces nobles, Varen détonnait clairement avec son armure en cuir usée alors qu’ils arboraient des armures de plates finement polies ou de la soie brodée avec des motifs complexes. Il se sentait comme un vieil ours arrivé par erreur dans un magasin de porcelaine.
     « Ah ! Vous voilà enfin ! » s’exclama un homme de l’autre côté de la table. Par ses habits relativement riches et sa position avantageuse dans le conseil, Varen se dit qu’il devait être le seigneur Gyronand. Le mercenaire retint une réflexion à propos du fait que le seigneur n’était plus vraiment la copie exacte des tapisseries affichées un peu partout dans son fief… Un peu bedonnant et des rides lui lacérant le visage, le seigneur ne semblait pas au meilleur de sa forme. Même s’il restait néanmoins un solide gaillard tout à fait capable de se battre.
     « Dès que j’ai eu vent de votre présence en ces murs j’ai immédiatement envoyé vous chercher, continua le seigneur.
     -C’est trop aimable, dit Varen. Je ne pensais avoir une telle réputation.
     -Détrompez-vous, fit la damoiselle. Vos exploits de batailles et les services que vous avez rendu au duché ne sont pas passés inaperçus.»
     La damoiselle du Graal, bien que menue en comparaison avec les autres convives, possédait une sorte de présence presque surnaturelle. Où qu’elle soit, elle semblait irradier d’un quelque chose que les autres n’avaient pas. Ses longs cheveux bruns étaient ramenés dans une coiffe sobre, faisant ainsi ressortir les traits fins de son visage. Ses yeux verts semblaient regarder au-delà de la simple apparence physique, amplifiant ainsi l’impression de sagesse qu’elle dégageait. Varen mit quelques instants à se détacher de la vision enchanteresse qu’elle représentait. Le seigneur sembla perturbé par la prise de parole de la damoiselle, mais il se reprit bien vite.
     « Milles excuses, je ne vous ai pas présenté à la tablée ! Voici Dame Léonore. » Cette dernière se fendit d’un léger hochement de tête alors que Varen s’inclinait de même.  Le seigneur désigna une autre personne à  la droite de la Dame : un grand chevalier au regard froid mais empreint de sagesse.
     « Et le chevalier du graal, Théobald de Lansour qui accompagne Dame Léonore. » Hochement de tête mutuel. Entre guerriers, on se comprenait vite.
     « Messieurs… et mesdames » rajouta le seigneur avec un regard appuyé suivit d’une courbette vers la damoiselle. «Je vous présente Varen Richter, la solution à notre problème ! »
     Le mercenaire ne comprenait pas la situation et cela devait se voir, car la damoiselle esquissa un léger sourire qu’elle cacha derrière sa main.
     « Attendez… Quelle solution à quel problème ? s’inquiéta Varen. Pourq… ?
     -Ne vous inquiétez point maître Varen, le coupa le chevalier du graal sur un ton posé. Ecoutez plutôt le seigneur Gyronand avant de poser des questions sur quelque chose que vous ne connaissez pas encore.
     -Bien, maugréa Varen. Je vous écoute.»
     Le mercenaire croisa les bras et attendit qu’on lui explique la raison de sa présence en ces lieux.
     « Merci sieur Théobald, reprit le seigneur. J’aimerais que les autres personnes présentes en ces lieux sortent. A l’exception de Théobald, Henry, Dame Léonore et le sergent Tarpin. Temporairement bien sûr, vous serez informés de quand nous reprendrons la discussion. »
     Les autres membres de l’assemblée sortirent en marmonnant entre eux. Une fois, les personnes voulues réunies, le seigneur reprit la parole.
     « Bien. Maître Varen, vous le savez surement, nous subissons actuellement le siège d’un seigneur du chaos.
     -Ah ? Je ne l’avais pas remarqué, ironisa Varen. Je pensais que les types qui montaient aux remparts depuis une semaine étaient juste venu demander le chemin de la taverne la plus proche… »
     Le seigneur semblait aussi perdu que Varen était exécré.
     « Je vous demande pardon ?
     -Evidemment que je sais qu’on est en siège ! Vous descendez de temps en temps de votre château ?! explosa Varen. C’est tellement évident que je suis étonné que l’on ne soit même pas encore en train de parler de votre « problème ».
     -Maître Varen ! tonna Théobald. »
     Varen finit par se calmer. Il avait du mal à l’accepter mais le chevalier du graal avait eu raison de le ramener à l’ordre.
     « Pardon… commença Varen. J’ai juste du mal à digérer le fait que vos gens meurent sur les murs pendant que vos soi-disant chevaliers se la coulent douce depuis deux semaines entre ces quatre murs ! Je n’en ai pas vu un seul se battre au front !
     -J’y viens, maître Varen, j’y viens ! dit le seigneur en levant la paume vers le mercenaire. Je comprends votre colère et je pense que vous n’êtes pas le seul à partager ce sentiment.
     -Sans blague, maugréa Varen.
     -Mais ! rehaussa le seigneur. Ils ont fait bien plus que ce vous pensez.
     -Ah ? Et bien éclairez-moi sur leurs bonnes actions. Ils ont replantés les pâquerettes détruites par un tir de machine de siège ? »
     Le seigneur soupira bruyamment. Il commençait à comprendre la réputation du mercenaire. Varen n’avait pas la langue dans sa poche et il était réputé pour ses coups de sangs verbaux.
     « Essayons de ramener cela au plus simple, fit-il en se passant la main sur le visage. Vous savez que la ville est divisée en plusieurs parties ?
     -Oui. Le quartier des artisans, où j’étais, une zone résidentielle, le marché et le quartier des nobles au niveau supérieur. Chaque quartier est séparé par un mur d’enceinte, même si le mur extérieur est le plus grand. »
Varen avait un certain don pour donner à certains mots un tout autre sens quand ils les prononçaient. En l’occurrence « noble » sonnait bien moins élogieux qu’il n’y paraissait.
     « C’est exact, dit le seigneur en ignorant la pique. Et pour faire court, nous avons perdu le quartier résidentiel. »
     L’information tomba si brusquement que l’impérial mit un certain temps à l’assimiler. Varen avait du mal à croire ce qu’il entendait, mais la mine grave du seigneur et des autres membres de la tablée indiquait que cette nouvelle était on ne peut plus sérieuse.
     « Comment est-ce arrivé et quand? s’enquerra Varen en se penchant sur le plan.
     -Les nordiques ont créé une brèche dans le mur il y a trois jours, indiqua le sieur Henry. Heureusement pour nous, c’est la zone qui contenait le moins de ressources.
     - Trois jours ? Mais pourquoi n’avons-nous vu aucun feu venant du quartier ? Aucune alarme ? demanda Varen, perplexe. Une telle percée aurait dû provoquer la panique dans les rangs. Et les chaotiques aiment bien cramer des trucs.
     -Il est bien là le problème, répondit Henry, un chevalier à sa droite. On ne sait pas vraiment pourquoi, mais les nordiques n’ont pas pu avancer.
     -Hein ? s’exclama Varen en relevant la tête du plan. Attendez, ils ont une brèche dans le mur d’enceinte qu’ils essaient de passer depuis une semaine et ils n’en profitent pas ? On parle bien de guerriers du chaos là ?
     -Ah, ils sont rentrés, s’avança le sergent Tarpin. Mais ils ne sont pas arrivés bien loin apparemment. Des remparts intérieurs, nous avons vu un petit contingent de guerrier du chaos s’avancer dans les rues. Mais quelques instants plus tard, des bruits de combats ont éclatés. Puis les guerriers sont repartit par la brèche… Bien moins nombreux… Et en courant. Leur attaque ayant rapidement avortée, personne n’avait eu le temps de demander de l’aide ce qui fait que la nouvelle ne s’est pas répandue.»
     Un guerrier du chaos qui fuit, ce n’est pas commun se dit Varen. En regardant l’assemblée, il comprit vite qu’ils étaient tous aussi perdus que lui.  
     « Quelque chose a repoussé la vague d’assaillants, renchérit le seigneur. Et ce n’est pas nous. Nous avions 214 chevaliers dans la ville qui étaient là en cas de percée. Trente d’entre eux étaient partit dans le quartier résidentiel pour repousser l’attaque quand le mur est tombé.
     -Et ?
     - Aucun n’est revenu. La plupart sont morts sur les murs après que la brèche se soit produite, mais ils en restaient dans la ville. Donc ils ont probablement rencontré le même problème. Nos éclaireurs n’ont rien trouvés ou ne sont pas revenus. Si vous n’avez rien entendu de ces évènements c’est parce que cette nouvelle devait rester secrète pour éviter une panique  générale et un déplacement inutile de troupes.»
     Varen n’était pas stupide. Il commençait à comprendre pourquoi on avait demandé sa présence. Et il n’aimait pas, mais alors pas du tout ce qu’il s’imaginait. Après un dernier regard rapide sur le plan, il se redressa et lança un regard inquiet au seigneur.
     « Vous voulez que j’aille dans le quartier savoir de quoi il en retourne ?
     -Euh… Eh bien... » essaya maladroitement le seigneur qui finit par laisser tomber toute tentative de phrase en voyant le regard déterminé de Varen.
     « Oui…
     -Tout seul, je suppose ?
     -Sur ce point vous avez tort maître Varen, dit Dame Léonore. Vous serez accompagné par un envoyé impérial arrivé il y a peu en renfort. » Intrigué, Varen suivit du regard la damoiselle vers une personne encapuchonnée au fond de la salle. Le mercenaire ne l’avait pas remarqué depuis le début de la conversation et pourtant il était difficile à louper. Ses proportions gigantesques étaient à peine cachées par le long manteau qu’il portait. Quand il se leva, les cliquetis bruyants était le signe plus qu’évident qu’il portait une armure lourde. L’inconnu s’approcha de la table et se posta non loin de Varen. Sans crier gare, il fit voler sa cape, se dévoilant ainsi aux yeux du mercenaire.
     L’armure d’or que l’inconnu portait brillait intensément. Il portait un bouclier démesuré dans son dos et le marteau qu’il portait à sa taille était dans les mêmes proportions. Son visage était caché par un masque d’or aux traits durs et inquisiteurs. Il se releva de toute sa hauteur, dominant Varen par sa taille, les épaules en arrière et le torse bombée. Avec une expression de fierté pure, il s’adressa à l’assemblée :
     « J’suis Tamaël le brise-bouclier ! fit une petite voix étouffée par le casque d’un gosse qui n’avait pas vu assez de printemps. Et n’ayez craiiinte preux guerrier ! Nous vaincrons ces abominations en un tour de main !
     -Argl, fit Varen qui écarquillait tellement les yeux qu’on les croyait prêt à sortir de leurs orbites pour aller se finir à l’alcool et oublier ce qu’ils venaient de voir.
     -Parce que Sigmar, c’est le plus forre. » renchérit joyeusement Tamaël, dont le léger zozotement rendait les fautes d’orthographe audibles.
Tamaël:
 

     La porte de la salle principale claqua violemment quand Varen, furibond, la passa autant qu’il ne l’enfonça à coup de bottes. Le mercenaire ne tenait plus. Cette dernière phrase avait été la cascade qui avait fait déborder le vase.
     « Maître Varen ! criait le seigneur qui courait derrière lui.
     -NON ! tonna Varen.
     - Mais… Revenez !
     -JAMAIS !
     -On a besoin de vous !
     -RIEN-A-FOUTRE !
     -Quel est le problème enfin ?! implora le seigneur. »
     Varen s’arrêta net. Le seigneur dut s’immobiliser au dernier moment avant de lui rentrer dedans. Le mercenaire se retourna vers le seigneur tel une tourelle de tank à vapeur. Le canon chargé et prêt à tirer.
     « Pardon ?! Vous me demandez ce qui ne va pas ?!? hurlait Varen.
     -Heu… » fit le seigneur qui reculait un peu devant des yeux injectés de sang et une veine qui était prise de soubresauts sur la tempe droite de Varen.  
     « Oui ?
     -On commence par où ? dit Varen en faisant semblant de chercher quoi dire. Ah oui ! Peut-être le fait qu’il ressemble à UN PUTAIN DE PHARE !!! Comment vous voulez être discret avec un type pareil derrière soi ?! Il va attirer tous les chaotiques à 10 lieues à la ronde !
     -Mais c’est un nouveau concept chez les impériaux ! Un projet expérimental, je crois. Il paraitrait qu’il éclaire le mal avec sa foi pour Sigmar, récita le seigneur sans grande conviction. »
Cette fois Varen était plus affligé qu’en colère. Les bras ballants, il regardait Gyronand avec un air de chien battu.
     « Parce que vous croyez à ça ?
     -Eh bien… Bon d’accord, concéda le seigneur. Que l’empire ne nous ai envoyé que lui en renfort est une insulte équivalente à une déclaration de guerre. Et il vaut probablement à peine mieux qu’un homme d’armes moussillonnais chargé au frottis.
     -Frottis ? s’étonna Varen.
     -Un liquide local à base de pommes. Vous ne voulez pas en savoir plus.
     -Oh. »
     Une minute passa sans que personne ne dise rien. Le seigneur Gyronand attendait juste que Varen se calme un peu avant de reprendre.
     « On réessaie ? Et cette fois pas de colère soudaine ?
     -Bien… acquiesça Varen. »
     Les deux hommes rentrèrent à nouveau dans la pièce sous les regards inquiets de Dame Léonore qui ne semblait pas comprendre le coup de sang de Varen. Tamaël se releva de sa chaise quand ils rentrèrent dans la salle.
     « Vous revoici fier compagnon ! dit-il, plein d’entrain.
     - Ca ne va pas le faire. » dit Varen alors qu’il tournait les talons dans l’instant. Gyronand le réceptionna et l’envoya vers Tamaël.
     « Vous n’avez pas le choix de toute façon, et nous non plus, s’exaspéra Théobald. Alors autant faire avec.
     -D’accord… C’est quoi ton nom ? demanda Varen à Tamaël en se prenant le visage dans une main. Et le vrai cette fois.
     -Hein ? Euh…
     -On ne va pas y passer la nuit quand même. Vu ta voix tu n’as pas plus de 16 printemps, et encore. Donc, ton nom. Maintenant.
     -Johann Vekin… murmura l’ex Tamaël dont toute la prestance était passée aux oubliettes.
     -Je préfère. Ton armure, tu vas la garder ?
     - Je ne peux pas en sortir en fait, marmonnait-t-il en regardant par terre. Elle est magiquement liée à moi.
     -‘Vidamment… Autant finir ça vite. Quelles sont les instructions ? demanda Varen en se tournant vers Gyronand. »
     Le seigneur sortit un plan plus petit de la ville sur lequel il dessina rapidement quelques traits.
     « L’idée est que vous zigzaguiez entre les rues pour éviter de vous faire trop remarquer. Une fois la menace trouvée, ne la neutraliser qu’en dernier recours. En un sens, ça nous protège.  Je veux juste être sûr de ne pas avoir un ennemi supplémentaire à gérer.
     -Compris, acquiesça Varen.
     -Sur les remparts vous rejoindrez un ranger nain du nom de Gnorri Sturlusson. Il connaît bien la ville. Il vous guidera à travers le quartier.
     -Original comme guide, mais pourquoi pas. Si vous nous avez tout dit, nous allons pouvoir y aller. »
     Varen se dirigea vers la sortie suivi de près par Johann et le seigneur qui leur souhaitait bonne chance. Même si c’était plus pour Varen que pour son compagnon d’infortune…
     Pour le mercenaire, cette mission suicide risquait de vite se terminer. Avec de la chance, il en réchapperait sans trop de dégâts, se disait-il. Même s’il en doutait de plus en plus en jetant un œil vers Johann derrière lui.

     Ils durent faire un détour par les appartements de Johann pour qu’il récupère quelques affaires. Varen s’était adossé au mur à côté de la porte en attendant. Après quelques minutes Dame Léonore passa dans le couloir, suivie de près par Théobald.
     « Bon courage maître Varen, dit-elle au mercenaire.
     -Merci. J’en aurais besoin, maugréa-il en lançant un regard mauvais à la porte à côté. »
     La damoiselle s’approcha de lui et lui murmura à l’oreille.
     « Faites attention là-bas. Le danger peut venir de partout, mais des alliés peuvent aussi venir de là où on s’y attend le moins. »
     Et elle repartit, imperturbable, dans le couloir avec le chevalier du graal. Varen, lui, resta circonspect suite à cette phrase énigmatique. Elle lui cachait quelque chose et le mercenaire détestait ne pas comprendre ce qu’il se passait. Mais c’était plus une mise en garde qu’une menace. La porte se rouvrit à la volée alors que Johann en sortait en portant une sorte de livre.
     « Voilà ! exultait-il. Il me manquait mon ‘Livre du bon petit sigmarite’ ! Essentiel pour aller se battre ! »
     Au moins, se disait Varen, ce n’est certainement pas de lui que viendrait le danger…


Dernière édition par Kaops le Jeu 23 Juin 2016 - 15:10, édité 2 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Kaops
Chevalier de la Quête


Nombre de messages : 355
Age : 22
Localisation : Norsca
Date d'inscription : 24/12/2012

MessageSujet: Re: Dans l'ombre de l'étoile [TEC]   Lun 4 Avr 2016 - 21:36


Une fois leurs dernières affaires récupérées, Varen et Johann se mirent en route pour les remparts intérieurs qui entouraient feu la zone résidentielle. Après avoir demandé des renseignements, on leur indiqua une auberge reconvertie en caserne provisoire. Le quartier était bouclé par des hommes d’armes mais Varen et Johann avaient un laisser-passer du seigneur et ils traversèrent sans problème les postes de gardes. En arrivant devant le poste de commandement secondaire, Varen comprit bien vite son intérêt stratégique. L’ancienne auberge s’adossait aux remparts intérieurs et montait jusqu’à les dépasser, ce qui en faisait un excellent poste d’observation. De plus, elle était située juste à côté d’une tour de garde et donc d’un accès aux remparts. Et les rues avoisinantes étaient assez étroites pour permettre une défense aisée de la petite place sur laquelle le bâtiment était situé. Simple et efficace, pour Varen il s’agissait d’un choix murement réfléchi, peut-être même bien avant le début du siège.
     Même s’il faisait deux têtes de plus que le vétéran, Johann le suivait comme son ombre emmitouflé dans sa longue cape pour cacher tant bien que mal son armure sur ordre de Varen. Le jeune sigmarite regardait autour de lui, comme surprit et impressionné par les mouvements de troupes qui s’opéraient un peu partout sur la petite place. Chaque chevalier qui passait écopait donc du regard inquisiteur de Varen et des prunelles - que l’on imaginait émerveillées - de Johann.
     Quand le mercenaire arriva devant la porte de l’auberge, il annonça au garde la raison de sa venue et ce dernier, sans mot dire, rentra dans l’auberge en lui faisant signe de ne pas bouger. Du coin de l’œil, Varen aperçut la pancarte de l’ancienne auberge qui annonçait fièrement « Le luth et le chiffon ». Elle se balançait au gré de la brise légère de l’aube, comme un signe de l’ancien rôle du bâtiment. La porte se rouvrit avec le garde dans son ouverture :
     « Vous pouvez entrer, annonça-t-il. Gnorri est à l’étage, troisième pièce à droite.
     -Merci, le remercia Varen poliment. »
     En entrant dans l’édifice, Johann et Varen purent remarquer rapidement que l’endroit avait été sérieusement remanié. Les tables avaient changées de place pour permettre d’organiser une grande carte de la zone résidentielle au centre de la pièce. Même s’ils passèrent rapidement à côté pour monter à l’escalier à leur droite, Varen pu quand même remarquer qu’une multitude d’inscriptions ornaient la carte en différents endroits. Et de nombreux chevaliers en armures discutaient autour.
L’étage supérieur se présentait sous la forme d’un long couloir qui donnait accès à de nombreuses chambres. Ils se placèrent devant la porte qu’on leur avait indiquée et se préparèrent à toquer pour indiquer leur présence. Mais alors qu’ils allaient frapper, une voix retentie depuis l’intérieur de la pièce :
     « Vous pouvez entrer directement ! »
     La voix rauque sonnait du timbre classique et inimitable des nains, même si celle-ci ne possédait pas vraiment l’accent Khazalid habituel. Varen poussa la porte et entra avec Johann qui dut se pencher pour rentrer à l’intérieur de la pièce.
     « J’en déduis que vous nous avez entendu arriver…, fit remarquer Varen »
     La pièce étant éclairée seulement par une petite fenêtre, une certaine obscurité régnait. Mais on pouvait deviner sans peine un nain relativement jeune pour sa race qui nettoyait un fusil long de belle fabrication. Son armure de cuir et de plates légères indiquait sa vocation d’éclaireur ou d’arquebusier expérimenté. Un béret vert posé sur son crâne et une barbe tressée maintenue par des anneaux dorés entouraient deux yeux étonnamment vifs.
     « Dis donc ! s’exclama le nain dans un bretonnien impeccable. Je me disais bien qu’il y en avait un plus lourd que l’autre d’après le bruit, mais c’est qu’il est grand le gaillard !
     -Hmpf, j’espère ne pas trop vous impressionner avec ma grandeur, maître nain ! s’exclama Johann soudain prit par un élan de fierté…
     -Et c’est reparti, marmonna Varen dans sa barbe. »
     Alors que Johann commençait à énumérer son curriculum vitae pour impressionner la galerie, Gnorri posa son fusil et s’approcha discrètement de Varen.
     « Dites, il va bien votre ami ? Il a l’air… exalté.
     -Si vous saviez » grommela Varen. Le mercenaire colla rapidement un taquet derrière le crâne de Johann pour lui faire comprendre qu’ils n’avaient pas le temps pour les procédures inutiles.
     « Mieux…Johann s’est déjà présenté, je suis Varen Richter.
     -Et moi Gnorri Sturlusson, le seigneur vous envoie je crois ?
     -C’est exact. Quand pourrons-nous partir ? »
     Gnorri, qui s’était dirigé vers un coin de la pièce, posa son arquebuse avec un léger soupir. Il récupéra une arbalète ouvragée renforcée de pièces d’acier, avec un carquois pour les carreaux, ainsi qu’une épée courte frappée d’un sceau dont la signification était inconnue de Varen.
     « Et bien maintenant, si vous êtes prêt. Je vais vous briefez, suivez-moi. »
     Le nain passa devant les deux impériaux et s’arrêta brusquement au moment de sortir de la pièce.
     «Vous vous rendez compte quand même. Devoir laisser un tel bijou derrière soi parce que les bouseux du coin ont trop peur de la poudre pour l’autoriser… »  Gnorri montrait l’arquebuse avec insistance, comme pour appuyer son plaidoyer. « Une véritable honte… »

     Tout en supportant les plaintes de Gnorri sur la législation bretonienne, Varen et Johann le suivirent au rez-de-chaussée pour rejoindre la grande carte.
     « A ce que je vois, tu es encore en train de te plaindre Gnorri ! » lança un chevalier dans l’assemblée. Ce qui créa de nombreux rires qui égayèrent la salle.
     « Si j’avais ce que je voulais, j’aurais pas à me plaindre ! Tête de pioche ! grommela le nain.
     -Tu veux voir la carte ? lui répondit le chevalier qui continuait à glousser. »
     La scène semblait banale et amusait plus qu’autre chose les spectateurs. Varen s’en accommoda puisqu’il avait l’habitude de la camaraderie martiale et des boutades que cela impliquait. Par contre, Johann regardait en tous sens, un peu perdu par ce manquement à l’étiquette.
     Gnorri s’assit sur un tabouret et invita d’un geste les deux impériaux à en faire de même. Une fois ces derniers installés, le nain leur détailla la disposition du quartier et l’itinéraire qu’ils allaient parcourir. Après quelques minutes d’explications, Varen prit la parole :
     « Vous avez l’air de connaître l’endroit comme votre poche.
     -Un peu que je le connais ! C’est mon arrière-arrière-grand-père qui a construit ce maudit fort et ma famille s’occupe occasionnellement de son entretien depuis tout ce temps. C’est pour ainsi dire ma maison ! »
     Gnorri leva brusquement un doigt accusateur vers le chevalier d’avant pour lui indiquer que tout commentaire serait malvenu cette fois-ci. Mais le chevalier se contenta de glousser pour lui-même et s’éloigna en levant les yeux au ciel.
     « Tout est clair ? demanda le nain en revenant vers Varen.
     -Limpide, acquiesça le mercenaire.
     -Heu, je crois oui, hésita Johann.
     -Comment ça tu crois ? Faut être sûr mon gars ! renchérit le nain avec un regard accusateur.
     -Mais aucune partie de votre plan n’explique mon rôle, bouda Johann. »
     Varen soupira longuement et se tourna vers Johann.
     « C’est une mission d’infiltration et de reconnaissance…
     -Et ? demanda Johann, perdu.
     -Ben faut être discret. Donc tu gardes ton manteau et tu nous suis sans faire trop de bruit. Et si tu vois un truc anormal tu nous avertis… En silence, là aussi. » Varen ayant bien insisté sur ses derniers mots, il attendit d’avoir la confirmation de Johann avant de se lever.
     « Dans ce cas, nous sommes partis ! »


     Les assauts des chaotiques s’étaient arrêtés pour aujourd’hui - au grand bonheur des défenseurs - et donc seules deux paires de bottes et une de soleret brisaient la monotonie ambiante. Varen, Johann et Gnorri arpentaient le quartier résidentiel depuis plusieurs heures et le soleil que l’on distinguait parfois entre des nuages épars était à son crépuscule. Ce dernier teintait subtilement les nuages de bordeaux alors qu’il se couchait.
     Les rues étaient vides de toute vie et pourtant elles bourdonnaient encore de signes récents d’activités humaines. Des cordes tendues tenaient des vêtements trempés par la pluie qui commençait à tomber tel un crachin sur Jeantennois et ça et là des charrettes qui contenaient des légumes maintenant moisis jonchaient les rues. A tout instant on s’attendait à voir les habitants sortir de leur maison pour s’affairer à leurs tâches quotidiennes. Mais la seule chose qui habitait encore ces lieux jusqu’à présent était un silence lourd et pesant. Et par certains aspects on se sentait jaugé par le calme ambiant. Comme s’il observait les vivants, accusateur, en leur reprochant de briser l’équilibre sonore…

     A la surprise du mercenaire, Johann avait suivi ses directives et était resté silencieux tout du long. A vrai dire, ils étaient tous les trois restés silencieux depuis leur départ. Une fois la lourde porte qui les séparaient du quartier résidentiel fermée derrière eux, ils s’étaient mis à épier chaque recoin pour y trouver ce qu’il était venu chercher. Mais jusque-là, il n’y avait rien d’autre que des flaques d’eau et un début de rhume pour Gnorri qui reniflait par intermittence.
     « Il va falloir penser à trouver un abri, lança Varen. »
     L’épaule gauche du mercenaire commençait à le lancer à nouveau et ses genoux se plaignaient eux aussi. Tout en ravalant sa douleur, Varen se mit à penser avec nostalgie à ses jeunes années où les problèmes de dos n’étaient pas ses pires ennemis… Il était bien loin ce temps-là, se dit-il, amer.
     « Je suis de votre avis, grogna Gnorri. J’en ai plus qu’assez de cette pluie, surtout qu’elle s’intensifie ! Et en plus, on a rien trouvé de concluant pour le moment. Laissez-moi un…
     -Quelqu’un viens ! cria subitement Johann. »
     Le sigmarite dégaina son marteau et brandit son imposant bouclier de son dos en balançant son manteau au loin. Et il se mit à courir dans la direction du bruit.
     « Bordel ! Mais reviens ! hurla Varen. »
     Le mercenaire et le nain étaient sur les talons du sigmarite qui semblait fermé aux appels de ses compagnons. Ils le retrouvèrent sur une petite place de quartier circulaire. Johann était entouré de plusieurs maraudeurs qui ricanaient tout autant qu’ils étaient abasourdis en voyant un tel phénomène devant eux.
     Les guerriers du nord étaient des éclaireurs, leur armement léger en attestait. Des bouts de fourrure et d’acier assemblés grossièrement ornaient leurs poitrines apparentes et avec leurs coiffures improbables cela leur donnait une allure de bêtes sauvages.
     Gnorri et Varen bourrèrent deux maraudeurs pour rentrer dans le cercle qui enserrait le sigmarite. Varen se mit en garde en dégainant son espadon et Gnorri mit en joue un maraudeur avec son arbalète tout en s’assurant de pouvoir atteindre son épée courte si besoin.
     « Bon sang ! cracha Gnorri. Tu aurais dû nous attendre ! On a perdu l’avantage maintenant !
     -Mais de quoi vous parlez ? Ces citoyens allaient m’aider à trouver des chaotiques… bouda Johann. »
     Varen et Gnorri clignèrent des yeux et regardèrent alternativement les maraudeurs puis Johann.
     « Tu peux voir à travers ton heaume, non ? demande Gnorri, inquiet.
     -Mais oui ! s’indigna Johann. Ils n’ont pas d’armure noire complète et ils ne ressemblent pas à des démons, il n’y a donc rien à craindre ! »
     Une hache de jet frappée du symbole du chaos fendit l’air et ricocha en tintant sur l’armure de Johann. Ce dernier regarda le projectile tombé à terre et recula d’un pas en voyant l’étoile à huit branches.
     « Mais… Ce sont des chaotiques ! Vils félons ! Vous m’avez trompé !
     -Est-ce qu’il le fait exprès ou est-il vraiment à ce point stupide ? se demanda Varen.
     -Pfeuh, fit Johann, ils ne sont rien face au pouvoir de Sigmar ! »
     Et Johann sauta sur le maraudeur le plus proche, son armure brillant de plus belle. Mais le combat prit rapidement des allures de farce. Le sigmarite se contentait de lancer son marteau dans tous les sens avec de grands gestes que le maraudeur esquivait sans peine. De plus, Johann était si aveuglé par sa foi qu’il ne se couvrait même pas avec son bouclier en attaquant, le rendant complétement inutile.
     Le nordique n’attendit pas qu’on lui donne une autre chance pour contre-attaquer et il envoya sa masse dans le ventre de Johann. Le sigmarite se plia sous l’impact en lâchant un cri de douleur. Un autre coup à la tête et Johann était à terre. Se plaçant au-dessus de lui, le nordique leva sa masse pour achever l’impérial en riant comme un forcené devant la facilité de la chose. Incapable de se relever à temps, Johann leva la main par désespoir pour se protéger. Mais c’est l’espadon de Varen qui frappa en premier, décapitant le guerrier du nord sans plus attendre.
     Le mercenaire virevoltait en tous sens, son épée tranchant les membres des maraudeurs avec facilité. Malgré son âge, les mouvements du guerrier étaient fluides. Parade, contre-attaque, fente, esquive, estoc. Pour Johann, c’était comme si le vieil impérial effectuait une passe d’armes maitrisée par des années de pratique. Mais en réalité, Varen marchait à l’instinct en comptant sur ses capacités d’adaptation pour placer le bon coup au bon moment. Et il alternait même parfois avec ses poings pour briser la garde d’un guerrier avec un bon crochet du gauche en plein visage.
     Gnorri, lui, avait descendu un maraudeur en pleine tête avec son arbalète en voyant Johann charger et maintenant ils les maintenaient à distance avec son épée courte en se rapprochant de Johann pour le protéger. Ainsi, il laissait Varen terminer le travail tout en se plaçant en soutien quand le mercenaire avait besoin d’aide, même si l’impérial ne semblait pas en difficulté. Après tout, dans un espace restreint, un homme seul à plus de facilités contre un groupe d’ennemis, car ces derniers doivent faire attention à ne pas se toucher entre eux. Alors que Varen, lui, pouvait taper dans la masse sans se soucier des conséquences. Rapidement, les cadavres s’accumulèrent et sur la douzaine de guerriers du nord, seul quatre étaient encore en état de se battre. Voyant que leur situation était sans issue, les maraudeurs prirent leur jambe à leur cou pour vivre un autre jour plutôt que de tomber sous les coups du vieux mercenaire.
     Varen resta sur place, en position de garde du bœuf : les bras, pliés, vers le haut et l’épée pointée vers ses adversaires tandis que sa main gauche tenait le pommeau. Une posture agressive qu’il garda jusqu’à ce que les chaotiques ne disparaissent de son champ de vision. Là seulement, Varen s’autorisa à se relaxer. Il laissa retomber son espadon et il s’agenouilla près d’un corps pour essuyer son épée sur le gilet de ce dernier.
     « La prochaine fois, Johann, tu obéis aux ordres ! grogna Varen.
     -Je croyais… essaya le sigmarite.
     -Tu croyais quoi ? explosa le mercenaire. Qu’ils étaient de sympathiques marchands de potirons ? Alors qu’ils sont armés de haches, qu’ils font deux mètres dix et qu’ils sont en plein milieu d’une zone abandonnée et supposée dangereuse ?
     -Varen, c’est bon… lui chuchota Gnorri. »
     Le mercenaire jura dans sa barbe et se détourna. Johann, qui s’était relevé, se sentait honteux. Et son malaise ne s’améliora pas quand il remarqua que Varen était essoufflé. Le vieil homme essayait de ne pas trop le montrer, mais son corps n’avait pas trop apprécié cette démonstration de force soudaine. Une fois sûr qu’ils étaient en sécurité, Varen rangea son espadon dans son fourreau et le replaça dans son dos.
     « Je ne peux que conseiller de nous mettre en quête d’un abri, dit le mercenaire à Gnorri. »
     L’éclaireur nain partit se mettre à couvert de la pluie sous le porche d’une maison et déplia une petite carte du quartier. Après quelques moues boudeuses qui impliquaient une certaine réflexion, Gnorri rangea le bout de papier et se remit en marche en indiquant aux impériaux de le suivre.


     Ils arrivèrent peu de temps après devant une vieille taverne qui se trouvait au coin d’un carrefour.
     « J’en reviens pas de me dire que je vais rentrer de mon plein gré dans ce taudis, dit le nain avec un sourire en coin.
     -L’endroit n’a pas l’air si mal famé pourtant, s’étonna Johann.
     -Ah non ! Il était très bien loti ce taudis, même la bière était bonne.
     -Mais alors…
     -Le tenancier était un elfe et un foutu connard, le coupa Gnorri. Et il me devait de l’argent !»
     Varen et Johann se regardèrent en gloussant tandis que Gnorri enfonçait la porte en réprimant une insulte qui mentionnait des consommateurs de salade. Les trois compagnons entrèrent à l’intérieur en se pressant, la pluie étant devenue plus drue encore qu’auparavant.
     Il restait assez peu de meubles à l’intérieur, l’ancien propriétaire ayant apparemment tenu à les emmener avec lui, mais ils trouvèrent néanmoins de quoi installer quelques paillasses à l’étage dans un salon. D’un commun accord, ils décidèrent qu’il valait mieux laisser le rez-de-chaussée vide pour ne pas trop éveiller les soupçons.
     « Je vais monter la garde, dit Gnorri. Si vous me cherchez, je serais en haut dans le grenier. J’y ai aperçu quelques lucarnes par lesquelles je pourrais jeter un œil. »
     Sur ce, le nain grimpa les escaliers et laissa les impériaux seuls. Varen déposa son épée courte et son espadon sur le mur. Il se débarrassa ensuite de son manteau de cuir pour s’emmitoufler dans une couverture en laine. Quelques minutes passèrent avant que Varen ne remarque que Johann grelottait un peu sous son armure.
     « Décidément il faut vraiment tout te dire, soupira affectueusement Varen. Allez, enlève-moi ce manteau détrempé, ça n’aide pas vraiment à te réchauffer. »
     Johann se laissa faire et Varen emporta le grand manteau pour le laisser sécher sur une commode dans la pièce. Le mercenaire s’imaginait bien dans quel état Johann se trouvait. Devoir porter une armure d’acier complète sous la pluie avec le froid de la nuit, rien de mieux pour tomber en hypothermie. Et apparemment le gamin ne s’était pas encore remit du combat et de la leçon qui avait suivie…
     « On ne peut pas vraiment faire de feu si on veut rester discret et je n’ai pas de manteau assez grand pour toi… Mais il y a des couvertures sèches ici ! » Varen sortit deux grands draps de la commode et entreprit de couvrir Johann avec.  « Ils auraient dû penser à ce genre de détail avant de t’obliger à garder cette foutue armure en permanence…
     -C’est… Ce n’est pas grand-chose vous savez, répondit Johann qui tremblait déjà moins.
     -Désole de te contredire gamin, mais mourir de froid, ce n’est pas vraiment joyeux comme expérience. »
     Varen repartit s’adosser au mur à côté de sa paillasse, le mercenaire sortit quelques morceaux de viande séchée de sa besace et entreprit de les mâchonner pour se remplir l’estomac. Il en sortit un de plus et le tendit à Johann.
     « Merci, mais je n’en ai pas besoin, dit-il timidement.
     -Hein ? Mais je ne t’ai pas vu manger depuis hier. Si tu veux toujours tenir deb…
     -Je n’en ai pas réellement besoin en fait, le coupa doucement le sigmarite. L’armure me permet de subvenir à tous mes besoins, y compris le sommeil.
     -Ah ? dit Varen en levant un sourcil circonspect. En même temps, dormir là-dedans ça doit être un vrai calvaire. Bon, comme tu veux. »
     Varen continua son repas en silence tout en regardant par une fenêtre à l’extérieur. Au bout d’un moment Johann s’agita un peu, comme gêné, ce qui finit par attirer l’attention de Varen.
     « Tu sais que ton armure fait pas mal de bruit quand tu gigotes ? Allez, crache le morceau si tu veux discuter.
     -Vous… commença-t-il la voix tremblante. Je m’excuse pour avant. Ça avait l’air plus simple quand on me l’avait expliqué... Les combats, j’entends.
     -C’était ton premier ? demanda Varen.
     -O…Oui. J’imaginais ça autrement. Enfin, c’est ce que je pensais en arrivant ici après avoir été téléporté d’Altdorf il y a quelques jours.
     -Pour être franc, ça se voyait. Ton style de combat est plutôt catastrophique. Tu t’attendais à ce qu’il reste sur place pour être « vaincu par la foi de Sigmar » ? ironisa Varen.
     -Je… commença Johann qui redevint silencieux. »
     Quelques secondes passèrent pendant lesquelles Johann ressassait les derniers évènements. C’était sa faute s’ils avaient failli mourir après tout…
     « La prochaine fois, essaie de prendre plus ton temps, expliqua Varen. Evite les grands mouvements, ils ne servent à rien et ils te fatiguent. Pense à aller au plus simple et au plus efficace. Et, au fait, je te rappelle que tu as un bouclier, alors sert-en et garde le devant toi.
     -…Merci, dit Johann en relevant la tête. Dites… Vous êtes connu par ici à ce que j’ai pu comprendre.
     -On peut dire ça, répondit laconiquement Varen.
     -Pourquoi exactement ? »
     Le mercenaire regarda à nouveau le jeune guerrier. Même si un heaume couvrait son visage, il ne fallait pas être omniscient pour deviner que le gamin l’admirait. Varen redoutait un peu ce moment. Il allait devoir lui raconter ses « hauts-faits » sinon Johann allait le harceler de questions. Il détestait ça. Mais le gamin avait besoin de se changer les idées, se dit-il.
     « Bien, lâcha Varen. Je suis un mercenaire, ce qui fait que je vends mes services au plus offrant pour les aider dans une guerre ou autre. Et de temps à autre, je me reconvertis en chasseur de prime pour arrondir les fins de mois, se dit-il.  Mais le seigneur Gyronand est un ami de longue date. Employeur régulier que je n’ai rencontré physiquement qu’hier serait plus précis. Du coup, je l’ai aidé en de nombreuses occasions pour entraîner ses troupes ou repousser des hardes d’hommes-bêtes. Souvent tout seul d’ailleurs. »
     Le mercenaire marqua une pause dans son récit alors que ses pensées se contredisaient. Il détestait mentir et c’était une vraie épreuve mentale que de tenir un discours encourageant alors que la réalité était bien moins glorieuse. Mais Varen se reprit néanmoins et entama la suite.
     « J’ai évidemment accepté de l’aider pour repousser le siège. Ou accepté un contrat sur un de ses lieutenants dissidents. Siège qui malheureusement s’éternise et, pour être honnête, je préfèrerais être ailleurs qu’ici. Surtout depuis que j’ai appris que le lieutenant était mort dès le début du combat et que je me retrouve coincé ici. Mais je me battrais jusqu’à ce que les chaotiques quittent ces terres.
     -Vous êtes donc un fervent défenseur de ce royaume ?
     -Fervent je ne sais pas, mais défenseur oui.
     -Je vois, dit Johann, pensif. Vous pouvez… Me racontez une de vos batailles ? Pour m’inspirer pour les combats à venir ! »
     Et une partie de la nuit se déroula tandis que Varen racontait, en omettant quelques détails, ses combats contre divers monstres. La pluie tapait doucement sur le toit et les vitres, rajoutant un bruit de fond monotone mais quelque peu agréable et apaisant. Une fois que la dernière histoire - qui faisait mention d’un groupe de harpies des montagnes grises - se soit terminée, Varen prétexta être rattrapé par la fatigue et partit se coucher. Il s’allongea en réprimant un grognement quand son dos se vengea du traitement brutal qui lui avait été infligé. Mais le mercenaire parvint néanmoins à dormir.
     La nuit se passa sans encombre. Gnorri et Johann alternant les gardes pour permettre à Varen de se remettre. Ce dernier, après avoir assez récupéré, se releva difficilement de sa couche. Mais il endura la douleur et récupéra son épée courte. En regardant par une fenêtre, Varen vit que le soleil était sur le point de se lever, mais l’obscurité régnait encore.
     « Je vais aller voir Gnorri là-haut, dit-il à Johann. Essaie quand même de te reposer mais reste alerte, le danger peut venir de n’importe où. »
     Johann hocha la tête avec tant de conviction qu’on aurait cru qu’elle allait se détacher. Varen le laissa dans la pièce et rejoignit le nain à l’étage. Ce dernier fumait tranquillement sa pipe en regardant au loin à travers la lucarne. Il se retourna à demi en entendant le mercenaire arriver. Gnorri fit un léger signe de tête à Varen pour lui intimer de lui emboiter le pas et ils passèrent tous les deux par la lucarne pour monter sur les toits. Si la pluie s’était arrêtée depuis un moment, les tuiles encore humides glissaient un peu et ils marchèrent avec précaution. Une fois au bon endroit, ils s’assirent en se maintenant aux aspérités entre les briques.
     De là-haut, ils pouvaient voir de l’autre côté des murailles et c’est un deuxième ciel constellé d’étoiles qui s’offraient à eux, les torches et les feux de camp des hommes du nord illuminant la nuit. Cependant un fin liserai orangée à l’horizon indiquait que cela allait bientôt changer. A leur droite s’étendait le reste de Jeantennois. Ce qui restait de vie dans la ville s’éveillait lentement et des torches s’allumaient un peu partout. L’hôpital de campagne et les remparts étaient restés en activité toute la nuit en revanche, seule la portion de mur qui séparait le quartier résidentiel de l’extérieur était vide.
     « Je trouverais presque cela beau si je ne savais pas ce qui grouille là-bas, dit Varen en gloussant.
     -Pourquoi est-ce que tu lui mens comme ça ? demande abruptement le nain. J’étais au-dessus de la pièce et j’entends plutôt bien. »
     Varen tourna la tête et vit que Gnorri lui adressait un regard noir. Maintenant le mercenaire comprenait pourquoi le nain l’avait amené sur les toits. Johann aurait pu tout entendre lui aussi.
     « Il n’a pas besoin de savoir, grommela Varen en détournant le regard. Tu préfères que je lui raconte tout de but en blanc ? Que je le décourage complétement en lui expliquant que je tue juste pour de l’argent et pas au nom de ‘la veuve et l’orphelin’ ? Que le monde n’est pas exactement comme dans le livre qu’il pense être la vérité universelle ? »
     Varen prit une pause dans son plaidoyer pour sortir de sa poche le petit livre de Johann. Il le brandit devant Gnorri avec énervement.
     « D’ailleurs ce… foutu bouquin. Ce n’est qu’un ramassis de conneries mal expliquées et traduites n’importe comment en plusieurs langues par-dessus le marché ! Bordel, il y a même de l’albionais dans le bretonnien ! Je n’ai fait que le feuilleter mais rien qu’avec ce que j’ai lu on dirait plus un guide fanatique pour se suicider au plus vite qu’autre chose. » D’un geste rageur, Varen fourra l’ouvrage dans sa poche. « Je l’ai pris quand il était parti faire un tour de garde. Et je le lui rendrais, évidemment.
     -J’espère bien, lui reprocha Gnorri. Mais même si je suis d’accord avec toi, ce n’est pas en lui mettant des rêves dans le crâne que tu vas le protéger. »
     Le nain pointa les lumières au loin. Mais bien vite, il soupira en voyant que Varen ne s’en souciait pas.
     « Tu as vraiment fait ne serait-ce que la moitié de ce que tu lui as raconté ?
     -Tout est vrai, j’ai juste occulté les parties qui impliquaient la mort de mes soldats. »
     Varen sursauta et jura en réalisant qu’il en avait trop dit. Mais le mercenaire se résigna à accepter son erreur.
     « Bon d’accord… Je viens de Carroburg, j’ai servi dans l’armée impériale pendant dix années, dont quatre en tant que sergent. Et c’est en voyant mes camarades mourir à cause d’ordres stupides que je suis parti de mon côté. » Varen se passa une main sur son visage. « Et j’ai choisi la Bretonnie parce que c’était proche mais aussi loin de l’empire que je souhaitais quitter.
     -Je ne te juge pas sur ton passé, Richter. Mais à l’avenir, essaie de ne pas pousser le gamin. Et ne le protège pas trop non plus, il n’est pas forcément si impressionnable que ça. On a une mission à accomplir et on n’a pas le temps d’entraîner un gosse à se battre, donc on fera avec.
     -Je le sais bien tout cela ! s’énerva Varen.
     -Alors agis en conséquence. »
     Le mercenaire resta muet quelques instants. Puis il regarda Gnorri, l’air décidé.
     « Si je te parle d’un guerrier fanatique en armure qui ne mange pas, ne dort pas et ne boit pas. Qu’est-ce qui te vient à l’esprit ?
     -Q… Quoi ?s’étonna Gnorri. Quel est le rapport ?
     -Réponds, s’il te plaît.
     -Ben un guerrier du chaos, pardi ! Ces monstres n’ont plus rien d’hum… » Gnorri s’arrêta et fronça les sourcils tout en lançant un regard rapide vers l’étage en dessous d’eux. « Oh…
     -Exactement. Je ne m’inquiète pas pour lui, mais c’est juste que je me demande ce qu’ils fabriquent à Altdorf et ce qu’ils essaient de créer… Donc je préfère le garder à l’œil, ne serait-ce que pour m’assurer qu’il ne se mette pas en danger bêtement.
     -Je vois.»
     Plongé dans ses pensées, Gnorri reporta son regard dans la direction de la place où ils s’étaient battus plus tôt.
     «Je me dis aussi, c’étaient juste des éclaireurs… Mais nous leur sommes tombés dessus avant le truc qui s’amuse à les massacrer.
     -S’amuse ? demanda Varen.
     - Si tu avais vu les cadavres de ceux qui se sont fait avoir, tu n’en douterais pas. Les guerriers étaient éparpillés, littéralement. Donc non, ça ne se contentait pas de seulement les tuer. Et tu as vu comme moi l’endroit où les premiers éclaireurs chaotiques se sont fait repoussés ? »
     Varen se rappela la grande place près des remparts. Le sang coagulé éparpillé un peu partout sur les pavés leur donnait ainsi une teinte brillante qui détonnait par rapport au sol grisâtre. On croyait regarder une toile macabre en train d’être peinte.
     « Je n’ai pas vu le moindre ‘cadavre’ dans le quartier, fit remarquer Varen.
     -A vrai dire, on en a trouvé que deux, les autres avaient disparus. On les a ramenés à l’avant-poste pour que les prêtresses de Shallya voient si on pouvait en tirer quelque chose : ce qui a pu les tuer par exemple. »
     Gnorri tira plus fort sur sa pipe, perdu dans ses pensées alors que ces souvenirs désagréables lui revenaient à la mémoire. Un rayon de lumière le fit sursauter quand il lui éclaira subitement le visage. Le soleil venait de se lever et commençait à éclairer paresseusement le paysage, lui redonnant les couleurs chatoyantes de l’automne, même si la bande de terre devant la ville restait noire à cause des chaotiques. En plissant les yeux pour s’accommoder à la lumière, Gnorri sortit une petite longue-vue de sa veste et entreprit d’observer le campement des assiégeants. Après un petit moment, Gnorri passa la longue-vue à Varen.
     « On ira voir les cadavres plus tard si tu le souhaites. Mais pour le moment regarde, quelque chose devrait t’étonner. »
     Intrigué, Varen prit la longue-vue et la déplia. Les lentilles étaient en bon état, quoiqu’un peu sales et le cerclage en cuivre tournait au vert avec la corrosion. Mais le mercenaire pouvait voir en détail les rangs des chaotiques.
     Les guerriers du nord s’activaient. Un nouvel assaut allait être lancé sur la même portion de mur qu’avant-hier. Maintenant que Varen y repensait, il n’avait jamais vraiment prit le temps de regarder précisément les installations chaotiques et en particulier leurs bannières. Si certaines n’étaient que des amas abominables de chair ou des improbabilités magiques qui donnait mal au crâne rien qu’en les regardant, une bannière attira son attention.
     Elle était placée au centre du campement et plutôt en retrait, mais elle venait d’être plantée pour être visible depuis les murailles. La grande toile était ornée d’os en tous genres sur ses bordures mais ce qui impressionnait le plus était le grand dessin tribal d’un corbeau d’argent sur fond noir. Etonnamment sobre en comparaison des autres, elle marquait néanmoins les esprits car son symbole avait une signification précise pour tous ceux qui l’avaient déjà aperçue. Une signification qui instillait la peur dans le cœur des hommes tel un tison ardent planté dans la poitrine, car quand le corbeau regarde le champ de bataille, c’est pour voir Asgeir Sveresson l’arpenter…

     Un cri de guerre emplit l’air de toute sa rage, faisant sortir Varen de sa torpeur. Le mercenaire orienta la longue-vue plus près des murs pour voir l’attaque des chaotiques. Au milieu de la masse de maraudeurs se tenait un seigneur du chaos imposant. D’un simple geste de la main, il avait lancé des centaines de guerriers sur les remparts. Son épée à deux mains atteignait des proportions dantesques mais il semblait réussir à la manier sans problème. On pouvait voir aux teintes bleutées de son armure qu’il était affilié au seigneur du changement. Et sa simple présence attaquait le moral des défenseurs.


     Mais ce n’était pas Asgeir, il était trop pompeux et trop loin de la ligne de front. Varen se détendit un peu en se disant que c’était peut-être un de ses seconds qui menait l’assaut.
     En revanche, c’était la présence de la bannière qui le chiffonnait toujours. Sveresson l’emmenait partout avec lui et il était réputé pour prendre plaisir à l’afficher. Serait-ce un faux ? Une technique pour instiller la peur en profitant de la réputation du seigneur nordique et ainsi faciliter la prise de la ville ?
     « Apparemment tu as aussi remarqué l’étendard, dit Gnorri.
     -Oui… Etrange que je ne l’ai pas vu depuis les remparts. Mais je ne comprends pas trop ce qu’il fait là.
     -C’est ce qu’on se demande tous depuis le début de la bataille. Les autres bannières sont inconnues au bataillon.»
     Le mercenaire se replongea dans ses pensées. Le siège dure depuis longtemps. Trop longtemps pour que Asgeir ‘le tombeur de cités’, Asgeir ‘le stratège de la peur’ puisse être là. Chaque siège tenu par Asgeir ne durait jamais plus d’une semaine, il trouvait la faille dans les défenses bien avant… Ce qui mettait encore plus en exergue l’incompétence visible du seigneur du chaos présent alors qu’il devait être au moins le second d’Asgeir pour avoir le droit d’arborer la bannière.
     « Ça ne fait pas sens, dit Varen, renfrogné.
     -Les chaotiques s’entretue souvent et Asgeir n’est apparu depuis un moment. Un rival a dû prendre sa place et affiche la bannière en trophée peut-être ? Une réputation bien utilisée est une arme puissante.
     -Je l’espère. Mais si je suis heureux à l’idée que Sveresson soit mort, je m’inquiète en me disant que ce seigneur là-bas est peut-être encore plus dangereux… » Varen se releva lentement et s’arrêta dans son mouvement. Johann était à la lucarne d’où ils étaient sortis. « Vous n’entendez rien ?
     -Comment ça ? ironisa Gnorri. Autre chose que les cris bruyants et barbares de ces timbrés corrompus qui attaquent nos murs ?
     -Oui… Des bruits d’escarmouches, sauf que ceux-là sont proches de nous. »
     Varen grimpa sur le haut du toit pour avoir une meilleure vue. Gnorri le rejoint et tous les deux remarquèrent du mouvement dans les rues qui entouraient l’auberge.
     « Et merdre, surement une autre expédition chaotique. Ils sont à un pâté de maison d’ici et ils ont de la compagnie ! pesta le nain. Il faut qu’on bouge ! »
     Le bruit des combats se rapprochaient rapidement tandis que Varen, Gnorri et Johann dévalaient les escaliers pour récupérer leurs affaires. Il ne leur fallut pas longtemps pour se préparer et ils sortirent de l’auberge en quelques minutes. Ils se mirent à suivre le boucan provoqué par le combat. Mais, à leur grande inquiétude, les tintements d’épées s’étaient mués en cris d’effrois…
     «Attendez ! » leur lança Varen alors qu’ils allaient emprunter une rue adjacente. Johann et Gnorri se turent pour essayer d’entendre quelque chose. Un bruit de pas accéléré venant de la ruelle qu’ils voulaient emprunter se fit entendre.
     « Collez-vous à la paroi, chuchota Gnorri. Varen essaye d’ouvrir la porte de cette maison au cas où.»
     Le mercenaire acquiesça et entreprit de forcer la porte en douceur. Le loquet était grippé mais il finit par sauter après quelques secondes. Maintenant ils avaient une sortie de secours, mais ils ne savaient toujours pas ce qui se passait à côté.
Soudain, un cri guttural se fit entendre. Quelques passes d’armes s’échangèrent. Un autre cri retentit, de douleur cette fois. Puis quelqu’un courut vers Gnorri, Johann et Varen, le souffle court.
     Subitement, un maraudeur apparut à l’angle de la rue en jetant un regard, paniqué, derrière lui. Le jeune norse tituba en s’appuyant au coin du bâtiment. Il se retourna brusquement pour regarder à sa droite, mais il se statufia en reconnaissant le mercenaire qu’il avait affronté hier soir. Epuisé, le teint blafard et une blessure assez sévère au flanc gauche sur laquelle il appuyait pour limiter l’hémorragie, on aurait dit que le maraudeur venait de vivre un des pires instants de toute sa vie. Mais en voyant Varen, étonné et l’air perdu, le norse ne put que glousser devant l’absurdité de sa situation.
Quelque chose vint le percuter dans le dos l’instant d’après. Le chaotique trembla sous l’impact, une expression de surprise et d’horreur sur le visage et il fut ramené brutalement en arrière. Des cris atroces ainsi que le son caractéristique de la chair et des os que l’on broie parvinrent de la rue, tout proche.  
     Il ne fallut pas longtemps au trio pour se ruer à l’intérieur de la maison qu’ils venaient d’ouvrir. Gnorri resta à la fenêtre tandis que Varen et Johann, sous sa longue cape, se cachaient en retrait dans les ombres, leurs armes dégainées.
     « Tu vois quelque chose ? demanda Varen.
     -N…Non, bredouilla le nain. » Le massacre suivait apparemment son cours non loin, des grognements bestiaux couvrant presque les sons répugnants. « Et c’est peut-être pas plus mal… »
     Gnorri jura, Varen pesta et Johann pria. S’armant de patience, le trio attendit dans son abri précaire, les nerfs prêt à lâcher.

     Une belle journée qui s’annonçait en somme.


Dernière édition par Kaops le Jeu 23 Juin 2016 - 15:19, édité 2 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Kaops
Chevalier de la Quête


Nombre de messages : 355
Age : 22
Localisation : Norsca
Date d'inscription : 24/12/2012

MessageSujet: Re: Dans l'ombre de l'étoile [TEC]   Lun 4 Avr 2016 - 21:38


     De l’autre côté des murailles de Jeantennois, le ton n’était pas plus joyeux qu’à l’intérieur ironiquement. Les troupes chaotiques se fracassaient sur les murs de la ville depuis plusieurs heures déjà et aucune avancée significative n’avait été faite. A l’arrière, le mécontentement commença à gronder dans les rangs, des murmures haineux se succédaient les uns aux autres, remettant en cause leur présence ici.
     Les chefs de clans s’étaient réunis autour d’un feu de camp pour discuter de l’avenir de la bataille et de leurs implications dans cette dernière. Mais alors qu’ils faisaient monter la tension entre eux, une voix forte et métallique vint briser le brouhaha :
     « Silence ! Vous tous, silence ! » cria un grand seigneur du chaos alors qu’il les rejoignait au feu de camp. Il s’agissait de celui que Varen et Gnorri avait aperçu plus tôt du haut des toits. Son armure d’un bleu abyssal parcourue de veines dorées avait quelque peu perdue de son éclat.
     Il planta sa longue épée qui luisait d’un halo bleuâtre dans le sol et entreprit d’épousseter sa cape noire brodée d’argent en prenant son temps. Mais malgré tous ses efforts, ses gestes saccadés indiquaient clairement sa colère latente. On pouvait entendre son souffle court à travers son heaume alors qu’il essayait de se calmer.
     « Gorbag… »  Commença un chef de clan à sa droite dont les cheveux grisonnants se mêlaient à la peau de bête argentée qu’il portait.
     Le heaume du seigneur de guerre se tourna brusquement vers le guerrier des steppes. Une lueur azur émana de la visière de son heaume tandis qu’il essayait de contenir sa rage. Son bras jaillit telle une lance et attrapa le chef par le col. Il le leva au niveau de son visage, le faisant décoller du sol.
     « Kurash…Seigneur Kurash ! siffla-t-il entre ses dents. Combien de fois encore vais-je devoir vous le répéter ? »
Et il jeta rageusement le chef nordique dans la boue. Se relevant de toute sa taille pour les dominer, il attendit une réaction de la part des autres chefs. Aucune ne vint. Satisfait, Kurash se détendit un peu. Avec ces brutes des steppes du nord, il valait mieux s’assurer constamment de leur loyauté sous peine de finir poignardé, décapité ou pire… Pourquoi n’avait-il pas engagé plus de de guerriers en Norsca ? Ceux-là au moins connaissaient le bon sens et il était bien plus contrôlable.
     « Continuez l’attaque pendant encore deux heures, leur dit-il. Je vais voir si notre autre front avance. »
     Il se baissa lentement vers le seigneur à terre qui essayait de se relever. Prenant le ton le plus cynique qu’il connaissait, il lui donna un autre ordre :
     « Et ce sont tes hommes qui iront mener les assaut suivants… D’ailleurs tu iras avec eux, pour les motiver un peu. »
     Le respect par la crainte, il n’y avait que ça de vrai. Et puis on n’est jamais trop prudent, un petit exemple faisait toujours des merveilles pour assurer un minimum de discipline. Après avoir fixé le regard du chef vieillissant pour s’assurer qu’il allait faire ce qu’il lui avait demandé, Kurash se retourna en embrasant du regard les autres chefs. Toujours garder un contact visuel direct, un autre conseil qu’il appliquait en permanence.

     Depuis son départ des rivages du nord, très peu de choses s’était passées comme prévu. Une tempête avait prise avec elle une bonne partie de ses forces et une rencontre imprévue avec une flotte Marienbourgeoise n’avait pas améliorée leur situation. Il avait longtemps écouté les cris de douleurs du capitaine du vaisseau qui les avait attaqués. Ce dernier avait réussi à tenir trois jours avec un démon mineur dans le crâne, un sacré spectacle.
     Ensuite, plusieurs guerriers ont commencé à lui reprocher d’avoir pris le commandement. Ils disaient de lui qu’il était faible et que n’importe qui aurait pu mener la horde mieux que lui. Des voix s’étaient élevées contre lui, il leur avait répondu en abaissant son épée. Leur comportement était devenu bien plus docile après ça.
     Mais voilà qu’un nouvel obstacle se dressait devant lui. Tous ces incidents qui ont suivi la brèche dans le mur étaient problématiques. Aucune des patrouilles qu’il avait envoyées n’arrivaient à avancer bien loin et ceux qui revenaient en un seul morceau ne comprenait même pas ce qui avait bien pu leur tomber dessus… Les guerriers restaient silencieux et les maraudeurs tremblotaient plus que des impériaux, aucun d’entre eux ne lui avait donné la moindre information utile. Pitoyable.
     Evidemment, ce fiasco était rapidement devenu une source de critique pour ses hommes. Comment pouvaient-ils remettre en doute ses capacités ? Sveresson n’était pas meilleur que lui ! Il ne l’a jamais été ! Le ‘stratège de la peur’ ? Quelle blague, c’était un crétin, un manipulateur incapable d’aller de l’avant qui se contentait de ses victoires passées et qui laissait son propre clan dépérir. Voilà ce qu’il était et rien de plus!
     Mais alors pourquoi est-ce que tous ces guerriers qui, il y a un mois, suppliaient qu’on les envoie en raid se mettaient soudainement à avoir des remords ? Ils ont seulement peur d’une ombre du passée qui venait encore les hanter dans leurs cauchemars. D’ici quelques mois, ils n’y penseront plus…Enfin, il l’espérait. Après tout, même s’il ne voulait pas l’admettre, Kurash aussi sentait toujours l’influence d’Asgeir peser sur lui comme si son ancien seigneur était toujours là, derrière lui, à le juger. C’est pour cela qu’il avait changé de nom et donné son allégeance au seigneur du changement. C’était légitime puisque c’est ce dernier qui lui avait suggéré son plan dans ses rêves. Et quoi de mieux qu’un nouveau nom pour briser tout lien qui pouvait le relier à son ancien seigneur.
     ‘Ancien’… Kurash se délecta du mot et de tout ce qu’il impliquait. Le chaotique avait haït Asgeir depuis le jour où il avait rejoint son armée. Le jour où il avait pris le commandement de son armée, il avait enfin eu sa revanche sur le vieillard du chaos. Cet hypocrite, ce feignant, ce bon à rien de seigneur… Ce monstre…

     Le seigneur de Tzeentch revint à ses esprits en entendant une machine de guerre tirer un énième projectile. Encore troublé par ses pensées, le poids familier de son épée dans sa main droite le réconforta. Soupirant devant sa propre stupidité, le seigneur du chaos se mit en marche vers le centre du camp.
     Les quelques feux de camps qui brulaient encore voyaient se regrouper autour d’eux des abominations innommables. Plusieurs tas de chairs tantôt sanguinolents, tantôt putréfiés, gémissaient horriblement en étant agités de spasmes. Autour des enfants du chaos rodaient des déchus, sorte d’entre deux entre les premiers et les guerriers du chaos. Tout ce petit monde allait bien ensemble d’après Kurash.
     Plus loin, à la lisière du camp, les guerriers du chaos attendaient en lignes organisées, tels des statues, qu’un ordre leur soit donné. Kurash voulait les garder à l’arrière pour économiser ses forces pour l’assaut final. D’ailleurs, le seigneur bretonnien faisait apparemment de même… Plusieurs des guerriers trépignaient d’impatience et certains avaient brisés les rangs par deux fois ces derniers jours pour gouter à la fièvre du combat. Ceux qui étaient revenus se tenaient actuellement autour des feux de camps précédemment décrit. Le seigneur de Tzeentch n’était pas du genre clément et compréhensif, et son sorcier avait de bonnes idées quelque fois.
     Kurash arriva à sa destination. Devant lui se dressait une rangée de barrière grotesque en bois qu’ils avaient montés à la va-vite. Le cercle ainsi formé empêchait les défenseurs de voir ce qui se trouvait derrière les panneaux. Kurash passa les deux gardes qui tenaient l’entrée. Ces derniers le saluèrent en inclinant la tête vers le sol, ils ne la relevèrent qu’une fois que leur seigneur soit passé.
     Le chaotique se retrouva devant un grand trou de cinq mètres de diamètre dans le sol qui occupait la majorité du cercle créé par les barrières. Une pente légère permettait de s’aventurer sans danger dans les profondeurs. On pouvait apercevoir des torches accrochées aux poutres branlantes de soutènement. Les petits points rougeoyants des flambeaux se suivaient tel d’innombrables yeux menaçants dans la pénombre, comme si ces choses attendaient que l’on emprunte le tunnel pour vous fondre dessus. Kurash se détourna et appela un guerrier.
     « Amène-moi cinquante guerriers, nous partons dans le tunnel. »
     Le nordique acquiesça, son expression cachée par son heaume à cornes, et il repartit vers le camp.  Kurash, lui, reporta son regard sur la cavité. Une paire de points rougeoyants s’était rajoutée au centre du tunnel. Il était temps qu’il aille voir de quoi il en retournait.


Dernière édition par Kaops le Jeu 23 Juin 2016 - 15:03, édité 2 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Kaops
Chevalier de la Quête


Nombre de messages : 355
Age : 22
Localisation : Norsca
Date d'inscription : 24/12/2012

MessageSujet: Re: Dans l'ombre de l'étoile [TEC]   Jeu 23 Juin 2016 - 14:57



     Les trois compagnons ne tenaient plus. Après les bruits atroces causés par « la chose », c’était maintenant le silence qui jouait avec leurs nerfs. Cela faisait deux heures qu’ils se trouvaient dans la maison où ils avaient trouvés refuge, et ils n’en savaient toujours pas plus qu’en entrant à l’intérieur.
     « Ça fait bientôt une heure qu’on ne l’entend plus, murmura Gnorri toujours à la fenêtre. Je dis qu’on devrait sortir.
     -Pour se faire éventrer par ce truc comme le maraudeur ?grogna Varen. Non merci ! On ne sait même pas où il est, alors…
     -Alors raison de plus de sortir et voir ce qu’il en est ! cria Johann en coupant le mercenaire. »
     Le sigmarite serrait les poings, il semblait passablement irrité. Si cette inaction le rendait fou, sa colère était surtout tournée contre lui-même. Johann voulait sortir et affronter le monstre qu’ils chassaient depuis tout ce temps, mais au fond de lui il savait qu’il était terrifié. Et c’est sa propre faiblesse devant le danger qui l’horripilait. Comment un élu de Sigmar pouvait accumuler tant de tares en de tels moments ? Il fallait qu’il se reprenne. Il fallait qu’il fasse quelque chose.
     C’est alors que Johann courut vers la porte, marteau en main, sous les yeux de Varen qui se mit à perdre des couleurs au fur et à mesure de l’avancée du sigmarite. La porte partit à la volée en laissant passer Johann qui se mit en garde immédiatement après. Gnorri, Varen et le regard furibond de ce dernier le suivirent immédiatement et ils formèrent un cercle défensif pour s’assurer de couvrir le plus possible leur champ de vision.
     Si le mercenaire rêvait d’enguirlander le guerrier doré, il devait bien admettre qu’au moins il faisait quelque chose pour changer. Foutu pour foutu, autant avancer. D’un coup de coude rapide, il indiqua au groupe de se déplacer en gardant la formation. Ils contournèrent l’angle de la rue assez rapidement, arrivant ainsi en vue du massacre.
     « A quoi ça ressemble ? » demanda Varen qui avait le dos tourné à la scène pour couvrir leurs arrières. Aucune réponse ne vint.
     « Bon alors quoi ?... »
     Varen se retourna à demi pour jeter un œil rapidement. Mais la scène qui s’offrit à lui l’empêcha de décrocher son regard. Des corps jonchaient le sol pêle-mêle, chairs tranchées, et crânes broyés s’étalaient sur les pavés comme des fruits trop mûrs lancés avec force sur le sol. Les membres ensanglantés exacerberaient le blanc des os brisés qui sortaient des cadavres, créant ainsi des îlots perdus dans une mer de sang. Mais ce qui marquait le plus était le grand charnier au centre de la place. Un assemblage grotesque de corps prémâchés par une quelconque bête gigantesque qui s’élevait sur plusieurs mètres de hauteur.
     Une telle brutalité ne laissa pas de marbre les spectateurs actuels. Gnorri régurgita à moitié son repas, sous le choc, les yeux écarquillés par l’effarement. Johann resta de marbre, incapable de bouger et Varen sentait la peur monter progressivement alors qu’il se posait une question : Qu’est-ce qui a bien pu faire ça ? C’est Gnorri qui finit par reprendre ses esprits un peu avant les autres.
     « C’est… bégaya-t-il. Ces corps…
     -C’est à ça que ressemblait les autres ? demanda Varen, la voix tremblante.
     -Ben justement… Non. Tout ça, c’est d’un autre niveau.
     -Comment ça d’un autre niveau ? Ils étaient bien mutilés les autres ?
     -Ouais, mais là on dirait le boulot d’une harde de trolls des cavernes sadiques ! cria Gnorri qui n’arrivait pas à se calmer. Bordel, c’est… c’est atroce ! »
     Le nain se passa la main sur le visage tout en cherchant une petite flasque d’alcool à sa ceinture. Johann s’avança en ligne droite parmi les cadavres, comme intrigué. Il avait cette capacité à occulter ce qu’il ne voulait pas voir, une sorte de réflexe de survie de son inconscient, ce qui fait qu’il gardait un calme relatif. Après quelques pas, il s’arrêta devant un cadavre. Sans le quitter des yeux, il fit signe aux deux autres de venir le rejoindre.
     « Dites, leur dit-il alors qu’ils se rapprochaient, c’est quoi ça ? »
     Varen et Gnorri suivirent l’indication de Johann et virent le corps d’un gros rongeur en piteux état.
     « Attends une minute, c’est un skaven ça ? s’étonna Gnorri.
     -On dirait bien… Mais qu’est-ce qu’il fout ici ? renchérit Varen.
     -Ah ça j’en sais rien, continua Johann. Mais en fait, je vous parlais surtout du grand trou juste derrière, dans la maison là. »
     Varen et Gnorri levèrent les yeux pour se retrouver face à une bouche noire au fond de laquelle quelques torches brillaient faiblement. En jetant un œil autour, on pouvait s’apercevoir que quelques autres cadavres de rongeurs jonchaient le sol, mais ils étaient dans le même état que ceux des nordiques. La demeure était éventrée de part en part, une bonne partie du plafond était partie et les poutres partaient vers l’extérieur, comme si quelque chose les avaient repoussées.
     « Ça commence à devenir inquiétant là, lança Varen alors qu’il regardait dans le tunnel.
     -Vous pensez qu’on doit rentrer là-dedans ? demanda Johann.
     -Pas fou non ? C’est peut-être de là que vient la chose ! s’agita Gnorri.
     -Mais notre mission est d’avoir des informations sur ce truc, dit Varen. Pour le moment on a appris rien de plus que l’on ne savait déjà, à part qu’il y a des skavens… Donc je rejoins Johann, même si l’idée ne m’enchante guère. De toute façon, si on revient maintenant, vous pouvez être sûr que Gyronand va nous y renvoyer.
     -Dans ce cas… Au moins, on s’éloigne de ce charnier, essaya de positiver Gnorri qui entama la marche »
     Le nain attrapa une torche au passage et mena la petite troupe dans les galeries en se reprenant une rasade de sa flasque. Au moins, ça lui permettait d’oublier un peu ce qu’il venait de voir… Bah, qui espérait-il leurrer ? Il n’oublierait jamais un truc pareil, les images étaient gravées dans son cerveau à jamais. Son tord-boyaux maison l’empêchait d’y réfléchir, c’est tout. Mais il valait mieux ça plutôt que d’y repenser.
     Le passage souterrain était mal éclairé mais Gnorri et les deux autres avaient des torches et le nain voyait plutôt bien dans l’obscurité. Ce qui fait qu’il pouvait au moins éviter de se payer la moindre stalactite ou poutre mal placée qui dépassait du plafond. La galerie avait clairement été creusée, mais pas par quelqu’un de doué d’après les dires de Gnorri. Les poutres de soutènement ne demandaient qu’à se briser et l’atmosphère humide rendait les murs et le sol presque boueux. Après quelques minutes de marche dans le tunnel, ils arrivèrent à un carrefour.
     « Super, de mieux en mieux, grommela Varen. Bon il n’y a qu’un seul chemin qui reste aussi grand, autant l’emprunter. Les deux autres sont trop petits, surtout pour Johann. »
     Le sigmarite acquiesça en regardant les trous de rats ridiculement petits qui l’auraient obligé à continuer à quatre pattes. Il lui sembla tout de même y apercevoir du mouvement quand il passa devant, mais cela devait être son imagination.
En continuant plus loin, ils s’aperçurent que la galerie s’élargissait sur une caverne immense. Enfin immense, suffisamment grande pour que leurs torches n’arrivent pas à l’éclairer toute entière.  Cette dernière était naturelle en revanche, les stalactites et stalagmites qui couvraient les murs tels du lierre rocailleux en attestaient. D’une crevasse qui traversait la caverne à leur droite on pouvait entendre un ruisseau souterrain qui coulait dans les profondeurs.
     Mais cette fois, plus aucune torche n’était visible. Le lieu semblait abandonné contre toute attente. Les trois compagnons marchaient au pas, essayant de trouver un quelconque signe qui pourrait leur indiquer où aller. Il y avait bien quelques traces de griffes passagères sur les murs ou le sol, mais leur taille ne disait rien qui vaille et elles étaient trop éparpillées pour avoir le moindre sens. La caverne voyait plusieurs galeries naturelles ou creusées rayonner depuis ses murs, rendant l’orientation encore plus compliquée…
     « On est déjà bien trop loin en territoire inconnu, murmura Gnorri. Si on ne trouve rien prochainement, il va falloir qu’on choisisse au hasard un des tunnels. De toute façon, je devrais pouvoir nous ramener à la surface sans trop de problème.
     -Il faut croire que n’avons pas trop le ch… Dites, vous avez entendu ?
     -De quoi ? demanda Johann.
     -Un bruit de pas. »
     Le mercenaire s’approcha de l’entrée d’un tunnel et tendit l’oreille. Il acquiesça, comme pour confirmer la présence du son. La petite troupe s’enfonça dans l’obscurité pour trouver l’origine de ce son.
     Les cavernes produisant de l’écho, l’origine des pas se trouva être bien plus loin que ce qu’ils imaginaient. Ils traversèrent plusieurs carrefours et autres tunnels effondrés avant de se rendre compte que le son était à un tunnel d’eux. Gnorri fit signe aux autres de s’arrêter, mais Johann n’était pas de cet avis.
     « Le chaos et ses sbires vont tâter de mon marteau ! s’enthousiasma Johann. »
     Le sigmarite commença à s’engouffrer dans le tunnel pour être intercepté par Varen.
     « A l’avenir, réfléchit plus de trois secondes avant de faire quelque chose ! lança Varen sur un ton lourd de reproche. On ne sait même pas si c’est un ennemi.
     -Je… Pardon, fit Johann d’un ton pataud.
     -J’y vais en éclaireur. Restez-là. »
     Varen s’avança, la torche dans une main et son épée bâtarde dans l’autre. Il se déplaçait lentement, guettant chaque recoin, chaque petite aspérité qui pourrait cacher un ennemi. Sa torche n’éclairant qu’a trois pas, cela lui prit un temps faramineux. Après une vingtaine de pas, il jeta un regard en arrière vers là où se tenaient Gnorri et Johann. Ils le regardaient de loin, légèrement penchés sur les bords de la caverne. De là où il était, Varen les trouvaient bien loin. Trop loin en fait.
Il se retourna et continua à avancer. Le bruit de pas se rapprochait. Varen se retrouva à un angle, les pas venaient de l’autre côté. Prenant son courage à deux mais, il resserra sa prise sur la poignée de son épée et il tourna l’angle dans une posture agressive…
     Pour se retrouver face à face avec une montagne d’acier et de muscles que l’on nomme plus simplement un guerrier du chaos. Ce dernier semblait lui aussi passablement énervé et cherchait quelque chose. Quand Varen rentra dans son champ de vision, le guerrier à l’armure noire oublia immédiatement ce qu’il était en train de faire. Il avait une proie devant lui. Quelque chose pour se calmer les nerfs.
     L’instinct de survie prit le pas et Varen fit demi-tour en urgence. Les yeux écarquillés, il asséna un coup maladroit d’épée bâtarde sur le heaume du guerrier et repartit dans l’autre sens en jurant.
     « Mais c’est pas vrai, grotte de merde ! hurla Varen. »
     Le guerrier, à peine marqué par le coup maladroit, joua des épaules et courut après le mercenaire. Dégainant ses deux épées frappées du symbole du chaos, il goûtait déjà sa victoire.
     Quand Varen déboula de la galerie avec un guerrier du chaos aux trousses, Johann et Gnorri jurèrent autant que le mercenaire et dégainèrent leurs armes pour encercler le guerrier. Ce dernier marqua un arrêt quand il aperçut les deux autres, mais ce fut de courte durée et il chargea Gnorri qu’il estimait le plus facile à éliminer. Ses deux épées dansèrent dans les airs quand il les envoya sur le nain. Ce dernier parvint à les esquiver de peu, mais ils comprirent que ce n’était pas Gnorri que le chaotique visait, mais plutôt la poutre de soutènement derrière le nain qui soutenait la galerie par laquelle ils étaient venus. Le tunnel s’effondra quand le bois affaibli lâcha. Une fois la poussière retombée, le guerrier ricanait pour lui-même et il se retourna vers ses adversaires. Apparemment, il voulait les empêcher de fuir.
     La passe d’arme continua alors que Varen chargeait le guerrier par derrière et Gnorri par l’avant. Mais ce dernier alternait sans problème entre les deux combattants, les épées du chaotique paraient trop vite les coups pour permettre aux deux combattants de profiter de leur avantage numérique. Projetant Gnorri au sol avec un coup de pied, le guerrier se retourna vers Varen et le mitrailla de coup plus violents les uns que les autres.
     Ce fut l’intervention de Johann qui empêcha le chaotique de tailler en pièces le mercenaire qui reculait devant un tel assaut de violence. Dans la mêlée qui suivit, un coup de marteau ample et maladroit finit quand même par déstabiliser le guerrier. Particulièrement courroucé, le guerrier hurla un cri de guerre et bourra Johann d’un coup d’épaule dans le bouclier. La garde du sigmarite ainsi ouverte, le guerrier asséna un coup brutal au poitrail de Johann mais il ne parvint qu’à égratigner l’armure dorée qui fumait néanmoins au niveau de l’écorchure après avoir été en contact avec un objet impie.
     Varen revint à la charge et frappa le guerrier dans le dos, la pointe de son espadon passant à travers la cotte de maille protégeant le bas du dos, infligeant une blessure qui tira un cri de douleur au chaotique. Johann en profita et bloqua les armes du guerrier, l’empêchant de bouger. De son côté, Gnorri, qui avait eu le temps de récupérer son arbalète, utilisa cette fenêtre de tir pour envoyer un carreau en plein dans le heaume du guerrier.
     D’instinct, les trois combattants s’éloignèrent du chaotique qui restait immobile. Quelques secondes passèrent dans le silence jusqu’à ce qu’un grognement sourd de rage finisse par émerger du heaume noir et le guerrier chancela autant qu’il chargea Johann, les épées levées. L’attaque soudaine surprit le sigmarite qui ne put parer à temps la lame du chaotique qui s’infiltra dans une jointure de son épaule. Essayant d’ignorer la douleur, Johann finit par asséner un coup de marteau dans le heaume du guerrier dont la nuque fut brisée sous l’impact. Ce dernier s’effondra enfin dans un faible râle en emportant Johann avec lui dans sa chute. Les deux combattants en armure s’effondrèrent dans un fracas épouvantable sur le sol rocailleux de la grotte.
     Essoufflés, les trois compagnons tentèrent de se remettre de leur émotion. On ne survivait pas à une rencontre contre un guerrier du chaos tous les jours.
     « Ça… Ça va Johann ? toussa Varen.
     - Vous pouviez pas réfléchir plus de trois secondes avant de nous ramener un guerrier du chaos ? ironisa le sigmarite qui tentait de repousser le guerrier affalé sur lui.
     -Donc tu vas bien, gloussa-t-il en aidant à enlever le corps. »
     Un coup d’œil rapide suffit à confirmer le fait que Gnorri était toujours en un seul morceau. Varen ressenti des piqûres au niveau de sa jambe droite et de son flanc gauche quand il aida Johan à se relever. Des traits rouges vifs peu profonds lui entaillaient la chair à travers son manteau de cuir. Voilà bien un problème de l’expérience du combat, on ne sentait plus les blessures bénignes mais elles n’en étaient pas moins dangereuses… Une simple infection pouvait vite empirer et vous envoyer six pieds sous terre. Varen ouvrit une sacoche à sa ceinture pour en sortir un onguent cicatriciel.
     « Tu en veux aussi, gamin ? demanda-t-il à Johann.
     -Je… pense que ça ira, dit le sigmarite en serrant les dents pour étouffer la douleur qui survint quand il bougea le bras. »
     Mais Varen n’insista pas, le sang semblait avoir arrêté de couler à travers l’armure d’or et le jeune guerrier de Sigmar semblait capable de s’en sortir tout seul.
     « Dites, demanda Gnorri en pointant le guerrier, qu’est-ce qu’il foutait là lui ?
     -Décidément, on rencontre du beau monde dans ces foutues cavernes, grogna Varen
     -On ferait mieux de bouger, le bruit du combat pourrait en rameuter d’autres, continua Johann. »
     Curieux, Gnorri s’approcha de la galerie d’où venait le chaotique. Il se figea, tendit l’oreille et fit signe à Varen et Johann de se taire.
     «Attendez, j’entends encore quelque chose là-bas. Et ça a l’air de se rapprocher…
     -Bon, allons-y alors, renchérit Varen. De toute façon, ce n’est pas comme si c’était le seul chemin possible… »

Tous morts… Chef mort… Courir !

     Varen s’arrêta brusquement dans sa phrase. Un bruit sourd venait de retentir dans une galerie non loin.
     « Vous avez entendu ? demanda Varen.
     -Ouais, on aurait dit… quelque chose qui venait de tomber sur le sol. Ça vient de ce tunnel. »

Patte plus marcher… Tant pis ! Courir… Plus vite !

     Gnorri s’approcha de ladite galerie et essaya d’éclairer l’endroit avec sa torche tant bien que mal. Le nain plissa les yeux pour essayer de reconnaître la source du bruit, sa vue dans le noir étant limitée.
     « On dirait pas qu’y a un truc qui gratte très vite vers nous ? »

Lum… Lumière ? Amis ?

     Gnorri, Varen et Johann eurent la surprise de voir une boule de poil en piteux état leur débouler dessus en clopinant. Le skaven avait la patte cassée et sa fourrure était tachée de sang. Quand le rongeur, à peine plus grand que Gnorri, leva le museau pour regarder ses présumés sauveurs, il eut un réflexe de recul et jappa, terrorisé.
     « Non ! Non ! ssss… Choses-hommes ? Quoi vous faire là ? siffla-t-il.
     -Donc y’a bien des rongeurs dans ces tunnels, grommela Varen.
     -Ouais, ben il va pas y rester longtemps, tonna Gnorri. »
     Le nain dégaina son épée courte et s’approcha du rat à pas lourds, la haine ancestrale des nains envers les skavens prenant le pas sur tout le reste. Le skaven tenta de reculer, faisant fi du danger qu’il essayait de fuir quelques secondes auparavant.
     « Non ! Choses-hommes fuir ! Vite !
     -Quoi, je dois fuir un pauvre rat blessé ? Parce qu’en plus tu me traite de couard !? s’étrangla Gnorri. »
     Le nain pressa le pas pour rattraper le rongeur qui reculait de plus belle.
     « Attends, ne va pas trop loin ! En plus il est terrorisé, s’exclama Johann.
     -C’est normal, je vais lui broyer son putain de crâne !
     - Gnorri, je ne suis pas sûr qu’il ait peur de toi, dit calmement Varen. »
     Le nain se retourna à demi, l’épée levée et prête à frapper. Ses deux camarades étaient à plus de dix mètres de lui.
     « De quoi ? dit-il. »
     Un jappement étranglé vint du côté du rat.
     « T’a pas intérêt à fuir… »
     L’injonction de Gnorri mourut lentement dans sa gorge quand il réalisa que le rat n’était plus vraiment à sa place. En fait, il était en train de se faire trainer en arrière dans le tunnel. La tête du skaven était enfermée comme dans un étau par une main gigantesque d’une pâleur cadavérique qui emmenait le corps inanimé dans les profondeurs.
     « Bordel, c’est quoi ça ? » souffla le nain qui recula lentement en lâchant sa torche. Comme incapable de détacher ses yeux de la main monstrueuse, le nain leva les yeux, suivant la direction du cadavre. Et il se figea.
     Le bâton enflammé roula lentement vers Johann et Varen qui s’aperçurent que quelque chose n’allait pas. Gnorri ne bougeait plus d’un seul centimètre, comme tétanisé. En même temps, il ne voyait pas ce que voyait le nain au même instant…
     « Gno… ? commença Johann.
     -Explosez le soutènement ! hurla Gnorri, paniqué. Détruisez cette foutue poutre ! »
     En voyant le nain rebrousser chemin à toutes jambes, Varen ne se fit pas attendre. Gnorri avait apparemment vu quelque chose, et ce quelque chose devait se faire ensevelir dans la minute.  Il décocha un coup de botte à la poutre qui se situait juste à côté de lui. Le coup que Varen avait porté était calculé, le bois pourri était brisé mais il tenait encore, grinçant. Il voulait laisser passer Gnorri pour ensuite faire s’effondrer le tout. Le mercenaire releva la tête pour regarder dans le tunnel, Johann à sa droite hurlait des encouragements pour le nain qui courait comme un dératé.
Une main blanche comme la mort sortit des ténèbres, éclairée par la torche qui continuait de rouler vers eux. Gnorri fut attrapé à la taille en un éclair. Le nain écarquilla les yeux de terreur. Voyant qu’il ne pourrait pas se défaire de l’étreinte, il hurla aux deux autres.
     « Barrez-vous ! Fermez le tunnel ! Main… »
     Gnorri venait de disparaître dans l’obscurité. Ses cris se muèrent en hurlements, puis en gargouillis atroces tandis qu’il se faisait apparemment broyer vivant.
     Varen se reprit rapidement, il avait eu son lot d’expériences dans le genre en affrontant les hommes-bêtes, même si cette fois semblait… particulière. Le mercenaire allait refermer le tunnel avec un coup final dans la poutre quand il vit que Johann s’engouffrait dans la galerie.
     « Johann, reviens ici abruti !
     -Fermez les yeux ! cria le sigmarite. »
     Johann fit voler sa grande cape, révélant son armure d’or. Il écarta les bras et un flash de lumière si violent qu’il aveugla momentanément Varen apparu. Un cri à glacer le sang retenti dans le tunnel. La cavalcade pataude et lourde qui suivit indiquait que la chose venait de se replier momentanément.
     Varen, qui ne voyait presque plus rien, attrapa Johann par le col et le tira tant bien que mal vers l’arrière. Une fois le sigmarite hors d’affaire, Varen asséna un coup à la poutre en piteux état qui ne demandait que ça pour casser. Le bois finit par céder, et dans sa chute, emporta le haut du tunnel qui s’effondra dans un fracas épouvantable.

     Le silence enfin revenu, Varen se laissa tomber sur le sol à côté de Johann.
     «Qu’est… Qu’est-ce que c’était que ça ? demanda Johann, hagard.
     -Tu aurais pu nous dire que tu savais… Provoquer des éclats de lumière, ou quelque chose du genre !
     -Je ne savais même pas si ça allait marcher, répliqua Johann.
     -Q… Sérieusement ?! fit Varen, effaré. Dans tous les cas, je ne peux pas être derrière ton dos en permanence, il va falloir que tu fasses plus attention !… »
     Varen se releva et continua ses remontrances pendant une bonne minute. Johann les accepta. Le mercenaire avait raison. C’était sa peur qui l’avait envoyé dans le tunnel, faire un acte déraisonné… Mais il pensait bien faire !
     « Je n’allais pas le laisser tomber ! hurla Johann en coupant Varen.
     -Eh bien tu aurais dû ! Dans ce boulot, il faut savoir accepter de sacrifier des troupes… ! »
     Le mercenaire s’arrêta net. Il venait de reprendre inconsciemment son ancien rôle, celui du capitaine de régiment… Une boule se forma dans sa gorge tandis qu’il réalisait enfin le sort de Gnorri et il serra les poings de rage. Encore un qui était mort à ses côtés. C’est pour ça qu’il travaillait seul depuis tout ce temps et voilà que ça continuait. Ça n’en finira donc jamais…
     Johann regardait le visage empourpré de Varen à la lueur de sa torche. Le mercenaire semblait à bout. A sa grande surprise, le sigmarite comprit que le mercenaire était dans le même état que lui : terrifié.

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Dans l'ombre de l'étoile [TEC]   Aujourd'hui à 18:14

Revenir en haut Aller en bas
 
Dans l'ombre de l'étoile [TEC]
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Cartes dans l'ombre
» [Précision] Retour dans l'ombre
» Une ombre chinoise au tableau…
» Carnaval de l'Étoile
» Dragons, doublons et ombre...

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Le Royaume de Bretonnie :: La Bretonnie : son histoire, ses chevaliers, ses châteaux :: Textes-
Sauter vers: