Le Royaume de Bretonnie
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 A la poursuite du faux Astrabell

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Baron de Havras
La lance impétueuse


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MessageSujet: Re: A la poursuite du faux Astrabell   Mer 14 Mai 2014 - 1:01

Vingt-sixième partie : Les bons comtes font les bons amis


Depuis près d'une heure déjà, les quatre chevaliers plaidaient leur cause et déblatéraient tout un tas d'âneries qui commençaient sérieusement à ennuyer le comte de Castagne.
Assis dans son haut siège, à demi assoupi, Dangorn tentait de rester concentré pour ne pas perdre le fil de l'histoire abracadabrante qu'on lui chantait là.
Il peinait sérieusement à croire que cinq hommes seuls avaient pu accomplir pareils faits d'armes mais avait accepté de leur accorder audience et ne pouvait, lui le grand chevalier du Graal, les interrompre avant qu'ils aient fini de plaider leur cause.
La chose se poursuivit ainsi pendant le reste de la matinée, jusqu'à ce que, au bord de l'endormissement, Dangorn ne finisse par demander que l'on raccompagne ces quatre trouble-fêtes dans leur cellule.

Le même cirque se répéta le lendemain pour s'achever de la même manière et le surlendemain connut un déroulement presque similaire.

Ce fut finalement l'arrivée d'une troupe de chevaliers rougeauds accompagnés d'un impressionnant chargement de vin qui fit avancer les choses.
Tandis que les chevaliers allaient entamer leur quatrième journée dans les froides et humides geôles de Castagne, le chevalier-échanson  et le cuisinier-bouffon de Dangorn vinrent en personne leur annoncer leur libération.
En moins de temps qu'il ne fallut pour le dire, les quatre compagnons se retrouvèrent armés, en selle et chassés du château comme les derniers des vilains, une carte marquant les principales chapelles du Graal du coin en main.
On leur annonça que leur camarade Henri était en voie de guérison et qu'il lui faudrait garder le lit plusieurs jours encore sans pour autant les laisser le voir.

Quelque peu abasourdis, les quatre compagnons se retrouvèrent ainsi une nouvelle fois arrêtés devant le pont-levis de Castel Castagne, à la seule différence qu'ils avaient désormais le château dans le dos.

« Que... que vient-il de se produire ?» demanda Lot qui avait l'impression d'avoir été extirpé de force de quelque incroyable rêverie.
- Je... je... ne suis pas sûr, répondit Théobald.
- Devrions-nous retourner au château pour exiger de meilleures excuses ? s'interrogea Friedrich.
- Ou au moins tenter de récupérer notre compagnon d'armes, remarqua le vieux chevalier de la Quête.
- Des fous ! Nous sommes tombés chez des fous ! s'exclama Arius.
- Je dois avouer que je n'avais jamais rien vu de tel, dit Théobald.
- Moi si ! lança Arius en faisant tourner bride à sa monture. Pour un peu, je me serais cru à la cour de mon propre Baron !
- Sire Arius, où allez-vous donc ? s'étrangla Théobald.
- Botter les fesses de ce maudit Dangorn pour le réveiller ! répondit au loin le chevalier de Havras dont le destrier avait déjà franchi la herse sous les regards désapprobateurs des gardes du château, toujours enclins à regarder de travers quiconque arrivait dans leur champ de vision.
- Nous devrions sans doute le suivre avant qu'il ne finisse enfermé dans une cage suspendue à se faire dévorer les yeux par des corbeaux, dit Lot d'Orcadie en soupirant de lassitude.
- A défaut d'agir avec prudence, notre camarade Arius agit promptement, gloussa Friedrich. Je dois avouer avoir hâte de voir son entrevue avec le comte.
- S'il ne se fait pas couper les oneilles, le vit et les pieds avant d'avoir pu ouvrir la bouche, dit Théobald.
- L'attitude de sire Dangorn m'aura du moins appris beaucoup sur les chevaliers du Graal, conclut Lot. Je pense à présent voir ce qu'il me manque pour achever ma Quête...

Piquant des deux, les trois paladins passèrent à leur tour la haute porte du château comtal.
Ils traversèrent la grande cour encombrée d'échafaudages et retournèrent aux écuries pour y déposer leurs montures. Traversant les couloirs au pas de course, ils ne parvinrent pourtant pas à rattraper leur camarade qu'ils retrouvèrent au centre de la grande salle de banquet à brailler sur le maître des lieux.


« Je vous le demande donc: sont-ce là les manières d'un gentilhomme ?» lança Arius en conclusion de ce qui avait dû être une longue tirade pleine de remontrances.
- Mais, je vous avais donné une carte, déclara Dangorn d'un ton dédaigneux.
- Ah, monsieur, vous vous moquez ! insista le fougueux chevalier. Vous savez bien que je ne parle pas de cela !
- Oh ! comprit Dangorn. Vous vouliez donc goûter au tonneau qui vous avait causé tant de tort ?
- Puisqu'il en est ainsi, je demande répara... mais... euh, oui ! Nous voulions cela, assurément ! annonça Arius, des étoiles dans les yeux.
- Le mal dont souffrent ces deux-là est incurable, fit remarquer Lot à ses deux voisins.
- Je dois avouer que je n'avais jamais rien vu de tel, répondit Théobald, absolument blasé.
- Vu le temps que nous avons déjà perdu ici, une soirée de plus ne changera plus grand chose, ne croyez-vous pas ? demanda Friedrich, visiblement bien disposé à l'idée de festoyer au lieu de courir la lande sous un ciel pluvieux.
- Dans le doute, suivons l'idiot, proposa le vieux Lot à deux doigt de déprimer pour de bon.

Le soir venu, installée à la table du comte Dangorn, la compagnie fit bombance et but tout son soûl. Grâce au miracle de l'alcool, tout ressentiment entre le comte et ses invités inattendus fut bientôt évacué dans de vastes flaques d'urine et de vomi.
De l'avis général, ce fut là une bien belle fête.
Le mime qu'ils firent des araignées géantes remporta un franc succès, de même que leur imitation du paysan au onze doigts de pied dont l'histoire amusa grandement l'ensemble de l'assemblée, à l'exception peut-être du noble et digne Dangorn qui avait bien conscience que ses taxes farfelues destinées à phynancer les réparations de son château arrivaient bien rarement dans ses caisses.
Comme à l'accoutumée, Théobald termina les festivités noyé sous une marée de jeunes femmes en furie. Comme toujours, Arius termina rond comme une queue de pelle de mineur nain.
Mais Castagne l'avait finalement prouvé: dans le duché maudit aussi, il existait des lieux où l'on savait vivre...

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Baron de Havras
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MessageSujet: Re: A la poursuite du faux Astrabell   Mer 28 Mai 2014 - 2:13

Vingt-septième partie : A tombeau ouvert


Il régnait dans la vieille chapelle du Graal une odeur de cave moisie qui, mélangée aux effluves des marécages extérieurs, aurait eu de quoi soulever le cœur du plus fringant des hommes.
Théobald, pas franchement remis des festivités de la veille, manqua de défaillir dans cette atmosphère viciée. Trébuchant, il ne préserva ce qu'il lui restait de dignité qu'en se rattrapant avec force fracas à un petit banc de bois à demi-pourri.
Arius, situé à proximité, lui lança un regard noir. Bien qu'habitué aux soirées de débauche, ce dernier était allé au bout de sa propre résistance et se serait bien vu mettre de côté leur aventure pour une journée, au moins.

« Il n'y a rien ici non plus, grogna le chevalier de Havras. Retournons le dire aux autres.»
- Par tous les dieux ! jura Théobald. N'était-ce pas la dernière chapelle marquée sur notre carte ?

Les deux hommes ressortirent du vieux bâtiment l'un après l'autre, aveuglés par la pâle lumière du ciel moussillonnais. Étrangement, l'extérieur leur parut un instant plus humide encore que la vieille chapelle dans laquelle ils avaient passé les dernières minutes.
Retournant vers leurs chevaux, ils attendirent leurs camarades qui finissaient d'examiner les alentours.

« Rien, ici non plus, gémit Théobald.»
- Nous aurons passé la journée à parcourir la région au pas de charge pour rien, renchérit Friedrich.
- L'espoir de trouver cet usurpateur ici était bien maigre, déclara Lot. Nous nous sommes lancés en direction de Castagne car nous pensions qu'il s'y trouvait, mais puisque le lien entre l'homme et cette terre ne s'est pas avéré celui que nous attendions, il va nous falloir trouver une autre piste rapidement.
- Soit, répondit Arius, mais nous n'en avons trouvée aucune dans ces fameuses chapelles d'où notre homme avait surgi...
- Il va nous falloir trouver une nouvelle destination, dit Théobald.
- Henri en sera bien déçu, une fois de retour parmi nous, répondit Friedrich.
- Oui, le malheureux sera bien déçu, reprit le jeune Théobald.
- Mais nous pourrions néanmoins avoir besoin des lumières de la dame Astrabelle qui communique parfois à travers lui, réagit Lot.
- Peut-être devrions-nous demander au sire Dangorn son opinion sur la question ? proposa Friedrich. Peut-être saura-t-il où nous devrions nous rendre pour continuer notre quête ?
- Je doute que le seigneur Dangorn ne soit d'une aide quelconque aujourd'hui, s'attrista Lot.
- Devrions-nous alors retourner dès maintenant retourner au château de Castagne, malgré tout ? hésita le jeune seigneur de Bastogne.
- Le soleil ne tombera que dans une heure ou deux, remarqua Lot, mais nous n'aurons pas le temps de retourner au château du comte. Nous devrions continuer nos recherches puis chercher un lieu où passer la nuit... ce qui m'arrange, malgré tout, mes serments m'interdisant de passer deux nuits d'affilée en un même lieu.
- Cette chapelle est par trop venteuse et bien trop petite pour que nous y tenions tous, répondit Arius, quelque peu affligé.
- Or donc, quelqu'un aurait-il une brillante idée à proposer ? demanda Friedrich de Schwytz en soupirant.
- Nous pourrions peut-être nous poser quelques instants et prendre une collation ? proposa Arius.
- Quelqu'un aurait-il un bâillon pour le seigneur Arius de Chort ? lança Lot d'un ton blasé.
- Hé ! Quelqu'un pourrait-il signaler au seigneur Lot que nous n'avons rien avalé depuis au moins quatre heures et qu'il n'est jamais bon de garder le ventre vide après une nuit de festoiement !
- Ah ! Quelqu'un pourrait-il répondre au seigneur Arius qu'il lui faudrait perdre ses habitudes de débauché et prendre un peu le pli de la vie d'errance d'un chevalier en Quête ? répliqua le vieux chevalier de la Quête orcadien.
- Ah oui ? Eh bien... eh bien... quelqu'un pourrait-il... commença péniblement Arius.
- Quelqu'un pourrait-il me dire comment je me suis retrouvé ici ? l'interrompit un chevalier qui semblait quelque peu chanceler sur sa selle, à quelques pas d'eux.

Ivre mort, le comte de Castagne avait semble-t-il accepté de se joindre à la compagnie et s'était retrouvé en armes, en selle, et loin de son château avant de retrouver ses esprits. A présent, tous le fixaient, ne sachant trop comment se comporter en sa compagnie, problème qu'ils avaient connu tout au long de la journée.

- C'est-à-dire que... vous avez décidé de nous accompagner et avez passé la journée à chevaucher à nos côtés en somnolant à demi et en disant sans cesse que vous ne boiriez plus jamais de votre vie, expliqua Théobald, quelque peu gêné.
- Dans mon souvenir, vous avez fait un concours de boisson avec le seigneur Arius, avez enlevé vos chausses en montant sur votre table de banquet, avez juré de ramener par la peau des bourses l'usurpateur Astrabell et avez demandé à vos valets de vous aider à enfiler votre armure avant de partir seul dans la lande en attendant que nous vous rejoignions, précisa Friedrich.
- Si ma mémoire est bonne, ce qui n'est plus forcément le cas à mon âge, vous vous êtes d'abord livrés à un genre d'étrange défi avec Théobald pour savoir qui pourrait séduire le plus de damoiselles en un minimum de temps, puis vous vous êtes plaint de ne trouver dans votre propre cour que des parentes et des filles ou épouses de vos vassaux, après quoi, vous avez enlevé vos chausses et vous êtes lancé dans un duel de boisson avec le seigneur Arius, expliqua à son tour Lot d'Orcadie.
- Dans mon souvenir, nous nous sommes retrouvés nus à glisser dans le lit d'une rivière entouré de riantes licornes, déclara Arius.
- Et était-ce avant ou après que vous fûtes tombé ivre mort sous la table du comte ? s'amusa Friedrich.
- Sans doute fut-ce après que aviez fini par vous endormir au milieu des chiens de la cour de Castagne, rit Lot.
- Hum... ma mémoire n'a jamais été si bonne de toutes les manières, dit Arius en haussant les épaules nonchalamment.
- Des licornes, ou... fut-ce des chats ? s'interrogea dans son coin Dangorn qui semblait avoir gardé de la soirée un souvenir assez proche de celui qu'en avait Arius, suscitant la stupeur des trois autres compagnons qui avaient l'impression d'avoir hérité d'un nouvel ivrogne au sein de leur bande. De fait, l'image de noble chevalier du Graal à la réputation quasi-légendaire dont Dangorn avait joui jusqu'à lors -et ce malgré ses excès de la veille- semblait s'écorner un peu plus à chaque heure qui passait.

« Fort bien ! s'exclama le comte à nouveau plein d'entrain. Où allons-nous donc, désormais ?»
- Cette chapelle était la dernière à figurer sur notre carte, messire, expliqua Lot. Auriez-vous connaissance d'une autre où nous pourrions nous rendre à présent ? Il doit bien y avoir quelque part une trace de cet homme qui hanta si longtemps les chapelles du Graal de votre région.
- Eh bien, ma foi, entreprit de répondre la comte, je crois que... non.

Atterrés par la nouvelle intervention inutile du noble Dangorn, les compagnons gardèrent le silence tandis qu'Arius venait discrètement proposer au chevalier du Graal de partager l'une de ses outres.

- En ce cas, il nous faudra nous rendre en un lieu où passer la nuit, qui approche à grands pas, dit Lot.
- Oh, mais il y a, sinon, un autre lieu qu'il vous faudrait peut-être chercher, précisa le comte. Il ne s'agit pas d'une chapelle mais d'une très-ancienne crypte et d'un petit temple de Morr situés à l'extrémité de mes domaines. Nous pourrions y être à la tombée de la nuit.
- Nous conseillez-vous de nous rendre à cinq dans un cimetière du Moussillonnais après la tombée de la nuit ? s'étouffa Théobald.
- Il n'y a rien à craindre, se gaussa le chevalier du Graal, aucun mort ne s'y est relevé depuis près de deux ans et ils ne le font jamais en masse là-bas. Une vieille relique du temple les en empêche.

Ainsi, la compagnie à nouveau forte de cinq membres de qualité prit la route de la vieille crypte dont avait parlé Dangorn. Il chevauchèrent côte-à-côte deux heures durant et parvinrent à l'endroit annoncé dans la lumière du crépuscule. Pourtant, ce qu'ils y trouvèrent ne fut pas exactement ce qu'ils attendaient.
Le sol était jonché de cadavres. Hommes, femmes, jeunes, vieux, nobles comme roturiers formaient une masse sans fin sur laquelle les corbeaux se repaissaient dans une épouvantable cacophonie de croassements.
Le regard du vieux Lot, qui scrutait un à un les corps, s'arrêta alors sur la dépouille d'un chevalier en armure affalé sur une forme inerte qui devait probablement avoir été son fier destrier.

« Sire Cordred...» laissa-t-il échapper tristement.

Tout autour d'eux se trouvaient la masse innombrable des pèlerins qu'ils avaient croisés quelques jours auparavant. Tous avaient été tués d'une manière manifestement atroce. Leurs yeux vides fixaient souvent le ciel et leurs visages étaient figés dans une expression de terreur.
Au final, le fier seigneur Agobard n'avait sans doute pas trouvé la mort honorable qu'il avait dû chercher. Sa carcasse à demi rongée par les charognards ne dégageait plus l'arrogance qui l'avait caractérisé de son vivant. Arius en fut bien affligé.

Dans un silence religieux, les chevaliers firent avancer leurs montures en direction du petit temple du dieu des morts d'où semblait s'échapper une étrange litanie; mais bientôt, une forme sombre en surgit et se dressa devant eux, les forçant à faire halte.
Il s'agissait d'un homme décharné coiffé d'un large chapeau violacé.

« La bienvenue, mes bons sires ! déclara l'homme. J'ai bien peur que vous ne soyez en avance pour le rituel.»
- Maître Faztarath, peut-être devriez-vous inviter nos hôtes à l'intérieur, lança un autre individu à l'allure étrange qui surgit en silence de la crypte qui jouxtait le petit temple.
- Allez quérir maître Fadades, répondit le premier. Les amusements de la journée ne sont pas encore terminés.

Face à la menace, les cinq chevaliers tirèrent l'arme hors du fourreau comme un seul homme. La nuit promettait d'être mouvementée.

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MessageSujet: Re: A la poursuite du faux Astrabell   Jeu 29 Mai 2014 - 2:53

Vingt-huitième partie : La fureur d'outre-tombe



Dans cette atmosphère lourde et nauséabonde, les cinq preux chevaliers demeuraient stoïques, attendant que leur ennemi fasse le premier pas.
Face à eux, les deux hommes vêtus de noir restaient pour leur part parfaitement immobiles, attendant manifestement l'arrivée du larron qu'ils venaient de mentionner.
Lorsque ce dernier arriva, sa présence mit mal à l'aise les Bretonniens. De taille moyenne, le visage pâle et le regard fourbe, l'homme arborait une chevelure des plus déroutantes et un accoutrement surréaliste.

« Vous auriez dû nous prévenir qu'il y avait un carnaval sur vos terres, seigneur Dangorn, déclara Arius.»
- Ma foi, répondit le comte, je n'ai pas souvenance d'avoir donné mon accord pour pareilles festivités...

Scrutant le visage de l'odieux nécromancien, Dangorn pointa sa lame dans sa direction en signe de défi. Il s'empara d'une tresse faite de cheveux féminins qu'il gardait accrochée à sa ceinture et l'embrassa machinalement. Ce rituel, il l'avait répété mainte et mainte fois au cours de ses batailles et, si l'identité de la dame qui lui avait offert ses grâces variait à chaque fois qu'il partait pour la guerre, jamais ce genre de talisman ne lui avait fait faux bond.

La réponse de l'infâme Fadades ne se fit pas attendre.
Accompagnant son étrange mélopée, des éclairs zébrèrent les cieux et nombre de cadavres furent agités de curieuses convulsions.
A leur tour, Faztarath et le sorcier sans nom entreprirent leur propre rituel, mêlant leurs voix à celle de leur maudit confrère, accentuant d'autant les phénomènes surnaturels.




Piquant des deux, Arius et Théobald s’élancèrent les premiers. Ils n'allèrent toutefois pas bien loin. Partout alentour, les morts se redressaient de leur trop court sommeil et, par endroit, formaient déjà une masse compacte et infranchissable.
Des mains décharnées agrippaient hommes et caparaçons. Partout, d'épouvantables râles se faisaient entendre et des corbeaux prenaient leur envol, pris de panique.
L'atmosphère était devenue extrêmement froide et l'humidité se faisait de plus en plus insupportable, rendant parfaitement désagréable aux vivants le contact de leur propre sueur.
Partout, désormais, des corps mutilés approchaient tels des pantins désarticulés, bras et yeux ballants.

Pris dans la nasse, Théobald et Arius faisaient virevolter leurs lames, arrachant indistinctement mains, mâchoires, yeux, nez ou têtes entières.
A quelques pas en retrait, Friedrich et Dangorn perçaient et fracassaient tout ceux qui avaient l'audace d'approcher, tandis que Lot, armé de sa longue épée bâtarde, répandait sur le sol viscères et membres tranchés.

Protégés par leurs armes magiques, les cinq seigneurs paraissaient avoir bien peu à craindre des gauches créatures qui s'en prenaient à eux. Toutefois, le nombre finirait nécessairement par faire pencher la balance en faveur de leurs ennemis et éliminer les invocateurs devait être leur priorité.
Dans un élan magnifique, Lot bondit, sa monture renversant tout sur son passage. Comme possédé par quelque divinité guerrière, le vieux chevalier fondit sur l'ennemi, frappant, éventrant, fracassant tout sur sa route.

Une créature s'accrocha à sa jambe droite et y laissa ses deux bras. Une autre tenta gauchement de l'empaler sur sa hallebarde mais reçut en réponse un coup puissant qui lui sectionna le crâne en deux.
Tandis qu'il allait dépasser le cadavre, toujours inerte, du noble sire Cordred, un éclair verdâtre frappa le sol a ses pieds et fit basculer sa monture.
Le choc fut brutal et manqua de faire perdre connaissance au vaillant chevalier de la Quête, désormais coincé sous son destrier moribond.

Les autres chevaliers, témoins de la scène, tentèrent de se dégager pour lui venir en aide mais aucun ne parvenait à se dépêtrer de son épouvantable bourbier.

« Nous ne parviendrons pas à venir à bout de ces diables-là, dit Friedrich qui peinait à se maintenir en selle.»
- Et dire que je les trouvais déjà envahissants de leur vivant ! rétorqua Arius en transperçant le front de l'un de ses ennemis d'un coup d'estoc bien ajusté.
- Et dire que j'aurais pu rater pareille fête et rester à banqueter en mon castel, dit Dangorn en soupirant.
- Avouez que la chose aurait été dommage ! répondit Arius.
- Certes, ajouta laconiquement le chevalier du Graal.

De son côté, Lot se redressait péniblement. Il était parvenu à trancher les sangles de sa selle à l'aide de sa dague et reprenait derechef son impressionnante oeuvre de nettoyage.

- Cet homme ne manque pas de nerfs ! observa Dangorn.
- Mais ne tiendra jamais seul face à tant d'ennemis, ajouta Théobald.

Lot effectuait de grands moulinets, tranchant tête sur tête. Chancelant après la choc qu'il venait de subir, il ne cédait cependant pas une once de terrain et nul ne semblait pouvoir l'arrêter.
Un homme d'armes auquel il manquait tout le côté gauche se planta devant lui et fut ouvert en deux dans le sens de la hauteur. Un chevalier putréfié tenta de s'emparer de lui et en fut quitte pour une décapitation en règle.

Un nouvel éclair jaillit et vint percuter l'écu enchanté de Friedrich de Schwytz. Partout, les morts s'effondraient et se relevaient, sans fin.
Dangorn et Arius, désormais côte à côte, rivalisaient d'adresse pour terrasser les monstruosités qui se présentaient à eux. La horde morte, pourtant, ne semblait nullement impressionnée par les prouesses martiales de si beaux seigneurs et rien ne semblait pouvoir arrêter son avancée inéluctable.
Tiré en arrière par d'innombrables mains, Théobald vida finalement les étriers, se retrouvant sans défense, ou presque, au cœur d'une masse informe de dents et de griffes. De leur côté, Arius, Friedrich et le noble Dangorn semblaient reculer de plus en plus. Leur montures renâclaient et tentaient de se défaire de leurs ennemis par de brusques ruades.
A chaque instant, de nouveaux éclairs et des nuages noirs fondaient sur la compagnie pour subitement disparaître en approchant du fier Dangorn.

A l'autre bout du champ de bataille, progressant lentement mais sûrement, Lot d'Orcadie approchait dangereusement des invocateurs qui commençaient à redouter la fureur d'un vrai serviteur de la Dame.
Fadades et Faztarath n'échangèrent qu'un regard et s'engouffrèrent sans attendre dans le vieux temple d'où s'élevaient toujours d'étranges éclats de voix.
Le dernier nécromancien, laissé seul derrière, tenta d'arrêter l'approche du chevalier. Un nouvel éclair frappa mais se trouva dévié par la brillante épée du courageux seigneur.
Des morts grimpèrent sur lui pour le ralentir mais leurs efforts furent vains.

Lot et le nécromancien se tenaient à présent assez près pour pouvoir s'observer dans le blanc des yeux. Aux yeux brûlant de rage du chevalier répondirent ceux, vide et sans vie, du sorcier maléfique.
Après un bref instant de silence, tous deux frappèrent. Le cruel mage prononça un mot tandis que la lame de Lot pénétrait ses chairs. L'instant d'après, la tête du profanateur rebondit sur le sol meuble et pourri du duché maudit.
Partout, les morts perdirent en ardeur, permettant aux chevaliers de reprendre leur marche en direction de la crypte tandis que Friedrich allait prêter main forte au jeune Théobald.

« Félicitations, Lot !» envoya Arius en relevant sa visière.
- Voilà une performance qui la Dame saura goûter à sa juste valeur, n'en doutez pas ! renchérit Dangorn de Castagne.

Lot, de son côté, semblait fort abattu. Comme vidé de ses forces par l'assaut furieux qu'il venait de mener. Lentement, il se retourna en direction de ses camarades qui se figèrent à sa vue.
Son visage, horriblement déformé, semblait vieilli de vingt ans.

- Continuez sans moi, dit péniblement l'admirable paladin. Je vais avoir besoin d'un peu de repos...

Une larme coula le long de ses joues et bientôt, ses jambes semblèrent le lâcher, le déstabilisant. Continuant son vieillissement prématuré à une vitesse affolante, le vieux Lot s'effondra et rendit sur l'instant son dernier soupir.

Une véritable légende vivante venait de trépasser.

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MessageSujet: Re: A la poursuite du faux Astrabell   Jeu 25 Sep 2014 - 2:52

Vingt-neuvième partie : Les portes de la mort


Les yeux humides, Arius et Friedrich entreprirent de descendre les marches conduisant à l’ennemi. Derrière eux était Théobald, encore très secoué par l’épisode qu’il venait de vivre et le choc que représentait pour lui la mort du brave des braves. Enfin, fermant la marche, le comte de Castagne exhortait ses nouveaux compagnons d’armes à accélérer le pas, bien déterminé à purger sa terre du mal.

« Les voix semblent plus lointaines que lorsque nous étions à l’entrée du temple» s’étonna Friedrich de Schwytz.
- Sans doute l’écho, affirma machinalement Arius qui ne voulait pas se laisser arrêter par de futiles considérations.
- En bas de cet escalier se trouve le temple du dieu des morts, expliqua Dangorn. Il est ouvert à tout pèlerin, mais la partie où est gardée la relique, de même que l’entrée de la crypte, sont toujours verrouillées. Seuls les prêtres de Morr y ont accès.

Comme toujours, le seigneur de Castagne n’avait pas menti. En bas de l’escalier, le vaste vestibule jonché des corps de quelques prêtres à la robe noire donnait sur de lourdes portes en plomb qui semblaient verrouillées, interdisant l’accès à la cella et à la crypte.
Arius et le seigneur de Schwytz appuyèrent de tout leur poids sur l’un des battants, mais la manœuvre s'avéra vaine.

« Ils ont verrouillé derrière eux» souligna judicieusement Arius.
- En bien peu de temps, s’étonna Dangorn.
- Les sorciers font souvent des choses contre-nature, après tout, où est donc la surprise là-dedans ? continua le chevalier de Havras.
- Entendez-vous, messires ? l‘interrompit Théobald. La mélopée a cessé. On n’entend plus leur rituel.
- Futre ! Nous arrivons donc trop tard et le rituel est terminé ! cracha Arius.
- Nous ne pouvons laisser Lot être mort en vain, gémit Friedrich.
- Que préconisez-vous donc ? s’emporta le seigneur de Chort. Nous ne pourrons jamais briser ces portes.

Théobald et Dangorn qui finissaient de fouiller les corps des prêtres pour n’en tirer aucune clef ne purent lui donner tort sur ce dernier point.

-  S’il en est ainsi, attendons qu’ils ressortent, poursuivit Arius. Si leur rituel impie est bien terminé, ils ne devraient tarder.
- Mais leur laisser trop de temps pour préparer leur sortie est-il une bonne idée ? observa Friedrich. Il s’agit de nécromanciens… et ils sont dans une crypte.

Tandis que les trois héros tergiversaient, Dangorn demeurait silencieux. Il marchait lentement d’un bout à l’autre de la pièce, l’air concentré.
Le comte n’en était pas à sa première visite de crypte douteuse et il comprenait qu’une chose clochait. De plus, il sentait jusqu’au tréfonds de ses tripes l’omniprésence d’une magie malsaine. Ainsi, lui seul avait gardé l’arme à la main, sentant le regard de l’ennemi sur lui.

S’arrêtant subitement aux pieds de l’escalier qu’ils venaient d’emprunter, il tendit l’oreille, tentant de faire abstraction du débat qui se tenait à quelques pas.
Dans un premier temps, rien ne sembla capter son attention, mais une écoute plus attentive lui fit remarquer quelque chose. Écarquillant les yeux, le chevalier du Graal leva son épée et chargea en direction de ses compagnons stupéfaits.

- Il a perdu la raison ! s’exclama Arius en empoignant nerveusement son arme.
- Il n’en avait pas beaucoup à l’origine, gémit amèrement Théobald, qui se voyait déjà partir pour l’Autre Monde, trucidé par un camarade.
- La peste soit des Castagnais ! s'emporta le noble Arius tandis que Friedrich se jetait derrière le petit autel qui trônait au centre de la pièce.

Pourtant, le noble Dangorn passa à côté d’eux sans s’arrêter et fonça en direction des lourdes portes en les exhortant à le suivre. Perplexes, les trois compères ne bougèrent pas d’un pouce et virent soudain disparaître sous leurs yeux le noble comte qui s’évanouit dans l’air au contact de la porte.

- Les chevaliers du Graal peuvent faire cela ? s’extasia Arius.
- Non, regardez ! dit Théobald en pointant la porte du doigt.

L’instant d’après, cette dernière sembla se tordre et se gondoler. Le battant que Friedrich et Arius avaient tenté de pousser se changea en une vulgaire portion de mur et la lourde porte, située en réalité une toise plus à droite, était grande ouverte. A présent, les chants entonnés par les cruels sorciers étaient parfaitement audibles et semblaient incroyablement proches. Le sort de confusion qui protégeait les lâches magiciens avait perdu tout effet.
Sans attendre, sans même se jeter un regard, les trois derniers membres de la compagnie tirèrent une nouvelle fois l’épée pour se lancer dans une charge téméraire.

Dans une salle deux fois plus vaste encore que la précédente au centre de la laquelle se tenait un grand bouclier d’or luisant à la lumière de sinistres braseros sculptés représentant le dieu des morts, le combat faisait déjà rage. Six sombres figures encapuchonnées étaient agenouillées autour de l’objet et semblaient être la source des chants alors que Dangorn était d'ores et déjà aux prises avec les deux sorciers qu’ils avaient croisés plus haut.

Un coup de sa vibrante épée fit s’effondrer raide l’odieux Faztarath qui les avait si outrageusement défiés quelques minutes plus tôt, mais le seigneur Fadades s’avéra plus difficile à occire. Filant comme une anguille, il évitait assaut sur assaut et même l’arrivée des trois autres chevaliers ne put l’acculer.

- Vous arrivez trop tard ! Le rituel est presque accompli, rugit soudain l’une des personnes agenouillées en se relevant péniblement.

Bientôt, Friedrich fut sur lui et lui asséna de violents coups d’épée que l’autre évita à une vitesse surnaturelle. Furieux d’être ainsi tenu en échec, le chevalier montagnard tenta une botte plus audacieuse et parvint presque à toucher le cou de son adversaire, déchirant au passage son capuchon et exposant à la lumière vacillante des flammes son ignoble figure. L’homme était chauve, d‘une laideur repoussante et doté d’une paire d’oreilles anormalement pointues.
A sa vue, le vaillant chevalier recula, suscitant chez son opposant un sourire malsain qui ne rassura en rien Friedrich, à présent obnubilé par la longueur anormale des canines du sorcier.

La créature fit une série de gestes rapides et une vive lumière violacée émana de ses mains. Pris par surprise, Friedrich eut juste le temps de s’abriter derrière son bouclier enchanté avant d’être frappé par une décharge d’énergie qui l’envoya valdinguer du côté de ses compagnons, percutant au passage le jeune sire de Bastogne.

De leur côté, Dangorn et Arius continuaient leur combat contre le redoutable Fadades qui avait reçu le renfort de quelques squelettes tremblotants.

« Celui-ci bouge bien pour un sorcier» déclara Arius en crachant sous son heaume.
- Et ses squelettes ne s’animent que pour entraver nos attaques les plus dangereuses, fit observer le comte.
- Un vrai tacticien, hein ! ironisa Arius avant de s’élancer une nouvelle fois à l’attaque.

A quelques pas de là, Théobald, qui avait été quelque peu étranglé par la jugulaire de son haut casque après le choc qu’il venait de subir, rampait au sol en tentant de reprendre son souffle inconscient de la présence de nombreux morts-vivants l’entourant.
Plus loin, Friedrich, qui avait perdu son épée au moment du choc avec le chevalier de Bastogne, rampait sur le dos. Ne quittant pas l'infâme vampire qui lui faisait face des yeux, il se protégeait comme il le pouvait des sorts que ce dernier lui lançait en s'abritant sous son bouclier.

- L'impérial est en danger ! éclata Dangorn de Castagne. Allez l'aider, pendant que je m'occupe de notre ennemi.
- Je crois qu'il n'est pas exactement impé... bredouilla Arius, aussitôt interrompu par un Dangorn peu disposé à écouter ses commentaires inutiles.

Pourtant, le premier arrivé à la rescousse du brave montagnard ne fut pas le fier guerrier de Havras, mais bien Théobald, finalement remis sur le pied. Ce dernier, débarrassé de son trop lourd heaume et de toute forme d'arme défensive, avait atteint l'horrible mort-vivant par surprise. Abasourdi, le nécrarque regarda la lame rouillée qui reliait sa poitrine à la main du jeune héros et comprit que l'attaque surprise de son adversaire, qu'il savait avoir évitée, n'avait en fait eu pour but que de masquer son autre main dans laquelle il avait saisit l'arme de l'un des morts vivants envoyés plus tôt pour l'achever.
La sueur au front, les dents serrées, Théobald écouta l'abomination non-morte hurler tandis qu'il faisait tourner la lame qu'il avait enfoncée dans son cœur.

Relâchant sa prise sur le manche de la vieille épée, le jeune homme regarda son adversaire reculer en continuant ses gémissements et en fut satisfait. Cependant, l'instant d'après, le valeureux héros tomba à genou, comme engourdi. Il sentit son bras gauche se crisper et le lancer horriblement.

« Pas moi ! s'époumona-t-il, pris de panique. Pas ainsi, pas maintenant... pas comme Lot !»
- Ne bougez pas ! répondit la voix familière d'Arius qui lui parut étrangement lointaine.

L'instant d'après, le jeune Théobald s'effondra au sol la tête la première et perdit connaissance alors que la pièce lui sembla baigner dans une lumière aveuglante.


**************************************


Lorsqu'il rouvrit les yeux, Théobald fut surpris de se voir débarrassé de son armure et installé sur un lit de fortune. Il empoigna de sa main droite la cape qui lui servait de couverture et la remonta machinalement, pour se protéger des terribles courants d'air qui parcouraient la pièce.
Il étudia avec attention son environnement et réalisa qu'il se trouvait toujours dans la cella du temple de Morr, sans qu'il lui fut possible de trouver du regard le moindre sorcier maléfique. A sa gauche, plus loin, sire Dangorn et Friedrich semblaient discuter à voix basse, trop basse du moins pour qu'il puisse entendre leurs propos. A sa droite, il remarqua alors Arius qui fouillait frénétiquement dans quelque sacoche de ses affaires.
Il fallut un instant au jeune chevalier pour le réaliser, mais son ami tenait à présent dans son dos la magnifique épée de Lot dont le souvenir l'emplit d'une soudaine tristesse.


Ce ne fut ainsi que lorsqu'il tenta d'essuyer les larmes qui lui étaient montées aux yeux que Théobald constata qu'il n'avait plus de bras gauche jusqu'à la pliure du coude, provoquant son effroi au point de le faire brailler comme un goret.

« Messire Dangorn ! lança Arius. Il est revenu à lui.»
- Mon... mon bras, bredouilla Théobald en s'étranglant dans ses sanglots.
- Ne bougez pas, rétorqua Dangorn qui s'était approché à grands pas. Nous vous avons soigné de la meilleure façon que nous pouvions afin que la perte d'humeurs et de sang ne vous soit pas fatale, mais vous ne devez vous agiter.
- Arius... mon... bras, ajouta le jeune homme, incapable d'en dire plus.
- Sans la présence d'esprit du seigneur Arius, continua le comte, vous auriez terminé comme votre brave ami chevalier de la Quête. Il vous trancha net le bras alors qu'il commençait à être attaqué par un sort de décrépitude.
- Mais... l'ennemi ? Où... ? dit Théobald, qui s'agitait de plus en plus.
- Gardez votre calme, insista Dangorn. Votre coup d'éclat ne fut pas vain, jeune chevalier. Le vampire qui vous faisait face, blessé par votre assaut, disparut dans une grande gerbe d’énergie. Cette gerbe, d'une certaine manière, réagit avec l'artefact qui servait au rituel et provoqua une plus terrible déflagration encore.
De toutes les manières d'interrompre ce rituel, vous n'avez pas choisi la moins spectaculaire, même si elle vous coûta.

Mais Théobald ne répondit pas. Le malheureux avait de nouveau sombré dans l'inconscience.

- Au moins trois autres de ces hérétiques ont péri dans l'explosion. Avec celui tué par Lot, celui dont vous avez prestement tranché la gorge et ce vampire terrassé par Théobald, au moins six de nos ennemis y sont restés.
- Mais ce curieux personnage aux cheveux ébouriffés qui m'affrontait a disparu, souffla le sire de Castagne. Je ne gagerais non plus de rien concernant cet infâme vampire.
- Du reste, nous sommes bien chanceux qu'ils aient été si pris par leur cérémonie, fit remarquer Friedrich. Nous n'aurions pas tenu longtemps face à huit nécromanciens.
- Hé ! La chance est également un talent, se gaussa Arius. Mais que pensez-vous du pli retrouvé dans la robe du premier que vous avez occis ?
- Un charabia sans queue ni tête, déclara Dangorn, mais il semble indiquer qu'ils accomplissaient leur rituel sur l'ordre d'un maître. L'absence de signature n'est pas surprenante, mais le sceau en bas de cette missive ne laisse aucun doute sur l'identité de celui qui tire les ficelles.
- Que signifie donc ce serpent ? s'enquit Arius, peu informé sur les coutumes moussillonnaises.
- Ce sont les armes de sire Malebaude, dit gravement le fier chevalier du Graal. Je dois prestement retourner en mon castel. Les choses viennent de prendre une tournure désagréable pour tous les partisans du roi dans le duché maudit.

Silencieux, Friedrich et Arius se contentèrent d'acquiescer. Ils ne savaient pas avec précision ce à quoi ils venaient d'assister mais comprenaient néanmoins que le pire était devant eux.

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MessageSujet: Re: A la poursuite du faux Astrabell   Ven 26 Sep 2014 - 19:34

Trentième partie : Nouveau départ


Plusieurs semaines avaient passé. Debout sur les remparts de la citadelle de Castagne, emmitouflé dans une lourde cape, Arius contemplait les mornes paysages du duché maudit qui s’étendaient vers l’horizon. S’abritant comme il le pouvait du vent glacial qui balayait le chemin de ronde, le grand chevalier repensa aux derniers événements.
La belle saison était à présent terminée et chaque jour apportait son lot de mauvaises surprises. Tandis que Théobald et Henry étaient convalescents, Friedrich et lui-même étaient restés parmi les chevaliers de Castagne, à surveiller les frontières et à patrouiller presque quotidiennement. Il ne comptait plus le nombre de phénomènes contre-nature qui s’étaient offerts à sa vue en si peu de temps et se mit à regretter sa vie de tournoyeur insouciant qui paraissait à présent si lointaine.

S’écartant pour laisser passer un hallebardier qui effectuait son tour de garde, le chevalier se tourna vers l’intérieur du château et vit dans la cour Théobald qui s’entraînait au combat à l’épée face à un Henry de Volvestre de nouveau plein de vigueur. Le jeune chevalier de Bastogne semblait peu à peu remonter la pente et n’avait, semblait-il, rien perdu de son adresse.

« Il pourra bientôt chevaucher à nouveau comme si de rien n’était», dit une ombre qui approchait d’Arius.
- Vous avez raison, sire Friedrich, répondit tristement Arius. Mais tenir les rênes et combattre tout à la fois ne lui sera plus possible. Jamais plus il ne joutera, lui, le premier homme à m’avoir fait vider les étriers.
- Il n’aurait plus été en mesure de jouter non plus si vous aviez épargné son bras pour le laisser pourrir sur place, lança Friedrich, comprenant le fond de la pensée de son camarade.
- Sans doute, mais une part de lui ne me pardonnera jamais cette mutilation.
- Soit, ricana Friedrich, mais plus de parts encore vous en seront toujours reconnaissantes. La part dont vous parlez est certainement le bras qui pourrit sous nos yeux cette fameuse nuit.

La remarque fit sourire le chevalier de Havras qui se retourna vers la lande maudite.

- Le seigneur Dangorn veut-il que nous nous joignions à ses gens pour aller explorer quelque chemin malsain, aujourd’hui encore ? demanda Arius en soupirant.
- Que nenni sire Arius, répondit avec enthousiasme Friedrich. Le sire comte nous veut en sa salle de conseil sur l’heure pour nous confier quelque autre mission. Je venais justement quérir votre présence.
J’ai fait part au seigneur Dangorn de mon désir de reprendre la route de Couronne au plus vite, maintenant que notre quête de l’usurpateur n’a plus de sens. S'il m'a entendu, je crains de ne plus être à vos côtés pour les patrouilles à venir.
- Vous partez, finalement ? réagit Arius. Ma foi, je présume que vous dites vrai… notre quête fut un échec, n’est-ce pas ?
- C’était sans doute la volonté de la déesse que nous trouvions en chemin un plus gros morceau que celui que nous poursuivions, dit Friedrich.
- Maintenant, vous raisonnez en vrai Bretonnien ! s’amusa son camarade.

Ensemble, ils redescendirent maints escaliers de pierre, croisant au passage quantité d'hommes d'armes et de chevaliers. Le château grouillait à présent de vie et tous se trouvaient sur le pied de guerre. Les forges avaient tourné jour et nuit pour regarnir les râteliers d'armes, les vassaux de Castagne avaient été réunis et tous les paysans qui ne présentaient pas trop de difformités avaient été enrôlés. Dans la cour du château, des dizaines d'archers hérissaient de flèches des cibles de paille et les travaux de reconstruction avaient été sérieusement accélérés.
La guerre semblait ici plus proche que jamais.

Ayant récupéré au passage leurs deux compagnons, Arius et Friedrich poursuivirent leur route à travers les couloirs de la forteresse. Ils arrivèrent finalement dans une vaste salle où se trouvaient déjà de nombreux hommes en armes rassemblés autour d'une grande table sur laquelle étaient étalées de vieilles cartes et se mirent instinctivement en rang dans l'attente d'instructions de la part de leur hôte.
Ce dernier, occupé à brailler sur ses vassaux, ne remarqua pas leur arrivée et ne se tourna vers eux qu'après quelques mots que son cuisinier-bouffon lui souffla à l'oneille.

« Aucun des pigeons que nous avons envoyés à Couronne n’est revenu, se plaignit Dangorn en guise de salutations. Le survol de la forêt d’Arden en cette saison a toujours été compliqué pour ces volatiles entre les bêtes affamées et les braconniers en maraude. »
- Êtes-vous donc coupé de la cité des rois ? se risqua à demander Théobald.
- Ni plus ni moins qu’à l’accoutumée, répondit Dangorn d’un air détaché. Mais il serait sans doute préférable d’envoyer des messagers humains à la cour du roi Louen pour l’informer de ce qui se trame par ici.

A ces paroles, les membres de la compagnie se regardèrent en comprirent ce que le comte attendait d’eux.

-Théobald de Bastogne-Le Pincelet, Henri de Volvestre, Friedrich de Schwytz et Arius de Chort, voici mon commandement pour vous : allez à la cour du roi et prévenez-le de hâter les préparatifs de la guerre sainte contre Moussillon. Notre bon souverain a différé le moment de l’attaque trop longtemps, déjà. Il ignore ce que prépare le rebelle Malebaude dont nous savons qu’il conspire avec des nécromanciens.
J'ai confié une missive à l'un de mes fidèles vassaux, Théogène de Maulièvre, qui devrait convaincre notre bon souverain du caractère urgent de notre affaire. Votre tâche sera donc, si vous en convenez, de l'accompagner. Sire de Schwytz m'ayant fait part de son désire de gagner la cité royale, je sais que lui au moins acceptera et je ne puis qu'espérer qu'il en sera de même pour les autres que nous ne comptions pas nourrir éternellement de toute manière.

Cette dernière phrase, prononcée non sans une certaine malice, suscita maints ricanements dans l'assistance. Néanmoins, le comte n'avait pas entièrement tort en cette matière et les trois compagnons de Friedrich acceptèrent la tâche sans rechigner. Cette mission représentait un voyage deux fois et demie plus long que celui qu'ils avaient accompli entre le Brigandin et Castagne et impliquait de longues chevauchées dans l'Arden ainsi qu'une délicate traversée fluviale, pourtant ils acceptèrent comme un seul homme.

Ainsi agissaient les vrais chevaliers bretonniens...

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MessageSujet: Re: A la poursuite du faux Astrabell   Sam 27 Sep 2014 - 1:58

Épilogue


Assis sur sa selle, profitant d'un rayon de soleil fugace, Théobald de Bastogne humait l'air humide de Castagne avec délectation. Il était bien impatient de laisser derrière lui la terre maudite de Moussillon et les mauvais souvenirs qui l'accompagnaient.
Un instant, le jeune chevalier eut l'impression de ressentir quelque fourmillement dans sa main gauche, mais son esprit le rappela vite à l'ordre.
Près de lui, également en selle, se trouvait Henri de Volvestre. Ce dernier, enfin totalement remis sur pieds, se montrait depuis plusieurs jours bien taciturne.
S'il avait accepté sans broncher d'accompagner dans une nouvelle quête ces hommes avec lesquels il avait affronté tant de périls, le fait de reconnaître l'échec de sa mission premières le rendait amer.

« Henri...» l'interpella Théobald.
- Je sais, l'interrompit le cadet de Catharie. C'était sans doute la volonté des dieux ou la destinée que nous trouvions un complot horrifique en lieu et place de notre usurpateur et je n'ai pas à regretter de me lancer dans cette nouvelle mission plus importante dont l'avenir du royaume tout entier pourrait dépendre. Mais toujours est-il que ce coquin de faux Astrabell court toujours et que l'honneur de ma terre en restera souillé tant que je n'aurai pas mis la main sur lui.
- Hum, répondit timidement Théobald, manifestement gêné. J'allais simplement vous demander quelque assistance pour m'aider à ouvrir ma gourde. Ma gorge est bien sèche.
- Oh ! s'exclama Henri avant de venir en aide à son frère d'arme en grand désarroi.
- Contre une gorge sèche, je possède de bien meilleurs remèdes qu'une gourde d'eau, gloussa Arius qui finissait d'harnacher sa monture à quelques pas d'eux.

Henri ne put s'empêcher d'être frappé par l'air martial que lui donnait l'imposante épée bâtarde de Lot d'Orcadie qu'il portait à présent en bandoulière.

- Ferez-vous donc usage de cette épée magique en lieu et place de notre regretté Lot ? demanda sobrement le jeune Catharien.
- Par saint Alfihar, non ! s'offusqua le chevalier de Havras. C'est une bonne arme, je suis en bonne position pour l'affirmer et je puis vous dire pour la porter en ce moment qu'elle semble bien moins lourde en main qu'à transporter sur l'épaule, mais elle revient à un chevalier de la Quête et non à moi. Or, entreprendre pareille quête n'est pas dans mes priorités.
- En ce cas, pourquoi vous en encombrer ? s'étonna le jeune chevalier de Gasconnie.
- Je ne puis me résoudre à l'abandonner ainsi en terre maudite, fut-ce entre les mains de "saint Dangorn de Castagne" en personne.

Friedrich de Schwytz, qui avait terminé de se préparer de son côté, fit hennir son destrier.

- Compains !  La route de Couronne nous attend ! En route ! lança-t-il avec force avant d'élancer son destrier au galop, quittant le castel de Castagne en seulement quelques secondes.

« Cet idiot a oublié que nous devions attendre le sieur de Maulièvre pour nous mettre en route», s'indigna Théobald.
- Il reviendra bien assez tôt en voyant qu'il est seul, ajouta Henri de Volvestre.
- Ce garçon devient plus Bretonnien à chaque minute ! pouffa Arius.



**************************************



Deux mois plus tard, dans le duché de Gasconnie...

Un vieux chevalier aux armes d'argent cheminait sur une route forestière escarpée et fort dangereuse. Manifestement épuisé et fort courbaturé, le noble héros somnolait sur sa selle, manquant à chaque instant d'envoyer son destrier dans le ravin qui bordait sa route.
Soudain, des éclats de voix le tirèrent de sa torpeur et la présence de roturiers mal fagotés droit devant lui attira son attention.

« Salut, l'homme ! envoya puissamment le redoutable vieillard à l'individu qui lui semblait être le meneur de la troupe. Est-ce bien la route de Catharie ?»
- Oh cong ! cracha l'homme. Ici, c'est la forêt de Sombrefeuille, la Catharie c'est loing à l'Ouest !
- Qu'est-ce que tu bafouilles, pompe à merdre ? l'interrompit l'un de ses compagnons. La Catharie c'est à L'Est d'ici, tout le monde le sait, enfing ceux qui-z'ont le sens commung !
- Oh, par ma barbe en couille, j'y vais tou tuder tout net, toi ! s'emporta le premier. La route de la Catharie, c'est celle qui va de l'Est à l'Ouest.
- De l'Ouest à l'Est, trou à merdre ! contesta le second.
- à l'Ouest !
- à L'Est !
- Pompe à merdre, c'est-y pas qu'il s'est endormi votre nobliau ? fit remarquer un troisième.
- HA ? HEU ? réagit le vieux chevalier en essuyant à la hâte un filet de bave qui avait commencé à s'écouler le long de sa bouche.
- Par Guinefort, ça t'intéresse-t'y pas de savoir par où tu vas, bon seigneur ? s'offusqua le premier homme.
- Vous disiez donc au Sud ? demanda le vieux paladin.
- Bah ! Fais comme tu veux ! déclara l'homme, vexé comme un pou.
- Merci à vous, gentils manants, lança le vieux chevalier, impérial. Votre gentillesse ne sera pas oubliée de moi,  Astrabell de Pinsaguel, le plus grand et le plus reconnu des seigneurs de Catharie ! Maître tacticien pour les uns, grand sage de Bretonnie pour d'aucuns, Maître templier de l'Ordre Sacré de la Plume pour certains et même... sage tout court pour un. Mais, El Maestro pour tout un chacun.

Puis il partit au trot, laissant derrière lui ses interlocuteurs incrédules.

- Heing ? s'étonna l'un d'entre eux. Comme si qu'ong en a quequ'chose à fout' de qui que c'est ?
- Encore un vieux fol, oublie-le, conclut un autre.


Une heure plus tard, à une poignée milles de là...

El Maestro chevauchait ainsi vers le Sud, comme il l'avait décidé, à la recherche d'une route menant à sa terre natale. Étrangement, il ne reconnaissait rien, comme s'il s'était trouvé en Gasconnie pour la premier fois de son existence, et une grande lassitude le gagna.
Le paysage avait quelque peu changé. D'une oppressante forêt, il s'était changé en vignes tordues et quelque peu abandonnées en cette froide saison. Néanmoins, le vieux seigneur se trouvait plus à son aise ici que sous les branches tortueuses d'arbres en sommeil.

Soudain, un hurlement d'enfant le fit bondir sur sa selle et il s'engagea au galop. Ne tardant pas à trouver la source des cris, Astrabell entrevit à quelques mètres une toute jeune fille cernée par ce qu'il lui sembla être d'infâmes gobelins. Piquant des éperons sans hésiter, le héros lança la charge.
A la vue d'un si splendide seigneur, les peaux-vertes tournèrent les talons comme à leur habitude et tentèrent de prendre la fuite, mais la juste colère du chevalier du Graal ne pouvait plus les ignorer.
Arrivé à portée de l'une des créatures, le brave paladin entrevit le regard de son adversaire et réalisa au dernier instant sa méprise: les gobelins n'étaient en réalité que des enfants bien humains, et les hurlements de terreur de la jeune fille n'avaient sans doute fait partie que d'un quelconque jeu... in extremis, il dévia son coup et sa lance se ficha dans le sol, faisant levier et soulevant de selle le vieil homme. Après un vol plané monumental, le chevalier heurta lourdement le sol et perdit connaissance.

Lorsqu'il rouvrit les yeux, il se trouvait étendu auprès d'un feu crépitant. Son dos était douloureux et nombre de ses articulations ne répondaient plus correctement. Néanmoins, le vieux chevalier était satisfait d'avoir évité le pire et rendit grâce à la Dame de l'avoir aidé à éviter d'embrocher l'un des innocents qu'il avait juré de servir.
Il remarqua alors un homme assis à une toise de lui et demeura interdit.
L'individu, à l'air noble et sévère, portait les mêmes armoiries que lui. Sa barbe était blanche et dans ses yeux se reflétait intensément la lumière du feu de camp.

« Je crois, sire Chlodobert, que nous avons beaucoup à nous dire», tonna le redoutable barbu sous le regard d'un usurpateur terrifié.

C'est ainsi que, lors d'une froide soirée d'hiver, se croisa enfin la route des deux Astrabell.


Fin

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