Le Royaume de Bretonnie
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 Les belles histoires du baron Guilhem, le retour

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Baron Guilhem de La Tour
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MessageSujet: Les belles histoires du baron Guilhem, le retour   Mar 20 Nov 2007 - 3:09

Hé oui, encore une belle histoire...

Certains s'en souviennent sans doute avec émotion, suite à la publication sur ce beau forum du court texte intitulé Les Gardiens des Sentiers, j'avais solennellement promis (à la demande générale de cinq personnes) que je posterais un jour ou l'autre un récit de bataille bien long et bien sanglant. Ce jour est arrivé (et j'en suis le premier surpris).

Le texte qui suit commence à dater un peu ; je ne sais pas si j'écrirais encore ce genre de trucs aujourd'hui. Parfois, certains aspects ne me plaisaient plus tellement, mais j'ai mis un point d'honneur à ne pas tout transformer. J'ai surtout retouché la forme, sans trop bousculer le fond.

Contrairement aux Gardiens des Sentiers, ce texte ne se base pas sur une de mes parties, mais sur un épisode de l'histoire de la baronnie de La Tour (extrait d'une chronologie que j'avais composée il y a bien longtemps). Sachez en effet qu'en l'an 1444, alors que le baron Uther participait à la Guerre Sainte lancée par le roi Charles, une immense horde de peaux-vertes s'abattit sur les terres de La Tour. On notera au passage l'originalité du sujet. Mr. Green

Le texte est assez long, mais rassurez-vous, il n'y aura pas de suite, et j'ai mis une ou deux images pour l'égayer un peu (c'est une idée de Morgur Laughing ).

Comme toujours, je serai heureux de connaître votre avis ; j'aimerais particulièrement savoir si ce texte se lit sans douleur (voire avec plaisir), où s'il est encore un peu trop indigeste.

Bon, je crois que tout est dit. Bonne lecture (au fait, j'offre un plussoiement gratuit à celui qui me trouve une faute).



La Bataille de Vauvert



Un vent froid soufflait à travers la vallée, annonçant un rude hiver pour les mois à venir. Nul ne disait mot, chacun semblait ne rien faire d'autre qu'écouter le bruissement des feuilles sous la bise. Au milieu de ses compagnons, Bermond contemplait la vaste étendue d'herbe sèche et de rocaille, rendue plus terne encore par la lumière blaffarde du ciel gris. Sur les flancs de la vallée, une végétation torturée de ronces et de chênes noueux s'offrait au regard, à perte de vue, dissimulant les hommes chargés de prendre l'ennemi en embuscade. Bermond distinguait de temps à autre le mouvement d'un guetteur ou le reflet de l'acier parmi les arbres, mais les peaux-vertes ne soupçonneraient même pas le piège.

Autour de lui, les chevaliers du sénéchal Baldemar de Gresfol tenaient le centre de l'ost et interdisaient le passage. Les orques n'iraient pas plus avant. En première ligne, les hommes d'armes étaient d'ores et déjà en ordre de bataille et formaient un mur impénétrable de leurs larges pavois, hérissé de lances, de hallebarbes et de vouges, et retranché derrière des pieux de bois acérés. Plus en arrière dans les rangs, des centaines d'archers se tenaient prêts à tirer au premier signal. Par endroit, on distinguait la forme massive d'une machine de guerre ; au vu de la gravité de la situation, le sénéchal avait réuni l'arsenal le plus meurtier de toute la région. Balistes et catapultes n'attendaient qu'un ordre de Baldemar pour répandre la mort dans les rangs des peaux-vertes.

Mais nul spectacle n'était plus impressionnant ni plus glorieux que celui des rangs chatoyants des chevaliers de La Tour, réunis sous les bannières de leurs seigneurs, venus des quatre coins de la baronnie pour défendre leurs terres. Bermond n'en était pas à sa première bataille, mais jamais encore il n'avait vu si vaste et si superbe armée. Les rares rayons du soleil d'automne venaient jouer sur les heaumes et les fers des lances, et maints oriflammes claquaient au vent. Bermond reconnut l'or et l'azur de Percastel, la bannière de gueules et d'argent d'Esparon, le dragon de sable du sire de Sailhans, perdus au milieu de tant d'autres étendards, et sentit son coeur se gonfler de fierté. La Tour n'avait plus vu une telle armée depuis le départ en croisade du baron Uther. Bermond ne put s'empêcher de penser que tous ces hommes ne seraient pas de trop face à l'ennemi qui marchait contre eux.

Descendue des hautes montagnes des Voûtes, la horde des orques avait traversé la région comme un ouragan, pillant, brûlant, et ravageant tout sur son passage. Après des mois d'escarmouches et d'embuscades, les chevaliers de La Tour avaient réussi à endiguer le flot des peaux-vertes et à les attirer ici, à Vauvert, aux portes de la baronnie, où ils périraient tous et ne pourraient souiller le fief. Bermond ne sentait pas la peur, et se découvrit au contraire une férocité et un courage indomptables en contemplant l'ost de La Tour dans toute sa gloire.




Le son puissant d'une trompe résonna dans la vallée, aussitôt suivi du sifflement strident de centaines de flèches. En un éclair, les orques avaient pénétré dans l'étroit défilé et se ruaient à la rencontre de l'armée. Ils tombaient par dizaines sous les traits, mais ne ralentissaient pas pour autant, continuant à hurler leurs sauvages cris de guerre sous une grêle de tirs. Alors qu'ils s'approchaient toujours plus des premières lignes de défense, d'immenses cordes claquèrent dans les rangs arrières : les balistes entraient en jeu, accompagnées par les puissantes catapultes. Les projectiles s'abattaient dans un fracas assourdissant sur les formations compactes des orques, les massacrant par dizaines. Un cri de joie parcourut les rangs de l'armée alors que la horde hésitait, ralentissant par endroit son avance. La vague semblait brisée. Mais la première seulement.

A l'entrée de la vallée, toujours plus de peaux-vertes se pressaient pour atteindre l'armée, et toujours plus périssaient sous la pluie de flèches, de carreaux et de rocs. Tout semblait se dérouler comme le sénéchal l'avait prévu : les orques seraient décimés avant d'avoir seulement pu arriver jusqu'aux premières lignes de défense. L'entrée de la vallée était trop étroite pour permettre le passage d'une telle horde, qui voyait ainsi son avance ralentie. Bermond souriait en voyant les orques se piétiner les uns les autres sur le sol rocailleux, poussés par leur sauvagerie et leur indiscipline légendaire. Déjà les plus jeunes chevaliers s'impatientaient de porter le coup de grâce à l'ennemi. Le moment semblait venu, en effet. La charge des orques s'était muée en une lente et difficile progression sous une averse de traits. A présent qu'ils devaient en certains endroits escalader les cadavres de leurs congénères, leur ardeur ne pouvait qu'être émoussée. La bataille perdait en intensité et Bermond laissa son regard se perdre vers les flancs de la vallée, dont les arbres lui semblaient bouger par endroits. Les troupes en embuscade s'y préparaient sans doute à l'attaque, bien que Bermond n'eût entendu aucun signal. Il aurait d'ailleurs juré que les renforts n'étaient que peu nombreux, et pourtant, les bois tout entiers paraissaient grouiller d'hommes. Pensant que le vent lui avait joué un tour en soufflant dans les branches des chênes, Bermond reporta son attention sur la marée de peaux-vertes ; ils n'étaient plus très loin, mais ne semblaient pas décidés à se lancer à l'assaut en masse. Déjà, on pouvait voir des régiments reculer et d'autres s'arrêter en pleine progression, probablement secoués par une querelle. La horde commençait à se décomposer.

Enfin, le signal retentit. Le cor du sénéchal résonna dans la vallée et toutes les trompettes de l'armée lui répondirent. En un instant, chaque chevalier saisit sa lance et son écu, avant d'éperonner son destrier ; Baldemar mena lui-même la charge au triple galop, accompagné de ses meilleurs hommes, réunis sous la bannière de Gresfol et le superbe étendard azur, sang et or des barons de la Tour. La troupe traversa les lignes comme une bourrasque après qu'hommes d'armes et archers se furent écartés pour lui ouvrir un large passage. Bermond abaissa sa visière, s'élança avec ses compagnons, suivant les couleurs de son seigneur, le noble Aldebert de Valrosc, et la vallée tout entière fut emplie du tonnerre de centaines de sabots martelant frénétiquement le sol. Les chevaliers s'abattirent sur les orques désemparés avant qu'aucun n'ait seulement pu songer à tourner les talons. Les lourds sabots ferrés des destriers fracassaient les crânes et piétinaient les fuyards alors que les lances des chevaliers transperçaient les armures primitives des peaux-vertes avec aisance, empalant parfois plusieurs ennemis en un seul coup tant leurs rangs étaient denses.

Bermond abaissa sa lance et la dirigea vers un orque massif, couvert de fourrures et agitant sa hache en signe de défi. Il sentit le bois de frêne de son arme s'enfoncer et craquer sous la violence du choc, mais l'orque continuait à se démener avec fureur et à donner en tous sens de grands coups de sa large hache. Bermond laissa tomber à terre la hampe brisée, tirant son épée d'un même mouvement, et porta deux vifs coups de taille sur l'orque qui s'écroula, le crâne fendu malgré son casque. Se ruant à l'assaut de plus belle, Bermond put voir le brave Aldebert qui exhortait ses vassaux à faire montre de toujours plus de valeur, se taillant lui-même un chemin sanglant à travers les rangs ennemis. Les chevaliers de Valrosc faisaient honneur à leur blason, et bientôt les lignes des orques vacillèrent sous la violence de la charge. Bermond faisait s'abattre sa lame sur les peaux-vertes sans s'accorder un instant de répit, perçant les cottes de mailles et fracassant les plaques d'armures, répandant un sang noirâtre sur l'herbe de la vallée. Pour autant qu'il pouvait en voir avec son heaume et plongé au coeur de la mêlée, les orques n'en avaient plus pour bien longtemps. Au loin, il apercevait la haute bannière de La Tour et celle du sénéchal Baldemar, qui s'avançaient toujours plus profondément dans les rangs adverses.

Enfin, les orques cédèrent. Ce furent d'abord quelques guerriers qui se désengagèrent, puis des douzaines, et finalement le mouvement de panique se répandit comme un feu de brousailles à travers la horde entière. Sans même attendre l'ordre de leur seigneur, les chevaliers de Valrosc se lancèrent à la poursuite des peaux-vertes, clouant les fuyards au sol dans leur cavalcade effrénée. Ils percutèrent bientôt les secondes lignes ennemies et poursuivirent le massacre. A la vérité, maintenant que la fuite avait commencé, la victoire était acquise, et les troupes des rangs arrières, prises au dépourvu, ne pourraient tenir bien longtemps. Les chevaliers de Valrosc venaient d'engager une bande de gobelins dépenaillés et passablement apeurés, et Bermond eut un rire de mépris en voyant deux peaux-vertes s'agripper au caparaçon de son destrier pour tenter de l'atteindre. Il repoussa l'un d'un large coup de soleret dans les gencives et perça le crâne de l'autre de la pointe de son épée. Ces créatures étaient décidément une insulte à sa valeur. Bermond vit à sa droite son vieux compagnon Gauthier aux prises avec un gobelin bouffi qui semblait être le chef de la bande et un autre peau-verte portant un étendard en lambeaux. Après quelques passes d'armes, le gobelin gisait dans son sang sur l'herbe sèche et la bannière était piétinée par les sabots du destrier de Gauthier. Bermond poussa un cri de joie et leva son épée en direction de son ami, qui lui rendit son salut. Autour d'eux, les combats tournaient au carnage tant les chétifs peaux-vertes avaient peu d'espoir de l'emporter face aux chevaliers.


Bon, je coupe ici, il paraît que mon message "dépasse la longueur autorisée". N'importe quoi. Forumactif est formaté pour les flooders, ou quoi ? Laughing

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Baron Guilhem de La Tour
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MessageSujet: Re: Les belles histoires du baron Guilhem, le retour   Mar 20 Nov 2007 - 3:11

Bien. Je continue.


Le moment semblait venu de parachever la victoire et de lancer les troupes placées en embuscade à l'assaut des flancs ennemis. Bermond entendait depuis déjà longtemps leurs trompes de batailles, et guettait leur arrivée, mais les renforts ne semblaient pas décidés à passer à l'attaque. Pourtant, toujours plus de trompettes, et bientôt de cors, se faisaient entendre. Laissant les gobelins devant lui fuir les combats, Bermond écouta plus attentivement, et reconnut enfin le signal. Aucun doute n'était possible, c'étaient les sonneries de détresse qui retentissaient. Les renforts appelaient à leur aide le reste de l'armée. Pris de panique, Bermond héla Aldebert, qui le fit taire d'un geste et rallia ses vassaux sous sa bannière, se préparant à un nouveau combat plus rude encore que le précédent. L'instant d'après, d'innombrables flèches s'abattirent sur eux. Surgissant des arbres sur les deux flancs de l'armée, des centaines de gobelins montés sur des loups écumants se ruaient à l'assaut, portant nombre de bannières prises aux chevaliers. Les renforts avaient bel et bien été massacrés et l'ost de La Tour était pris en tenailles. L'espace d'un instant, Bermond put croire que la victoire était encore à portée de main et que les chevaliers ne tarderaient guère à se débarrasser des cavaliers gobelins, mais il comprit bientôt qu'il avait sous-estimé la ruse des peaux-vertes. Alors que les gobelins harcelaient les flancs de l'armée, les orques lançaient une nouvelle attaque de front. Une troupe vociférante d'orques montés sur de massifs sangliers se ruait sur l'ost désorganisé, piétinant dans son assaut les fuyards rescapés de la charge des chevaliers.




Levant sa visière, Bermond jeta un regard autour de lui et put mesurer l'ampleur du désastre. Les hommes d'armes des rangs arrières étaient submergés par une véritable marée de gobelins, et les quelques chevaliers gardés en réserve par le sénéchal Baldemar, trop peu nombreux pour espérer repousser la horde, faisaient leur possible pour transformer la déroute en retraite en bon ordre, abandonnant les machines de guerre. Cependant les pertes étaient terribles et à moins d'un miracle, peu parviendraient à rejoindre le reste de l'ost. Sur les flancs, la menace était moins évidente, mais tout aussi réelle. Les cavaliers gobelins arrosaient en permanence les chevaliers de leurs traits, tentant de les attirer à leurs trousses. Le sénéchal avait fait passer l'ordre d'ignorer de telles attaques et de concentrer l'assaut sur les chevaucheurs de sangliers, mais certains ne reçurent pas cet ordre, ou n'en tinrent pas compte, mettant en péril par leur témérité l'armée entière. Bermond avait plus d'une fois livré bataille aux peaux-vertes et enrageait de voir leur ruse grossière fonctionner.

Mais il n'avait que trop tardé, et abaissa sa visière avant de se lancer à l'assaut à la suite de ses compagnons, son épée dressée devant lui comme une lance. Les chevaucheurs de sangliers et les chevaliers de La Tour, lancés au triple galop les uns contre les autres, se percutèrent dans une mêlée effroyable. La valeur et l'habileté ne servaient de rien au milieu d'un tel carnage. Les montures trébuchaient et ruaient, les cavaliers étaient jetés à terre par la simple violence du choc, puis cloués au sol par d'innombrables coups de sabots. Avant même d'avoir pu lever son arme contre le moindre ennemi, Bermond reçut une lance dans l'épaule gauche, et manqua de lâcher les rènes. Alors que son destrier était entraîné au coeur du combat, Bermond sentait le sang couler sous son épaulière et la douleur lui transpercer le corps. La souffrance était telle que sa vision se brouilla. Sentant les coups pleuvoir sur son armure, il se mit à frapper à l'aveuglette, et sa lame en rencontra une autre. Il tenta de parer l'attaque, mais l'autre fut plus rapide et lui envoya son arme en plein visage, arrachant net la visière de son heaume et déchirant la joue de Bermond. Voulant porter la main à sa blessure, il tira par mégarde les rènes de son destrier, qui se cabra brutalement et envoya l'orque à terre d'une volée de coups de sabots en pleine poitrine. Bermond n'avait plus aucune idée de la façon dont se déroulaient les combats autour de lui, se contentant de frapper au jugé, plié en deux par la douleur et s'agrippant à l'encolure de son destrier, mais bientôt il entendit ce qui lui sembla être le signal de la retraite, parvint à grand peine à se désengager alors que toujours plus de ses compagnons tombaient autour de lui, désarçonnés et achevés au sol de la plus horrible façon par les orques. Il chevaucha aussi vite que le pouvait sa monture épuisée vers le centre de la vallée où se regroupaient les dernières troupes valides de l'armée.

Bermond formait un carré défensif avec des hommes qu'ils ne connaissait pas, derniers débris de ce qui avait été l'ost de La Tour, et qui n'était plus que l'ombre d'un armée. Les derniers chevaliers rescapés du massacre se rassemblaient en hâte autour du sénéchal Baldemar et de la bannière de la baronnie, à présent déchirée et sanglante, que son porteur agitait en signe de ralliement. Bermond chercha des yeux sa propre bannière, l'étendard de son seigneur, et la trouva en lambeaux, brandie avec moquerie au milieu des lignes adverses. Ce qui restait du contingent d'hommes d'armes et d'archers, les quelques régiments chanceux qui avaient réussi à rejoindre le sénéchal, se tenait aux côtés des chevaliers. Ils comptaient parmi eux de nombreux blessés, et Bermond ne vit pas un pavois qui ne fût hérissé de flèches.

L'ost était cerné par un ennemi qui semblait infiniment supérieur en nombre, mais les hommes de La Tour étaient encore plusieurs centaines, bien en vie, et lutteraient avec acharnement jusqu'à la mort s'il le fallait. Bermond accorda une dernière pensée à son fief et aux siens avant d'adresser une courte prière aux dieux et à la Dame. Alors que les traits commençaient à s'abattre sur eux, le sénéchal hurla quelque chose que Bermond ne comprit pas, et ses hommes lui répondirent en poussant leurs cris de guerre et en levant les dernières bannières de l'armée. Bermond chargea avec les autres. Il entendit une flèche siffler à son oreille et en sentit une autre se ficher dans son bouclier. Le choc fut terrible, une fois de plus. Les chevaliers eurent un instant le dessus, mais les orques ne cédèrent pas. Bermond devait faire un effort permanent pour continuer à frapper de sa lame sur les peaux-vertes, tant sa douleur et sa fatigue étaient grandes, mais il se battait toujours avec acharnement, conscient qu'il lui fallait résister ou mourir. Autour de lui, les hommes tombaient, un par un, mais nul ne tournait bride. S'ils parvenaient à tenir assez longtemps, l'ardeur guerrière des orques finirait tôt ou tard par se briser, et certains auraient alors une chance de sortir vivants de ce massacre. Une maigre chance, mais c'était tout ce qu'il leur restait.




Mais alors que Bermond parait péniblement la lame barbelée d'un orque, il lui sembla qu'un mouvement de panique traversait les lignes ennemies. Une rumeur se répandait parmi les peaux-vertes, les voix graves et rauques des orques beuglant ce qui ressemblait à des avertissements, et les gobelins poussant des cris aigus et apeurés. La horde ennemie vacillait, battant en retraite en désorde devant les chevaliers qui redoublèrent d'ardeur pour tirer avantage de cette débandade inattendue. Un combat semblait avoir lieu dans les rangs arrières des orques. Cherchant du regard quel soutien inespéré leur était venu, Bermond découvrit enfin la cause de la déroute des peaux-vertes. Aussi grands que deux hommes, les épaules larges comme une charrette et la peau d'une couleur de pierre, d'immenses trolls des montagnes se ruaient au combat, piétinant au passage les orques qui ne leur faisaient pas place assez vite. Les chevaliers, épuisés par la bataille qui durait depuis tant d'heures, ne purent que resserrer leur front face à l'assaut. Les trolls maniaient de lourds gourdins dont certains n'étaient guère plus que des troncs d'arbre grossièrement taillés, avec lesquels ils fauchaient les rangs des chevaliers, incapables de se défendre contre de pareils coups, froissant les armures et brisant les membres comme des brindilles. Un des monstres se dirigea vers Bermond et brandit sa massue en l'air, prêt à l'abattre, mais le chevalier parvint à prévenir le coup, et l'arme du troll se ficha en terre. Bermond le vit l'en retirer sans aucun effort, et la lancer de nouveau dans sa direction, trop vite pour qu'il puisse rien y faire, fracassant le flanc de son destrier dans une gerbe de sang. Projeté en l'air par le choc, Bermond recut un coup, puis un autre, alors qu'il tombait lourdement sur le sol de la vallée jonché de cadavres, au milieu du martellement des sabots, qui se faisait de plus en plus lointain.


Le croassement rauque des corbeaux réveilla Bermond. Il était étendu sur le dos au milieu des corps des hommes, des orques et des chevaux, et l'obscurité tombait peu à peu. Il chercha à tâtons son épée, qu'il trouva la lame brisée en deux morceaux. Le bois de son écu avait été déchiqueté et ses armes y étaient à peine reconnaissables. Le soleil mourant jetait une lumière rouge dans la vallée couverte de cadavres hérissés de hampes de flèches. Bermond se leva à grand peine et serra sa vieille épée contre lui comme un talisman, ramassant le morceau de lame brisée qu'il glissa dans son fourreau. La douleur de ses blessures revint tout à coup, et il dut faire un immense effort pour se maintenir debout. Il ramassa un tronçon de lance sur lequel il s'appuya, et contempla le champ de bataille. Rien ne bougeait, aucun bruit ne se faisait entendre. Seuls quelques corbeaux s'attardaient encore en ces lieux. Bermond pleura de rage et d'impuissance devant ce massacre, et surtout, il pleura d'en avoir réchappé, et de devoir encore vivre.


Et voilou. Merci d'avoir lu jusqu'au bout.

Petite remarque : le désespoir poignant de Bermond à la fin du texte s'inspire de mon propre désespoir lorsque j'ai compris que le baron de Havras ne tiendrait jamais une certaine promesse. La vie est parfois si dure... Laughing

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didier de castillon
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MessageSujet: Re: Les belles histoires du baron Guilhem, le retour   Mar 20 Nov 2007 - 4:51

salut à toi noble Baron Guilhem de La Tour,

premièrement, j'ai aimé ce texte, mais mon regret est qu'il n'y aura pas de suite (selon ce que j'en ai compris !)
au regard de la texture du texte, il y a lieu à donner suite. c'est un point de vue (c'est le mien).

il est certain que j'ai aimé. flower

il me semble avoir lu un certain défi concernant "la faute d'orthographe éventuelle" !!!

voici ce que j'ai relevé ! Embarassed

« ...à hurler leurs sauvages cris de cris de guerre... »

« ...le noble Aldebert de Valrosc, et la vallée... »


« ...Les renforts avaient été bel et bien été massacrés...»

« ...la déroute en retraite en bon ordre, en abandonnant les machines de guerre. »

« Mais il n'avait que trop tardé, et abaissa sa visière... »

« La valeur et l'habileté ne servaient de rien au milieu... »

« ...dans l'épaule gauche, et manqua de lâcher... »

« ...arrachant net la visière de son heaume et déchirant la joue de Bermond... » ( peut-être "en" serait-il mieux pour l'impact de la phrase?)

« ...l'étendard de son seigneur, et la trouva en lambeaux... »

« ...bien en vie, et lutteraient... »

« ...ne comprit pas, et ses hommes lui répondirent... »

« ...à des avertissements, et les gobelins poussant... »

« ...revint tout à coup, et il dut faire... »

« ...sur lequel il s'appuya, et contempla le... »


"...où se regroupaient les dernière troupes..." affraid elle est belle celle-là ! thumleft


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Dangorn de Castagne
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MessageSujet: Re: Les belles histoires du baron Guilhem, le retour   Mar 20 Nov 2007 - 21:29

Une bien belle bataille, dommage qu'elle se termine par une cuisante défaite pour nos braves chevaliers bretonniens. En même temps c'est ce qui fait toute l'originalité de ton texte : le héros est un vaincu.

Comme Didier, je suis déçu qu'il n'y ait point de suite envisagée, car un aussi beau carnage laissant un unique survivant pourrait présager que ce survivant vivre d'autres aventures, et parviendrait peut-être à venger l'affront de son échec initial.

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Comte Dangorn de Castagne, chevalier du Graal, suzerain des châtelleries de Nandragon, de Mortauges et d'Espesses, sergent de la Confrérie des Mercenaires du Reikland, garde d'honneur de l'Impératrice de Cathay, Saint Vivant du foroume et coach de l'équipe de Blood Bowl des "Squires of Castagne".
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Baron Guilhem de La Tour
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MessageSujet: Re: Les belles histoires du baron Guilhem, le retour   Mer 21 Nov 2007 - 1:47

Merci beaucoup pour vos commentaires ! cheers

Le noble Didier de Castillon a écrit:
premièrement, j'ai aimé ce texte, mais mon regret est qu'il n'y aura pas de suite (selon ce que j'en ai compris !)
au regard de la texture du texte, il y a lieu à donner suite. c'est un point de vue (c'est le mien).

et le non moins noble Dangorn de Castagne a écrit:
Comme Didier, je suis déçu qu'il n'y ait point de suite envisagée, car un aussi beau carnage laissant un unique survivant pourrait présager que ce survivant vivre d'autres aventures, et parviendrait peut-être à venger l'affront de son échec initial.
Ce point mérite qu'on s'y arrête.

On m'a fait exactement la même remarque pour Les Gardiens des Sentiers. Cela me fait bien entendu plaisir de savoir que mon texte donne envie de lire sa suite hypothétique, mais malgré tout, je ne pense pas écrire ladite suite.

Ce texte a été pensé comme un tout, pas comme un épisode. Une fois la bataille terminée, l'histoire est finie. Je sais que cela peut paraître un peu frustrant, mais je préfère m'en tenir à des textes courts, ne serait-ce que parce que je suis assez imprévisible ; je peux m'intéresser à une histoire un jour, et la laisser tomber par la suite. Si je commence à poster un texte à épisode, dans la veine de ce que fait notre bien-aimé baron de Havras, j'ai peur de ne pas tenir, de me lasser, et de ne jamais arriver à la fin...

Enfin, et c'est peut-être la raison principale, j'aime les histoires courtes, peut-être parce que je suis un grand lecteur de Maupassant (hé oui, je suis un vil flooder, j'écris des gros mots sur notre beau forum, je colporte des blagues d'un goût douteux à propos d'anus, mais j'ai tout de même un peu de culture Mr. Green ).

Bon, maintenant, passons au sujet qui fâche, à savoir les coquilles qui ont échappé à mes purges successives...

didier de castillon a écrit:
« ...à hurler leurs sauvages cris de cris de guerre... »

didier de castillon a écrit:
« ...Les renforts avaient été bel et bien été massacrés...»
Bouh, les vilains oublis (ce sont les traces de mes nombreuses retouches). Je corrige tout ça immédiatement. bounce

didier de castillon a écrit:
"...où se regroupaient les dernière troupes..." affraid elle est belle celle-là ! thumleft
Je plussoie... la mort dans l'âme, mais je plussoie malgré tout, comme promis. Quel déshonneur...

didier de castillon a écrit:
« La valeur et l'habileté ne servaient de rien au milieu... »
Ici, en revanche, la forme est on ne peut plus correcte. Un peu vieillie, peut-être, mais correcte, et plus élégante, m'est avis, que "ne servir à rien". Citation de ce cher La Fontaine pour achever de te convaincre : "Rien ne sert de courir, il faut partir à point."

Les autres passages que tu cites ne présentant pas de fautes, je vais les laisser tels quels ; quand on aborde la question du style, chacun a souvent une opinion différente de ce qu'est la meilleure formule...

Quoi qu'il en soit, grand merci à toi pour m'avoir signalé ces coquilles ! thumleft

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didier de castillon
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MessageSujet: Re: Les belles histoires du baron Guilhem, le retour   Mer 21 Nov 2007 - 2:23

pour le noble Baron Guilhem de La Tour,
ma démarche était pleine d'humour et elle reste dans ce "cadre".

pour « La valeur et l'habileté ne servaient de rien au milieu... » je pensais à (en) sans pour autant signifier une faute ( la seule "vraie" faute étant
"...où se regroupaient les dernière troupes...").
pour le reste de mes observations Very Happy = pour le "fun" et l'humour et non pas pour l'orthographe.
par contre, beaucoup de phrases avec (, et).
j'ai également tendance à écrire de même, mais il semblerait que (,) ne puisse être suivie de (et).
je pense au contraire que cela donne une ponctuation supplémentaire à l'écrit.
c'est donc avec un grand plaisir et beaucoup de "malice" que j'ai noté ces différentes phrases Embarassed

mais bon, pour terminer, j'ai relevé et gagné un défi, et ce pour une unique faute dans un texte de XXX mots et lignes. lol!

ton texte mérite une suite, mais ton positionnement est louable et respectable. salut

à quand une autre bataille ?
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Baron Guilhem de La Tour
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MessageSujet: Re: Les belles histoires du baron Guilhem, le retour   Mer 21 Nov 2007 - 3:00

didier de castillon a écrit:
pour le noble Baron Guilhem de La Tour,
ma démarche était pleine d'humour et elle reste dans ce "cadre".
C'est bien comme cela que je l'ai prise. Wink

didier de castillon a écrit:
j'ai également tendance à écrire de même, mais il semblerait que (,) ne puisse être suivie de (et).
J'ignorais cela... et j'avoue que je suis assez sceptique. Je vais essayer de tirer ça au clair (en attendant, continuons d'écrire "et" après une virgule si ça nous chante, noble Didier Laughing ).

didier de castillon a écrit:
mais bon, pour terminer, j'ai relevé et gagné un défi, et ce pour une unique faute dans un texte de XXX mots et lignes. lol!
J'espère que tu n'as pas eu à chercher trop longtemps pour trouver LA faute que te donnerait droit à un plussoiement gratuit ? Laughing

Et j'espère surtout que c'était bien la seule faute du texte... Razz

didier de castillon a écrit:
à quand une autre bataille ?
Holà ! Pas avant les vacances de Noël, en tout cas... santa

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MessageSujet: Re: Les belles histoires du baron Guilhem, le retour   Aujourd'hui à 18:18

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