Le Royaume de Bretonnie
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 A la poursuite du faux Astrabell

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Baron de Havras
La lance impétueuse


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MessageSujet: A la poursuite du faux Astrabell   Jeu 5 Oct 2006 - 1:23

(Cette histoire fait suite à la joute du Brigandin qui opposa plusieurs membres légendaires du forum. Lors de l'événement, le facétieux Dangorn de Castagne présenta un personnage nommé Astrabell, du nom du plus vénérable et respectable membre de notre bon foroume. De l'avis de tous, cette boutade appelait un juste châtiment ! Laughing)


Première partie : Les quatre chevaliers.

Le tournoi du Brigandin venait de s'achever et tous les chevaliers qui y avaient participé et n'étaient pas partis dès la fin des affrontements quittaient les lieux depuis le début de la matinée.
A une lieue de là, deux chevaliers en armes semblaient s'impatienter et trépigner sur leur selle.

"Mais que fait-il à la fin ? Ne pouvons-nous presser le pas ? Ce fourbe d'usurpateur a déjà trois jours d'avance !" déclara Henri de Volvestre, jeune chevalier de Catharie.
- Du calme, mon ami ! Vous n'êtes pas sans savoir que nous ignorons même dans quelle direction il s'en est allé, répondit l'autre chevalier. Celui-ci n'était autre que Théobald de Bastogne, jeune chevalier de la grande famille de Bastogne, l'une des plus glorieuses maisonnées de Bretonnie. C'était lui qui avait remporté le tournoi et, à présent, il se sentait invincible ou proche de l'être. Homme d'une grande fierté, il avait mis un point d'honneur à se joindre à la quête du sire de Volvestre, mais pour l'heure, il se sentait bien, assis sur son destrier dans ce petit bois à l'odeur de noisette.
- De grâce, dépêchez-vous, Arius ! lança le jeune Henri de Volvestre.

Un homme surgit alors en râlant. Il avait passé la nuit à fêter la victoire de Théobald à grand renfort de tonneaux de Bordeleaux et était encore tout courbaturé des suites de sa défaite lors de la finale de la joute. En passant à côté de ce petit cour d'eau, il avait ressenti le besoin de s'y rafraîchir et, s'il avait pris son temps pour le faire, il trouvait néanmoins l'attitude de son compagnon quelque peu exagérée.
Son nom était Arius de Chort, chevalier originaire de la baronnie de Havras près de l'Anguille et, s'il était venu jusqu'au duché de Gisoreux pour participer à des tournois au nom de son baron, l'opportunité que représentait cette quête lui avait semblé intéressante.

"Nous pouvons continuer sans vous, si vous ne vous sentez pas en bonne humeur. Vous n'aurez qu'à nous rattraper plus tard." dit Henri de Volvestre.
- Et pourquoi pas accomplir cette quête sans moi pendant que nous y sommes ? rétorqua Arius. Je me sens quelque peu responsable, après tout, c'est après la défaite que je lui ai infligé que ce félon a pris la fuite.
- Certes, mais cela ne nous dit toujours pas où nous devons nous rendre, déclara une nouvelle fois Théobald.
- Mais, c'est évident, ne trouvez-vous pas ? dit alors Henri. Nous allons à Castagne, dans cette terre de gueux et de faquins toujours prêts à enchaîner les tours pendables et à railler les autres lors des tournois en usurpant les identités !

A ces mots, Théobald et Arius écarquillèrent les yeux. Tous deux savaient un certain nombre de choses sur Castagne et notamment qu'elle était une terre proche de la cité perdue de Moussillon, autrement dit un territoire maudit et de surcroît à l'autre bout du royaume, par delà la forêt d'Arden. Jamais ils n'avaient entendu parler d'une coutume de Castagne voulant que l'on usurpe les identités d'autres chevaliers pour se rendre aux tournois et ils ignoraient tout autant comment Henri pouvait bien savoir qu'ils se devaient d'aller en Castagne. Mais face à sa détermination et ses certitudes, ils préférèrent ne pas discuter. Ils ignoraient la majeure partie des conditions qui avaient mené Henri de Volvestre, champion des terribles cadets de Catharie, à se rendre au Brigandin car, même durant les beuveries, ce dernier s'était fait peu loquace sur la question.

Henri avait été chargé de la lourde tâche de défaire et de ramener l'homme qui se disait être Astrabell de Pinsaguel en Catharie par son seigneur et la dame Astrabelle elle-même. Cette dernière avait toujours possédé le don de voyance et, puisqu'elle avait révélé à Henri que l'usurpateur était originaire de Castagne, il voyait là toutes les raisons de s'y rendre.

Tandis que Arius remontait en selle, un bruit se fit en entendre dans les fourrés avoisinants, suivi du bruit d'un cheval traversant au trot les eaux d'un ruisseau. Tous trois tirèrent leurs lames et attendirent, prêts à abattre n'importe quelle menace.

"Un cavalier !" chuchota Théobald.
- En effet, et il est seul, répondit Arius.
- Dans ce cas, nous avons toutes les raisons de penser qu'il s'agit d'un Bretonnien, surtout avec toute l'activité chevaleresque qu'il y eut dans la région ces derniers jours, conclut Henri.

Tous approuvèrent cette juste et judicieuse remarque. L'instant suivant, un chevalier d'âge relativement avancé, au port noble et aux traits assez sévères, fit son apparition.
Il s'agissait du très fameux lot d'Orcadie, chevalier réputé dans tout le royaume et qui avait fait grande impression au tournoi du Brigandin. C'était une authentique légende, un chevalier de la Quête sur lequel avait couru de nombreuses rumeurs et sur qui pas moins de quatre chansons de geste avait été composées. Il avait été le tombeur de Henri et avait été lui-même éliminé par Arius, ce qui fit penser à ces deux chevaliers qu'il venait peut-être pour se battre à nouveau contre eux.
Le vieux chevalier fit s'arrêter sa monture à environ trois toises des trois paladins puis leva la main, paume ouverte, en signe de paix.

"Paix ! Vous êtes ceux que je cherchais, nobles seigneurs. J'ai cru comprendre que vous étiez partis en chasse de l'usurpateur qui participa au tournoi sous le nom de Astrabell. J'ai moi-même un léger compte à régler avec lui et je vous saurais gré de m'accepter dans votre expédition."
Les déclarations du chevalier de la Quête stupéfièrent les trois hommes qui ne s'étaient certes pas attendu à cela. Ils avaient pu juger de ses qualités de combattant et il était clair que son épée serait la bienvenue dans leur traversée de la terrifiante forêt d'Arden. Même s'ils ignoraient les griefs qui le liaient à l'usurpateur, ils ne pouvaient se permettre de refuser une telle proposition et ce fut donc avec joie qu'ils accueillirent le seigneur Lot dans leur troupe.

En vérité, si Lot souhaitait si ardemment se lier à leur troupe, lui le combattant solitaire en Quête du saint calice depuis tant d'années, c'était parce que le soi-disant Astrabell, non content d'usurper l'identité de l'un des plus célèbres chevaliers du Graal de toute la Bretonnie, le fameux El Maestro que même le Roy consultait parfois tant sa science de la tactique était grande, s'était permis de nommer sa monture Agravain. Agravain, comte d'Orcadie, était le propre fils de Lot et il était très clair que l'animal avait été baptisé de la sorte en référence directe à ce seigneur.
Le vieux Lot ne pouvait laisser son nom souillé de la sorte, mais le fait que d'autres soient également à la poursuite de sa cible lui faciliterait sans nul doute la tâche.

Forte de quatre membres de qualité, la troupe se mit en route. Quittant l'abri du sous-bois, elle fit marche vers l'ancien duché de Moussillon.
Les quatre paladins se mirent d'accord sur l'itinéraire à suivre, il leur fallait aller vite et limiter le nombre de haltes. Il n'était donc pas question de faire un détour vers les terres de Théobald pour trouver refuge et se ravitailler. Dans le meilleur des cas, ils seraient à Castagne en six ou sept jours et ils jugèrent avoir suffisamment de provisions pour cela. Leur plan était donc prêt et leur motivation sans faille.
La quête du faux Astrabell venait de débuter.

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Baron de Havras
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MessageSujet: Re: A la poursuite du faux Astrabell   Sam 7 Oct 2006 - 1:38

Seconde partie : La clairière


"Depuis combien de temps sommes-nous partis ?" demanda Arius à Théobald qui chevauchait à ses côtés.
- Nous avons chevauché hier jusqu'à la tombée de la nuit et nous nous sommes remis en route ce matin à l'aube, faites vous-même le compte, dit une voix calme et posée provenant de l'arrière. Cette voix était celle de Lot d'Orcadie, manifestement légèrement lassé par les questions idiotes qu'il avait pu entendre au cours de la dernière heure.
- Hmmm, je vois. La nuit est pour bientôt et il va nous falloir établir un camp, n'est-ce pas ? reprit Arius.
- Si seulement nous avions pu un peu plus nous presser, lança alors Henri de Volvestre, désolé de voir qu'ils n'étaient pas encore très enfoncés dans la forêt d'Arden.

L'atmosphère était étrange en ce lieu, la pluie ne tombait pas ici, mais tout l'endroit semblait baigner dans une curieuse lumière bleutée et la brume empêchait de voir à plus de quelques dizaines de mètres. Les chênes n'étaient pas encore trop serrés et permettaient cependant de voir une menace approcher avec suffisamment d'avance pour s'y préparer. Le revers de la médaille étant qu'il était quasiment impossible dans cette partie du bois d'établir un campement à l'abri des regards. Il leur fallait donc presser le pas car seules deux heures les séparaient de la nuit.
La forêt d'Arden était le bois le plus vaste du royaume, un repère de brigands, de malandrins et de créatures démoniaques. Elle était très fournie en marais et en lacs et son cœur était impraticable à cheval.
De tout temps, elle avait été réputée pour servir de refuge aux monstres et de nombreux paladins et chevaliers de la Quête s'y étaient aventurés dans le but de les affronter. Force était de constater que bien peu, parmi ceux qui étaient allé près du centre, n'en était revenu. La troupe se devait toutefois d'y passer et leur hâte les avait poussé à prendre un ancien chemin de braconniers qui n'était alors plus vraiment balisé ni apparent.
C'était pourtant là leur seule chance de rattraper le faux Astrabell et ils comptaient bien la tenter quel que fut le danger.

La compagnie de héros trouva enfin un endroit propice à une installation après encore une heure de déplacement.
Les lieux se trouvaient près d'un petit ruisseau dans une clairière suffisamment renfoncée pour empêcher à toute personne ou troupe provenant de l'Est ou du Sud Est de voir leur campement. Un examen rapide de la clairière ne révéla rien d'hostile et il était évident qu'ils ne trouveraient jamais de meilleure place dans le temps qu'il leur restait avant l'obscurité totale.
Henri et Théobald partirent collecter du bois pendant que leurs camarades dressaient un campement digne de ce nom. Après leur retour, Lot se chargea du feu puis vint le moment repas. Chacun prit place autour des flammes rougeoyantes qui, en ce lieu dépouillé, semblaient plus chaleureuses que n'importe quelle cheminée. Henri s'assis à même le sol qu'il recouvrit simplement d'une couverture pour ne pas se trouver couvert de feuilles mortes, Arius s'avachit totalement par terre alors que Théobald prenait place face à eux sur un tronc d'arbre renversé où se tenait déjà Lot, appuyé sur son épée. Sans plus attendre, ils débouchèrent l'une des nombreuses gourdes qui faisaient partie du chargement du sire de Chort et se pourvurent de lard et de viande séchée.
Bientôt, la conversation débuta, rompant la monotonie du son de l'eau qui s'écoulait.

"Nous aurions pu aller plus vite si vous n'aviez décidé de vous arrêter pour faire ripaille dans la journée, se désola Henri. Enfin, mes amis, nous ne sommes pas allé trop lentement non plus, seulement pas aussi prestement que je l'aurais souhaité. Je ne doute pas que nous irons grand train dès demain !"
Arius s'empara d'un morceau de lard et mordit dedans avec véhémence pour finalement en arracher un énorme bout qu'il mastiqua bruyamment.
- Vous autres cadets de Catharie êtes trop impatients, dit-il, la bouche entièrement occupée par son repas tandis qu'il agitait son bout de lard comme pour mimer l'empressement des jeunes Cathariens. Nous finirons bien par le rattraper. Pensez-vous sérieusement que ce vieux débris puisse tenir une telle cadence?
- Nous n'avons nullement reparlé de notre destination, se permit de signaler Théobald, mais sommes-nous sûr que Castagne ait un lien avec cet usurpateur ? Je veux dire, est-ce que le seigneur de Castagne aurait pu être informé du méfait ou même en être l'instigateur ?
- J'en doute, dit Lot, serrant toujours sa longue épée.
Tous se tournèrent vers lui, espérant connaître le fond de sa pensée mais jamais celui-ci ne vint s'exprimer plus avant durant ce dîner.

Les discussions se reportèrent ainsi très vite sur des sujets plus légers car les guerriers n'avaient pour le moment pas le cœur assombri par leur aventure et leur humeur était parfaitement joyeuse. Bien vite, leurs rires résonnèrent dans toute la clairière, intimidant un hibou qui dut attendre leur sommeil pour répondre à ses congénères que l'on pouvait entendre dialoguer dans les profondeurs des bois.

"N'êtes-vous pas triste d'abandonner ainsi la pauvre fille du Baron de Corneblais, Théobald ?" demanda Arius sur le ton de la plaisanterie.
- Mais, je n'ai jamais voulu... répondit le chevalier de Bastogne, quelque peu déconcerté.
- Il est vrai qu'elle devenait bien envahissante, remarqua Henri. Sans doute auriez-vous fini marié avant la fin de l'année ! ha ha ha!
- Certes et toutes ses cousines vous auraient maudit pour leur avoir préféré la fille du baron Hector, renchérit Arius.
- Je vous en prie, gentils seigneurs, ne vous moquez pas, je vous assure que je n'ai rien fait pour...
- Dans le fond, peut-être auriez-vous dû prendre l'étoffe de chacune pour en garnir votre lance au tournoi. Cela vous aurait épargné bien des soucis à venir, se moqua Henri de Volvestre.
- Et il m'aurait été sans conteste plus facile d'éviter une lance alourdie par tant de linges, ajouta Arius, hilare.
Les chevaliers de Havras et de Catharie ne pouvaient plus se retenir et riaient comme des déments tandis que Lot tentait de rester digne et de conserver son sérieux, se mordant les lèvres pour ne pas en ajouter.
Théobald était pour sa part quelque peu gêné d'être le sujet de toutes les attentions, mais se prêtait de bon cœur au jeu.
- Peut-être devrais-je retourner sur place et faire noce avec toutes, dit le jeune chevalier en faisant mine de considérer sérieusement l'option.
- N'y pensez pas, jeune Théobald ! Nous avons trop besoin de vous à nos côtés ! répondit Arius en prenant un air faussement sérieux.
- Pour mon terrible jeu de lance ? demanda Théobald, ne s'attendant pas à une réponse positive.
- L'idée m'était venue que vous pourriez utiliser vos charmes pour séduire les femelles peaux-vertes si leur nombre devait s'avérer trop important pour nos épées pour dire vrai, conclut Arius, à deux doigts de s'étouffer.
- Et sans doute votre "jeu de lance" pourrait-il s'avérer ennuyeux en ce cas s'il venait à donner naissance à quelques demi-orques, dit Lot qui était resté tranquille jusqu'alors. Tous restèrent stupéfaits de le voir participer à la discussion et rirent de bon cœur à sa boutade.
Ainsi s'écoula leur seconde nuit d'aventure, dans la joie et sans problème. Tour à tour, ils s’endormirent. Lot d'Orcadie resta éveillé une bonne partie de la nuit à observer le feu en se remémorant d'anciennes quêtes mais finit par s'accorder un peu de repos lorsque les dernières braises vinrent à s'éteindre.

Au petit matin, Henri se leva et constata que ses acolytes étaient encore assoupis. Ne souhaitant pas les déranger de si bon matin, il alla se laver le visage au cour d'eau.
Les mains encore sur la figure, il aperçut quelque chose en regardant à travers ses doigts et se figea sous l'effet de la surprise. Ce qui semblait être le voile d'une damoiselle, encore blanc et relativement propre, passa sous ses yeux, suivant le fil de l'eau. Reprenant ses esprits en une fraction de seconde, le sieur de Volvestre se précipita auprès de ses camarades.

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Dernière édition par Baron de Havras le Sam 10 Mai 2014 - 23:50, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: A la poursuite du faux Astrabell   Sam 7 Oct 2006 - 22:38

Tierce partie : Le sang des lâches.


Henri fit part de sa découverte à ses camarades qui, mal réveillés, eurent bien du mal à comprendre son récit. Après quelques minutes d’explications, ils se mirent d’accord pour remonter le cours d’eau en vue de trouver trace de cette damoiselle.
Ils s’équipèrent et harnachèrent leurs montures. Arius s’empara de son heaume, tira son épée pour en tâter le fil et la rengaina. Théobald se mit en selle et empoigna sa lance, prêt à transpercer n’importe quel danger. Lot, armé d’une pierre à affûter, prépara son arme au combat. Il était prêt à pourfendre un troll s’il le fallait. Henri de Volvestre, de son côté, se coiffa de son heaume enchanté et serra fermement son écu magique. Ainsi protégé, il était en mesure de repousser un cataclysme.
Tous les quatre étaient parés au combat et partirent en direction des profondeurs boisées sans hésitation.
Le matin débutait à peine et l’air était encore frais et humidifié par la rosée. Le sol, couvert de mousse et de feuilles tombées était difficilement praticable, même pour de puissants destriers bretonniens, cependant, le plus grand obstacle à leur progression était l’épaisse brume qui, à cette heure, donnait plus encore qu’à l’accoutumée un aspect éthéré à la forêt d’Arden.

« Mais, que ferait une damoiselle dans ces bois ? » s’interrogea Théobald.
- Il eut été étonnant que votre première préoccupation aille à la menace que nous sommes sur le point de rencontrer plutôt qu’à la damoiselle en détresse, remarqua Henri pour tenter de détendre l’atmosphère.
- J’ignore ce qui nous attend, mais je ne pense pas que des orques ou des hommes-bêtes osent encore se manifester si peu profondément dans les bois, mes amis, déclara solennellement Lot d’Orcadie.
- Il est vrai que la grande invasion a été repoussée l’an passé et qu’il n’est pas de très bon ton de se montrer à découvert lorsque l’on est une créature du malin à présent, finit de dire Arius.

Mais il n’en demeurait pas moins que les quatre combattants ignoraient tout de ce qui les attendait et l’appréhension était grande à présent pour chacun d’eux. Nulle peur n’habitait leur cœur car ils étaient tous certains de leur bras mais également, pour s’être affrontés au Brigandin, de celui de chaque membre du groupe. Cependant, l’incertitude rongeait leur esprit et ils se demandaient quel danger se mettrait en travers de leur route.
Ils continuèrent ainsi leur chemin dans le calme pendant une bonne heure. A chaque pas, dans leur poitrine se serrait leur cœur et ils se faisaient plus mornes et silencieux.
Le cours d’eau était plus long qu’ils ne l’auraient cru mais aucune trace de damoiselle ni d’un quelconque ennemi n’était visible.

« Loin de moi l’idée de mettre en doute vos propos, Henri, mais êtes-vous certain de ne pas avoir été mystifié ? se décida à demander Arius, relevant sa visière pour l’occasion. Sans doute ce voile n’était-il qu’une illusion ou que sais-je encore. »
- Je doute qu’une damoiselle et son escorte soit venue ici, à dire vrai, ajouta Théobald.
- Vous avez tort, déclara Lot. Même si ce morceau de tissu ne provenait pas d’une damoiselle, soyez sûr qu’il s’agit là d’un message de la Dame !
Henri Acquiesça et les deux autres restèrent muets à cette pensée. Toutefois, ils s’étaient beaucoup éloignés de la piste qu’ils suivaient et s’ils décidaient de poursuivre dans cette voie apparemment sans issue, il se pourrait qu’ils ne retrouvent jamais leur route. A cet endroit, le ruisseau se faisait plus large et violent et les eaux sonores couvraient les bruits de la forêt, limitant leur perception et les rendant vulnérable à un danger, ce dont ils étaient tous parfaitement conscients. D’un commun accord, après moult discussions, ils se décidèrent à rebrousser chemin.
Tandis qu’ils s’apprêtaient à amorcer leur retour, un cri de femme retentit. Tous se dressèrent sur leur selle et scrutèrent les alentours, incapables de s’accorder sur le lieu d’origine du cri.
Un second hurlement retentit et sonna comme un avertissement. « Fuyez ! » leur sembla-t-il entendre, mais loin de s’exécuter, ils se décidèrent enfin à aller de l’avant, traversant en grand bruit les flots tumultueux. Il leur avait semblé, cette fois, avoir repéré l’origine de la voix et étaient bien déterminés à porter secours à cette demoiselle en péril. Alors qu’ils s’éloignaient du cours d’eau, la quiétude du bois s’imposa à eux.

Finalement, ils débouchèrent dans une sorte de clairière ou, du moins, un endroit ou les arbres étaient plus éparses. Il ne restait aucune trace de campement ou d’installation, nulle trace d’un feu ni même d’empreintes.
Rien, il ne restait aucune trace d’une dame ou de quelque agresseur, pourtant, quelque chose attira l’attention du seigneur de Chort qui mit pied à terre. Il s’agissait d’un ruban, à moitié enfouie sous un tas de feuilles dont le chevalier de Havras s’empara aussitôt pour l’examiner.
Soudain, des sifflements et des hululements se firent entendre tout autour. Inquiets, les quatre paladins tirèrent leurs lames et se tinrent prêts à défendre leur peau. Ils se savaient encerclés mais conservèrent leur sang froid, sachant que la clef de la survie dépendait en premier lieu du courage et de la détermination.
Plusieurs flèches traversèrent l’air, manifestement tirées de plusieurs directions différentes, mais il était trop tard pour se mettre à couvert. L’une d’elles ricocha sur le heaume enchanté du champion des cadets de Catharie et, sans attendre, Lot partit au galop vers les assaillants. Un autre trait passa et celui-ci se ficha dans l’épaule de Arius qui mit genou à terre sous l’effet de la douleur.
Des gueux enchaperonnés sortirent alors des fourrés et se jetèrent sur les trois Bretonniens encore présents dans la clairière. Plus loin, Lot arrivait enfin au premier archer qui n’eut pas le temps de recommander son âme à Morr avant que sa tête ne se décroche de ses épaules. Tel était le sort que l’on réservait aux traîtres en Orcadie.

Les flèches fusaient en tous sens et des guerriers semblaient surgir de tous côtés. Certains étaient vêtus à la mode bretonnienne tandis que d’autres étaient clairement impériaux à en juger par leur tenue. Leur équipement, lui aussi était des plus disparates et allait de l’épée à la fourche en passant par la dague à rouelles ou la fronde. Leur nombre était impossible à déterminer mais allait croissant.
Théobald, dont le destrier était encerclé par ces rustres frappait comme un dément à dextre et à senestre, taillant dans l’os et la chair sans pour autant parvenir à interrompre le flot d’assaillants et l’ardeur de ces derniers.
« Maudits laquais, tremblez devant la fureur de Bastogne ! » déclara-t-il en signe de défi mais rien n’y fit. Les ennemis se faisaient toujours plus nombreux et déterminés.
L’un d’entre eux tomba, crispé par la douleur, son poignet tranché, un autre s’enfuit, l’œil crevé.

La grande croisade contre le chaos avait permis à certains roturiers de tenter des jacqueries ici ou là dans le royaume déserté par une grande partie de la noblesse et de nombreuses soudées de mercenaires étaient à présent inemployées. Il paraissait plus qu’évident désormais que la conjonction de ces deux facteurs avait rendue les bois du royaume encore plus dangereux à traverser et que des troupes de différents horizons se livraient désormais au détroussement des convois.

De son côté, Henri de Volvestre luttait pour rester en selle. Des pouilleux arrivaient de tous côtés et s’accrochaient à son tabard et au caparaçon de sa monture pour le jeter à terre.
Empoignant son épée, il sabra la mâchoire de l’un des combattants qui tomba inanimé. Son épée était celle du champion des cadets de Catharie et n’avait rien d’une lame ordinaire. C’était avec cette arme que tant de combats avaient été remportés dans le Sud et avec elle également que le jeune Aymeric avait triomphé au tournoi de Marie de Bastogne, son tranchant incomparable était plus acéré que celui de n’importe quelle arme commune et le sire de Volvestre en fit la démonstration en transperçant le crâne de l’un de ses opposants pourtant coiffé d’une barbute.
Arius se redressa alors et poussa un terrifiant cri de fureur. Il se rua sur un groupe de guerriers qui venait pour l’achever et se débarrassa des deux premiers sans difficulté. Continuant sur sa lancée, il souleva d’un coup d’épaule et fit rouler par-dessus lui un autre guerrier qui se brisa la nuque dans la chute. S’emparant du marteau de guerre de son défunt ennemi, il partit à l’assaut et débuta son œuvre de mort. Arius était le plus habile de tous au combat et fit une véritable démonstration de son talent aux malheureux brigands qui voulaient l’attaquer, se faisant tous mettre en pièce à coups de marteau et d’épée.
Pendant ce temps, Théobald, juché sur un destrier au caparaçon hérissé de flèches, était parvenu à se dégager de la masse et galopait à la poursuite d’un groupe qui avait jugé bon de prendre la fuite devant lui.
Un culvert boiteux fut le premier à recevoir son juste paiement pour s’en être pris à de si vaillants seigneurs, bientôt suivi par l’un de ses camarades qui, probablement mal nourri, ne courait pas assez vite.
« Pour la Dame ! » cria hardiment le chevalier en fracassant le crâne d’un autre, tandis que ses camarades, qui s’étaient dispersés, prenaient la fuite pour de bon. Toutefois, à présent isolé, il lui fallait revenir de toute urgence sur ses pas pour prêter main forte à ses camarades et éviter de tomber dans une embuscade de contre-attaque.

Au centre de la petite clairière où se tenaient les combats, les flèches ne sifflaient plus. Henri de Volvestre, trop bien protégé pour de simples humains, gagnait de plus en plus de terrain et le doute assaillit les vils combattants. L’un d’entre eux, encore plus couard que les autres, saisit le pistolet qu’il gardait à la ceinture et tira sur le jeune Catharien. L’étincelle produite par le projectile détourné par le heaume magique finit de les convaincre d’abandonner le combat. Considérant que leurs adversaires étaient certainement invincibles, ils prirent la fuite, rencontrant au passage un grand chevalier de la Quête à la gigantesque lame maculée de sang qui se déplaçait en trottant fièrement. Leur piège avait échoué de la pire manière. Ils avaient perdu quinze hommes sur une troupe de trente quatre et aucun des chevaliers n’était tombé. Pire encore, aucun de ceux qui avaient participé à l’attaque n’en étaient sorti indemne et toute cette piteuse armée était à présent constituée d’éclopés.

D’une position éloignée, Fernand, le chef de la troupe de renégats, observait la scène. Lui-même était Bretonnien et avait longtemps été prévôt d’un important seigneur de Bastogn. De fait, il savait avec certitude que ces chevaliers ne lâcheraient pas leur trace s’ils découvraient que deux jeunes femmes étaient leurs prisonnières. Il fit un signe de tête à son lieutenant et tous deux partirent à cheval vers leur repaire situé plus profondément dans les bois.

Au cœur de la clairière, Lot et les autres comptaient les morts. Ils savaient qu'une damoiselle était toujours retenue mais n'avaient que peu d'éléments pour la retrouver sans compter que leur quête en serait ralentie. L'heure était donc au choix et pour Arius, aux soins.

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MessageSujet: Re: A la poursuite du faux Astrabell   Dim 8 Oct 2006 - 17:03

Quarte partie : la menace lointaine

La soirée précédente, au Nord du duché de Bastogne...

Une troupe de chevaliers passa dans la nuit. Elle fit grand bruit en traversant le gué de Saint Givrain, tandis que des éclaboussures d’eau volaient en tous sens et que le cliquetis des pièces d’équipement se faisait plus prononcé. Le groupe allait bon train, manifestement guidé par une ardeur qui en disait long.
Une bataille approchait, cela ne faisait aucun doute et ces chevaliers étaient plus qu’impatients d’enfin pouvoir se battre. Guillaume, jeune chevalier Bastognais se tenait parmi eux, galopant fièrement pour tenter de tuer son angoisse.
Il avait beau tenter de garder la tête vide, des pensées malsaines, visions de sa propre mort ou bien encore de lui agonisant dans une marre de boue, lui revenaient sans cesse à l’esprit. Âgé de dix-huit printemps, il avait déjà eu la chance de participer à quelques batailles pour son seigneur le baron Eudes de Belavers, fidèle parmi les fidèles du duc de Bastogne et combattant réputé, cependant, cette fois était différente. La première bataille qu’il avait eu à livrer concernait une histoire de rapt de demoiselle et n’avait impliqué que des Bretonniens. Ce jour-là, la Dame avait donné raison au bon Frédegar, le banneret qui s’était vu voler sa promise et le château du félon était tombé en moins d’une journée.
Sa seconde bataille l’avait confronté à de vils orques mais n’avait impliquée, en tout et pour tout, qu’une centaine d’hommes. Les rares affrontements auxquels il avait pris part dès lors s’apparentaient plus à des escarmouches face à d’ignobles gobelins qui avaient passé leur temps à fuir devant le courroux des serviteurs de la Dame. A bien y penser, cela serait sa première grande bataille et cette pensée le mettait mal à l’aise.

Arrivés en haut d’une butte, les chevaliers firent halte.

Le reste de L’ost était déjà là et se mettait en ordre de bataille. La troupe vint se placer sur le flanc de l’armée, non loin des chevaliers du royaume tandis que des gens d'armes se rangeaient en grand bruit à leurs côtés. Robert, le noble champion qui menait leur groupe fit un signe de la tête en direction de l’unité du baron, ce à quoi le capitaine des chevaliers d’élite qui entouraient le seigneur de l’armée répondit par un hochement de tête bienveillant.
Le jeune Guillaume sentait son cœur battre. Il n’ignorait pas pourquoi ils étaient là, si près du domaine maudit de Moussillon et le simple fait de penser à ce qu’ils risquaient d’affronter sous peu lui glaça le sang et manqua de faire mourir en lui toute envie de combattre.
Cela faisait près d’une semaine que des rumeurs persistantes sur la présence en Bastogne d’une armée de morts en provenance du domaine maudit se faisaient entendre.
Fidèle vassal du seigneur de Bastogne, Eudes avait été envoyé pour en arrêter la progression avec toutes les forces à sa disposition, car Bohémond était bien informé et avait pris la mesure de ce qu’ils auraient à affronter.

Le jeune chevalier, pour tuer sa peur, scruta le reste de l’armée aux côtés de laquelle il allait batailler. Deux formations de chevaliers, pour la plupart chevaliers du royaume, composaient le fer de lance de l’armée. Guillaume était parmi eux et savait leur rôle essentiel.
A sa droite se trouvait une troupe d’une cinquantaine de gueux armés de hallebarde.
A sa gauche, à côté des chevaliers du royaume se trouvait une formation de quinze archers et encore au-delà était le baron au milieu de ses chevaliers d’élite. Plus loin encore se trouvaient une nouvelle flopée d’une quarantaine d’archers derrière lesquels figuraient encore soixante hallebardiers et une bonne trentaine de vougiers artenois. Au total, plus de deux centaines d’hommes étaient présentes.

Son regard revint alors sur la troupe de chevaliers voisine. Il ne l’avait pas vue jusqu'à lors mais parmi eux figurait la belle damoiselle Brunehaut dont la longue chevelure rousse et la robe de couleur vive tranchait au milieu de cette nuit sans étoile. Il avait déjà eu l’occasion de la rencontrer au détour d’un couloir et était resté sans voix devant la beauté de ses traits, la force et la grâce qui se dégageaient d’elle. Quel âge pouvait-elle bien avoir ? Elle ne paraissait guère plus âgée que lui, et pourtant… les damoiselles du Graal avaient-elles vraiment l’âge qu’elles semblaient avoir ?
Toutes ces questions traversèrent son esprit et lui firent oublier la bataille l’espace d’un instant… cependant, les événements étaient bien amorcés et la dure réalité du combat approchant s’imposa vite à lui.

Des éclairs apparurent dans le ciel lointain sans qu’aucun bruit de tonnerre ni qu’aucune goutte de pluie ne parvienne sur le champ de bataille. Le jeune Guillaume sentit son cœur battre de plus en plus violemment comme s’il avait été sur le point d’exploser dans sa poitrine, lorsqu’un vieil homme vêtu de noir apparut, seul, sur la colline qui faisait face à l’armée bretonnienne. Il semblait s’époumoner dans quelque langue étrange en gesticulant et en levant son bâton d’un air menaçant.
Il pointa ce dernier en direction de l’armée chevaleresque et un étrange malaise parcouru ses rangs.

« Je déteste les morts-vivants. Cela revient à affronter des pantins fais de chair putréfiée. Il n’y a aucun chevalier à affronter et à capturer, aucune rançon à retirer des vaincus et l’odeur est plus insupportable que celle d’une porcherie. Ce n’est pas ce que j’appelle une bataille » déclara un chevalier tout proche avant d’abaisser sa visière.
Les roturiers tremblaient et semblaient défaillir, certains ne souhaitaient plus pour l’heure que retourner dans leur champ cultiver la terre, fut-ce pour en donner tout le fruit à un noble seigneur et l’idée qu’il était encore possible de quitter discrètement le champ de bataille rencontra un grand succès dans leurs rangs.
Les chevaliers pour leur part tentaient d’apaiser leurs montures qui hennissaient et voulaient se dérober. Robert quitta le groupe et chevaucha devant la masse grouillante de culverts. Sa présence seule suffit à re-discipliner les manants craignant le courroux d’un noble chevalier plus que d’affronter un vieil homme étrange.

Très vite, l’armée bretonnienne fut prête au combat et n’attendit plus qu’un ennemi à affronter, chose qui ne tarda pas à venir. La colline sur laquelle gesticulait toujours le nécromancien se noircit bientôt de centaines de formes titubantes et gémissantes qui avançaient inexorablement vers l’ost de Frédegar alors que d’autres formes apparaissaient par vagues successives. La colline semblait cracher à l’infinie des milliers de créatures mortes qui marchaient et marchaient toujours, mues par la volonté d’un homme et la haine de tout ce qui vit.

« Impossible ! Un seul nécromancien ne peut être responsable d’une telle marée morte, ils sont dix fois notre nombre ! » Cracha le seigneur Frédegar.
- Monseigneur, quels sont vos ordres ? Questionna le champion des chevaliers de sa maisonnée.
- Lancez l’attaque, répondit froidement le général.

Le jeune Guillaume n’avait plus le temps de s’interroger sur le sens de la vie et ses raisons d’être ici, il était né noble et avait été fait chevalier errant il y a quelques temps de cela et, si cette condition lui déplaisait pour la première fois de sa vie, il était trop tard pour songer à quoique ce fut d’autre que charger. Les deux groupes de chevaliers du flanc s’élancèrent vers l’ennemi comme un seul homme. Alors qu’ils approchaient de plus en plus près de l’ennemi et que l’épouvantable odeur était de plus en plus prononcée, ils dévièrent de leur trajectoire et semblèrent s’éloigner de la marée d’ennemis qui marchait toujours à leur rencontre. Une fois éloignés de la troupe ennemie, ils changèrent une nouvelle fois de direction et revinrent sur elle par le flanc. Ils accélérèrent et changèrent de formation, se mettant en colonnes parallèles à la manière habituelle des chevaliers de Bretonnie.
Ils pénétrèrent dans les rangs de zombies avec une facilité déconcertante, transperçant, percutant et tranchant en tous sens. Têtes et membres putréfiés volèrent. Les morts n’opposaient pas de résistance et les chevaliers se retrouvèrent vite très profondément enfoncés dans la formation des morts-vivants.
C’était le moment qu’attendaient les piétons pour se mettre en marche à leur tour. Le brave seigneur Frédegar chargea à son tour avec ses chevaliers, espérant que la brèche réalisée par les jeunes chevaliers suffirait à lui créer une ouverture directe vers le nécromancien.

La bataille s’engagea sur tous les fronts. Des hommes tombèrent de tous côtés, mordus, griffés, déchirés alors que les morts se faisaient faucher et découper. Cependant, leur nombre seul suffisait à faire pencher la balance en leur faveur. Après plusieurs minutes de combats, la situation avait tourné de manière évidente en faveur de l’armée des morts.

Au centre, les choses allaient au plus mal. Les vougiers artenois commençaient à flancher, leurs effectifs ayant été sérieusement entamés, alors que roturiers et chevaliers tombaient indifféremment sous les coups d’épées rouillées.
Les visions offertes par ce spectacle étaient cauchemardesques. Guillaume, qui se battait toujours comme un fou mais à présent à pieds, ressentait une fatigue grandissante, luttant pour garder l’équilibre au cœur de ce talus formé par les corps. Une main lui saisit la jambe. Surpris et pris de panique comme un animal piégé, il se tourna pour voir une aberration morte-vivante lui serrer le mollet en soupirant. La chose n’était plus qu’un tronc d’homme à demi putréfié dont l’un des yeux était crevé et l’autre, vitreux n’exprimait aucune émotion.
Le jeune Guillaume s’arrêta de bouger un instant, interdit devant la figure de ce malheureux qui avait été tiré de sa tombe par l’impie pendant que la créature, toujours solidement accrochée tentait de monter le long de sa jambe. Le calme et la surprise passés, le chevalier recommença à hurler comme un beau diable en se débattant, assénant quantité de coups de pied dans la mâchoire du maléfique homme-tronc
Un coup, puis un autre, et encore un, rien n’y faisait, le monstre tenait bon. Lorsque la créature n’eut plus de dent et qu’un œil se mit à pendouiller devant son visage, le jeune chevalier comprit que rien ne lui ferait lâcher prise. Empoignant fermement la garde de son épée, il trancha le bras du monstre et rampa un instant pour s’éloigner. Il avait l’impression de suffoquer, le sol n’était plus que corps pourris ou frais. Prenant sa tête entre ses mains, le jeune chevalier souhaita ardemment que tout s’arrête, il voulait retourner chez lui, loin de tous ces malheurs. L’instant d’après, il fut submergé et disparut.

Sur le flanc gauche, les choses ne se déroulaient pas mieux. Frédegar n’était pas parvenu à traverser les rangs dans sa charge et était à présent coincé comme tous les autres, fracassant de nombreux crânes de son fléau. Hélas, son bras fatiguait et il savait à présent que la victoire ne serait plus sienne. Il ordonna que l’on sonne la retraite, mais nul n’était plus en mesure d’entendre ses ordres. Il était isolé, ses chevaliers d’élite séparés de lui et les monstres se faisaient toujours plus nombreux. Recommandant son âme à la Dame et au dieu de l’au-delà, il se tint prêt à affronter son destin.


Plus loin, quelques chevaliers qui étaient parvenus à s’extraire de la foule furent sauvagement attaqués par d’ignobles loups noirs contre lesquels ils se défendirent comme ils purent.


« Promizoulain, allons-nous-en ! » Cria un gueux au centre du champ de bataille, ce qui eu pour effet de provoquer un mouvement de panique au sein de la formation. Les roturiers qui pouvaient encore le faire fuirent, abandonnant leur équipement, se laissant griffer et arracher leurs vêtements dans l’espoir de pouvoir sortir de la masse morte. Beaucoup n’y parvinrent pas.

La bataille était perdue, c’était une véritable débâcle.
Un cri de guerre retentit alors sur la colline. Une nouvelle troupe de chevaliers dévalait la pente, piquant des deux sur les non-morts. Ils étaient près d’une quinzaine, vêtus de tabards noirs et sur leurs écus d’argent figurait la croix de sable de leur ordre.




« Des templiers de Moussillon ! » hurla l’un des chevaliers au prise avec les loups en levant haut son épée.
Hélas, leur intervention ne permit pas de faire pencher la balance et la bataille fut bien perdue même si leur iarrivée facilita la retraite d’un grand nombre de combattants. Au final, les deux tiers de l’armée du baron avait été éliminée et son général avait disparu.
De sa colline, le nécromancien riait. Il fut bientôt rejoint par deux autres sorciers de son engeance.

« Seigneur Faztarath, nous n’avons plus rien à faire en Bastogne et nos frères nous attendent plus au Nord, déclara l’un d’eux. »
- Nos agents ont-ils trouvé l’artefact dans la chapelle ? demanda le nécromancien.
- Tout à fait, mon frère, répondit le second d’un ton monocorde. Les autres membres de notre ordre n’attendent plus que nous pour commencer le rituel.

Leur armée avait été réduite de moitié et de nombreux corps n’étaient plus utilisables, pourtant, les nécromanciens semblaient satisfaits. Ils n’avaient plus qu’à retourner vers Moussillon, à l’orée de la forêt d’Arden pour mettre leur plan à exécution. De tels affrontements étaient courants dans le vieux monde, mais la défaite des Bretonniens en ce jour n’inspirait rien de bon pour l’avenir.

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MessageSujet: Re: A la poursuite du faux Astrabell   Lun 9 Oct 2006 - 4:59

Quinte partie : Les damoiselles.

«Allez-y, tirez !» Hurla Arius en serrant les dents.
Henri, debout devant lui tenait fermement le morceau de flèche qui dépassait de son épaule, paré à tirer, tandis que Théobald de Bastogne retenait le chevalier de Havras.
- Nous n'avons pas de feu pour cautériser la plaie, êtes-vous certain que ce soit la meilleure solution ? Demanda Théobald.
- Si nous n'extrayons pas cette flèche au plus vite, il mourra de fièvre dans les deux jours, déclara Lot d'Orcadie qui avait manifestement pu constater le phénomène par le passé.
- Bon, eh bien, gardez votre sang-froid, je vais l'extraire, dit sire Volvestre.
Arius hurla et tenta de se débattre alors que ses compagnons se chargeaient des soins.
Henri tira avec force et la flèche sortit entièrement, sans laisser d'éclat dans la plaie.

- Quel malheur de gâcher une si bonne bouteille ! Gémit Arius avant que l'on ne verse sur sa plaie le contenu de l'excellente chopine d'alcool norse qu'il conservait pour les lendemains de batailles difficiles. Une fois de plus son cri retentit dans les bois, faisant fuir oiseaux et rongeurs.

Quelques minutes plus tard, il était de nouveau prêt au combat, comme si de rien n'était, se plaignant juste d'une épaule douloureuse.
« Pouvez-vous vraiment combattre ?» s'interrogea Henri, perplexe.
- Je pourrais vous mettre à terre en deux mouvements, rétorqua Arius à nouveau joyeux.
- Eh bien, votre bonne humeur n'aura pas tardé à revenir, souligna Lot.
- A croire que rien ne puisse l'entamer, dit Théobald, soulagé de voir que son compagnon était encore en forme.
- Si, le gâchis d'une bonne bouteille. Ces cuistres vont payer pour m'avoir contraint à verser mon nectar ailleurs que dans mon gosier ! dit le chevalier de Havras avec vigueur. Et puis, si j'ai survécu à notre duel, ne croyez pas que de vulgaires laquais pourraient me terrasser.
- Vous dites vrai, dit Théobald, riant. Mais qu'allons-nous faire à présent ? S'inquiéta-t-il. Je ne suis pas disposé à laisser ces gueux s'en tirer à si bon compte...
- Sans parler de la damoiselle, dirent en chœur les trois autres exprimant la pensée qui, ils le savaient, habitait l'esprit de Théobald.
- Vous vous moquez encore, mais nous ne pouvons la laisser entre leurs griffes, se justifia le jeune chevalier.
- Fort bien, mon ami, nous vous raillons un peu mais il est certain qu'aucun d'entre-nous ne laissera une damoiselle en péril, déclara Lot. Je présume que notre quête peut passer au second plan pour quelque temps.
Tous s'accordèrent sur ce sujet et se mirent par conséquent en route non pas vers la piste de l'usurpateur mais plutôt vers l'intérieur de la forêt.
La forêt d'Arden était vaste, très vaste et de nombreuses communautés de renégats, de bandits, de monstres ou de cultistes du chaos devaient y cohabiter sans avoir conscience les unes des autres. Elle était faite de nombreuses parties distinctes, de régions aurait-on pu dire et ne représentait pas un ensemble homogène. La forêt d’Arden était d’ailleurs à cheval sur bien des baronnies, comtés et duchés, preuve de sa grande diversité.


Ils progressèrent dans les bois pendant une heure encore. Sans qu'ils ne s'en aperçoivent, la couleur dominante de l'environnement était à présent au vert et non au bleu et le sol, loin d'être plat, se trouvait sur plusieurs étages.
Il y avait des creux et des buttes, l’endroit était propice aux embuscades et les quatre héros étaient contraints d’aller à pieds depuis un long moment. Pourtant, aucune attaque ne survint et ils se demandèrent donc tout naturellement s’ils allaient dans la bonne direction.
Sans doute avaient-ils sous-estimée l’impact psychologique qu’avait eu leur dernière rencontre avec les brigands car ce fut là la principale raison de la tranquillité de leur voyage et non une erreur de direction.

Les quatre paladins n’avaient pu suivre de piste pour retrouver la trace de leurs ennemis et, pourtant, ils étaient en bonne voie. La raison en était simple, elle se nommait Lot d’Orcadie. En effet, le vieux seigneur possédait plus d’expérience en la matière que ses trois compagnons réunis, comme tout chevalier de la Quête expérimenté, il savait lire les signes même les plus infimes en milieu forestier et avait ainsi pu établir une direction à suivre, même de manière sommaire. Sans doute la Dame avait-elle été bien inspirée de souffler à l’oreille de l’usurpateur l’idée de nommer son cheval Agravain, car, pour l’heure, la troupe aurait été bien embarrassée sans le concours du seigneur d’Orcadie.

Une poignée de minutes plus tard, il débouchèrent enfin sur ce qu’ils cherchaient : la présence d’installations humaines. Rien de bien impressionnant, simplement quelques draps tendus pour donner l’illusion d’un campement de tentes. Il était plus qu’évident qu’il ne s’agissait pas d’une base permanente mais bien d’un établissement improvisé, signe qui en disait long sur la nature de l’adversaire. Sans doute cette compagnie n’était-elle que le fruit d’une rencontre fortuite entre de multiples troupes de marginaux et n’avait-elle pas d’existence concrète. Quoiqu’il en fut, il fallait aux chevaliers mettre un terme à leurs activités, que ces dernières soient lucratives ou non et que la troupe soit organisée ou totalement improvisée.
Pour l’heure, les chevaliers n’avaient pas d’autre idée en tête que de porter secours aux prisonniers dont ils ignoraient le nombre et la qualité mais parmi lesquels figuraient, ils en avaient la certitude, une jeune femme en détresse.

Ils laissèrent leurs montures à bonne distance et s’approchèrent en toute discrétion, l’arme à la main. Le campement était relativement calme, plusieurs de ceux qui avaient fuit l’embuscade n’étaient pas revenus et les autres étaient en train de panser leurs blessures. Quelques hommes cependant étaient encore valides et pouvaient poser problème. Ceux-là n’avaient pas participé à l’attaque.

« Messire Chort et de Bastogne, contournez-les pour pénétrer dans le camp par cette tente que vous voyez, le sire de Volvestre et moi-même attaquerons par ici même quand vous serez en place, chuchota le sire Lot. »
Nul ne contesta ce plan qui semblait bon et il fut fait selon son idée. Arius et Théobald arrivèrent aussi silencieusement qu’ils le purent, le son des quelques brindilles et branches qu’ils brisèrent sous leurs bottes étant largement couvert par les plaintes des blessés et le crépitement des divers feux allumés dans tout le camp.
Sans plus attendre, les deux chevaliers avancèrent, imités par Lot et le jeune Henri.
Arius et Théobald firent halte derrière l’une des tentes, convaincus qu’un homme approchait. L’instant d’après, un homme passa, crachant d’une manière tout à fait répugnante. Ce dernier avait quitté sa position auprès du feu pour aller se soulager dans la forêt, hélas pour lui, il  prit le mauvais chemin.
Arius surgit, fendit le crâne du malheureux de sa fière épée et planta dans le même mouvement sa dague dans son ventre. Terreur et incompréhension se lirent dans ses yeux au moment où il s’effondra, mais les chevaliers n’avaient ni le temps ni l’envie de s’apitoyer sur le sort d’un pauvre bougre arrivé dans une vie de misère par la faute de mauvais choix.
Lot et Henri ne firent pas non plus dans la dentelle et chargèrent le premier groupe qui se trouvait sur leur chemin. D’un ample revers de lame, le chevalier de la Quête ôta la vie de l’un des brigand, enfonçant se cage thoracique et réduisant en bouille artères et chair.

Avant qu’ils n’aient vraiment eu le temps de réagir, leur nombre était réduit de moitié. Le regard figé dans une expression de fureur et de haine, Henri transperça le cœur de l’un des guerriers et tira son épée hors de son corps sans vie avec mépris. Face à lui se tenait à présent l’homme dont le poignet avait été tranché par Théobald plus tôt. Celui-ci n’était pas en mesure de tenir une arme et donc de se défendre, ainsi se contenta-t-il de reculer, saisit d’effroi. Il trébucha lamentablement et commença à ramper sur le dos, ne quittant pas le Catharien des yeux. Henri, le fixa un instant, son regard plongeant dans le sien, il leva son épée et hésita à mettre un terme à l’existence minable de cet homme indigne. Il n’en fit rien, retenu par son honneur, et partit à la recherche d’une nouvelle proie.

L’alerte était donnée et la panique s’empara du campement. Les moins valeureux ne cherchèrent même pas à comprendre ce qui leur arrivait et quittèrent le navire avant son naufrage.
Au milieu du campement, Théobald et Arius continuaient leur progression vers la tente principale, se traçant un sillon sanglant à la pointe de l’épée. Théobald décapita un individu qui se mit en travers de son chemin, recevant du même coup une éclaboussure de sang en plein figure; Arius envoya sa dague sur un homme qui approchait, lui perforant la gorge.

Fernand sortit du pavillon principal, incrédule. Pris de panique, il retourna à l’intérieur et s’empara d’une damoiselle.
Au même instant, son lieutenant payait de sa vie sa fidélité, car, ayant refusé de fuir, il périt sous les coups d'Henri de Volvestre.
Lot finit de trancher son dernier adversaire, des hommes en état de se battre ne restait rien.

Le souffle court, les membres endoloris par la marche et les combats, les quatre chevaliers prirent le chemin du pavillon de Fernand. Avant qu’ils n’y accèdent, l’ancien prévôt en sortit, tenant en otage une très belle jeune femme aux cheveux d’or qu’il menaçait d’une dague.

« Vous avez un bon instinct pour ces choses, Théobald, la damoiselle en détresse valait bien tout ce mal, dit Arius avec une certaine légèreté malgré la fatigue qui l’accablait quelque peu. »
- Laissez-moi partir et cette dame vivra, déclara Fernand qui tentait de conserver un air confiant.
- Et je suppose que nous devrions nous en remettre à votre parole, lui dit Théobald d’un air méprisant.
- Et dire que nous aurions pu rattraper l’usurpateur si vous n’étiez venu perturber nos plans, s’énerva Henri.
- Sans parler de la bouteille d’alcool norse qui m’avait été offerte par mon seigneur le baron de Havras ! ajouta Arius.
- Tout cela mérite la mort, conclut Lot.
- Peut-être pourriez-vous penser à cette malheureuse, compagnons ! dit Théobald d’un air dépité.
- Vous dites cela parce que vous n’avez pas goûté à ma bouteille, lança Arius.
- Et que ce n’est pas votre suzerain dont l’honneur a été souillé, renchérit Henri.
- Peut-être aurions-nous aimé goûter à cette bouteille si vous nous en aviez proposé, fit justement remarquer Lot.
- Il y a du vrai là-dedans, réalisa Henri.
- M’écoutez-vous, seigneurs ? S’inquiéta Fernand, horrifié par le spectacle qui s’offrait à lui.
- Mes réserves vont certainement grandement être amoindries à présent que vous avez ce genre de revendications fantaisistes, gémit Arius.
- Veuillez nous pardonner, gente dame, de vous offrir pareille vision, mais notre compagnie semble traverser une querelle, dit Théobald, s’adressant poliment à la demoiselle.
- Et après cela, vous allez encore dire que vous ne faites rien pour séduire les damoiselles… dit Arius, détournant de fait, mais néanmoins à juste titre, la conversation.
- Peut-être est-il temps de décider du sort que nous allons réserver à ce rustre, déclara finalement Henri.

A l’intérieur de la tente, une autre damoiselle était retenue prisonnière. Tandis que les débats faisaient rage, elle n’avait de cesse de tenter de rompre ses liens et, alors que les choses s’éternisaient, elle y parvint. Saisissant un poignard, elle se dirigea vers la sortie.
Fernand était de plus en plus terrifié. Malgré ses menaces, les chevaliers semblaient ne pas lui prêter la moindre attention depuis cinq minutes pour qu’au final la question se pose de savoir comment ils allaient mettre un terme à son existence. Au bout du compte, sa fin arriva par derrière. La bouche ouverte sous le coup de la surprise, il s’effondra, un poignard fiché dans les vertèbres.
Les damoiselles étaient saines et sauves et à présent hors de danger.

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MessageSujet: Re: A la poursuite du faux Astrabell   Mer 11 Oct 2006 - 4:20

Sixième partie : l’autre piste

Les quatre chevaliers s’affairaient autour des deux belles damoiselles, veillant à ce que rien ne leur manque. Les deux jeunes femmes, qu’ils avaient assises sur un banc trouvé dans la « demeure » de Fernand, ne savaient trop comment réagir, encore troublées par leur mésaventure. Toutes deux étaient jeunes et belles, leurs cheveux, d’un magnifique blond pour l’une et noirs comme le jais pour la seconde, étaient longs et soyeux, signe évident de coquetterie et d’appartenance à la noblesse. Impression confirmée par leurs longues robes de couleurs vives et richement travaillées.
De leurs identités, elles ne voulurent rien révéler ou plutôt éludèrent-elles la question rapidement, sans doute encore méfiantes à l’égard de leurs sauveurs, mais elles leur révélèrent néanmoins les conditions qui avaient mené à leur détention. Alors qu'elles se trouvaient sur la grand route traversant la forêt, elles étaient tombées dans une embuscade tendue par les brigands de Fernand, et ce malgré leur escorte de gens d'armes. Depuis cet instant, elles avaient vécu un véritable cauchemar qui avait duré de très longues heures. Une histoire somme toute d'une banalité remarquable.

« Buvez ceci », leur dit Arius en tendant une gourde.
- J’ose espérer qu’il s’agit là d’eau, mon ami, vint lui chuchoter Théobald, quelque peu inquiet.
- Aussi surprenant que cela paraisse, j’avais également de l’eau dans mon paquetage, lui répondit solennellement Arius.
Tandis que les deux jeunes femmes étanchaient leur soif sans ménagement, les paladins se concertèrent pour tenter d’établir une marche à suivre quant à la suite des événements.

« Et maintenant, qu’allons-nous faire d’elles ? » demanda Henri de Volvestre.
- Nous ne savons pas qui elles sont ni où elles comptaient se rendre, fit remarquer Lot.
- Il est certain que nous ne pouvons les emmener avec nous à la poursuite de l’usurpateur, les dangers risquent d’aller croissant, surtout maintenant que nous allons devoir couper à travers bois pour compenser notre retard, dit Arius.
- Nous ne pouvons non plus les abandonner ici, insista Théobald.
- Alors vous préconisez que nous abandonnions notre quête ? lui demanda Arius.
A ces mots, Henri de Volvestre manqua de s’étrangler.
- Nous ne pouvons plus abandonner à présent, dit-il.
- Vous dites vrai, dit Lot. Nous ne pouvons pas les abandonner ici mais il serait fort peu sage de les prendre avec nous, cependant, nous avons perdu assez de temps comme cela dans notre quête.
- Et que conseillez-vous ? l’interrogea Arius.
- Emmenons-les, nous avons suffisamment de bras pour les protéger, déclara Lot. Une fois arrivés à la Grismerie, elles n'auront plus besoin de notre escorte.
- Sans doute sera-ce un moindre mal, nous ne pouvons les laisser ici à la portée des bêtes de proie, dit Théobald.
- Soit, mais puisque nous savons que nous allons nous confronter à de pénibles épreuves, n’est-il pas contraire au code chevaleresque d’entraîner avec nous ces dames ? s’inquiéta Henri.
- La Dame nous en pardonnera, répondit promptement le chevalier de la Quête.
- Mais peut-être n’ont-elles nulle envie de nous accompagner, dit enfin le sire de Volvestre.
- Il se pourrait, dit Théobald, mais au moins devons-nous leur proposer ce choix.
- Et resteriez-vous avec elles si jamais elles refusaient de nous suivre ? le questionna Arius.
- Le cœur lourd, soyez-en sûr, conclut Théobald sans convaincre réellement ses compagnons.

Alors que les débats agitaient la compagnie, les deux damoiselles se demandaient ce qu’il allait advenir d’elles. Elles se mirent d’accord pour ne pas trop en dire sur leur identité et ce, même si elles étaient convaincues d’avoir affaire à des chevaliers bretonniens. Quelque chose les poussaient pour l’heure à la retenue même si elles n’avaient pas la moindre idée de ce qu’ils comptaient faire d’elles.
« Et bien, c’est décidé, dit vivement Théobald. Nous n’avons d’autre choix que de les emmener avec nous et qu’importe le danger ! »
- L’idée ne m’enchante guère, mais nous sommes liés par nos obligations chevaleresques et par notre bon sens, dit le vieux chevalier de la Quête.
- Loin de moi l’idée de vouloir vous presser, mes amis, mais nous serions bien inspirés de reprendre la route, dit Henri. Nos ennemis pourraient fort bien revenir sous peu…
- J’en doute, dit Arius en mettant un coup de pied dans un corps inerte. Mais nous avons à mon sens un plus grave problème pour l’heure.
- Trouver une monture pour ces charmantes dames ? demanda Théobald.
- Non, mais je suis affamé et je doute que nous trouvions de lieu propice à un établissement avant quelques heures, ce qui retarde d’autant l’heure du repas, rétorqua sur-le-champ le chevalier de Havras.
Tous furent affligés par cette réponse.
La damoiselle aux cheveux sombres finit par se lever, lassée par cette attente et alla directement s’adresser aux chevaliers en pleine discussion, sa camarade ne parvenant pas à la retenir.

«Sires, il n'est pas de mots pour exprimer notre gratitude pour votre action héroïque. Il nous est pourtant nécessaire de reprendre prestement notre chemin après ces pénibles mésaventures. Sans doute pourriez-vous nous conduire vers un sentier menant à la route ?» déclara-t-elle.

Les chevaliers se décidèrent à mener les damoiselles au fleuve Grismérie sur lequel des passeurs effectuaient en permanence la traversée et d'où elles pourraient rallier le lieu où elle désiraient se rendre, quel qu'il fut. C'était le meilleur compromis auquel ils pouvaient parvenir et les dames en furent satisfaites.
Tous les six quittèrent le campement des brigands, encore jonché de corps sur lesquels les premiers corbeaux venaient de se poser. La traversée de cette partie de la forêt se révéla délicate tant le terrain était escarpé, mais nul ne chuta ni ne fut blessé.
Les heures qui suivirent ravirent les quatre paladins. Jamais ils n'auraient pensé voyager en si charmante compagnie en entrant en Arden.

Au même instant...

A quelques kilomètres au Sud, là où les bois se faisaient légèrement plus praticables, un chevalier avançait seul, fièrement juché sur son destrier. Friedrich de Schwytz était son nom. Vaillant chevalier originaire des montagnes grises, il était maître de l'Abbaye d'Einfelder et gardien de plusieurs cols dans ces montagnes. Lui aussi avait participé à la joute du Brigandin qui s’était achevée quelques jours plus tôt dans le but de prouver aux bretonniens de l’intérieur la bravoure et la valeur martiale des montagnards. Après sa défaite des mains de Théobald de Bastogne, il n’avait pas repris la route immédiatement, préférant observer la suite des événements et avait même eu l’occasion de boire un peu en compagnie des héros qui constituaient à présent la compagnie à la poursuite de l’usurpateur.
Pourtant, il ne s’était pas joint à eux, ne faisant aucune promesse ni serment le liant à eux et, sur sa route pour Couronne, il fut saisit de terribles regrets qui le poussèrent à rebrousser chemin. A peine était-il parti depuis deux heures qu’il s’en retourna au Brigandin où on l’informa que les quatre chevaliers n’étaient plus sur place.
Sentant que l’accomplissement d’une telle quête était une véritable aubaine pour la renommée de sa terre, il mit tout en œuvre pour les retrouver.
Puisqu’il n’avait vu de trace d’eux sur la route de Couronne, il tenta sa chance vers la route allant en Arden où se trouvait une croisée de chemins se rendant en Bastogne, Artenois ou encore le territoire maudit de Moussillon. C’est sur la route qu’il apprit d’un vieil homme bossu, édenté et à l’air particulièrement ahuri tirant une charrue de ses mains nues, que quatre chevaliers dont les descriptions correspondaient tout à fait étaient passés quelques heures auparavant. N’ayant pas de certitude quant à la fiabilité de ces renseignements obtenus d’un homme ignorant certainement la différence entre un écu de sable et écu de sinople et dont la notion du temps devait être tout aussi douteuse, Friedrich s’était ainsi élancé vers la forêt d’Arden, espérant rattraper les quatre héros.

Comprenant assez vite qu’ils n’étaient pas sur la route principale, il partit à la recherche d’un chemin annexe et en débusqua un, mais au bout de quelques toises, il n’était plus persuadé d’être encore sur une piste définie. Ce fut finalement par chance qu’il trouva le lendemain les restes d’un feu au bord d’un petit ruisseau, ce qui le conforta, d’autant que les nombreuses traces alentours ne laissaient aucun doute sur le fait que des chevaliers en armes étaient venu ici.
Se décidant à suivre le chemin qui lui semblait le plus logique car les feuilles mortes masquaient, hélas pour lui, la direction qu’ils avaient empruntée, il reprit la route.

Après de longues heures de course, il déboucha sur un petit pont de pierre enjambant un ruisseau asséché probablement depuis bien avant sa naissance. De l’autre côté se trouvait pourtant un chevalier solitaire, occupé à vider une écuelle de ragoût. Incrédule, le chevalier des montagnes resta interdit devant cette vision pittoresque.  Lorsqu’il aperçut enfin Friedrich, le chevaler inconnu se précipita à sa monture pour s’emparer de son épée, vissa son heaume sur son chef et partit se placer à l’entrée du pont.
«  Nul ne passe ! » Cria-t-il en signe de défi.
- Seigneur, aucune querelle ne nous oppose et ma mission ne peut souffrir de délai ! répondit Friedrich avec fermeté.
- Nul ne passe, se contenta de répondre le chevalier sans nom.
- N’auriez-vous plutôt vu une compagnie de quatre sires chevaliers passer ici avant moi ? demanda Friedrich, très peu motivé pour se battre après cette longue route.
- Je n’ai vu qu’un seul homme et il se tient devant moi ! dit le chevalier.
- Cela n’a rien de surprenant puisque ce pont que vous défendez est perdu en plein bois et n’est de surcroît que d’une utilité contestable, rétorqua Friedrich d’un ton légèrement sarcastique.
- Il suffit ! Oserez-vous traverser ? Insista le chevalier.
Friedrich mit pied à terre et libéra lentement son épée du fourreau qui la retenait. Il n’avait aucune envie de se battre, mais ne comptait pas pour autant se laisser retarder par un fou qui avait certainement passé trop longtemps isolé pour réaliser la bêtise de sa cause.
- Tenez-vous prêt à mourir, chevalier ! s’époumona le belliqueux chevalier.
- Peut-être devriez-vous appliquer cette mise en garde à votre propre personne, mon bon seigneur, répondit Friedrich.
- HA HA HA ! Sachez mon bon seigneur que jamais en dix années de duels je n’ai été tué, dit le chevalier insane en se gaussant.
- Pourquoi est-ce toujours à moi d’affronter les plus dérangés ? Soupira Friedrich en s’avançant.

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MessageSujet: Re: A la poursuite du faux Astrabell   Dim 15 Oct 2006 - 23:31

Septième partie : franchissements

Le chevalier insane plongea, fendant l’air de son arme acérée. Il sentit quelque chose se rompre sous son coup et en fut grandement soulagé, ce combat commençant à un peu trop s’éterniser à son goût.
« Tu es vaincu, étranger !» hurla-t-il d’un air victorieux.
- C’eut été vrai si j’avais été un buisson, rétorqua ironiquement Friedrich.
- Rhaaa ! La peste soit de vous ! s’emporta son adversaire, se ruant sur lui une nouvelle fois.
D’une passe rapide, il se fendit mais son coup vint mourir sur l’écu du montagnard. Perturbé par ce nouvel échec, il frappa de taille sans temps mort mais son attaque se perdit dans l’air. Rendu furieux, le chevalier dérangé frappa avec rage dans tous les sens, comme frénétique, sans qu’aucune de ses attaques ne parvienne pourtant à inquiéter le noble Friedrich, qui tenait bon, pliant volontiers sous les coups en attendant le moment propice pour répliquer.
Cependant, si le chevalier qui se tenait en face de lui ne jouissait pas de toute sa santé mentale et que la tempérance, l’une des vertus majeures du chevalier, lui faisait manifestement défaut, Friedrich devait bien avouer qu’il connaissait son affaire. A travers l’apparente désorganisation de ses mouvements, plusieurs attaques passaient très près du paladin, manquant de l’estropier ou de l’embrocher, et cela était un signe plus qu’évident d’un entraînement poussé.
Un coup vint de la droite, un autre par la gauche, un suivant manqua de sectionner le bras du seigneur de Schwytz qui, trop occupé à parer et éviter cette grêle de coups féroces, ne pouvait toujours envisager de riposte pour le moment. Fort heureusement, le noble Friedrich était solidement protégé, casqué d’un redoutable heaume auquel avait été lié de puissants sortilèges de défense et armé d’un infranchissable écu enchanté. Ces deux objets étaient sans conteste les deux reliques les plus sacrées de son domaine et le sieur Friedrich se réjouissait un peu plus chaque jour d’avoir à sa disposition de pareils artefacts. Au tournoi du Brigandin, déjà, il avait pu constater la grande efficacité de ce matériel et s’était sorti de ses combats sans blessures graves.
Pour l’heure, s’il n’était pas à même de riposter, il savait qu’il devait son salut à ses remarquables protections.
Alors que le combat suivait son cours, les deux sires finirent par se retrouver un court instant à suffisamment bonne distance l’un de l’autre pour marquer une pause. Ils firent donc halte, haletants, tentant de se jauger l’un l’autre et d’évaluer leurs chances de remporter la victoire.

A travers sa visière, Friedrich observait bien attentivement son opposant qui, jusqu’alors s’était beaucoup plus fatigué que lui à frapper comme un dératé. Tenter de tenir la distance encore quelques minutes pour le pousser à la faute était la meilleure option à ses yeux et il comptait bien se tenir à ce plan jusqu’au bout.
De son côté, le chevalier fou semblait animé d’une fougue intarissable malgré son état de fatigue croissant. Pour dire vrai, son propre état l’importait peu et il comptait bien se battre jusqu’à la mort de celui qui avait osé le défier même s’il devait pour cela nier les signes de faiblesse que son corps laissait transparaître.

- Préparez-vous à souffrir ! dit-il, hurlant à pleins poumons.
- Je souffre déjà vos commentaires depuis un trop long moment, lui répondit Friedrich d’un ton moqueur quoiqu’un peu lassé.

Une fois encore, le chevalier insane attaqua avec brutalité, tentant de tromper sa propre fatigue en moulinant en tous sens. Son arme heurta le cimier de Friedrich, lui faisant presque perdre pied sous l’impact.
L’instant d’après, le brave seigneur n’échappa à une sinistre fin que grâce à un réflexe heureux qui lui fit placer son bouclier sur la trajectoire même de l’arme ennemie à peine une seconde avant ce qui aurait pu être une horrible blessure. Plus les choses allaient et plus il sentait le combat se durcir. Il savait que son adversaire ne tiendrait pas un long combat, mais sa propre fatigue et son manque d’entrain le plaçaient peu à peu dans une fâcheuse posture.
Le défenseur du pont attaqua de nouveau, mais sa lame fut vite interceptée par celle du montagnard. Bientôt ils se retrouvèrent pris dans un duel de force, tels deux lutteurs tentant de prendre l’ascendant sur l’adversaire pour le faire trébucher. Friedrich réalisa à cette occasion à quel point l’insane se trouvait être une force la nature. Bien sûr, il avait remarqué dès qu’il l’avait aperçu que son adversaire faisait une bonne tête de plus que lui, mais jamais il n’aurait pensé qu’il puisse disposer d’autant de ressources. Le chevalier de Schwytz devait se rendre à l’évidence, sa tactique qui consistait à pousser son ennemi à l’épuisement n’était plus d’actualité et il devait impérativement passer à l’attaque à son tour s’il ne voulait finir ici, dans ce bois perdu et qui plus est sans témoin de sa fin. Les dents serrées, ils se tenaient écu contre écu, les lames collées l’une à l’autre, essayant péniblement de repousser ou de mettre à terre l’adversaire.
Sentant que Friedrich lui résistait, l’insane lui donna un violent coup de genou dans les côtes. Meurtri, le sieur des montagnes grises faillit prendre de plein fouet l’attaque suivante mais s’en sorti néanmoins in extremis au grand dam de l’autre.

« Les choses iraient plus simplement si vous vous laissiez mourir» finit par dire le protecteur du pont sur un ton apparemment tout à fait sérieux.
- Et il vous faudrait attendre encore bien longtemps avant d’avoir un nouveau chevalier à combattre or je ne crois pas que la solitude soit bonne pour votre esprit, répondit Friedrich, essoufflé mais toujours railleur.
- Détrompez-vous, jeune chevalier au parler étrange, il n’est point de jour où je n’ai pas à défendre mon pont d’intrus. Ne voyez-vous donc leurs armes joncher le sol ?
- Pour dire vrai, non, répliqua Friedrich après un bref regard jeté aux alentours où ne figuraient rien de plus que des plantes sauvages et des arbres forestiers.
- Que la Dame ait pitié de vous qui ne pouvez contempler le plus grand des chevaliers dans son œuvre, dit l’insane. Vous prétendez ne pas voir les signes de mes triomphes passés et pourtant, votre propre dépouille ornera bientôt ce sanctuaire dédié à ma propre valeur martiale ! La Dame est mon guide et je suis son bras vengeur !
- Forfanterie ! cria Friedrich, de plus en plus lassé par l’attitude de son opposant à l’esprit dérangé.
- En ce cas, préparez-vous à rejoindre l’Autre Monde, dit calmement le fou.

Le combat s’engagea de nouveau après cet intermède verbal. Le chevalier fou chargea comme un bœuf pour se faire accueillir par un Friedrich plus déterminé que jamais. L’insane porta une série d’attaques rapides mais vigoureuses, cependant Friedrich s’attendait à ce genre de manœuvre et y opposa une défense appropriée. A la grande surprise du chevalier des bois, le bon Friedrich se montra plus entreprenant et agressif, attaquant à son tour.
Cette fois-ci, ce fut au fou de reculer en parant tandis que les coups s’abattaient sur lui de manière implacable. La sueur au front, l’insane bloqua un à un toutes les tentatives de Friedrich.
Malgré sa folie et son manque de lucidité en ce qui concernait le monde qui l’entourait, il connaissait suffisamment bien le déroulement d’un combat pour savoir qu’il n’était pas bon pour lui qu’un adversaire se découvre en plein combat une telle soif de victoire et, s’il était conscient de l’état de fatigue du montagnard et de l’avoir ébranlé par son coup de genou, il sentait le vent tourner. Il se décida donc à porter une ultime estocade, un coup destiné à mettre un terme définitif à l’affrontement, une botte secrète de sa composition.

Rejetant son bouclier au loin, il empoigna son arme des deux mains et la tint haut au dessus de sa tête puis, hurlant comme une bête, il se jeta en avant.
Friedrich fut quelque peu troublé et désemparé devant cette attitude pour le moins surprenante. Il savait qu’il avait enfin une chance de l’emporter de manière nette et sans fraude mais craignait les réactions incohérentes du gardien du pont des bois. En outre, cette nouvelle attaque avait d’inquiétant qu’il commençait à connaître assez bien son ennemi pour savoir que même ses actions les plus improbables pouvaient s’avérer meurtrières.
Brandissant son arme vers l’avant, Friedrich se tint prêt à aviser en fonction des mouvements de l’autre chevalier. Alors que le chevalier fou changeait de garde en courant, le fier Friedrich hésita entre deux options, ne sachant s’il était préférable d’encaisser l’assaut ou de plonger au dernier instant.
Se libérant de toutes ces pensées, le seigneur de Schwytz ferma les yeux et respira lentement, comme pour s’imprégner du rythme des déplacements du chevalier dérangé. Sans y réfléchir, il s’apprêta à faire un pas de côté, mais un bruit étrange lui fit ouvrir les yeux.
En effet, dans sa course effrénée, le fou s’était tordu la cheville et était bêtement tombé du pont dans un fracas assourdissant.
Friedrich, harassé, se pencha pour voir son opposant gésir en contrebas. Il ignorait s’il était mort ou vif et c’était vraiment le cadet de ses soucis car, pour l’heure, il n’avait plus qu’une idée en tête : prendre un peu de repos. Il repartit chercher son destrier, franchit le pont, se traîna péniblement jusqu’à un arbre, s’y adossa et se laissa tomber lamentablement. Peu lui importait sa quête à cet instant, il ne désirait plus que reposer ses muscles et ses membres. Écoutant les oiseaux, il ferma les yeux.    

Du côté de la compagnie...

La compagnie poursuivait toujours son chemin, escortant les deux jeunes femmes. L’une d’entre elles, celle qui arborait une douce et soyeuse chevelure blonde, ne quittait pas des yeux Théobald de Bastogne avec lequel elle se faisait une joie de discuter en chevauchant, à plus forte raison depuis qu’elle avait appris son ascendance. Théobald était sans conteste un très beau jeune homme qui jouissait d’une certaines fraîcheur et d’une bonté d’âme évidente mélangée à une fierté et un courage qui avait tout pour plaire aux damoiselles, pourtant, plus que tout cela il était l’un des fils de l’une des familles les plus puissantes du royaume ce qui en faisait l’un des meilleurs partis qui soient pour toute damoiselle de haut rang.
Pendant ce temps, Arius et Henri ouvraient la marche en compagnie de l’autre damoiselle tandis que Lot fermait la marche, attentif à tout danger venu de l’arrière.

« Arius, voilà un nom fort peu courant. J’ai souvent entendu dire que les chevaliers du duché de l’Anguille portaient des noms à consonance pour le moins surprenante mais je n’avais pas encore eu l’occasion d’en juger de mes yeux.» dit la damoiselle aux cheveux noirs.
- Ma foi, gente dame, les chevaliers de l’Anguille sont de puissants seigneurs vertueux et nobles, se targuant parfois de posséder quelque trace de sang de solides et redoutés hommes du Nord. Bien avant l’établissement des fondements de la chevalerie en notre royaume, à l’heure où la noble tribu de nos ancêtres venait en ces terres par l’est, la coutume veut que de fiers nordiques accostèrent à l’Anguille et s’y établirent, abandonnant leur ancien mode de vie. On dit qu’ils se mêlèrent peu à peu aux bretonni pour donner naissance à la noblesse de mon duché et la tradition est restée dans bien des familles parmi les plus anciennes de baptiser ses enfants d’anciens noms aux sonorités aujourd’hui curieuses à l’oreille des autres régions. Puissiez-vous vois un jour parader les chevaliers d’élite de la citadelle solitaire de l’Anguille, c’est sans conteste un spectacle d’une haute magnificence.

La damoiselle buvait littéralement les paroles du chevalier de Havras, anormalement sobre et sérieux. Elle le trouvait singulier et avait pu constater qu’il n’était pas le dernier à railler les autres et à se divertir lorsqu’il le pouvait et, pourtant, elle constatait à présent qu’il pouvait faire preuve d’une remarquable bienséance lorsque cela était à propos. A côté, Henri de Volvestre lui aussi était fort surpris par l’attitude de son camarade qui avait même rechigné à ouvrir une autre de ses gourdes lors du dernier repas.
- Sire Arius, mon ami, tenteriez-vous de faire concurrence à notre bon Théobald ? se moqua Henri.
- Ne suis-je pas chevalier avant tout ? rétorqua avec le sourire Arius de Chort.
- Mais, dites-moi, seigneur Henri, qu’en est-il de cet usurpateur que vous recherchez tous avec autant d’ardeur ? Interrogea la damoiselle en se tournant vers le seigneur de Volvestre.
- Pour dire la vérité, ma dame, il s’agit là d’un lâche qui eu l’outrecuidance de se présenter à une joute sous l’identité du grand seigneur Astrabell de Catharie et ce sans nul doute pour le compte d’un traître.
- Est-ce pour cette raison que vous vous rendez en Castagne ? demanda la damoiselle, désireuse d’en apprendre plus. D’aucuns disent qu’il est préférable de se tenir à bonne distance de ce lieu mais aussi que le comte Dangorn de Castagne est un homme fidèle aux codes de la chevalerie.
- Je dois avouer que j’ignore une grande partie de l’histoire de Castagne, dit Arius. Je connais juste comme un tout un chacun le nom de Mauldred le félon qui rejeta la Dame pour se joindre aux sombres seigneurs.
- On dit que depuis lors cette terre eut à subir des temps sombres jusqu’à l’arrivée de saint Dangorn qui redressa la situation, ajouta la damoiselle.
- Quoiqu’il en soit, il ne faut pas avoir le sens commun pour s’évertuer à réhabiliter une terre si proche de la cité de Moussillon, déclara Arius. Même si Dangorn est chevalier du Graal, il n’en demeure pas moins possible que son oncle Mauldred soit derrière cette affaire. Me trompé-je ?
- Ma foi, je l’ignore, mais je me plie aux recommandations de Dame Astrabelle qui a évoqué la terre de Castagne avant de me confier cette mission, dit Henri avec gravité.
- Comme vous parlez gravement, mon ami, constata Arius. Sans doute rattraperons-nous ce couard avant qu’il ne sorte de l’Arden, dit Arius d’un ton enthousiaste et plein de confiance. Nous n’avons pas trop à nous en faire au sujet de la Castagne.
- Sans doute, dit pour conclure Henri, perdu dans ses pensées.

Ainsi se déroula la suite de leur trajet. La troupe passa par quelques recoins sombres de la forêt d’Arden et à de nombreuses reprises, ils eurent l’impression d’être cernés et épiés. A de nombreuses reprises, Lot pensa qu’ils ne pourraient échapper à un affrontement et sa lame se tenait prête à pourfendre tout assaillant. Toutefois, aucune attaque ne survint jamais, comme si les ennemis tapis dans l’ombre n’avaient aucun désir d’ouvrir les hostilités.
Un jour complet passa avant qu’ils ne commencent à entendre le son lointain du fleuve qui s’écoulait à travers le bois.
Après de nombreuses heures de cheminement encore, ils arrivèrent sur la rive Est. Le courant était puissant et le fleuve était très large, nul gué n’était en vue ni aucune embarcation.

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MessageSujet: Re: A la poursuite du faux Astrabell   Dim 15 Oct 2006 - 23:31

Septième partie, suite...

« Nous voici à la limite entre Gisoreux et Artenois », dit Lot d’Orcadie.
- Il va nous falloir trouver un moyen de traverser à présent, dit Henri.
- Et un endroit sûr où laisser nos invitées, ajouta Théobald.

La forêt d’Arden était remplie de bêtes féroces et de troupes en armes et comme il fut déjà dit, elle figurait parmi les lieux les plus dangereux du royaume, mais la rivière qui la traversait ne dérogeait pas à la règle. D’hideuses créatures s’en approchaient parfois pour se désaltérer et d’autres encore plus ignobles vivaient en son sein. Y circuler n’était pas sans danger et très peu de passeurs faisaient la navette d’un bout à l’autre tant le danger était grand. Pourtant en ce point de la forêt, la compagnie avait encore bon espoir d’en rencontrer un qui accepterait de faire embarquer les deux jeunes femmes.
La vie de passeur dans le royaume était épouvantable avec toutes les menaces qui y rôdent et, étonnamment, celle de passeur de la Grismérie était à bien des égards pire encore. Il n’était pas rare de voir des barques revenir vides ou des corps criblés de flèches flotter à la surface de l’eau. L’espérance de vie de tels hommes était des plus courtes et cependant, ils étaient encore nombreux à suivre cette voie car le fait d’être passeur était une question héréditaire, un fils de passeur refusant de mener une vie de paysan pataugeant dans la boue quels que soient les risques de la rivière.

Les quatre chevaliers et leurs belles dames firent mouvement vers le sud, longeant le fil de l’eau dans l’espoir de rencontrer l’un de ces navigateurs d’eau douce. Ils durent parcourir une longue distance encore avant de trouver un ancien embarcadère à demi effondré à côté duquel s’affairait un vieil homme. Ce dernier était vêtu comme un parfait roturier. Ses vêtements, rapiécés et de couleurs sombres avaient une forme d’une laideur incroyable et son long manteau usé lui donnait un air de vieux corbeau. Sur sa tête siégeait un chapeau de feutre et dans ses mains se trouvait une longue rame qu’il gardait fermement serrée en cas d’entourloupe de la part du groupe approchant.

« Oh là, vieil homme ! » l’interpella Henri de Volvestre.
- Bien l’bonsoir mon bon cheigneur, répondit le vieux passeur à la dentition lacunaire, lorgnant la compagnie de ses petits yeux de fouine.
- Nous avons besoin de vos services pour mener au plus vite ces deux dames loin de ces lieux obscurs, dit Henri.
- Bah où qu’c’est qu’elles vont donc ches belles pucelles ? demanda le vieux.
- Au nord de la Bastogne, répondit sans attendre la jeune accompagnatrice de Théobald.
Le vieil homme se gratta la barbe un moment, semblant réfléchir ou du moins essayer de le faire. Après un moment de silence, tandis que la troupe attendait sa réponse, il cracha un colossal glaire et dit simplement « 20 sous par dame poul monter sur mon rafiou et 1 coulonne poul le voyage! ».
- 1 couronne d’or et 40 pièces ? Ma foi, cet homme doit disposer d’une nef elfique insubmersible pour ce prix, dit Théobald.
- Pouvez t’jours chercher un aut’ bougre pour fire la traverchée mon cheigneur, mais j’point sûr qu’vous pouviez trouvère un pacheur a moins d’mile. Puis, ch’est qu’mon chervice y a pas à ch’en plaindre pour sûr, baragouina le passeur.
- Plait-il ? laissa échapper Arius, les yeux écarquillés.
- Oh mais ch’est qu’il a d’bien beaux jatours che nobliau ! dit le vieux passeur, visiblement intéressé par la tenue du chevalier de Havras.
- Je ne suis pas certain qu’il soit sage de laisser nos demoiselles entre les mains de ce curieux personnage, fit remarquer Arius. Ah mais ne me touchez pas, sinistre gueux !
- Je partage cet avis, dit Théobald en observant le vieux occupé à renifler l’une des damoiselles.
- Soyez conscients que nous ne trouverons jamais de meilleure occasion, dit Lot. Si nous nous en tenons à ce que nous avons décidé hier, nous devrons passer par le gué situé plus au Nord et la forêt y est plus hostile qu’elle ne l’est ici. Y conduire deux damoiselles serait une infamie.
- Tout ira bien dit la jeune dame aux cheveux noirs, nous partirons avec ce charmant personnage. Nous vous saurons éternellement gré pour tout le mal que vous vous êtes donnés pour nous et soyez sûr que toute la Bastogne sera bientôt prévenue de vos hauts faits.

L’aimable dame se retourna d’un geste gracieux et s’adressa au passeur avec complaisance et humanité afin de débuter sous de bons hospices le voyage qui s’annonçait. Les quatre chevaliers se cotisèrent pour payer le vieil homme qui avait soudain l’impression d’avoir plus que réussi sa journée jusqu’alors très calme. Avant de s’en aller, la damoiselle aux cheveux blonds confia à Théobald un rosaire qu’elle accompagna d’un baiser et d’un mot d’encouragement quant à l’avenir de leur quête. Après quelques menaces proférées par les chevaliers à l'adresse du vieux pouilleux au cas où malheurs devait survenir à sa noble cargaison, le radeau quitta la terre ferme.
Alors que la barque s’éloignait et que les damoiselles s’en allaient vers le sud avec un homme à la parole vraisemblablement douteuse, les paladins avaient le cœur lourd. Non seulement ils se séparaient d’une compagnie fort charmante, mais la partie la plus sombre de leur traversée de l’Arden débutait. Une fois les dames hors de vue, ils partirent sans échanger un mot.

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MessageSujet: Re: A la poursuite du faux Astrabell   Sam 21 Oct 2006 - 23:02

Huitième partie : La geste de Sire Friedrich

Lorsqu’il rouvrit les yeux, plusieurs heures avaient passé et Friedrich dû reprendre la route sans tarder. Il ne revit plus de traces du chevalier des bois et n’en fut pas franchement mécontent, se sentant comme libéré d’un poids.
L’air était alors assez frais et de la forêt se dégageait une impression de sérénité que le chevalier des montagnes jugea fort appréciable. Il poursuivit donc sa route sur près d’un mile encore sans aucun problème, profitant même assez du cadre qui s’offrait à lui. Las, la forêt d’Arden avait bien des facettes et certaines se révélaient très contradictoires, passant parfois de la lumière à l’ombre sans crier gare. De plus, homme des montagnes, Friedrich s’y connaissait relativement peu en forêts et ainsi n’avait-il pas réellement prêté attention au subtil changement qui s’était opéré dans l’environnement, et fut donc bien surpris lorsqu’il remarqua enfin que tout autour de lui était baignait dans l'obscurité. A cet endroit, les hauts arbres semblaient former une voûte qui ne laissait plus rien passer, ou presque, des rayons de l’astre solaire, donnant à l’ensemble des alentours une impression sinistre.
Empoignant le manche de son épée, prêt à la tirer du fourreau en cas de besoin, le seigneur de Schwytz continua sa progression dans cette atmosphère de plus en plus oppressante. Il se sentait épié et n’aimait pas du tout ce sentiment, comme si les arbres eux-mêmes se tenaient prêts à lui bondir dessus pour le déchiqueter. Une heure passa, puis une autre, sans qu’aucune menace ne se concrétise pour autant. Ses nerfs étaient mis à rude épreuve tant l’état d’alerte et de vigilance dans lequel il se maintenait pour se prévenir des menaces était grand. Les heures défilèrent, éprouvantes et apportant chacune leur lot d’angoisses nouvelles sans qu’aucune présence hostile ne se manifeste physiquement.
Friedrich n’était plus sûr de rien, ni de ses sens, ni de sa raison, il en venait à douter de tout mais il était hors de question pour lui d’abandonner d’autant plus qu’à ce point du bois, rebrousser chemin eut été aussi dangereux que de continuer.
Finalement, la journée passa et Friedrich dû se résigner à trouver un lieu où établir son campement. La soirée qui s’ensuivit fut morne et triste. Le paladin des montagnes était seul, perdu en pleine forêt et transit de froid. Certes, les arbres lui permettaient de nouveau d’entrevoir le ciel, mais ni la pâle lueur de la lune ni le scintillement des étoiles ne pouvaient le tirer de ses pensées morbides. Il s’enveloppa enfin dans une couverture et serra son épée avant de s’endormir au coin du feu crépitant, devant faire abstractions des bruits qu’il entendait dans les fourrées et des mouvements qui agitaient périodiquement les fougères pour trouver le sommeil.

Aux premières lueurs du matin, il repartit. Faisant chemin tantôt à cheval et tantôt à pied eu égard à l’escarpement du terrain, il ne pouvait progresser vraiment très rapidement mais, pourtant, il était surpris de n’avoir rattrapé les quatre chevaliers à la poursuite desquels il s’était lancé. Qu’ils soient derrière lui était peu probable et qu’ils aient pu aller aussi vite à quatre dans une région aussi inhospitalière le surprenait grandement, cependant les faits étaient bien là et nulle trace des quatre sires ne lui apparaissait pour l’heure.
En fin de matinée, il arriva aux abords d’un étang assez vaste que certains auraient pu nommer un lac sans exagération. Surpris par cette vision incongrue, il lui fallut néanmoins trouver un moyen de le contourner, tâche qui s’avéra plus délicate qu’il ne l’aurait espéré. Il pataugea, se mouilla jusqu’à la taille parfois, lutta par trois fois pour dégager sa monture embourbée et tomba lui-même dans la boue à plusieurs reprises. Il trouva finalement un passage entre les arbres où il pouvait s’engager au sec et l’emprunta sans attendre. Judicieux ou non ce choix lui permit, même s’il dû pour cela faire un détour, de contourner un moment la zone marécageuse. Après de longues minutes au sec, il se résigna à retourner vers l’eau pour poursuivre sa route.
Il passa encore près d’une heure à lutter contre les sangsues et les mouches avant de voir la fin de cette étape.
Sale, fatigué par cet effort superflu et de plus en plus troublé par l’absence de traces de chevaux ou même d’un sentier clair, il poursuivit son chemin malgré une lassitude croissante. Peu après, il déboucha enfin sur la Grismérie, calme et claire à cet endroit de l’Arden. S’accordant un instant pour se rafraîchir et se laver le visage il partit à la recherche d’un moyen de franchir les flots qui prit la forme après une relativement courte période de recherche d’un vieux bac abandonné. L’utilisant, le sieur Schwytz quitta avec son fidèle compagnon équidé le duché de Gisoreux pour l’Artenois qui sonnait alors comme une promesse de changement.

Son entrée sur ce nouveau domaine lui laissa pourtant une impression mitigée. A première vue, il n’y avait aucune réelle différence entre les deux rives à ce qu’il pouvait voir. Lorsqu’il arriva enfin de l’autre côté après une traversée sans encombre mais qui lui prit encore un long moment, il se remit en route sans attendre.
Il chemina tant bien que mal au milieu des ronces, des fougères et des arbres noueux. A cet endroit, la forêt était de nouveau assez eclairée et presque accueillante si ce n’était qu’il y était impossible de poser le pied sans risquer de se griffer sur quelque plante urticante. Toutefois, la difficulté de progression allant croissante à chaque mètre, le chevalier se devait de changer régulièrement de trajectoire et c’est de cette manière qu’il finit par plus ou moins perdre sa direction. Bien sûr, il savait encore à peu près d’où il venait mais les nombreux détours qu’il avait opéré rendaient plus dure à chaque fois son orientation. Pendant deux jours, il erra. La forêt était un lieu dangereux pour les voyageurs isolés et très peu d’hommes égarés y retrouvaient leur chemin, ce que la naturez ne manqua pas de lui rappeler. Ca et là, des restes d’armes et d’armures rouillées étaient coincés sous la mousse et quelques restes humains apparaissaient parfois. Pourtant, la forêt elle-même était calme, comme si la nature avait repris ses droits depuis longtemps malgré la mort de ces guerriers jadis vaillants et fiers. Ici, des chevaliers de tous rangs se trouvaient enfin à égalité. Qu’importait leur naissance et leur famille ou même la façon dont ils avaient fait face à la mort, tous n’étaient plus que de vulgaires morceaux d’os oubliés de tous et laissés sans sépultures.

Maculé de sang et de crasse, Friedrich continuait sa route, trébuchant et la main serrée sur sa bride pour empêcher à son compagnon de fuir. Soudain, le sol sembla céder sous son poids et il se retrouva dans ce qui semblait être une tanière.
L’odeur y était pestilentielle et, pour le coup, le paladin se retrouvait coupé de sa monture restée en haut. Esseulé, ignoré du monde, Friedrich chercha une issue, devant pour cela faire mouvement dans le noir total. Il marcha dans le dédale des tunnels, épée en main, pleinement conscient de se trouver dans la demeure d’une créature monstrueuse même si, au fond de lui, il l’espérait abandonnée.

C'est alors que Friedrich s’arrêta, tétanisé. Ni l'obscurité, ni la fatigue ne l'empêchaient de voir ce qui se tenait face à lui à présent. Une immense bête semblable à un ours géant que l’on aurait croisé avec quelque loup difforme se tenait devant lui, rongeant les restes d’une biche en grognant. Jamais il n’avait vu pareille chose et ne douta pas qu’il s’agissait là de l’un des nombreuses bêtes sauvages inconnues qui habitaient ce vaste bois. Sans se poser de question, le chevalier de Schwytz se jeta sur elle la lame la première. La suite des événements fut pour le moins confuse, les coups portés par le chevalier vinrent pour la plupart s’enfoncer dans le pelage de l’animal sans qu’il puisse dire s’ils avaient effectivement pénétrée sa chair et les mouvements désordonnés de la bête ne l'aidaient pas à y voir plus clair. Il frappa comme un forcené, encore et encore, avant de prendre la fuite dans l'ombre. Tandis qu’il courait et rampait vers la sortie, d’ignobles rugissements résonnaient. Sans se retourner, il poursuivit sa route.

Le chevalier des montagnes pria la Dame de toute son âme et la lumière lui apparut enfin. Il venait de trouver une sortie. L’instant suivant, la créature arriva à son tour à l'extérieur, écumante de rage et avide de revanche. Friedrich fut renversé, écrasé sous le poids de la bête qui lui asséna coups de griffes et morsures avec une violence et une puissance qui auraient pu tailler un sanglier en pièces. Il lutta pour sa survie, son bouclier vola presque en éclat et de nombreux anneaux de sa cotte de maille lui rentrèrent dans la peau. Le malheureux combattant se rappela alors les nombreux restes qu'il avait vu en chemin et se voyait déjà parmi eux. Dans une dernière action pleine de désespoir, il s'empara de son épée et l'enfonça profondément dans la gueule de la chose qui s'affaissa pour ne plus jamais bouger.

Le seigneur de Schwytz avait la vie sauve mais se trouvait désormais perdu et sans monture dans un milieu hostile. Remerciant la Dame, il reprit une fois encore la route. En lui grandissait un sentiment de mécontentement car aucun ménéstrel n'écrirait jamais sur les hauts-faits qu'il avait déjà accomplis. Il jugea cela bien injuste.

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MessageSujet: Re: A la poursuite du faux Astrabell   Lun 23 Oct 2006 - 17:47

Neuvième partie : la sombre forêt

« Je n’irai pas plus avant ! » cria Arius, en arrêt devant les flots déchaînés.
- Le vaillant Arius de Chort craindrait-il le bain ? dit Théobald d’un air amusé.
- Un bain, dites-vous ? Mon fidèle destrier semble plutôt considérer cela comme un torrent furieux ! répliqua Arius, réticent.

La troupe avait continué vers le nord pendant près de deux heures encore avant de trouver le fameux « gué » évoqué par Lot auparavant. Cependant, loin de ressembler à un gué à proprement parler, ce gué n’était rien de plus qu’un passage où l’eau était moins profonde sans pour autant que les courants y soient moins violents. La compagnie devait pourtant traverser ici si elle voulait avoir une chance de rattraper le retard qu’elle avait accumulé.

- Je passerai le premier, dit Lot d’Orcadie en faisant avancer son cheval dans l’eau.
- Lot, avez-vous perdu l’esprit ? Ne nous précipitons pas ainsi, dit Henri.
- La peste soit de la frilosité ! souffla le vieux paladin.
- Il semblerait que les chevaliers de la trempe de Lot fassent fi des dangers, dit Théobald en regardant le vieux chevalier pénétrer dans l’eau.
- Allons, c’est folie que de vouloir suivre cette route ! Traverser une armée d’orques sauvages me semblerait moins risqué, déclara Arius toujours aussi peu motivé par l’option qui lui était proposée.

Tandis que ses compagnons discutaient, le vieux Lot s’engageaient dans l’eau, assis sur sa selle et serrant de toutes ses forces les rênes de sa monture. Son cheval luttait tant bien que mal contre la phénoménale puissance de la rivière qui lui fouettait les flancs. Très vite, il eut les pattes entièrement submergées et eut à produire un effort considérable pour garder la tête hors de l’eau tout en soutenant le poids du chevalier de la Quête. Arrivé à un peu plus d’un tiers du parcours, Lot descendit de selle et se plaça à côté de son animal, les bras enserrés autour de son encolure.
Ses trois compagnons observaient sa progression avec appréhension, inquiets pour leur camarade et sa santé mentale.

« Il n’y arrivera jamais ! » laissa échapper Arius.
- Il a parcouru la moitié du chemin, il va le faire, il le doit, tenta de se convaincre Théobald.
C’est alors qu’un courant plus fort que les autres généra une vague qui manqua d’engloutir le vaillant sir Lot qui disparut pendant un instant. Horrifiés, ses trois compagnons restèrent bouche bée craignant le pire. Le vieux chevalier émergea enfin après ce qui leur sembla être une éternité et cracha par la bouche un long jet d’eau comme s’il s’était trouvé être une fontaine humaine.
Les trois paladins soupirèrent de soulagement et l’un d’entre eux ne manqua pas d’affubler du titre de fou le noble chevalier de la Quête qui continuait sa route dans une eau toujours plus dangereuse et traîtresse. Manquant encore de se noyer par trois reprises, le vieux chevalier arriva enfin à l’autre bout et s’y laissa choir, totalement épuisé. Ses cheveux blancs et sa barbe ruisselaient, son tabard était semblable à un drap qui l’on aura jeté dans un lac et de l’eau s’échappait par toutes les mailles de son haubert mais, pourtant, il était en vie, ce qui encouragea Henri de Volvestre à suivre son exemple. Il s’engagea dans l’eau sans attendre, sous le regard des deux autres.

- J’ai la désagréable impression que nous n’y couperons plus à présent, gémit Arius.
- Il faudra plus que de l’eau pour arrêter des guerriers de notre rang, rétorqua Théobald.
- Certes mon ami, mais je suis un guerrier et non un marin aussi aurais-je préféré éviter l’humiliation d’une traversée aquatique.
- Remarquez, jamais je n’aurais cru que l’eau, sous quelque forme que ce soit, puisse avoir vos faveurs, dit Théobald en souriant.
- Avez-vous déjà entendu parler du miracle de Saint-Emilien ? questionna Arius. C’est un conte très répandu parmi la gueusaille de Bordeleaux. Saint-Emilien est un fameux vignoble de la région de Bordeleaux très réputé pour la qualité de ses vignes et le fait que la Dame y apparut un jour pour y changer toute l’eau en vin à la plus grande joie des habitants.
Ah ! Si seulement la Dame pouvait en ce jour accomplir pareil miracle dans la Grismerie, j’aurais sans conteste moins de réticence à aller me noyer.

Théobald éclata de rire mais acquiesça néanmoins sur la dernière partie car lui non plus ne savait pas vraiment nager et craignait les caprices des cours d’eau. Cependant, même s’ils n’aiment pas ce qu’ils allaient devoir faire, ni l’un ni l’autre n’avait l’intention de baisser les bras et la seule vraie raison qui faisait qu’ils ne s’étaient pas encore jetés à l’eau était le fait qu’il valait mieux passer un par un car il suffisait que celui de devant perde pied et ne bloque le passage du suivant pour que tous deux se noient.
Henri mit un certain temps à passer, contenant difficilement la furie du fleuve mais parvint tout de même de l’autre côté. A son tour, il s’adossa à un arbre et laisse sa monture reprendre des forces en attendant les chevaliers de Havras et Bastogne.
L’un après l’autre, Théobald puis Arius effectuèrent leur traversée de la Grismerie avec autant de calme et de concentration qu’ils le purent. Ne dérogeant pas à la règle, ils burent la tasse à maintes reprises et firent leur entrée en Artenois complètement imbibés d’eau. Après de longues minutes, car la Grismerie était large de bien des coudées, ils s’accordèrent à leur tour un repos bien mérité.

- Alors, pas de miracle pour vous non plus ? vint demander un Théobald bien essoufflé à ce qui semblait être une éponge humaine.
- Hélas non ! Et, pire que tout, j’aurais perdu une partie de mon équipement dans l’eau, se plaignit Arius, manifestement fort abattu.



Les quatre chevaliers étaient presque secs, même s’il était clair que leurs cottes avaient besoin d’être huilées et roulées, leurs montures étaient encore fébriles et trempées et ainsi décidèrent-ils de ne point remonter en selle pour le moment. Ils firent mouvements vers l’Ouest.
Il passèrent le reste de la journée à marcher dans cette grande forêt de chênes, ne voyant rien d’autre que quelques écureuils et autres rongeurs sylvestres. Le sol était tapissé de feuilles mortes, chose normale en ce début d’Automne et un petit nombre d’arbres avaient commencé à jaunir même si l’ensemble semblait encore largement vert. De temps à autres, des glands et des marrons tombaient, donnant l’illusion d’une activité alentour mais, si présence hostile il y avait, elle ne semblait pas vouloir attaquer une compagnie de quatre chevaliers en armes.
Parfois, la troupe déboucha dans des clairières et eut même l’occasion de voir les restes d’une vieille hutte, mais aucun être vivant plus gros qu’un corbeau ne se manifesta. Cependant, la compagnie savait fort bien que plus au Nord, les bois étaient infestés de peaux-vertes et de clans de cruels hommes-bêtes et que même devant eux se trouvaient certainement des dangers qu’ils ne concevaient pas encore. Ils finirent pas établir un nouveau campement dans une partie de la forêt où les arbres étaient éparses et où, pourtant, la lumière ne filtrait que légèrement, conférant paradoxalement à l’endroit une impression de sûreté. La nuit se passa sans aucun soucis et aucun n’eut à déplorer d’incident durant son tour de garde.
Le lendemain matin, il firent de nouveau marche vers l’occident en tentant de bifurquer subtilement vers le Sud, vers Moussillon et ses terres maudites. Ils marchaient à assez bon rythme, écrasant sans vergogne pousses d’arbres et champignons et devant parfois s’aider de leurs armes pour se frayer un passage. En fin de compte, ils débouchèrent face à un lieu ténébreux où les arbres semblaient creux et mourants, un lieu manifestement abandonné par la Dame et le soleil lui-même. A cette vue, tous comprirent qu’il leur faudrait en passer par là pour continuer leur aventure.

« Nous voici enfin arrivés à la partie la plus sombre de notre voyage en forêt», déclara Lot avec un rire sinistre.

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MessageSujet: Re: A la poursuite du faux Astrabell   Jeu 26 Oct 2006 - 16:55

Dixième partie : le cercle de feu

« Restez dans le cercle de feu ! » s’époumona Lot d’Orcadie dont le visage dur et noble était figé dans une expression de douleur et de fatigue. Jamais il n’avait eu aux yeux de ses compagnons, avec sa balafre et sa barbe blanche, une telle prestance. L’espace d’un instant, ils furent surpris par cette vision puis tous reprirent instinctivement courage.
- Dos à dos, restons dos à dos et parons au plus urgent, conseilla Arius regardant les ennemis approcher de tous côtés.
- Je n’aurais pas dit mieux, déclara Théobald, brandissant son épée en signe de défi devant les nombreuses créatures qui encerclaient le groupe.
- Eh bien, mes amis, si la Dame est avec nous, il est temps qu’elle le prouve, annonça Henri de Volvestre, un curieux rictus aux lèvres.

Une heure plus tôt…

La compagnie chevauchait dans le sombre bois depuis un long moment maintenant et bien que la forêt n’ait eu de cesse de s’obscurcir sur leur chemin, aucune menace ne s’était encore manifestée. Toutefois, chacun était sur qui-vive, prêt à répondre à toute agression.
Ils se suivaient, juchés sur leurs fières montures, avançant tous dans les mêmes traces tels des loups en chasse afin de ne pas attirer l’attention des monstres des forêts, mais la chose était impossible et ils le découvrirent vite à leurs dépends. Ce fut Henri de Volvestre qui le premier remarqua que quelque chose clochait dans leur environnement. En effet, nul passereau, nul insecte, nul esprit des bois ne perturbait plus la quiétude de la forêt comme si ce domaine leur était interdit.
Comprenant qu’il se tramait une chose contraire à l’ordre naturel, Henri avertit ses camarades qui maintinrent leur allure comme si de rien n’était, tirant aux passage, si ce n’était déjà fait, leurs lames étincelantes.
Examinant plus attentivement les environs, les quatre paladins purent constater l’omniprésence de toiles d’araignées parfois de gabarits plus qu’inhabituels et comprirent dès lors qu’ils se trouvaient sur le territoire de monstrueux arachnides, ce qui n’atténua pas leur appréhension.
Oiseaux, cerfs, biches, blaireaux, restes d’hommes pendaient partout aux alentours à tel point que la forêt elle-même avait pris la semblance d’un vaste et lugubre garde-manger. L’air était soudainement devenu glacial, le sol, gluant, et une odeur de moisissure flottait dans l’atmosphère. Irrités par la pestilence des lieux, les montures avançaient tant bien que mal et leurs maîtres eux-mêmes avaient le plus grand mal à ne pas suffoquer dans cet air vicié.
Des cimes commencèrent à descendre d’ignobles araignées difformes, alertées par les mouvements et la chaleur de proies potentielles. Leur taille et leur morphologie variaient grandement, certaines étaient comparables à un chien de chasse, d’autres approchaient de manière inquiétante de la taille d’un homme. Elles avaient cependant au moins deux points communs : toutes étaient tout à fait répugnantes et émettaient d’horribles bruits de mandibules.

Les chevaliers continuaient leur progression entre les arbres creux et morts, inconscients des périls qui s’amoncelaient au dessus de leurs têtes. De plus petites araignées tout aussi difformes et hideuses que les plus grandes quittèrent alors l’abri des troncs et se déversèrent tel un flot de pattes et de dards sur tout le périmètre, envahissant chaque espace vide.
Arius fut le premier à en voir une sur son tabard et ne s’en débarrassa d’un geste empli de dégoût et d’effroi que pour voir que d’autres galopaient déjà sur sa monture et ses propres jambes. Bien vite, toute la troupe fut attaquée de la sorte et tenta de s’échapper sous l’impulsion de Lot qui, ouvrant la marche, partit dans un galop fougueux entre les arbres. La manœuvre était audacieuse, risquée même, et requérait une grande habileté équestre et une concentration constante tant les obstacles étaient nombreux et variés. Les quatre durent se disperser pour ne pas se gêner les uns les autres dans leur fuite et bientôt, Arius et Théoblad se retrouvèrent isolés et sans trace de leurs compagnons. Par chance, ils avaient suivi un chemin presque parallèle et c’est ensemble qu’ils s’arrêtèrent, jugeant se trouver à assez bonne distance de la menace pour envisager un rassemblement. Le cœur toujours battant, ils engagèrent le dialogue aussi discrètement qu’il leur était possible.

« Ces monstres semblaient apprécier grandement la chair bretonnienne » dit Arius de Chort en envoyant au loin la dernière bête à être restée accroché à lui.
- Avez-vous vu ce qui s’apprêtait à fondre sur nous depuis le dessus ? demanda Théobald. De plus grosses encore étaient sur le point de nous tomber dessus pour nous dévorer. Ces ignobles créatures nous ont en quelques sortes sauvés de leurs sœurs plus grandes et voraces encore.
- De plus imposantes ? dit Arius, empli de surprise. Ma foi, je comprends mieux le départ précipité de Lot.
- Ne me dites pas que vous n’aviez rien vu, répliqua le jeune noble, consterné.
- Ce voyage nous oblige à rester sur nos gardes et je dois dire que le fait de si peu boire durant les repas altère quelque peu mes perceptions, répondit solennellement le chevalier de Havras. Et ce sans évoquer mon humeur plutôt maussade au sortir de repas si peu arrosés.
- Allons, mon ami, vous vous moquez… vous aviez vues ces créatures. N’est-ce pas ? demanda Théobald d’un ton légèrement inquiet.
- Peut-être, lui répondit simplement Arius se cachant derrière un sourire volontairement énigmatique.
Malgré la pénible et délicate situation dans laquelle ils se trouvaient alors, ils rirent, sans doute un peu nerveusement, mais ils sentaient tout de même un certain réconfort dans la présence d’un camarade en cette heure sombre.
Ayant repris courage, ils allaient repartir à la recherche de leurs frères d’armes lorsque le malheur s’abattit sur eux une fois encore. Cependant même qu’ils parlaient, plusieurs monstruosités à huit pattes s’étaient approchées subrepticement et, jouissant du couvert des ténèbres, s’étaient préparées à l’attaque. Sans que la possibilité de se défendre ne leur soit accordée, les deux seigneurs furent sauvagement attaqués, désarçonnés et très vite submergés par des araignées voraces. Celles-ci faisaient approximativement la taille de gobelins et semblaient encore plus agressives et vives que toutes les précédentes. Les deux seigneurs se débattaient comme ils le pouvaient, frappant de taille et d’estoc comme deux loups enragés pour voir le plus souvent leurs coups rebondir sur la chitine des ignobles arachnides. Théobald et Arius furent à la fois surpris et très troublés de constater la redoutable efficacité des armures naturelles contre lesquelles ils ne pouvaient presque rien. Au final, ce ne fut qu’à la force des bras et grâce à leur persévérance qu’ils parvinrent à repousser la menace. Yeux crevés, pattes arrachées, éviscérations à l’épée, au bout du compte, rien ne restait de l’assaillant.
Sans s’accorder de repos et conscient de l’imminence de la prochaine vague, les deux paladins repartirent à la recherche de leurs montures en fuite. Une fois ces dernières de nouveaux apaisées, ils remontèrent en selle et se dirigèrent vers ce qui semblait être le fracas d’armes d’acier sur ce qui était, ils le savaient, le son qu’émettaient ces terribles carapaces lorsqu’elles heurtaient du métal.


A quelques encablures de là, Lot était encerclé par d’immondes arachnides bien décidés à l’envoyer ad patres et à se repaître de sa moelle. Fort heureusement, son épée ne manquait ni de tranchant ni de poids et quantité de monstres finit en bouillie sous ses coups furieux. A dextre puis à senestre, en haut puis en bas, peu importait la direction, la lame de Lot trouvait toujours une créature affamée à pourfendre. D’un ample geste, il trancha nette une araignée haute comme un ours et se retourna juste à temps pour embrocher une nouvelle.
Emporté par son élan, il toucha d’un seul mouvement quatre autres créatures qui s’effondrèrent inertes. Il se rapprocha de l’une d’elles et lui planta sa longue lame dans l’abdomen pour l’achever dans un cri de rage et haine.
La vaillance ne lui faisait pas défaut et, même après toutes ses années, son courage ne s’était pas émoussé. Pourtant, lentement mais sûrement, le nombre toujours croissant d’ennemis mettait à mal le vieux chevalier de la Quête.
C’est alors qu’une aide inespérée vint à lui. Déchirant les ténèbres, deux cris de guerres se mêlèrent en un seul son semblable à celui d’un cor de guerre retentissant furieusement avant la bataille.

« POUR L’HONNEUR DU BRETON ET DE LA BASTOGNE ! » dit la première voix.
- HAVRAS ! HAVRAS ! Pour le Baron et la Dame, Vae Victis ! cria la seconde.
Comme un seul homme, les deux chevaliers rescapés firent leur apparition et taillèrent en pièce tout ce qui approchait. Par cette intervention, la condition du chevalier de la Quête changea du tout au tout et les monstres arachnoïdes firent enfin preuve d’instinct de survie et se débandèrent.

« L’espace est dégagé, il est temps d’agir. » dit le vieux Lot.
- Quelle est votre idée ? interrogea le jeune chevalier de Bastogne.
- L’idée risque de déplaire au seigneur de Chort mais je vois notre salut dans le sacrifice de sa bouteille la plus fortement alcoolisée, continua Lot.
- PLAIT-IL ? s’offusqua Arius.

A une bonne centaine de mètres, Henri de Volvestre était en fâcheuse posture. A bout de souffle, il s’était réfugié contre un tronc et attendait sagement l’inévitable. Son destrier avait fui, le laissant seul et désemparé face à la menace, et ses compagnons étaient parfaitement introuvables.
Bientôt, il fut débusqué par une ignoble araignée qui poussa un cri strident lorsque l’épée des Cadet de Catharie passa à travers son corps. Hélas, il n’en fallut pas plus pour donner l’alerte et toutes les autres se ruèrent sur le vaillant jeune homme.
Se redressant pour faire face à son destin, Henri fit tournoyer sa lame et se jeta dans la bataille. Il savait qu’il avait peu de chances si l’aide ne venait pas à lui mais préférait nettement partir avec panache et, comme lui avait toujours répété son maître d’arme « mieux valait charger qu’être chargé ». A sa grande surprise, son arme sembla émettre une intense lueur et pénétrait sans aucune difficulté les carapaces. L’épée du champion des cadets avait toujours été une arme au tranchant exceptionnel et, plus que jamais, Henri rendait grâce à dame Astrabelle de lui avoir confié ce magnifique artefact.
Comme habité par une force magique et terrifiante, le jeune chevalier de Catharie massacra sans relâche les vagues successives de prédateurs qui en voulaient à sa vie. Il semblait être un autre homme, un guerrier sans pitié et absolument invincible et, pour dire la vérité, son style de combat lui-même s’était fluidifié.

Pendant ce temps, Lot et les autres répandaient sur le sol le contenu d’un alcool non identifié auquel ils mirent le feu. Tout autour d’eux se dressaient à présent des flammes mordantes et crépitantes qui mettaient au défi tout ennemi de s’approcher.

- Nous voici prêts à tenir le temps qu’il faudra, décréta Théobald.
- En effet, mais il nous faudra tout de même nous échapper dès que nous aurons retrouvé Henri de Volvestre, dit Arius.
- Et si le pire lui était arrivé ? s’interrogea le jeune chevalier.
- Eh bien, nous aurions gagné un destrier, répondit avec humour Arius.
En effet, les trois chevaliers avaient réussi à récupérer toutes les montures et à les attachez au cœur du cercle de feu, mais aucun ne désiraient repartir en laissant derrière un camarade. Même si Henri avait été tué, ils ne repartiraient pas en laissant son corps se faire dévorer par d’odieuses monstruosités.
Autour des flammes s’accumulaient les menaces. Certaines araignées enhardies par la faim tentèrent de s’approcher pour ne trouver que la morsure cruelle des flammes. Un semblant de contrôle semblait avoir été donné à la situation.

De son côté, Henri continuait son œuvre de mort. Il lui était impossible de compter le nombre d’ennemis tombés mais il savait que tout relâchement pouvait signifier la mort. C’est pourquoi il continua sa route sanglante au milieu de la marée gluante au mépris des dangers et de la fatigue.
Peu à peu, les monstres commencèrent à s’écarter de son chemin, comprenant malgré leur faible intelligence l’inanité d’un combat si inégal.
Enfin, Henri s’accorda un temps de répit qui lui permit d’entendre des hennissements lointains. Il courut à en perdre haleine et trouva la lumière du cercle flamboyant. Dans un saut qui éblouit tous ses camarades, Henri traversa triomphalement les flammes. Le groupe était à nouveau au complet et prêt à vendre chèrement sa peau. De son côté, Henri savait qu’il possédait dans sa main droite le meilleur atout de la compagnie. Jamais sa confiance en lui n’avait été si grande.

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Dernière édition par Baron de Havras le Sam 27 Sep 2014 - 4:46, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: A la poursuite du faux Astrabell   Lun 6 Nov 2006 - 1:37

Onzième partie : l’implacable fureur d’Henri

Le feu brûlait toujours vivement, tenant à l’écart les prédateurs assoiffés de sang. Au centre du cercle, hommes et chevaux observaient nerveusement les ennemis s’agglutiner tout autour dans l’attente d’une baisse d’intensité du mur de flammes. Finalement, tandis que tous étaient dans l’expectative, celui qui était le plus décontracté rompit le silence.

« Est-il normal que ce cercle brûle grâce à de l’alcool ? » demanda Henri qui n’avait pas été là pendant l’élaboration de la chose.
- Peut-être le moment n’est-il pas très bien choisi pour cela, fit remarquer Lot.

Lot était soucieux, comme les deux compagnons qui l’avaient aidé à dresser le mur de feu. Il savait pertinemment que le petit bois qu’ils avaient accumulé et dressé en barrière puis imprégné et embrasé ne se consumerait plus très longtemps, or ils n’avaient pas encore trouvé de solution pour se créer une brèche.
Soudain, une araignée sauta en avant, parvenant, au prix de quelques brûlures, à accéder à ses proies. Pourtant, loin de trouver de la tendre chair à déguster, ce fut une lame d’acier tranchant qu’elle rencontra au bout du compte. L’arme, maniée par le jeune Henri de Volvestre, resplendit dans l’obscurité et incita les autres assaillantes éventuelles à ne pas tenter le même coup d’éclat.
Jugeant la situation assez favorable pour une sortie prochaine, le cadet fit part de son projet à ses camarades.

- Remontons en selle et tenons-nous prêts à repartir, dit Henri de Volvestre d’une voix forte et emplie de confiance.
- Qu’avez-vous en tête ? demanda Théobald, non sans inquiétude.
- Une charge, répondit vivement et simplement le Cadet de Catharie.
- L’idée est plaisante et je dois dire que lorsque les plans se résument à cela, je m’avère être parfait tacticien, dit Arius d’un ton amusé.
- En ce cas, que chacun se tienne prêt à me suivre, souffla Henri.

Constatant l’incrédulité de ses frères d’armes, il n’ajouta que ce conseil qui résonna au plus profond d’eux comme si la Dame elle-même inspirait les mots du jeune chevalier : Faites-moi confiance. Puisqu’il fallait de toute façon périr ici, suivre un chevalier fougueux manifestement habité par une force mystérieuse semblait une option plus qu’honorable et aucun des trois chevaliers ne vint contester ce choix.
Gardant un œil sur les milliers de créatures gluantes qui les entouraient, ils allèrent détacher leurs montures et s’affairèrent pour le départ.
L’instant suivant, tous étaient en selle et se tenaient prêts à la charge. Préparés à faire face à la mort, ni doute ni peur n’avait place dans leur cœur. Nullement résignés à l’idée de perdre la vie, le fait de quitter ce monde dans un dernier coup d’éclat les emplissait de joie et d’apaisement. Ils étaient semblables à des héros d’antan, comme ceux qui vivaient encore de nos jours à travers les balades des troubadours, mais même l’absence de témoins n’entachait pas cet instant mêlant l’exaltation qui précède la bataille à la sérénité de ceux qui ont compris et accepté leur funeste destin.
Ils avaient vécu leurs vies comme ils l’avaient entendu, dans la fierté et parfois la désinvolture et si l’heure était venue pour eux de rejoindre Morr, ils partiraient sans regrets.

Arius abaissa sa visière, haletant comme un fauve en chasse. Il tenait fermement serré son écu enchanté, paré à repousser toute monstruosité si elle se montrait trop entreprenante.
A ses côtés était Lot d’Orcadie, qui malgré l’âge paraissait aussi fier et vaillant qu’un chevalier errant. Dans ses puissantes mains se trouvait sa légendaire épée, fidèle compagne et fléau des ennemis de la Dame depuis tant d’années. Dans sa Quête du Graal, Lot avait eu à affronter bien des périls, seul la plupart du temps, mais pour l’heure, il se réjouissait de figurer dans les rangs de cette troupe de chevaliers, convaincu que la Dame saurait juger à sa juste valeur leur ultime chevauchée.
Sur le flanc se tenait Théobald de Bastogne qui empoignait sa lance d’une main ferme et puissante. Théobald avait toujours été très confiant en ses propres capacités et n’avait aspiré qu’à marquer l’histoire de la Bretonnie de ses exploits. Cependant, tandis que tout était sur le point de s’achever, il ressentait un étrange sentiment d’accomplissement. La mort pouvait le prendre car, pour l’heure, il était en compagnie des plus vaillants seigneurs qu’il connaissait, ceux qui l’avaient accepté comme l’un des leurs et se réjouissaient de mourir à ses côtés. Pour cela, Théobald ne redoutait plus la mort à cet instant.

Aucun de ces redoutables guerriers ne se battait plus pour l’honneur ou la gloire. Aucun d’entre eux n’allait charger pour sauver sa vie ni essayer d’obtenir la victoire sur un ennemi bien trop nombreux. Non, s’ils se battaient, leur seul moteur, la chose qui allait les pousser à se ruer au cœur d’un enfer de mandibules et de crochets acérés, c’était la volonté de sauver au moins l’un de leurs frères d’armes. Ils savaient pertinemment qu’ils n’avaient aucune chance de triompher d’une semblable assemblée, mais chacun pensait secrètement pouvoir ouvrir une brèche suffisante pour que l’un d’entre eux en réchappe.

En première ligne se trouvait Henri, qui lui, entendait un son de cloche bien différent. Une étrange chaleur l’avait envahi plus tôt et il avait l’impression de sentir à ses côtés la présence de Dame Astrabelle de Catharie. Pour lui, il ne faisait aucun doute qu’elle savait tout de leur progression et que par son action, tous s’en sortiraient. A cette seule idée, il fut ému et se tint prêt à la charge.
Tel un volcan enfin éveillé après une trop longue torpeur, il était prêt à engloutir dans sa fureur toute trace de ses opposants. Le jeune Henri tira son épée, la leva haut et lorsqu’il sentit les flammes assez apaisées pour un passage, l’abaissa, donnant le signal à ses pairs. La suite des événements s’enclencha très vite. Au grand galop, ils firent leur sortie, tranchant et taillant dans un tonnerre de hurlements stridents les arachnides voraces qui sautaient en tous sens.
Arius, en sentit un grand nombre céder sous sa lame et ses sabots, repoussant de son bouclier les plus coriaces. Lot fracassa une bête d’une taille colossale avant de reporter immédiatement son attention sur pléthore de plus petites, son épée faisant miracle même sur les plus solides carapaces. De son côté, Théobald en accrocha plusieurs à sa lance qui trouva usage pour la première fois depuis la joute du Brigandin. Mais, pourtant, aucun ne pouvait égaler Henri en fureur et en talent en cette heure. Derrière lui se dessina un chemin de corps inertes et de membres tranchés, devant lui s’ouvrit ce qui semblait être un passage et rien ne semblait en mesure de contenir son courroux.

« Goûtez à mon ire ! » cria à pleins poumons le jeune Henri en se frayant un sillon de mort au milieu de ses ennemis.
- Nous voici face à Landouin réincarné ! dit Théobald avec enthousiasme, tout en rejetant une créature d’un coup de bouclier.
- Je croyais que c’était moi ! Rétorqua Arius en riant et, ce faisant, il trancha un deux d’un fabuleux revers une autre de ces maudites arachnides.

Henri était devenu une machine à tuer. Ses coups, d’une précision remarquable, tranchaient un assaillant à chaque mouvement. Sur la route empruntée par la troupe, les créatures gisaient et formaient à présent une piste sanglante.
D’un coup de taille, sire Volvestre trancha in extremis une arachnide géante qui avait eu l’outrecuidance de lui sauter à la gorge, d’un revers il trancha deux pattes et envoya paître un autre monstre. A travers son heaume étincelant, on pouvait entendre sa respiration calme et régulière. Loin d’être celle d’un homme en plein effort, cette dernière semblait plus être celle d’une personne extrêmement concentrée, presque en transe.
A ses trousses filaient aussi vivement qu’ils le pouvaient ses camarades. Les monstres tombaient des arbres, d’autres bondissaient. A trois reprises, Arius jura avoir vu un halo de lumière entourer Théobald et le protéger des blessures. Sans possibilité de répit, contraints à repousser des assauts incessants, les paladins poursuivirent leur route. Tous, à l’exception d’Henri, étaient surpris d’avoir pu tenir si longtemps.

Une chose qu’ils n’avaient pas prévue arriva alors. Les ennemis à repousser se faisaient moins nombreux et la forêt leur apparut de plus en plus dégagée et clémente. Bientôt, il n’y eut plus de trace d’une quelconque menace. Ils ignoraient tous combien de temps ils avaient bien pu passer à chevaucher à travers les baies et les ronces ou même par quel miracle ils pouvaient être vivants, mais tous étaient conscients de le devoir à Henri. Épuisé, ce dernier enleva son heaume et mit plusieurs minutes à reprendre ses esprits.

Au bivouac, aucune allusion ne fut faite à ce qu’ils avaient vécus en ce jour et nul n’eut l’inconvenance de questionner Henri. Pourtant, ce soir, il reçut d’Arius une double ration d’alcool.

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MessageSujet: Re: A la poursuite du faux Astrabell   Lun 6 Nov 2006 - 18:25

Douzième partie : Réunion

Friedrich tomba à genoux, harassé. Il était à bout de force et n’était pas certain du tout de sa direction. Nombre de chevaliers étaient déjà morts dans ces bois pour des raisons similaires et il ne voyait pas vraiment en quoi il pourrait bien déroger à la règle. Pourtant, au fond de lui, un fol espoir subsistait. Une sensation de paix et de confiance l’habitait et le poussait à continuer sa route comme s’il sentait que sa quête n’était pas perdue.
Il aurait été incapable de dire combien de temps il avait marché lorsqu’il arriva enfin à un tout petit cour d’eau limpide glissant entre les rochers. Comme une bête, il s’en approcha pour s’en abreuver et, malgré le manque de profondeur qui lui fit ingurgiter un peu de terre au passage, il eut le sentiment de ne jamais avoir bu eau plus pure. Pour les derniers repas qu’il avait eu à faire, il n’avait pu se procurer que des baies sauvages et des champignons douteux, pourtant, il était encore debout et en assez bonne forme par rapport ce qu’il aurait pu en être.
Après avoir retiré ses gants de cuir, il effleura l’onde du bout des doigts, puis joignit les mains pour recueillir un peu d’eau qu’il utilisa pour se rafraîchir le visage.
Ses perceptions étaient altérées par la faim qui le tenaillait et la forêt regorgeait de bruits étranges et terrifiants produits par des malicieux esprits désireux d’éliminer les voyageurs égarés. Ainsi, depuis plusieurs nuits, il avait été confronté à d’étranges sons et c’est pour cette raison qu’il tenta d’ignorer celui qu’il entendait dans son dos. Friedrich savait que de se retourner pouvait signifier la mort car les esprits moqueurs des anciennes forêts, dans leur infinie cruauté et leur malveillance, dévoraient tout ceux à qui il se montraient. Cependant, constatant la persistance de ces bruits semblables à ceux d’une bête happant à grands coups de langue dans une écuelle d’eau fraîche, il se résigna enfin à se retourner.
Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’il se trouva nez à nez avec sa propre monture, sale et au caparaçon en lambeaux.
Incrédule, il pensa d’abord à quelque mauvais tour, croyant qu’un génie se jouait de ses yeux. Mais comme l’illusion ne semblait vouloir se dissiper, il finit par ramper jusqu’à elle et s’empara des brides comme pour empêcher la vision de s’échapper.
Après un moment de flottement, il réalisa enfin qu’il avait retrouvé sa meilleure chance de quitter l’Arden en vie. Il remonta en selle et se laissa mener par sa monture, incapable d’esquisser le moindre mouvement ni de faire montre d’une quelconque réaction. Il ressemblait à un homme brisé, une carcasse vide posée sur une selle tant son regard était vide et tant il semblait dépourvu de volonté à présent.

En parallèle...

La troupe cheminait toujours péniblement. Elle avait été sérieusement éprouvée par les combats de la veille et le manque de praticabilité de la voie qu’elle suivait commençait à entamer le moral des vaillants seigneurs après tant de jours. Leurs vivres étaient encore suffisantes pour quelques jours, mais ils savaient que le moindre égarement pouvait rallonger considérablement leur traversée et mettre en péril leur survie. Sans perdre de vue cette optique, ils continuèrent leur route, priant pour aller dans la bonne direction.
La route était finalement assez monotone malgré les embûches et les accidents de terrain. Partout, la forêt tentait de rappeler aux intrus qu’ils étaient indésirables et, s’ils avaient quelque peu perdu du magnifique enthousiasme qu’ils avaient pu ressentir dans les premiers jours de marche forestière, les dernières épreuves avaient d’autant renforcé leurs liens et chacun tenait bon grâce à cela.
Après des heures et des heures de déplacements, l’impensable survint. Une route entretenue par des passages manifestement fréquents s’offrait à eux. Ils étaient parvenus à retrouver une piste et l’espoir se raviva.
De nouveau droits et fiers sur leurs selles, ils abordèrent la dernière partie de leur aventure bucolique.
La nuit arriva et avec elle, une nouvelle soirée au coin d’un feu crépitant mais l’ambiance y était indéniablement plus vivante qu’elle ne l’avait été la veille.
Au lendemain, les quatre seigneurs reprirent la route avec entrain, prêts à subir de nouvelles épreuves.
C’est dans cet état d’esprit qu’ils se trouvaient lorsque leur apparut un cavalier avachi sur sa selle, avançant comme un pantin désarticulé juché sur un cheval.

« Pensez-vous qu’il soit toujours en vie ? » s’interrogea Théobald.
- Est-il seulement réel ? répondit Arius.
- Un fantôme ? dit Henri en levant un sourcil.
- Il en a la semblance, rétorqua Arius. Regardez son teint, il est blanc comme un linceul. Je serais prêt à parier qu’il s’agit là d’un esprit piégé sur cette route qui ne fait rien d’autre de ses journées que d’errer. Destin tragique.
- Que faire alors ? demanda Théobald.
- Apportons-lui la paix par une charge salvatrice ! proposa Arius.
Seul Lot resta silencieux. Il n’adhérait pas vraiment à l’hypothèse du fantôme et pensa qu’il était préférable de ne pas agir dans la précipitation. Après avoir fait part de ce sentiment qui attrista ses plus jeunes et fringants camarades désireux de charger, il lança son destrier au trot pour rattraper l’individu.
- Ola, chevalier ! héla le seigneur d’Orcadie qui n’obtint pas de réponse.
La troupe ne tarda pas à rattraper le chevalier égaré et l’entoura. Arius, Henri et Théobald gardant une main sur le manche de leur arme, toujours convaincus d’avoir affaire à un revenant.
- Chevalier, je vous en prie, ralentissez ! insista Lot.
- je vous avais bien dit qu’il était mort, dit Théobald.
- En tout cas, ce n’est pas un esprit, ajouta Arius en touchant du bout de l’épée le tabard du chevalier.
- Cessez ceci, sire Arius ! gronda Lot, consterné.
- Fort bien, mais vous m’auriez bien remercié si ma lame était passée à travers, dit Arius, quelque peu vexé.
- Dites-moi, ce chevalier ne vous rappelle-t-il rien ? questionna Théobald.
La compagnie s’arrêta tandis que l’autre continuait son chemin sans prêter la moindre attention à ce qu’il prenait pour des farfadets venus le tourmenter.
Théobald observa bien les armoiries de celui qui s’éloignait, Henri et Arius se lancèrent un regard et le vieux Lot demeura silencieux, visiblement pensif.
- J’ai bu avec ce chevalier, à n’en pas douter ! dit finalement Arius.
- Et je me souviens pour ma part l’avoir affronté, déclara Théobald dans la foulée.
- Il s’agit du chevalier des montagnes venu livrer bataille à la joute du Brigandin, fit remarquer Lot.
- En effet, c’est bien Friedrich de Schwytz à n’en pas douter, intervint Henri. Il avait été éliminé par Théobald et était venu goûter à quelques tonneaux avec nous.
- Sorcellerie ! Cet homme devait partir pour Couronne, rugit Arius, prêt à lancer la charge.
- GARDEZ VOTRE CALME ! hurla Lot en lui assénant un coup de bouclier derrière le crâne. Nous devons avoir le fin mot de l’affaire et non nous emporter et agir stupidement.
- Mais les choses sont pourtant claires, non ? se justifia le chevalier de Havras. Ce chevalier est ici alors qu’il ne le devrait pas y être, cela ne peut donc pas être lui.

Friedrich s’arrêta et fit volte face, étonné par les commentaires qu’il entendait. Il n’avait pas l’esprit très clair et était vraiment, pourtant, comprenant qu’une chose surprenante était en train de se dérouler, il tenta de reprendre le contrôle de lui-même.
« Qui êtes-vous, seigneurs ? » envoya-t-il à la compagnie qui interrompit toute chamaillerie dans l’instant.
- Nous sommes une compagnie en route vers Castagne avec pour mission d’y débusquer un usurpateur, dit Lot d’Orcadie d’une voix puissante.
- Êtes-vous Friedrich de Schwytz ? ne put s’empêcher de demander Théobald.
- Longtemps je vous ai cherchés, répondit Friedrich. Mais face à si curieuse rencontre, je ne puis qu’exprimer ma réserve.
- Je suis bien moi, mais êtes vous bien vous ? s’emporta Arius de Chort devant ses compagnons atterrés.
- Je ne suis pas certain que vous nous aidiez beaucoup en ce moment, lui fit remarquer Lot.
- Mais ce chevalier mettait en doute notre existence, dit Arius.
- Et est-il convaincu à présent ? se demanda Henri.
- Pourquoi diable étiez-vous sur notre piste ? lança Lot d’un ton traduisant clairement ses doutes.
- Peut-être voulait-il une autre bouteille, proposa Arius en guise d’explication.
- Par pitié, bâillonnez-le, dit le vieux chevalier de la Quête en se passant la main sur le visage.
- Mon désir est de me joindre à votre quête, déclara le montagnard. J’ai traversé bien des épreuves avant de parvenir sur cette route et je ne reculerai devant aucun obstacle à présent.
- Cela, nous voulons bien le croire, commenta discrètement Arius en regardant l’état lamentable dans lequel se trouvait Friedrich.
Alors que tous se tournaient une nouvelle fois vers le chevalier de Havras avec des regards désapprobateurs, le débat tourna court. Friedrich, vaincu par la fatigue, tomba de cheval et se vautra lamentablement dans un monceau de feuilles séchées et de terre.
La dernière chose qu’il entendit avant de sombrer fut une voix dire «s’il se jette souvent dans la boue de cette manière, je comprends mieux l’état de son tabard» alors que les seigneurs le soulevaient pour le mettre à l’abri.

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MessageSujet: Re: A la poursuite du faux Astrabell   Dim 3 Déc 2006 - 19:18

Treizième partie : La procession

« Il semble reprendre des couleurs » déclara le vieux Lot d’Orcadie, penché au dessus du corps toujours inanimé de Friedrich de Schwytz. Lot était de loin le plus apte à vérifier l’état de santé d’un homme parmi toute la compagnie grâce à sa longue expérience en matière de survie en milieu hostile et, même si les compétences lui manquaient pour traiter un malade, il ne faisait certainement pas plus de victimes dans ses rafistolages que la plupart des médecins et apothicaires du royaume dans la pratique de leur science. Son diagnostic fut simple et sans appel, le chevalier montagnard devait se reposer et sans doute se relèverait-il de lui-même pour les aider à élucider les raisons de sa présence après un peu de repos. Attendre était donc la seule option viable et, tandis qu’il surveillait son patient, ses compagnons attendaient en essayant de ne pas succomber à l’ennui. Assis non loin, le jeune Théobald regardait d’un air perplexe le vieux paladin prodiguer ses soins. Théobald n’entendait rien à ces choses et n’avait qu’une hâte, celle de reprendre la quête là où ils l’avaient laissée. Tout autour, les oiseaux gazouillaient et le soleil brillait avec un certaine intensité. De là où ils se trouvaient, le magnifique ciel automnal leur apparaissait assez clairement à travers la végétation et, pour un peu, ils auraient pu oublier le légendaire péril que constituait la forêt d’Arden pour se laisser bercer par la douceur de cette après-midi bucolique.
A plusieurs pas de là, assis sur une vieille souche, Arius aiguisait en grand bruit son arme à l’aide d’une pierre à affûter pendant que le sire Henri de Volvestre dorlotait les montures et en particulier celle de leur invité.
« Je n’aurais jamais pensé que l’Arden puisse être aussi calme » laissa échapper le seigneur Arius.
- Nous avons de la chance, je suppose, répondit Théobald en tranchant de sa dague un morceau de pomme qu’il enfourna dans sa bouche d’un seul geste.
Il ne passait pas un mois, pas une semaine sans que de nombreux chevaliers n’entrent dans la forêt après avoir prêté serment d’y affronter les pires monstruosités et, en général, ils n’avaient pas besoin de bien s’enfoncer dans la végétation pour disparaître à tout jamais. Cependant, s’il n’était pas aisé d’en sortir vivant sans blessure, l’Arden présentait assez de visages pour se révéler parfois clémente. Depuis leur entrée dans cette dernière, la compagnie avait rencontré des brigands, des monstres, probablement quelques esprits des bois et même un vieil homme douteux tentant de gagner son pain en accomplissant une profession des plus étranges mais rien d’insurmontable et en ce sens, ils pouvaient tous les cinq s’estimer heureux. Alors que le voyage tirait vers la fin, ils devraient tout de même redoubler de vigilance pour ne pas finir happés par quelque redoutable prédateur. Il était toutefois une chose qu’ils ignoraient et qui justifiait pour une part leur relativement rapide progression : ils avançaient sous la bénédiction d’une personne de grand pouvoir qui veillait à faciliter leur route.
Après quelques minutes, Lot jugea avoir fait tout ce qui était en son pouvoir pour le chevalier des montagnes et brava le raffut émis par le guerrier de Havras pour s’enquérir de son état.

« Comment va votre épaule ? » l’interrogea-t-il en s’accroupissant à ses côtés.
- Pour dire vrai, je n’ai pas eu le temps d’y repenser avec toutes ces aventures et la douleur me semble à présent tout à fait naturelle ou du moins habituelle… dit Arius.
- Laissez-moi vérifier l’évolution de la plaie, mon ami, demanda avec bienveillance le chevalier de la Quête.
- Alors c’est ainsi, le moment venu vous échangez le glaive contre le baume pour remettre sur pied les inconscients et les malchanceux, dit le seigneur de Chort d’un ton amusé. Peut-être votre cœur oscille-t-il entre notre Dame et la douce Shallya. Au moins trouverez-vous une autre voie si celle du chevalier venait à vous lasser.
- Cessez donc vos fanfaronnades quelques secondes, jeune chevalier, et essayez de gardez votre bras au repos si aucune menace ne vient ne presser, dit Lot en fixant sur son compagnon un regard assez peu amène. Ménagez-vous que diable !
- Vos paroles portent toujours bon conseil, mon ami, aussi ferais-je comme vous le conseillez, se contenta de dire Arius d’un ton teinté de solennité.

Près d’une demi-heure passa sans changement. Théobald n’avait laissé qu’un trognon de son encas et l’épée de Arius semblait à présent tout à fait affûtée. De son côté, Henri n’avait pas reparu et Lot attendait toujours le réveil du cinquième chevalier qui, pour sa part, ne bougeait pas.

Henri surgit, le heaume finement ciselé de Friedrich bien enfoncé sur la tête et avança devant ses compagnons d’un pas étrange qui l’observèrent en restant pantois.
« Messires, me voici affublé d’une nouvelle coiffe. Me sied-elle ? » demanda-t-il en se pavanant.
- Diantre, vous ressemblez à s’y méprendre à un gigantesque poulet, rétorqua Arius en regardant le haut cimier du grand heaume enchanté.
- Vous n’avez pas le sens commun si vous pensez qu’un tel casque pourrait convenir à une volaille de si basse extraction, répondit Henri en ricanant.
- Sans doute vouliez-vous dire basse cour, dit Théobald de retour parmi ses camarades.
- Ma foi, la crête ne fait sûrement pas la bête et je ne doute pas que votre chair soit plus goûteuse que celle d’un vulgaire coq de rang inférieur, déclara Arius, toujours dans ses métaphores volaillères.
- Ce que j’entendais par là, c’était que ce heaume était de très bel ouvrage, s’expliqua Henri. Je le dirais bien volontiers magique mais je ne conjecturerai de rien cette matière où je n’entends rien.
- J’aurais gagé au Brigandin qu’il s’agissait bien là d’un artefact magique et terrifiant, dit Arius.
- Sans doute vaudrait-il mieux le remettre en place avant le réveil du sire de Schwytz, fit remarquer Lot.
- Ecoutez-moi mes amis, dit Henri d’une voix forte pour capter l’attention de ses camarades. J’ai bien examiné les affaires du semi-impérial et je ne crois pas qu’il y ait assez de provisions pour lui permettre de tenir plus de deux jours. Les nôtres étant elles-mêmes bien entamées, il devient urgent de trouver la sortie sans quoi la faim constituera une ennemie de taille.
- Voilà qui est préoccupant, dit Théobald. Même si par miracle nous trouvions une issue hors des bois d’ici après-demain, nous risquerions de ressortir trop loin de notre cible et devoir compenser notre égarement par une longue chevauché en rase campagne et sans vivres.
- Nous ne devons plus être si loin de la frontière septentrionale de l’ancien duché de Moussillon, tenta de tempérer l’expérimenté Lot désireux d’apaiser les esprits.
- Soit, mais nous sommes bel et bien égarés, Lot, fit remarquer Arius. Nous risquons de ne pas trouver de taverne ou d’auberge si nous ressortons en pleine campagne. Il est vrai que nous allons dans le bon sens, mais rien ne dit que nous ne nous sommes pas plus éloignés que nous ne le pensions à l’heure actuelle.
- Et s’il est vrai que la frontière de l’Arden est proche à vol d’oiseau, notre manque de repère peut nous faire perdre la bonne piste, déclara Théobald.
- Mais la vieille route sur laquelle nous sommes engagés doit bien mener hors de l’Arden, ne croyez-vous pas ? demanda Henri.
- Je le crois en effet, dit simplement Lot.
- Nous ne pouvons pourtant être sûrs de cela, dit Théobald. Pensez au nombre de chevaliers qui ont déjà disparu à tout jamais en pénétrant dans ces lieux et aux enfants imprudents dévorés aux abords du bois. S’il était si simple de s’aventurer ici, tous ces morts seraient encore en bonne forme.
- Quoiqu’il en soit, nous devons suivre cette voie, nous irons avec plus de célérité dans un chemin ouvert qu’en pleine forêt et ce même si cette route n’est plus entretenue depuis des années, voulut conclure Henri.
- Si des bêtes de proie s’approchaient, nul doute qu’elles fuiraient en entendant vos débats, fit remarquer une voix discrète qui mit néanmoins fin à la discussion des chevaliers. Voilà qui devrait faciliter notre sortie.
- Notre invité semble avoir repris ses esprits, ne put s’empêcher de dire Théobald.
- Et je suppose que vous attendez des explications, devina Friedrich. J’ai bien pensé qu’il s’agissait d’un songe lorsque nous nous sommes croisés plus tôt, mais si vous êtes encore là, je présume que ma solitude touche à sa fin.

Friedrich raconta ses mésaventures à la compagnie qui l’écouta avec attention et intérêt. Tous furent émerveillés par la fortune de cet homme qui était parvenu tout en étant seul à réussir l’exploit de les suivre et de les rattraper en pleine forêt et non la moins périlleuse du royaume. Ils s’accordèrent pour dire que la Dame était manifestement avec lui et qu’ils l’accueilleraient dans la compagnie de bonne grâce.
Au tournoi du Brigandin, tous l’avaient pris pour un impérial perdu en Bretonnie mais ils comprenaient désormais la réalité de sa condition.
Le territoire de Schwytz figurait hors des limites officielles du royaume, dans les montagnes séparant l’Empire de Karl Frantz du royaume de Louen Cœur de lion. Cette terre était à présent divisée entre les fidèles de l’empereur et ceux qui désiraient s’affranchir de sa règle parmi lesquels figuraient Friedrich et ses gens, adeptes du culte de la Dame du lac.
Pour sceller leur nouvelle amitié, ils burent le vin de l’amitié, gracieusement offert par le chevalier de Havras à qui on n’eut presque pas à forcer la main avant de s’apprêter au départ. Déterminé à prouver son engagement, Friedrich prêta serment de servir la cause que tous défendaient ici au nom de l'honneur du vieux seigneur Astrabell.

Forte de cinq membres, la compagnie reprit enfin la route sur les talons de l’usurpateur dont elle ignorait la progression et la position actuelle.
Sur les arbres alentours, de nombreux corbeaux étaient assemblés comme un funeste présage pour les dernières étapes de leur traversée.

La route n’était pas aussi clairsemée d’embûches qu’ils auraient pu le craindre et si présence hostile il y avait, rien ne se manifesta.
Au dessus croassaient les corbeaux, au loin chantaient les passereaux, en bref, rien ne semblait vouloir perturber la quiétude de la forêt. Si l’humeur n’était pas à l’allégresse au sein de la compagnie, les cinq paladins faisaient marche avec un ardent désir de voir enfin autre chose qu’un enchaînement d’arbres sans fin et de laisser derrière eux cette étape de leur quête et pour cette raison, leur trot était soutenu.
Henri fut le premier à percevoir un son qu’il jugea de prime abord curieux mais n’en alerta pas immédiatement ses frères d’armes. Loin de s’éloigner ou de se dissiper, pourtant, le bruit se fit plus marqué et plus proche au fur et à mesure de leur avancée. La route sembla s’élargir sous leurs pas et, chose de bon augure, d’autres chemins vinrent bientôt rejoindre le leur. La piste s’était faite chemin et le chemin ressemblait de plus en plus à une route fréquemment utilisée, la fin du périple semblait au bout du compte à portée de main.
Bientôt, le bruit qui semblait au début lointain ne put plus être ignorer et les cinq héros ralentirent avec prudence. Au détour d’un virage, ils tombèrent nez à nez avec une très large troupe disparate d’hommes pouilleux et vêtus de haillons gris ou marrons.
Parmi eux, certains récitaient des sortes de psaumes, d’autres se flagellaient tandis qu’une partie se contentait de fixer le ciel en marchant.

« DES CAVALIOUS CADAVARRREUX ! » hurla un édenté avant de lancer une pierre qui ricocha sur l’écu de Théobald de Bastogne.
- Par la Dame, tout cela ne finira donc jamais ? s’exclama Arius, exténué.

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MessageSujet: Re: A la poursuite du faux Astrabell   Mer 13 Déc 2006 - 1:33

Quatorzième partie : El Maestro

Quelque part en Bretonnie

Un chevalier galopait à travers champs, allant grand train au mépris du monde qui l’entourait et des paysages peu diversifiés qui s’offraient à lui, comme blasé par la vision, si belle fut-elle, qu’offrait la rase campagne bretonnienne. Tout autour de lui, à perte de vue, s’étendaient des vignes parfois bordées de sous-bois et ce depuis plus d’heures qu’il n’aurait su le dire. De temps en temps, l’horizon s’agrémentait de chaumières et des châteaux pointaient parfois le bout de leurs tours sur de lointaines collines comme pour rompre la monotonie du paysage. Au dessus de sa tête, le soleil brillait, illuminant le ciel d’automne, ajoutant une touche presque onirique à cette journée.
Ce chevalier, arborant des armoiries d’argent immaculé, présentait une opulente barbe et une longue chevelure blanche, signe manifeste de sagesse et de grand âge. Son armement, composé d’une grande lance de chevalier, d’une épée portée au côté dans un fourreau finement travaillé, d’un écu de bonne facture et d’un heaume accroché à son paquetage semblait de qualité et ne laissait aucun doute sur l’importance du personnage.
Il chevauchait ainsi depuis fort longtemps, dévorant la lande sous ses sabots, sans que nul parmi ceux qui l’avaient vu passer ne soit au fait de sa destination ni de ses objectifs.

Après encore une bonne heure de chevauchée, il parvint à une bourgade qu’il crut au premier abord paisible mais qui se trouva être en vérité en plein émoi.
La population du village était assemblée sur la place principale et un homme de stature moyenne, les cheveux en bataille et la barbe naissante, tentait de persuader les autres vilains de l’accompagner dans quelque entreprise manifestement douteuse à en juger par les réactions de ses compères.
Sans attendre d’en apprendre davantage, le paladin errant fit avancer sa monture en direction de la masse populaire. Plusieurs manants se retournèrent et restèrent bouche bée devant ce qu’ils jugeaient certainement être une apparition divine. Bientôt, le bon chevalier commença à traverser leurs rangs, se frayant un chemin jusqu’au cœur de la foule sans quitter sa selle. Des chuchotements et des bruissements commencèrent à se faire entendre tout autour cependant même qu’un lourd silence gagnait la foule jusqu’alors braillarde.

« Un saint vivant, c’est un saint vivant ! » put-on entendre émerger d’un rang arrière. Sans doute ces paroles avaient-elles été prononcées par un roturier averti et observateur qui avait reconnu le symbole du Graal représenté sur le bouclier du seigneur, et bien vite, ces mots résonnèrent comme un appel et furent repris en boucle par le reste de la masse grouillante.
« C’est la Dame qui nous envoie son champion ! » s’extasia un jeune homme, approuvé par maints hochements de têtes.
Sans se laisser décontenancé le moins du monde par une attitude qu’il avait l’habitude de susciter, le sage chevalier s’avança encore et fit finalement halte devant l’agitateur.

- Quel trouble vous agite, l’homme ? questionna le brave et clément sire dont les paroles se trouvèrent instantanément bues par les gens du peuple émerveillés par sa remarquable prestance.
- Noble seigneur, noble seigneur ! hurla d’un ton d’imploration le bougre en venant s’agripper à la jambe du chevalier. Je suis le taillandier du village, mon fils est parti dans les bois cueillir des champignons il y a deux jours et n’a pas reparu. Les démons l’ont certainement capturé. Sauvez-le, je vous en supplie, mon seigneur !
- Les démons ? s’étonna le vieux seigneur.
- OUI, ce sont les démons qui ont empolté son malmot, tout comme lo jeune Gontlan y a six lunes ! se permit de crier une veille femme.
- Le jeune Gontran ! Le jeune Gontran, ils sont revenus ! reprirent en chœur plusieurs autres paysans dans une cacophonie qui mit à mal la patience du saint vivant.
- Il suffit ! lança-t-il d’une voix autoritaire. Qui sont ces démons et où puis-je les trouver ?
- Des mangeurs d’hommes qui enlèvent les enfants pour leurs rituels ! répondit avec véhémence un autre gueux qui regagna le rang sitôt après, la tête basse.
- Ils vivent dans la forêt ! ajouta une femme hideuse en crachant.
- Alors qu’il en soit ainsi, il est du devoir d’un chevalier d’aider le peuple et ses démons feront bien pâle figure face à un authentique chevalier du Graal, déclara le vieux chevalier avec majesté.

N’écoutant que son courage et son incroyable sens du devoir, le paladin prit la route, d’abord guidé et pour ainsi dire escorté par une ample foule de paysans déterminés, puis, à mesure qu’il s’approchait du fameux bois, par une poignée d’hommes et de femmes de plus en plus craintifs. Finalement, le dernier gueux à marcher à ses côtés se contenta de lui montrer du doigt l’entrée des bois avant de prendre ses jambes à son cou comme si quelque chien de chasse s’était trouvé sur ses talons. Le noble seigneur l’observa un moment d’un air dubitatif puis s’engagea enfin sur ce qu’il estimait être une épreuve placée sur son chemin par la Dame en personne.
Il ne lui fallut pas très longtemps pour trouver la piste laissée par des traces de sabots à demi effacées et il comprit alors que ceux qu’il cherchait ne se cachaient pas le moins du monde, comptant sur la terreur qu’ils suscitaient chez les roturiers simples d’esprit pour demeurer à l’abri.
Après à peine quelques minutes à trottiner à travers bois, il arriva près d’une pente au creux de laquelle se trouvait une cahute et quelques chevaux attachés. Non loin se trouvaient trois hommes, assis en cercle autour d’une petite marmite qui s’affairaient pour leur repas.
Surplombant cette scène d’une cinquantaine de pieds, le noble paladin eut la chance de ne pas se faire repérer. Il attacha son destrier et s’approcha à pas de loup, extrayant sa lame d’acier de sa gaine de cuir en essayant d’ignorer ses épouvantables rhumatismes et les grincements de son armure.
Occupés à mettre les doigts dans leurs écuelles pour avaler leur répugnant ragoût, aucun des trois soi-disant démons ne remarqua son approche tandis que le vieux chevalier du Graal manqua de se vautrer lamentablement dans un tapis de feuilles mortes. Leur façon de manger était parfaitement dégoûtante et n’inspira pas vraiment le chevalier qui, à présent caché derrière un arbre à dix pas de là, ne savait encore comment amener son entrée. Il était miraculeux que nul n’ait entendu ses déplacements mais sans doute les brigands étaient-ils trop concentrés sur leur déjeuner pour percevoir clairement leur environnement. Toujours est-il qu’ils sursautèrent lorsqu’enfin décidé à attaquer, le vieux paladin surgit hors de son couvert pour trébucher devant eux.

- Qui es-tu, nobliau ? demanda l’un des hommes qui tira son épée à la vue du vieux combattant trop rouillé pour réussir une arrivée.
S’il l’avait voulu fracassante, le vieux paladin aurait préférée une entrée moins douloureuse, mais, maintenant qu’il se tenait devant ses adversaires, il se devait de vite reprendre ses esprits.
- Nombre de noms m’ont été donné, commença le chevalier en faisant une mine alliant un air de réflexion à un sourire de vieux pervers lubrique. Nommez-moi El Maestro car c’est là le nom que la mort a choisi de revêtir pour vous, vils mercenaires sans hon...
- El Maestro ? Est-ce là un nom pour un chevalier, l’interrompit un autre guerrier, visiblement d’humeur moqueuse.
- Je connais ce nom, dit le troisième, c’est celui du seigneur Hastrobel de Pinsailloul ! Cela signifie vieux radoteur en catharois. On dit de lui que ses discours sont aussi longs et soporifiques que les méandres des routes menant en Catharie !
- Ah mais silence, jeune faquin ! lui jeta au visage le vieillard visiblement offensé en agitant son épée dans l’air.
- Prépare-toi à rendre gorge, maudit serviteur de la Dame du lac ! dit avec fureur le plus imposant des trois scélérats qui, soudain, se jeta sur El Maestro qui ne dût son salut qu’à un réflexe qui manqua de lui démettre le bassin. A son accent, le vieux chevalier comprit qu’il n’avait pas affaire à un Bretonnien et s’en porta d’autant mieux lorsque sa lame pénétra sa gorge. Les autres guerriers restèrent stupéfaits car le meilleur guerrier de leur bande venait de succomber à la première riposte et ce face à un adversaire sur lequel ils n’auraient pas parié deux pistoles.
Pris de panique, ils renoncèrent à l’idée de s’opposer au Maestro. L’un prit la fuite, l’autre se jeta à genoux pour déballer tout ce qu’il savait.

« C’est un chevalier, un chevalier tout comme vous qui nous a demandé d’effrayer les paysans du coin. Ne me tuez pas, pitié ! Le seigneur de ces terres est mort durant la grande guerre et c’sont ses héritiers qui s’battent maintenant pour avoir l’domaine. C’est lui, c’est l’héritier qui nous paye pour leur faire peur ! Voler les enfants, c’était l’idée du Sylvanien, celui que vous v’nez d’occire, just’ là ! Pitié, messire!»

Le jugement fut promptement rendu. La tête du félon ne tarda pas à rouler à terre. Dans la cahute se trouvait l'enfant recherché que le vieux chevalier emporta avec lui.
Victorieux, le chevalier s’en retourna sans s’attarder vers le village, l’enfant blottit contre son haubert étincelant.
Son destrier le conduisit hors de la froideur des bois et le ramena prestement au village où le malheureux taillandier essuyait les critiques et les quolibets des autres gueux qui l’accusaient d’avoir mené à la mort un vaillant chevalier. La dispute tourna court lorsqu'entra dans la bourgade El Maestro le brave qui, toujours guidé par l'abnégation et la charité, venait une fois encore de ramener l'ordre.

Laissant le jeune garçon retrouver sa famille, le vieux sire se détourna pour reprendre sans plus tarder la route. Il avait appris quelque chose de déplaisant sur l'un des seigneurs locaux et son sens de l'honneur le poussait à lui rendre une petite visite.

- Quel est le nom de not’ bon chauveur, noble cheigneur ? demanda avec intérêt un ancien avant que le Maestro ne soit hors de portée.
- Je suis Astrabell de Pinsaguel, chevalier de la lointaine Catharie en Gasconnie, répondit le chevalier en s’éloignant en direction du soleil couchant, et, ce faisant, il donna un coup de pied dans le flanc de sa monture avec une parole d’encouragement.
HUE AGRAVAIN ! telles furent les dernières paroles que les gens du village de Cavatour entendirent.

Un mois après ces mésaventures, l'usurpateur s'inscrivit à la joute du Brigandin et déclencha une série d'événements qu'il ne pouvait alors imaginer.

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Dernière édition par Baron de Havras le Dim 11 Mai 2014 - 17:03, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: A la poursuite du faux Astrabell   Dim 31 Déc 2006 - 22:40

Quinzième partie : Sur le chemin du désespoir

Au milieu du chemin, la troupe faisait toujours face à la masse compacte des manants fanatiques. Ces derniers étaient innombrables et la brume dans laquelle était à présent nimbée la forêt nuisait d’autant à la visibilité des chevaliers, incapables de jauger efficacement l’étendue de la procession. La forêt, depuis leur arrivée, avait revêtu une multitude d’aspects et de couleurs, tantôt bleue, verte puis noire mais c’était désormais le gris clair d’un brouillard froid et épais tranchant avec le brun et le roux des fouillent mortes jonchant le sol qui la caractérisait. Ici, si près du duché maudit, la nature elle-même semblait être passée à l’hiver.

« Nous ne pouvons aller plus avant, une fois encore ! Je commence à franchement détester cette maudite forêt. » s’emporta le jeune et noble Théobald devant l’armée d’hommes crasseux qui lui barrait la route et ce, malgré son assez bonne disposition d’esprit à l’égard du petit peuple.
- Faites place! Ôtez-vous de notre chemin maudits paysans ou subissez le courroux des chevaliers de la Dame ! hurla Arius avant de baisser la tête pour ne pas recevoir à son tour un caillou hasardeusement lancé par la fébrile main d’un gueux en malnutrition.
- Ces fieffés vilains sont vraiment nombreux et leur attitude est pour le moins curieuse, ne trouvez-vous pas ? dit Friedrich de Schwytz.
- Ils nous prennent pour des morts ou je ne sais quoi, fit justement remarquer Henri d’un air incrédule.
- Cela n’a rien de très surprenant, si je ne savais pas Friedrich avec nous, je le prendrais bien volontiers pour un mort moi aussi, dit Lot avec le sourire.
- Ils ne nous écouteront pas quoi que nous disions, dit Théobald de Bastogne avec lucidité.
- Voici pourquoi le contact des manants me fait horreur, dit Arius. Lot, faites quelque chose. Après tout, vous êtes ici le mieux disposé à l’égard de ces jacques sournois et stupides.
- Attendez une minute, les seigneurs d’Orcadie ont toujours été bienveillants avec leurs gens mais cela ne signifie pas que la tâche me revienne de parlementer avec une troupe de sauvages nauséabonds, s’emporta Lot visiblement très peu attiré par l’idée d’établir la communication avec les déments en colère.
- Il n’y a pas d’autre chemin, je ne me laisserai pas retarder par une bande de pouilleux, s’exprima Henri de Volvestre en qui l’ardent désir de rattraper l’usurpateur se faisait un peu plus pressant à mesure que la compagnie s’éloignait allait vers les terres découvertes.
- A MOL ! vociféra alors un pèlerin dont les compagnons reprirent le cri en chœur.
- Ces faquins vont nous lyncher, nous jeter à bas de nos montures et nous dépouiller de tous nos biens, soyez-en sûrs ! déclara Arius de Chort, entre panique et rage.

Les gueux étaient partout, certains s’approchaient en tendant les mains vers les paladins tandis que les autres, toujours convaincus d’avoir affaire à des démons ou des morts, montraient des signes évidents d’hostilité.
Debout au milieu des rangs de ces fanatiques se tenait un homme hirsute, vêtu comme un prêtre à l’affiliation impossible à définir et dont la bure aurait été réduite en haillons par des années de vie d’errance. Ce dernier invectivait et s’adressait à ses frères de route pour qu’ils demeurent vigilants face à la fourberie des non-morts qu’il disait fourbes et prompts à se travestir en nobles seigneurs. A son regard, il n’était pas très difficile de comprendre qu’il n’avait plus toute sa raison et, pourtant, sa verve et sa ferveur semblaient aisément convaincre la plupart de ses camarades du bien fondé de ses thèses concernant l’arrivée de cinq chevaliers sur la route forestière.
Appelant ses compagnons à prier la Dame pour obtenir son pardon, il cracha au sol un colossal et ecoeurant glaire avant de lancer un vieux calice rouillé au visage du sire de Volvestre qui ne put que placer son bras devant sa face pour éviter une blessure fort humiliante.
Pendant ce temps, tandis que derrière le vieux fou s’agenouillaient les plus fervents, les plus belliqueux tiraient déjà leurs armes, prêts à anéantir ce qu’ils prenaient pour des abominations dont l’existence même allait à l’encontre des préceptes de la Dame du lac et de Sa volonté.
Le gros de la troupe resta ainsi en retrait, mais quelques-uns comprirent qu’ils se trouvaient bien là face à d’authentiques chevaliers bretonniens et non d’ignobles vampires, ce qui les poussa à aller quémander tout ce que les chevaliers pourraient leur lâcher. La plupart de ces misérables était en pleurs, une partie se flagellait et, à ce que les paladins pouvaient voir, une bonne part d’entre eux était infirme. Il y avait dans cette cohorte en marche des éclopés en tout genre, s’approchait un vieil homme aveugle à l’implantation capillaire aléatoire suivi d’un fou marchant sur les genoux et de quantité de personnes mal nourries et toutes plus pauvres les unes que les autres. Parmi eux se trouvaient des femmes et quelques enfants qui apparaissaient pour un petit nombre, mais tous ces derniers étaient difformes ou malades.
Si au début la compagnie avait pensé à une troupe de pèlerins du Graal, elle comprit bien vite qu’elle se trouvait face à bien plus que cela. Sans doute s’agissait-il de pauvres erres chassés de chez eux et ayant décidé de suivre par dizaine une bande de fanatiques dans une tentative stupide et vouée à l’échec de reconquérir Moussillon ou de purifier les terres alentours du mal qui les souillaient depuis des siècles. Il n’y avait pas de doutes, la région était bien la plus malfamée de tout le royaume et ici, le désespoir avait pris le pas sur tout le reste, contraignant la population à mener une vie vaine et infamante.
Peu de membres de la compagnie faisant chasse à l’usurpateur n’étaient venus si près du duché perdu, mais, s’ils savaient que certains domaines étaient encore occupés, ils ne doutaient pas que la misère se présenterait à présent à eux à chaque mille parcouru. Ils n’avaient là qu’un avant goût de leur avenir proche et c’est cette idée même qui les meurtrit le plus.
Toutefois, pour l’heure, plus que toute autre considération d’ordre moral ou éthique, leur principal souci était de se frayer un chemin alors même qu’ils se trouvaient noyés dans le flot de miséreux..

- Donnez-moi de l’eau ! implora un vieil homme borgne, passablement chauve et absolument hideux. Sa main était crispée sur le caparaçon du cadet de Catharie incapable de repousser la masse qui grouillait tout autour de lui.
La compagnie était empêtrée, sans possibilité de rebrousser chemin et dans l’impossibilité d’avancer, chose frustrante pour tout chevalier qui se respecte.
- Bénissez-moi ! cria un autre, les mains levées vers Lot.
- J’abhorre la gueusaille ! faites-les partir ! s’exclama vivement Arius de Chort en faisant reculer son destrier de quelques pas, bousculant au passage quelques malheureux.
- Messile chivalière! lança un vieux débris en s’approchant de la troupe. Messile ! Du pain, messile !
- N’écoutez point les vaines paroles des fils du malin ! exhortait toujours le barbu qui envoya derechef un nouveau projectile en direction de Friedrich.
- Cette terre est malade, ses habitants aussi, déclara Henri.
- La peste soit des paysans sans terres à cultiver ! cria rageusement le seigneur de Chort, qui semblait prendre ombrage d’avoir été contraint à s’arrêter par une bande de manants bien miteux.
- Emm’nez-moi moncheignol ! De glâce ! supplia l’un des rares ventrus en baisant les pieds de Théobald.
- C’en est assez, filons d’ici, donna en réponse le jeune homme tentant d’ignorer les suppliques.
- Je commence également à ressentir un terrible malaise, une nausée que je ne saurais qualifier, expliqua Friedrich.
- Vous javez un bien bel attirail messire, dit en esquissant un sourire malsain un homme d’âge moyen, visiblement plus robuste que les autres.
- Vous semblez avoir un nouvel ami, sire Arius, dit Lot face à la cocasserie de la situation.
- Je ne fraye pas avec les gens de basse extraction, répondit froidement son compagnon.

Il devenait de plus en plus malaisé de tenir à distance les curieux et les implorants. Plus loin, des hommes en armes s’étaient réunis et tâtaient nerveusement le fil de leurs épées ébréchées et d’autres démagogues s’étaient rangés aux côtés du prêtre barbu. Sans même que les chevaliers ne montrent le moindre signe d'agressivité, la tension montait parmi ces fanatiques.
Au cœur de l’action Arius avait tiré son épée et la braquait d’un air menaçant. De toute la compagnie, il était clairement le moins bien disposé à l’égard des franges populaires de la population bretonnienne et ses instincts guerriers commençaient à prendre le pas sur son jugement. Les autres chevaliers, pour leur part, tentaient de conserver leurs nerfs ainsi que, chose moins aisée, le contrôle de la situation. A présent, tous craignaient que survienne l’étincelle qui pouvait à tout moment mettre le feu aux poudres et chacun pensait connaître le nom de celui qui, dans la compagnie, était le mieux parti pour s’acquitter de cette tâche.
Les choses s’embrasèrent d’un coup. Une main vint agripper le chevalier de Havras par senestre tandis que par l’arrière l’homme au sourire malsain en profitait pour dérober au sire l’une de ses gourdes.

- J’ai la drôlerie ! J’ai la drôlerie ! s’exclama en s’enfuyant le misérable, fier de son forfait.
- Le maudit larcineur, il a volé mon précieux nectar ! cracha avec force haine le chevalier avant de se défaire d’un ample coup de bouclier de l’insensé qui avait eu l’outrecuidance de s’accrocher à lui.
- N’y allez pas ! tenta de le raisonner le vieux chevalier d’Orcadie en le voyant fendre la foule mais, hélas, il était déjà trop tard.
- POUR HAVRAS ! s’époumona en renversant au passage quelques paysans le chevalier fou furieux. Je te couperai la main pour ton méfait !

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MessageSujet: Re: A la poursuite du faux Astrabell   Ven 5 Jan 2007 - 17:31

Le voleur n’avait parcouru que quelques mètres lorsque la lame vengeresse vint lui lacérer le dos. Il s’effondra finalement dans un cri d’agonie épouvantable, lâchant au passage la gourde qui alla s’écraser dans la boue. Il y eut alors un moment de flottement qui sembla durer une éternité. Les quatre chevaliers demeurés en retrait étaient sous le choc devant la brutalité de l’attaque de leur camarade. Lot grimaça, Théobald scruta les visages avec une certaine inquiétude et les deux autres baissèrent la tête, pour se recueillir ou peut-être plus simplement par lassitude face à la tournure que les événements allaient prendre de manière irrémédiable.
Arius mit pied à terre, essuya son arme, la rengaina puis se dirigea lentement vers l’objet qui l’avait poussé à mettre à mort le misérable tire-laine.
Autour de ses compagnons, l’ambiance était à la panique et l’agitation se changea vite en bousculade incontrôlée.
A l’avant, le cortège processionnel était totalement arrêté et les gueux s’amassaient toujours plus nombreux pour voir ces chevaliers que la rumeur qui s’était répandue comme une traînée de poudre disait être des vampires avides de sang frais.
Bientôt, des hommes s’emparèrent de branches mortes et ceux disposant déjà d’armes les prirent en main. Tous avaient dans l’idée de se débarrasser au moins de celui qui était descendu de cheval. Qu’il fut un noble ou un damné importait peu à présent car seule la peur guidait leurs esprits simples.

Les pèlerins étaient pour leur part parés à charger, galvanisés par les paroles des prêcheurs fanatiques.
Sans se concerter, plusieurs partirent à l’assaut du noble seigneur qui vérifiait encore l’état de sa gourde source de discorde.
Il lui fallut réagir prestement pour éviter d’être taillé en pièces. Le premier assaillant reçut pour récompense de son empressement un violent coup de poing qui le jeta à terre, le privant définitivement de quelques molaires.
A peine celui-ci hors combat, deux autres étaient déjà là. Reculant de deux pas d’un geste maîtrisé et précis, le guerrier de Havras et sa gourde remit son écu en place pour s’assurer une défense efficace. Sans trop de peine, il poussa dans les orties un pèlerin à tonsure à l’aide de son bouclier et fit une large estafilade à un autre grâce à la dague qu’il portait jusqu’alors à la ceinture.
Arius, devant la quantité d’ennemis en marche à sa rencontre dut pourtant se résoudre à tirer l’épée hors du fourreau. Il savait pertinemment qu’il n’en ressortirait rien de bon et avait tenté jusque là de ne pas se montrer trop féroce à l’égard de ces colliberts sans vertu mais il sentait le danger plus pressant à chaque instant tandis que de nouveaux paysans se ruaient sur lui.
A une vitesse époustouflante pour un homme en armure, il se porta à la rencontre d’un pauvre bougre qui avait eu la mauvaise idée de se ruer sur lui pour l’assommer d’un coup de bâton et l’éventra, continuant sa route vers un autre combattant sans se retourner. S’abaissant, il évita un coup de lance qui échoua dans l’abdomen d’un nouveau pèlerin et d’un moulinet il trancha net l’avant-bras d’un rustre imprudent.
Il se débrouillait bien malgré la situation délicate dans laquelle il se trouvait mais la foule en délire ne visait plus qu’à sa destruction et les ni les cris de douleurs de ses camarades blessés ni le regard furieux du chevalier ne semblait la dissuader. Le reste de la compagnie savait qu’il serait impossible, même à un chevalier de sa qualité, de tenir bien longtemps à ce rythme face à une troupe innombrable. Plus grave, parmi ceux qui cernaient la compagnie, les quelques courageux qui s’étaient emparés de branches mortes partaient se joindre à la curée, mettant un peu plus en péril l’indomptable seigneur à la gourde.
N’écoutant que sa fougue, le jeune Théobald tira la masse d’arme qu’il gardait attachée à son dos et partit s’interposer. Il porta quelques coups qui eurent tôt fait de convaincre la majorité des fourbes gueux de garder leurs distances. Henri et Friedrich sortirent à leur tour leurs épées des fourreaux et tentèrent également de maintenir au calme les gens du peuple surexcités.
Pour sa part, Lot faisait son possible pour apaiser les esprits. Il n’était pas genre d’homme à éviter un combat, mais de se battre contre des bretonniens, furent-ils de vulgaires manants, lui posait un problème moral.
Au cœur de la mêlée, là où l’action se faisait plus intense, le seigneur de Chort fracassa un crâne de son bouclier enchanté, frappant encore et encore, habité d’une rage inextinguible.

Traversant la masse grouillante, un cavalier au port noble et à l’armure rutilante s’avança. Telle une garde d’honneur, de nombreux pèlerins le suivaient, les yeux rivés sur lui.
Il portait tout l’équipement d’un seigneur chevalier armé pour la guerre, ses épaules étaient ceintes d’une cape d’un blanc pur et son haubert de maille laissait apparaître les traits sévères et impassibles de sa figure.
Sa barbe de la couleur de la neige fraîchement tombée rappela un instant aux cinq compagnons celle de l’usurpateur et, cependant, la comparaison s’arrêtait là. Sa mine hiératique imposait à tous le respect et la crainte respectueuse qui habitait les yeux des gens de sa « suite » se communiqua aussitôt à toute la compagnie des cinq.

« Sire Cordred est ici. » chuchotèrent de nombreuses voix et, tel un écho, ce nom se propagea.
Arius lâcha l’homme qu’il tenait par le col, Théobald abaissa sa masse d’arme, Henri et Friedrich restèrent sur leur garde et Lot écarquilla les yeux devant cette surprenante vision.
De son côté, le chevalier du Graal semblait calme et
- Seigneur Cordred ! l’interpella l’agitateur barbu. Ces maudits sont venus pour prendre nos âmes, ils ont déjà commencé leur œuvre de mort, voyez ! Mais, la Dame les punira pour cela, elle les punira par la main vengeresse de vous, son champion et soyez certains que…
- Silence, répliqua d’un ton sec mais néanmoins relativement calme l’honorable chevalier du Graal.

Le vénérable chevalier fit mouvement, majestueux et resplendissant d’une gloire immaculé. Il n’avait manifestement pas l’heur de supporter les sottises de ses suivants et le ton propitiatoire du fou qui invectivait depuis de longues minutes avait le don de le lasser au plus haut point. Il savait néanmoins qu’il avait peu d’influence, malgré le statue quasi divin qu’il revêtait à leurs yeux, de pouvoir amener les fanatiques à la raison mais la situation était à présent trop délicate et préoccupante pour qu’il reste timidement à l’avant du cortège sans tenter quelque chose.

« Il suffit ! Que signifie tout ceci ? » grommela-t-il.
- Ces ignobles culverts ont tenté de me dérober l’un de mes biens les plus précieux, se décida à répondre Arius.
- Ainsi donc, c’est un ombrageux seigneur qui est la cause de tout ce désordre, constata le vieux chevalier, toujours fier et digne sur sa selle.
- Et ces gens, sont-ils les vôtres ? interrogea Henri de Volvestre.
- Je protégeais un lieu saint il y a encore peu, raconta le vieux sire. Certains passaient jour et nuit agenouillés devant ma chapelle mais une mission m’a conduit à quitter ma retraite et ces gens m’ont suivi. Ils étaient si peu nombreux au début… mais la troupe de fanatiques qui me suit depuis mon départ n’a eu de cesse de s’agrandir, comme si tous les miséreux avaient décidé de se joindre à la procession.
- Sans doute n’avez-vous pas eu le temps de tous les museler, lança Arius de Chort en essuyant d’un revers de main le sang qui rougissait sa joue.
- Noble seigneur, ces fous sont-ils tous à vos trousses ?questionna Théobald, surpris.
- Ma foi, non, répondit sire Cordred. Cette troupe compte cinq chevaliers ermites et quelques chevaliers errants se sont mêlés à la masse. Une centaine d’âmes forment cette procession.
- Pardonnez ma curiosité, mais quelle mission pourrez-vous accomplir si une armée de piétons vous suit ainsi ? s’inquiéta le jeune chevalier de Bastogne.
Cependant, les chevaliers du Graal étaient souvent assez peu loquaces et en particulier sur les missions dans lesquelles ils s’étaient lancés, ainsi Lot d’Orcadie se décida-t-il à vite changer de sujet.
- Nous sommes une compagnie partie à la poursuite d’un chevalier parjure, déclara-t-il.
- En effet, nous sommes à la poursuite d’un usurpateur, s’expliqua Henri. Mission m’a été confiée de le rattraper et de le confondre et mes camarades ici présents se sont joints à moi pour m’assister dans cette tâche.
- Je me nomme Théobald de Bastogne, indiqua le jeune chevalier.
- Et moi Lot d’Orcadie, rétorqua sur-le-champ le chevalier de la Quête.
- Friedrich de Schwytz est mon nom, ajouta le montagnard.
- Je me présente, Henri de Volvestre, capitaine et champion des cadets de Catharie, dit le jeune chevalier du Sud, voyant le regard d’acier du bon seigneur se porter sur lui.
- Je vois, se contenta de déclarer le noble sire Cordred. Voici une intéressante compagnie. Sans doute est-ce la coutume à Havras de garder son nom secret.
- Je suis Arius de Chort, se présenta le chevalier de Havras très troublé d'avoir été reconnu en tant que vassal de Havras.
- Un nom que je n’oublierai pas, tueur de roturiers, dit d’un ton suffisant un noble qui fit son apparition derrière sire Cordred.
- A qui ai-je l’honneur ? rétorqua Arius.
- Je m’appelle Agobard et je suis capable de vaincre n’importe qui, déclara le chevalier arrogant.
- J’en suis fort aise et j’attendrai notre prochaine rencontre avec impatience, lui assura le seigneur de Chort satisfait.
- Nous nous reverrons, soyez-en sûr, confirma le chevalier vantard.
- N’attendez pas la reverdie pour tenir parole, commanda Arius d’un air de défi.
- Seigneurs, l’heure n’est pas à la querelle et nous devons nous rendre en Castagne au plus vite, rappela Henri.
- En ce cas, je me permettrais ce conseil, lorsque vous serez disposés à abandonner votre combat contre ces malheureux, passez par le village de Verdeleaux et suivez la route d’Yremy en direction de l’Est, dit le vieux sire Cordred avec une étrange lueur dans le regard.
- Verre de… vous vous moquez ! dit Arius en levant un sourcil d’un air incrédule.
- Ma foi non et je ne prodiguerai pas d’autre conseil, dit en toute simplicité et pour clore définitivement la discussion le bon sire Cordred.
- Nous vous savons gré de votre bienveillance, noble sire, le remercia Lot avant de se mettre en marche. Mes frères, en marche.
- Allez maintenant, avec la bénédiction des serviteurs de la Dame, dit pour conclure le vénérable chevalier du Graal. Je vais m'assurer que l'on ne vous empêche pas de passer.

Arius se tenait debout au milieu d’un tas de corps allongés dans le sang et la boue. Certains, tel l’homme qui avait perdu sa main, rampaient pour s’extraire du bourbier. Comme si de rien n’était, le chevalier regagna sa monture cependant même que ses compagnons avaient repris la route et s'éloignaient sans l'attendre. L’intervention du chevalier du Graal avait eu plus d’impact qu’il ne l’aurait escompté et nul ne s’opposa plus à la progression de la compagnie.
Ainsi la troupe reprit-elle la route après ce qui aurait pu être un épisode dramatique. En fin de compte, il y avait eu pour une gourde cinq morts et près de douze blessés.
Les cinq chevaliers ignoraient pourquoi le vieux chevalier du Graal leur avait conseillé de passer par un chemin particulier mais comptaient bien se conformer à ses précieux conseils.
De son côté, Arius ne pensait déjà plus aux quelques manants qu’il venait d’occire mais attendait avec impatience sa prochaine rencontre avec le sire Agobard car rien ne l’intéressait plus, outre une bonne bouteille, que la perspective d’un haletant combat.
Les péripéties forestières de la compagnie touchaient à leur fin. Devant eux allait bientôt s’ouvrir un nouveau monde de dangers inconnus et terrifiants : le redoutable duché de Moussillon.

Quelque part dans un ancien domaine du duché perdu de Moussillon :

Un homme encapuchonné dévala un escalier de pierre poussiéreux et déboucha dans une ancienne crypte dans laquelle flottait une terrible odeur de moisi. La lumière y était presque inexistante hormis quelques faisceaux bleutés et les toiles d’araignées formaient la principale décoration des lieux.
L’homme vêtu d’un grand manteau noir poussiéreux presque en haillons avançait d’un pas pressé, comme s’il s’était su en retard à un important rendez-vous. Il était de taille moyenne, son teint, blanc comme un linceul, faisait plus penser à celui d’un cadavre qu’à un homme vivant.
Son nom était Faztarath, il était nécromancien.
Après quelques minutes, il arriva enfin dans une pièce circulaire où étaient déjà réunies huit autres personnes, d’âges, de tailles et d’allures différentes et pourtant toutes similaires dans leur attitude.

- L’ennéade est à présent au complet, le rituel va pouvoir commencer, déclara solennellement un nécromancien porteur d’un large chapeau de magicien.
- Bientôt, nous aurons notre revanche sur les armées du duc Adelard, ricana un autre sorcier livide.

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MessageSujet: Re: A la poursuite du faux Astrabell   Jeu 1 Mar 2007 - 2:58

Seizième partie : En terre maudite

La troupe fit chemin dans la forêt pendant encore une partie de la journée. Les cinq chevaliers avaient l'air grave et tous pensaient à ce qu'ils avaient traversé jusque là. L'esprit d'Arius était tout à sa rencontre avec cet arrogant sire nommé Agobard, cet homme qui, lorsqu'il vint s'adresser à lui n'était pas en tenue de combat et qui pourtant, Arius le savait rien qu'à l'avoir observé, savait s'y prendre avec une épée. Le chevalier de Havras était un homme de guerre et un expert des duels et autres tournois malgré son âge relativement peu avancé de vingt-quatre ans, aussi avait-il pu jauger d'un seul regard ce donneur de leçon et en avait-il conclut que le combat pourrait être intéressant, pensée qui semblait grandement le contenter. Théobald, pour sa part, se remémorait un à un les jours passés en forêt, mais, bien vite, sa pensée s'arrêta sur les deux ravissantes damoiselles à l'allure altière qu'ils avaient rencontrées quelques jours plus tôt et en resta rêveur. Ses compagnons commençaient à bien le connaître et il suffit à Lot qui chevauchait derrière de le voir ainsi, l'air béa, pour savoir quel genre de fantaisies animaient son esprit. Le vieux chevalier de la Quête haussa les sourcils et lança un regard amusé en direction du cadet de Catharie qui trottait à ses côtés, recevant en réponse un ricanement que le jeune Henri aurait certainement préféré plus discret lorsqu'il le laissa échapper. Fermant la marche, Friedrich de Schwytz pensait pour sa part à sa terre natale et à la rébellion qui l'agitait. Le regard absent, il suivait instinctivement le groupe.
Finalement, ce fut Henri qui rompit le silence en revenant sur leur dernière mésaventure.

"Ne trouvez-vous pas étrange cette compagnie que nous avons rencontrée plus tôt ? demanda-t-il. J'aurais juré à première vue qu'il s'agissait d'une troupe tout à fait banale de pèlerins du Graal et, pourtant, il y avait parmi eux tout autant de pauvres marauds que de combattants."
- La misère est partout en ces terres et les miséreux sont prêts à s'accrocher à la moindre once d'espoir, répondit Lot. Fut-elle une troupe de fous se croyant guidés par la Déesse elle-même.
- Tout de même, jamais je n'avais vu des gens si malheureux ou désépérés, fit remarquer Théobald, redescendu de son nuage. J'ai bien cru qu'ils allaient nous renvoyer ad patres dans leur délire.
- Ce sont là de vilaines gens, commenta Arius, fier chevalier de Havras.

C'était là un commentaire simple et franc, le jugement était prompt et sans appel, mettant tous ces pauvres bougres dans un même sac sans chercher à faire de différence entre eux. Aussi certains trouvèrent-ils le seigneur de Chort bien sévère, cependant, il n'y avait pas grand chose à ajouter. Ces simples mots étaient le fond de sa pensée concernant les gens du peuple et, après l'incident qui venait de se produire, nul ne pouvait plus lui en tenir rigueur. Un silence embarrassé sembla se poser parmi les compagnons mais il parut alors clair que le flamboyant Henri de Volvestre éxecrait l'absence de sons. Aussi le salut de la conversation vint-il une fois de plus de lui. Ayant remarqué le mutisme prolongé du chevalier de Schwytz, dernier arrivé et dont, au fond, ils savaient si peu de choses, il héla ce dernier avec enthousiasme.

"Eh bien, sire Friedrich, lui dit-il, que nous vaut cette mine déconfite ?"

Le chevalier des montagnes ne répondit rien dans un premier temps, puis, comme si les mots d'Henri avaient finalement fini par atteindre l'espace lointain où s'était égaré son esprit, il s'expliqua d'une voix hésitante.

- Je songeais, il est vrai, acquiésca le montagnard. Je songeais à ma terre et à ses troubles. Nous nous y trouvons dans une situation fort délicate, savez-vous. Un terrible souffle balaie actuellement Schwytz, des foyers de rébellions se sont formés un peu partout et le margrave et ses troupes se sont installés dans un bastion proche. Nous craignons une offensive sous peu...
- Ainsi donc, votre terre est en proie au chaos, s'étonna Lot. Quelles sont les causes de ce conflits ?
- Comme vous le savez, Schwytz se trouve dans les montagnes grises qui séparent la Bretonnie de l'Empire de Karl Franz mais a toujours été considéré comme les marches de l'empire bien que la population y soit partagée. De fait, je suis fils de bailli impérial, mais comme beaucoup, ma religion est celle de la Dame. Les taxes impériales nous écrasent de plus en plus et appauvrissent le domaine et le mécontentement alla croissant jusqu'à ce que germe le conflit armé sur le point d'éclater.
- C'est donc pour cela que vous etiez venu à Corneblais, conclut Théobald. Vous vous rendiez à Couronne, n'est-ce pas ?
- Tout juste, j'allais quérir de l'aide auprès de la cour royale puisque nous sommes en lutte contre les lois impériales et que mes fidèles et moi-même sommes dévoués à la Dame du Lac. Friedrich laissa alors son regard d'emeraude divaguer un instant puis reprit. Nous somes sous équipés et ces maudites taxes nous ont suffisamment affamés pour nous affaiblir. L'avenir me semble sombre pour dire vrai. Une semaine avant mon départ, l'Alérion d'argent de l'étendard du margrave Frantz Von Higenhart avait été aperçu tout près du col.
- Mais, pourquoi vous être détourné de votre route, en ce cas ? s'étonna Arius.
- Cela me serait impossible à expliquer, répondit Friedrich, quelque peu embarassé. Disons que j'ai senti comme un appel.

Après ces paroles, tous observèrent un religieux silence. La fin de leur route forestière était enfin arrivée, et, à leur grande surprise, ils n'avaient eu à affronter ni hardes d'hommes bêtes ni monstres voraces au cours de leur progression (abstraction faite des mésaventures du seigneur de Scwhytz qui n'avait pas fait route avec le reste de la compagnie pour une bonne partie du périple). Non, rien de tout cela, juste une bande de gueux faméliques parmi lesquels figuraient un grand escogriffe, quelques boiteux et des chevaliers dont la présence semblait déplacée au coeur de cette tourbe populaire.

Le temps semblait avoir suspendu son vol, la forêt n'émettait plus aucun son et la quiétude de la brume n'était désormais perturbée que par le son des sabots. Il n'y avait rien ici, ni vie, ni bruits, ni même de paysage à contempler. Comme ils l'avaient déjà remarqué plus tôt, l'ambiance était hivernale et les arbres sans feuilles laissaient à présent entrevoir un ciel gris pâle. Suivant l'unique route, ils débouchèrent enfin au dehors et en demeurèrent coi. Droit devant eux, à perte de vue, s'étendait la terre maudite de Moussillon. Tout en elle semblait lugubre, la terre était presque grise comme de la cendre et l'atmosphère constamment humide avait semblait-il imprégnée la terre d'où emanait une épouvantable odeur de pieds. Un crachin presque invisible tombait, empêchant la terre boueuse de retrouver une saine apparence propre aux parcelles cultivables qui composaient le reste du royaume et une brume nauséabonde flottait dans l'air, signe que non loin étaient des marécages fétides. C'était à n'en point douter une terre insalubre et malsaine, autrefois fleuron de la Bretonnie, en une époque où Landouin, duc et maître du domaine, faisait resplendir dans tout le royaume le nom de Moussillon. Au dessus, le ciel était presque entièrement blanc, comme ces ciels hivernaux où tous les nuages semblent s'être amoncelés en un seul. Rien ici ne laissait espérer des temps meilleurs.

"Ici prennent fin toutes les espérances" déclara d'un ton sinistre le fier Lot d'Orcadie.
- Rien ne m'empêchera, moi, de garder bon espoir de mener à bien ma quête, cependant, lança le brave Henri dont l'oeil était habité d'une lueur de défi.
- Montrons à cette terre hostile que nous ne la craignons pas ! dit avec fierté sire Arius avant de s'élancer dans la plaine au galop, plantant ses camarades sur place.
- Ce chevalier est trop hâtif, songea Lot. Puis, se tournant vers les autres, il déclara bien haut : laisserons-nous donc ce paon de Havras ramasser toute la gloire ? avant de piquer des deux à son tour, bien vite imité par les jeunes paladins qui n'avaient pas à se faire prier lorsqu'il s'agissait de partir à la charge

Sur cette terre de malheur, cinq chevaliers galopaient. Laissant le paysage monotone et sinistre de Moussillon défiler et les mornes plaines se succéder, ils avançaient au mépris du monde extérieur, comme pour railler le duché maudit et sa terrible réputation. Charger, fut-ce le vent, galoper comme si rien n'avait d'importance, était un bon moyen de se vider les esprits, un exutoire réservé à l'élite chevaleresque. Pour l'heure, ils ne souhaitaient que profiter d'une liberté dont ils avaient été privé durant leur escapade en forêt et voulaient profiter du grand air, même si celui-ci était quelque peu vicié. Arius, en tête, laissait le vent lui fouetter le visage, ses longs cheveux blonds flottant en l'air tel un voile couvert d'or fin. Sur ses talons, Henri et Theobald étaient au coude à coude, aussitôt suivis de Lot et Friedrich qui ne comptaient manifestement pas se laisser distancer. Les coeurs battaient au rythme des sabots et toute leur hardiesse de fiers combattants les animait d'une energie remarquable.
Après quelques minutes à ce rythme, ils firent enfin halte, ivres de liberté et heureux d'avoir pu étancher leur soif de galops fougueux. Friedrich ôta son heaume et rit à gorge déployée, sitôt imité par ses compères.

"Voilà ce que j'appelle vivre, mes frères" s'exprima Arius en tentant de récuperer son souffle.
- Et maintenant ? demanda Théobald en haletant.

Finalement, la réalité s'imposa à eux. Sans doute n'avaient-ils pas galopé suffisamment rapidement pour la semer dans leur sillage. La nuit était proche, à pas plus d'une heure, et ils se trouvaient en territoire maudit. De la colline sur laquelle ils se trouvaient, les alentours étaient clairement visibles sur trois lieues et rien, ni luxuriante végétation, ni terres arables. Pas le moindre château, pas la moindre chaumière. Juste ce ciel gris blanc et cette infâme odeur de marécages. Pour un peu, ils en auraient regretté les trognes de travers de la misérable procession.

- Nos bêtes sont épuisées et n'ont rien eu sous la dent d'autre que des baies sauvages et des herbes folles depuis une semaine au moins. C'est de fourrage et d'un abri que nous avons le plus besoin, analysa Friedrich de Schwytz avec un perspicacité remarquable.
- Voilà qui est dit ! s'exclama Henri de Volvestre. Les bêtes vont certes avoir grand besoin d'attention, mais je crains plus pour nos propres réserves.
- Au moins nous reste-t-il assez de pain pour tenir au moins ce soir, dit Théobald avec un certain entrain, probablement quelque peu forcé.
- Mais demain ? questionna Henri, visiblement accablé.
- La peste soit de demain ! Répondit le chevalier de Havras avec emportement.
- En rationnant nos portions de pain, nous tiendrons un jour de plus, trancha Lot. Pour l'heure, nous devons nous hâter de trouver un refuge pour la nuit. De sombres rumeurs courent sur les monstres qui rôdent à Moussillon la nuit venue et je ne tiens pas être présent pour les confirmer.

Ainsi reprirent-ils la route sur cette lande abandonnée. Dans un premier temps, ils ne virent rien d'autre que des pierres et des touffes d'herbe desséchée, mais bientôt, ils aperçurent les premières traces d'anciennes installations humaines qui leurs avaient échappé du haut de leur colline. Des maisons emergeaient par endroit dans ce décor désolé. Cà et là, on reconnaissait parfois des bâtiments aujourd'hui en ruine. Ici, une grange calcinée et effondrée, là, un puits abandonné, ici encore, une métairie abandonnée et couverte de lierres gris et envahissants. Ils passèrent quelques minutes plus tard à côté de ce qui avait dû être une tour dont il ne restait plus que la base. Il ne faisait aucun doute que tout ceci avait constitué naguère un tout, un village, peut-être prospère mais aujourd'hui maudit et desert comme le reste du domaine. Leur attention se reporta sur une grange dont les quatre murs semblaient encore debout et, à leur plus grand étonnement, dont la porte tenait encore sur ses gongs. Ils avaient eu une chance insolente une fois encore, car la nuit allait bientôt tomber.

Avec ce qu'ils trouvèrent de bois à peu près sec en utilisant de vieilles poutres effondrées et des restes des habitations proches, ils allumèrent un feu et prirent place tout autour. Les montures, bien qu'affamées, étaient calmes et tranquilles. Le repas qu'ils firent eux-même ne fut pas très jovial mais eut le mérite d'être bien arrosé car, s'ils n'avaient rien d'autre à se mettre sous la dent que du pain, au moins avaient-ils du vin de qualité.
Après avoir fait ripaille (surtout d'alcool), le silence revint, comme si tous voulaient économiser leur energie. Même Henri, d'habitude si prompt à briser la glace semblait pensif.

- Notre véritable périple commence à peine, laissa echapper Lot d'Orcadie en faisant craquer les os de son vieux dos courbaturé.
- J'ai perdu le compte des jours depuis notre départ, dit Henri dont le regard restait tristement fixé sur le feu crépitant.
- Je dirais environ une semaine depuis notre entrée dans la forêt, tenta d'estimer le jeune sire de Bastogne.
- Etonnant, j'aurais pour ma part dit une semaine depuis nos adieux faits aux damoiselles, évalua de son côté Arius.

Il était évident qu'aucun de ces vaillants chevaliers n'avait d'idée précise de la durée de leur périple mais aucun n'y accordait de réelle importance. Ils n'avaient plus aucune piste de l'usurpateur, même s'ils gardaient Castagne pour objectif, et ne se sentaient pas à l'aise ici. Cette terre était bretonnienne et pourtant, elle leur paraissait étrangère, froide et inhospitalière. Dehors, la nuit règnait et une brume méphitique, domaine de créatures sans nom, recouvrait la terre boueuse. Dans cet environnement humide et insalubre, nul ne trouva vraiment le sommeil et ceux qui se relayaient pour les tours de garde avaient à supporter les nombreux reniflements de ceux en repos. A travers les lattes fendues de la porte de cette vieille grange, le monde extérieur semblait plein de dangers indéscriptibles. Les bruits provenant du brouillard étaient étouffés et probablement alourdis, aussi étaient-ils difficiles à identifier. Des bruits de pas de prédateurs rôdant à quelques mètres devant étaient perceptibles mais dans ces conditions, ils auraient aussi bien pu être l'oeuvre d'une grenouille sautant dans un buisson, raison pour laquelle, en l'absence de gestes d'agression, les deux chevaliers en faction ne déclenchèrent pas l'alarme. Pourtant, il sembla bien à Théobald saisir dans le lointain un son qui lui parut fort peu naturel. Voyant le regard de Arius qui partageait son quart le scruter avec gravité, il réalisa qu'il n'avait nullement écouté la chute de son histoire et s'en excusa.

- Que vous arrive-t-il, mon ami ? s'informa le seigneur de Chort conscient que seul un événement de prime importance aurait pu empêcher le jeune chevalier de rire avec lui au fabuleux conte qu'il venait de lui tenir.
- Je peux très bien me tromper, mais il m'a semblé entendre le son d'un cor, expliqua le jeune paladin.
- Fort bien, répondit son camarade en tendant l'oreille. Laissons les autres dormir. Je crains que demain n'apporte son lot de surprises.

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MessageSujet: Re: A la poursuite du faux Astrabell   Dim 1 Avr 2007 - 0:50

Dix-Septième Partie : La lande déchue

Au petit matin, les chevaliers se réveillèrent et s'armèrent sans échanger la moindre parole. Théobald et Arius turent la partie la plus inquiétante de leur tour de garde et si les autres avaient eu à rencontrer eux aussi quoique ce fut d'inhabituel, ils n'en soufflèrent pas le moindre mot non plus. Même de vaillants guerriers pouvaient voir leur santé mentale vaciller dans ce duché et aucun chevalier de la compagnie ne souhaitait ajouter une quelconque tension à l'atmosphère déjà suffisamment lugubre de l'endroit, de crainte de nuire à toute l’expédition.

Tels des ombres, ils quittèrent sans bruit la vieille grange et traversèrent le village en ruine qui disparut à nouveau dans la brume et la végétation sans laisser de preuves de son existence, attendant paisiblement dans son long sommeil que de nouveaux hommes téméraires viennent y trouver refuge à leur tour. Ainsi étaient les choses ici, immuables et figées, laissées à l'abandon et, pour ainsi dire, spectrales. Pour ce qui était des abris, mieux valait s'y trouver plutôt qu'à l'extérieur une fois la nuit tombée et, pourtant, il était encore plus avisé de ne pas s'y attarder. La sécurité était déjà depuis de nombreux siècles une notion toute relative à Moussillon.

Ils continuèrent leur chemin, sans cesse sur le qui-vive et devant plus souvent qu'auparavant donner de l'éperon pour avancer. Qu'ils se trouvent sur les hauteurs, dans les creux, derrière les rochers ou près des quelques mares qui ponctuaient le paysage, l'odeur fétide des marécages ne semblait jamais désemplir. Elle avait totalement envahi leur esprit, s'imposait à eux lorsqu'ils mangeaient ou se couvraient le nez et à présent, aucune autre odeur ne leur venait plus en tête même lorsqu'ils tentaient de penser à un parfum plus délicat.
Plus pénible encore, ils manquaient cruellement de repères et les quelques bornes milliaires qu'ils avaient vu sur leur route avaient été brisées, effacées ou simplement déplacées, les forçant à se fier uniquement à leur instinct puisque le flaire était ici à éviter.

« Nous sommes déjà passés par ici !» décréta Henri en jaugeant rapidement les alentours.
- Je n'en suis pas si sûr, répondit Friedrich de Schwytz. Nous avons évité les bifurcations inutiles, non ?
- Je crois aussi, ajouta Arius en se passant la main dans les cheveux. Toute cette région parait semblable d'un bout à l'autre mais nous n'avons pas dû nous perdre pour le moment.

Juchés sur des chevaux fourbus, ils allèrent de mornes plaines en sinistres vallées pendant le restant de la matinée sans que rien de plus que quelques masures effondrées ne vienne rompre leur mélancolie grandissante.

- Rhaaa ! J'en ai assez, il me faut un combat au plus vite ! Un ennemi de chair et d'os que je puisse sentir sous mon épée ! finit par exploser Lot d'Orcadie.

Tous furent stupéfaits par l'intervention de celui qu'ils avaient toujours jugé être le plus pondéré de la troupe, un modèle de sagesse et de courage à qui la vertu chevaleresque de tempérance n'avait jamais fait défaut. Néanmoins, quelque surpris qu'ils furent, aucun n'objecta car tous voulaient se battre. Un combat, vite, c'était la seule chose qu'ils demandaient plus encore que de l'eau ou du fourrage pour les bêtes, mais il semblait bien peu probable qu'autre chose que l'ennui ne s'attaque à eux en ce jour. C'était la dure loi des quêtes chevaleresques. Depuis toujours, les chansons de geste avaient relaté les exploits de nobles sires chevaliers lancés dans quelque mirifique aventure, engagés dans des batailles dantesques ou plus simplement bravant de redoutables malédictions, mais, ils en étaient tous conscients à présent, la réalité était tout autre. Il y avait bel et bien quelque chose entre deux faits d'armes, quelque chose que les chansons se gardaient bien de mentionner, et cette chose, c'était les longs trajets monotones et fatigants au delà de l'humainement acceptable.

Midi passa, il fallut à la compagnie traverser un marais infesté d'insupportables moustiques particulièrement voraces et crapahuter dans la bouillasse, faire passer ses montures dans un escarpement rocheux étonnamment à pic et recommencer sa route dans un enchaînement de vallons et de petits monts gris.
Cependant, malgré tout ceci, ils n'avaient pas progressé d'autant de milles qu'ils l'auraient souhaité et la forêt d'Arden restait visible depuis les positions surélevées. Ils continuèrent leur route avec peine et les heures défilèrent sans qu'ils s'en aperçoivent. Bientôt, la luminosité se révéla bien faible et ils réalisèrent que le crépuscule était proche, par delà la couverture nuageuse.

- Que cela soit dit, je hais cette terre, gémit Henri. Dame Astrabelle savait-elle que les choses étaient aussi pénibles ici lorsqu'elle m'envoya dans ce long voyage ?
- Si cette terre est réputée mortelle, c'est parce que tous ceux qui y viennent finissent par mourir d'ennui ! Il est impossible d'y rester bien longtemps sans avoir envie de lancer une charge contre un mur, déclara sans grand enthousiasme Arius de Chort.
- Et cette aventure manque cruellement de présence féminine, râla Théobald.
- Je me demande si cet usurpateur s'en sort mieux que nous, songea brièvement Friedrich de Schwytz.
- j'espère au moins qu'il a pris de quoi nourrir "Agravain", ironisa Lot.
- Mes frères, il va falloir nous rendre à l'évidence, dit Théobald avec gravité.
- Faites-nous donc part de vos tracas que nous soyons sûrs de déprimer pour de bon ! rétorqua Arius.
- Nous ne trouverons jamais de lieu abrité ou passer la nuit et nous devons nous préparer à passer la nuit à l'extérieur, déclara d'une voix tremblotante le jeune chevalier. Ce constat, ils l'avaient tous fait et si certains gardaient encore l'espoir de voir une habitation délabrée émerger du brouillard, ce dernier s'amenuisait à chaque pas.
- Bon, que préconisez-vous ? demanda Henri de Volvestre.
- Dormir en plein air, quoi d'autres ? expliqua le noble fils de Bastogne.
- Je préférerais encore charger une armée de gueux geignards que de prendre pareil risque !
- Seigneur Arius, calmez-vous, le rappela à l'ordre Lot.
- Ce serait folie ! FOLIE ! continuait de son côté le chevalier de Havras.
- Seigneur Arius ! cria le vénérable chevalier de la Quête d'un ton autoritaire, parvenant à faire taire mais nullement à apaiser le preux seigneur.
- Il y avait une crevasse à seulement quelques toises d'ici, elle pourrait offrir un bon refuge, intervint Théobald.
- A condition qu'elle ne soit pas déjà occupée ! laissa échapper Friedrich.
- Friedrich a raison, et rien n'indique qu'une vulgaire crevasse serait suffisante pour nous maintenir à l'abri de ces créatures de la nuit aux yeux perçants ! s'inquiéta à son tour Henri. Ce sont après nos âmes qu'elles en ont, ce sont nos âmes qu'elles aperçoivent dans le néant. Je vous le dis, nous sommes comme des phares, des lampions dans leur nuit sans étoiles !
- Alors quoi ? Nous devrions rester bien en vue ici même ? argumenta le chevalier de Bastogne qui se laissait peu à peu gagner par la déraison générale.
- Je partage l'avis de Théobald, un faible abri vaut mieux qu'une plaine, dit Lot d'Orcadie qui semblait se maîtriser mieux que les autres même s'il ne pensait pas différemment d'eux.
- Soit, au moins pourrons-nous restreindre le nombre de fronts en cas d'attaque se reprit Arius. Mais quelque chose ne va pas...
- Je suis d'accord, acquiesça le vieux paladin. Nous n'avons...
- Inutile d'en dire davantage, chacun ici pourrait terminer votre phrase, dit Friedrich. Nous n'avons pas pu avancer d'autant que nous aurions aimé le faire car une force nous en empêche, comme si cette terre prenait un malin plaisir à nous torturer et dressait sa volonté contre nous.
- C'est bien ce que j'aurais dit, sourit Lot, sans le couplet sur la volonté de la terre.

Ayant repris leur chemin en sens inverse, ils ne tardèrent pas à débusquer la fameuse crevasse de Théobald.
Elle était étroite et largement inconfortable. Deux accès y menaient, soit deux entrées à surveiller activement et il fallut aux nobles bretonniens déployer des trésors d'ingéniosité pour arriver à faire bénéficier de cette protection à leurs montures. Cependant, parmi tous ses défauts, la cavité présentait l'incomparable avantage d'être suffisamment battue par les vents à longueur de journée pour que l'odeur nauséabonde de Moussillon s'y fasse moins présente.

La nuit fut marquée par un terrible orage accompagné d'une pluie battante. Martyrisés par le climat, blottis les uns contre les autres pour tenter de résister au froid, les cinq héros ne purent trouver la moindre quiétude, d'autant que des choses sinistres semblaient habiter les bourrasques. Des cris semblables à des hurlements humains ou animaux épouvantablement déformés passaient et repassaient sans cesse au dessus de leur tête, semblant s'écarter dès que le son d'une épée tirée du fourreau se faisait entendre.

Étrangement, les voix des chevaliers semblaient, pour leur part, atténuées ou plutôt étouffées, créant un réel contraste avec l'écho sonore des cris inhumains provenant du monde extérieur. Ce fut donc une nuitée éprouvante qui connut son point d'orgue lorsque l'une des montures manqua de s'envoler pour une raison inexplicable.
Nul n'y trouva le moindre réconfort ni le moindre repos, et l'effroi fut général le lendemain matin quand ils constatèrent de leurs yeux de larges traces de griffures sur les flancs de la bête qui avait failli être enlevée. Pire encore, le reste des provisions était éparpillé et, pour une part, inutilisable. Deux gourdes d'Arius manquaient à l'appel, une autre s'était vidée de son contenu sur le sol de pierres grises; ce qui valut aux créatures de recevoir quelques mots de malédiction assortis d'un commentaire qui sonna comme un serment : "Ces maudites bêtes de l'enfer savaient ce qu'elles venaient chercher ! La prochaine à passer à portée de mon épée recevra en paiement pour cette infamie une belle aération dans son gosier !"

La compagnie des chasseurs d'usurpateur était aux pieds du mur. Perdue dans la pire terre de Bretonnie, accablée par la fatigue et sans provisions pour continuer la route. Seul un miracle pouvait la tirer de sa situation actuelle.

Une heure après leur remise en route, ils trouvèrent enfin ce qui semblait être une ancienne route pavée et la longèrent. Dans le ravin, couvert de mousses et de corrosion, se trouvait ce que Théobald, dont le regard était décidément très attentif à l'environnement depuis leur arrivée à Mousillon, prit pour une vulgaire pierre. Mais, attiré par d'étranges signes gravés, il fit halte et laissa ses compagnons le devancer.
M..V..R..T. Pas de doute possible, il s'agissait bien là de lettres grossièrement gravées dans la roche. Cette chose devait être une borne. Le jeune homme s'y rua, bondissant de sa selle comme un beau diable et faisant fi de toute fatigue. Il fallait à tout prix qu'il en sache plus, il fallait qu'il perce les "secrets" de cette pierre levée pour en faire ensuite part à ses camarades. Aussi s'attela-t-il à sa tâche de traduction avec le plus grand sérieux.

-Théobald ne nous suit plus, observa Henri dont la remarque mit la compagnie en émoi.
-THEOBALD ! THEOBALD ! s'exclamèrent-ils dans la panique la plus complète, mais un timbre de voix familier leur vint très rapidement en réponse.
- Un village ! Un village nommé Murtillault se trouve à une lieue devant nous ! s'égosilla le brave chevalier de Bastogne, incapable de contenir son regain d'enthousiasme.

Bien entendu, des doutes subsistaient. La borne avait pu être déplacée ou le village tout simplement rasé depuis des lustres, mais tous préférèrent s'accrocher à ce maigre espoir. Après tout, ils n'étaient pas encore trop près de la cité maudite en elle-même et il était dit que des hameaux existaient encore à la périphérie du duché. Comme un seul homme, ils partirent au trot.

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Baron de Havras
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MessageSujet: Re: A la poursuite du faux Astrabell   Dim 20 Mai 2007 - 23:15

Aux abords de la bourgade, des gueux en guenilles étaient agenouillés, occupés à retourner la boue de leurs doigts. Constatant l'arrivée sur la grand route des cinq compagnons, plusieurs prirent la fuite sans demander leur reste. La chose pouvait sembler étrange, il est vrai, mais dans le duché maudit, les gens ne devaient pas avoir toute leur raison, et presque aucun des membres de la compagnie ne leur en tenu rigueur.
L'un des manants, pourtant, trop occupé à remuer la terre de ses grosses mains, ne prêta aucune attention aux chevaliers qui s'approchaient et continua son oeuvre comme si de rien n'était. C'était là une chance unique de nouer contact. Arrivés à portée de voix, les nobles seigneurs firent halte et le jeune Henri, fier et plein d'assurance, s'avança pour interpeler le pauvre bougre.
« Holà, mon bon ! Lanca-t-il d'une voix forte. Nous sommes des chevaliers en Quête. Votre village est-il sous l'égide d'un chateau ou d'un quelconque seigneur ?»
Interloqué, le gueux leur envoya uen réponse un regard apeuré, à demi caché derrière son capuchon souillé par la crasse.
- Qui estes-vous et quoi qu'voulez-vous ? Pas mon asme ! Prenez celle du vieux rempailleur, elle este bien mailleure !
- Plait-il ? laissa echapper Henri, d'un air dubitatif.
- La Dame ! La Dame ! La Dame ! cria par trois fois la misérable créature qui sembla s'étonner de ne pas voir ceux qu'elle prenait pour des démons souffrir à la triple évocation du nom de la déesse.

En effet, il avait toujours été de notoriété commune à Murtillaut qu'il suffisait de dire trois fois le nom de la Dame devant des démons pour les faire se consumer et disparaître, mais il fallait reconnaître que le passage de démons était plus que modéré dans les parages, ce qui avait sérieusement limité la mise en pratique de la chose au cours des derniers siècles. Pourtant, loin de remettre en question l'aspect démoniaque des nouveaux arrivants, l'échec de cette tentative ne fit que pousser dans un grand désarroi le malheureux roturier qui se roula par terre et gémissant comme un damné.
Ce spectacle navrant laissa perplexes les vaillants seigneurs qui ne savaient trop comment prendre la chose. Les gens de Moussillon vivaient en hameaux isolés, dans la consanguinité la plus totale et souvent sans vrais chevaliers pour les guider et les protéger. Au mieux avaient-ils des chevaliers soudoyers ou des félons notoires comme suzerains et il ne devait pas être rare qu'ils demeurent dans l'isolement complet, gardant à l'égard des villages voisins une méfiance et un ressentiment constants. Ce paysan-là semblait être d'une santé mentale douteuse, mais les paladins n'avaient pas mieux sous la main.

- Allons, du calme, dit Lot d'Orcadie d'une voix apaisante. Nous ne vous voulons aucun mal mon brave. Nous ne cherchons qu'un endroit ou restaurer nos forces déclinantes pour une nuit.
- Vous n'voulez point dévorer mon asme et mes pieds ? Interrogea le gueux en arrêtant ses roulades.
- Sans façon ! s'écria Arius. Pour le peu que j'ai compris de vos jérémiades, du moins.
- Mais quoi c'qui vous mène par là ? s'étonna le vieil homme. Si vous voulions alloir à Murtillaut, passez vostre chemin ! Nous n'voulons pas de vous ! Partez !
- Est-ce là une façon de s'adresser à une troupe de chevaliers en arme ? siffla Arius. Si c'est là vos façons, elles sont fort mauvaises et je n'apprecie la discourtoisie qu'une fois que l'on en a répondu dans la douleur !
- AAAAAAAAAAAAAH ! Démon ! hurla le paysan en tentant de ramper pour s'échapper.
- Si ce fieffé gueusaillon ne sait tenir sa langue, que dire de vous, sire Arius ? s'exclama Lot sur un air de reproche.
- Ma foi, l'envie de corriger cette pitoyable créature m'a également effleuré, déclara Théobald. Je n'en aurais pas tenu rigueur à notre bon ami de Havras s'il avait voulu refaire l'éducation d'une si vilaine personne, mais sans doute est-ce la fatigue qui me fait penser ainsi.
- Ne partez pas ! cria Lot qui eut bien du mal à convaincre la créature rampante à revenir discuter. Nous avons fait long voyage et sommes en proie à une intense fatigue. veuillez pardonner les excès de notre camarade.
- Des chevaliers qui se justifient auprès de misérables manants... le monde n'obéit manifestement plus aux mêmes règles dès lors que l'on franchit le cordon sanitaire, soupira Arius.
- Je serais plutôt de l'avis de Arius en la matière, commenta discrètement Friedrich.
- Vous vienez d'au-d'là d'la vieille marre aux crapauds gris ? demanda candidement le roturier.
- Je ne connais pas cette marre, mais s'il s'agit du creux asséché qui se trouve à sept ou huit toises d'ici, je puis vous garantir que nous venons d'un endroit situé à une distance équivalente à quelques milliers de fois celle-ci, répondit Lot d'Orcadie, décidemment très diplomate même dans la moquerie.
- Le monde n'est point si vaste, se gaussa le miséreux individu. Si vous passiez par la marre, z'y avez point vu mon môri ?

Ainsi donc, cet homme s'avéra ne pas en être un. C'était une femme, d'une laideur stupéfiante et cette simple idée manqua de retourner nombre d'estomcas dans la compagnie. Ces braves guerriers ne savaient plus quoi retorquer face à cela et, devant le regard soudainement empli d'espoir de la gueuse, ils auraient tous donné tout ce qu'ils avaient pour retourner dans la crevasse. Les paroles suivantes de la roturière leur firent comprendre que ledit époux n'avait pas donné de traces depuis près d'un mois, et le fait que personne ne se soit aventuré plus loin que la marre pour partir à sa recherche en disait long sur le mode de vie des autochtones. Préférant ecourter l'entretien, les paladins reprirent la route vers Murtillaut sans délai.
Il ne leur fallut d'ailleurs que peu de temps pour y parvenir en longeant cette vieille route mal entretenue. Là, il s'arrêtèrent et contemplèrent avec consternation ce qu'était la vie au sein du duché maudit. Ils avaient eu à subir les assauts des monstres, à supporter l'épouvantable odeur qui saturait l'air ambiant, mais rien n'avait pu pleinement les préparer à... ceci.

Le village était extrêmement sombre et calme. Les bâtiments qui le composaient paraissaient au mieux gris et étaient surtout particulièrement délabrés. A mesure qu’ils avançaient, les chevaliers entendaient des volets claquer et des gens se baricader.
Il règnait ici une atmosphère sépulcrale et ils jugeaient l’accueil qui leur était reservé bien sévère. Les gens de Moussillon avaient connu leur lot de souffrance et vivaient à présent sur une terre condamnée qu’ils refusaient pourtant de quitter et qui leur était de toute manière impossible de quitter. C’était à la fois leur berceau et leur tombeau, une zone coupée du monde extérieur où la misère, le malheur et la suspicion règnaient. Ici, chacun craignait et jalousait son voisin. Ici, nul ne savait vraiment ce qui pouvait bien exister par delà les limites du village et il en était de même dans tous les hameaux du pays. Il n’y avait pas de solidarité régionale. Les gens vivaient, simplement, comme des condamnés en exil, incapables de connaître jamais l’apaisement et la quiétude avant le trépas.
Une petite cloche tinta, accompagnée du bruit caractéristique d’une roue de bois animant certainement quelque chariot ou brouette.
" Sortez vos morts ! " cria une voix rauque accompagnée par un nouveau son de cloche. Mais en voyant les cinq hautes figures le contempler depuis leurs selles, le collecteur de cadavres fut pris de panique et s’en retourna très vite dans la direction par laquelle il arrivait, poussant avec vigueur sa brouette d’où dépassaient des bras et des jambes humains.
C’était pour sûr un endroit bien à part, la compagnie en avait conscience à présent. Le sol était d’une mollesse incomparable, il était plus boueux encore que dans les rues d’une grande ville un jour de pluie, comme si la terre elle-même n’avait jamais le temps de sécher entre deux averses consécutives et l’humidité ambiante avait quelque chose de franchement déplaisant. Ici aussi flottait encore plus fort qu'ailleurs cette horrible odeur de pieds propre aux marécages.
De tous les trous à rats que la compagnie avait eu à traverser depuis son départ des terres de Corneblais après la joute du Brigandin, celui-ci était clairement le plus malsain.
Henri en vint à se dire que même la sombre partie de l’Arden infestée par les araignées géantes était plus agréable que ce maudit village. Malgré cette évidente exagération, il y avait du vrai là-dedans.

Un homme à l'accent improbable, plus téméraire que le reste de la population, mais se sentant peut-être hors d'attente grâce à son dos voûté qui le rapprochait du sol, s'adressa alors à eux en ces termes : « Hola meffires ! Vous vora chaminant 'vec bin bel entrain par nos terres, qu'est donc la queste qui vous mène en nost' bon village ?»
- On ne comprend rien ! s'offusquèrent simultanément Théobald et Arius.
- Nous cherchons du fourrage pour nos bêtes et un abri pour la nuit, déclara haut et fort Lot d'Orcadie, comme pour prévenir tous les gens cloîtrés chez eux des louables intentions de la compagnie.
- Un abri... oui... un abri. Mais mortoyaut n'en este plus un... bientôt ils seront là, dit en riant aux éclats l'idiot du village.

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MessageSujet: Re: A la poursuite du faux Astrabell   Mer 23 Mai 2007 - 21:39

Dix-Huitième partie : Le haut fait

Suivant l'idiot jusqu'à un bâtiment hypèthre servant manifestement d'étable, les paladins trouvèrent enfin tout le fourrage dont ils avaient besoin pour leurs bêtes, même si celui-ci, à dire vrai, ne semblait pas de prime fraicheur. Ils décidèrent logiquement de s'installer ici pour la prochaine nuit et partagèrent pour cela l'espace avec les deux maigres vaches du village. Il était étonnant d'ailleurs de voir ainsi des vaches en usage pour tout un village et n'étant pas la propriété d'un seul, mais la dangerosité du domaine devait empêcher de laisser paître les bêtes en liberté et le confinement devait être de mise. Outre ces affaires bovines, les combattants quelque peu affamés n'obtiendraient aucune nourriture de ces gens maudits, ils le savaient, mais en fin de compte, le simple fait de voir leurs difformités n'incitait nullement à partager leur souper.
La journée était encore jeune, cependant, et les chevaliers ne comptaient pas rester cloîtrés dans cette étable à ciel ouvert jusqu'au lendemain. Certes, les habitants restaient cachés et, ici ou là, par une ouverture ou derrière une parois, on pouvait voir quelques regards curieux et inquiets, mais les cinq paladins devaient bien trouver un moyen d'établir le contact. Il leur fallait obtenir des vivres d'une manière ou d'une autre.

Pendant une heure, ils arpentèrent le pittoresque village sans parvenir à aucun résultat. Le lieu n'était que d'une taille très réstreinte et les habitants en connaissaient suffisamment bien les recoins pour y disparaitre rapidement avant l'arrivée des compères. Lassés de ne voir que des gens de dos filer à leur arrivée et de n'obtenir aucune réponse lorsqu'ils frappaient aux portes, les paladins se résignèrent à retourner à l'étable, sans savoir quoi faire pour tuer le temps. Bien vite, pourtant, un événement vint rompre la monotonie de ce jour qui avait si mal commencé.
Un enfant de peut-être une dizaine d'années dont la bouche n'était garnie que d'une unique dent qu'il exhibait sans honte à travers ses nombreux sourires, s'avança en dépit des mises en garde des autres villageois. Il tenait en main un panier de pommes pour la plupart bien trop mures, qu'il offrit cependant de très bon coeur aux chevaliers qui discutaient à l'entrée de leurs nouveaux quartiers.

"Vous zêtes vienu pol voil les Glodios ?" interrogea-t-il en souriant d'une manière fort niaise.
- Les glodios ? réagit Henri. Qu'est-ce là ?
- Eh ben vous chavez bien ! Ces monchtres qui vont venant toutes les tarentes lunes, répondit le garçonnet.
- Les tarentes lunes ? s'étonna à son tour Théobald. Serait-ce le chiffre trente qu'il fallait comprendre par là, pensez-vous ? dit-il, s'adressant plus à ses camarades qu'à l'enfant.
- Ils viendlont ! Ils viendlont ! Chaque fois ils viennent et on leul donnons not' plus lose delnier né... mais là ils sont tous molts.
- Plait-il ? éclata Friedrich en manquant de s'étouffer avec sa pomme. Je crois que cette pauvre créature est en train de nous parler d'une offrande de nourrissons à quelque démon local !
- Qui sont ces glodios, le drôle ! Parle ! s'emporta quelque peu Théobald don le ton et l'ardeur mirent en déroute le garçon.
- Ce ne sont là que des histoires de gueux trop imaginatifs, conclut Arius. Ces "glodios" n'existent pas... n'y prêtez pas attention.

Et ils s'en tinrent à cela pour le restant de la journée. mais au moins avaient-ils pu manger un bout. L'ennuyeux après-midi qui s'ensuivit sembla d'ailleurs donner raison au sire de Chort, car rien n'arriva. Après la pénible nuit qu'ils avaient eu à subir, les chevaliers de la compagnie en profitèrent pour s'accorder enfin un peu de repos dans la sécurité relative de ce hameau douteux.

Puis vint le soir, puis la nuit. Un cor résona alors... tout proche. En entendant ce son, Arius et Théobald se lançèrent un regard. Pas de doute possible, c'était celui qu'ils avaient entendu l'avant veille. S'ils regrettaient de ne pas en avoir fait part à leurs camarades, l'heure n'était plus à la lamentation car aux secousses que l'on pouvait ressentir, il était clair qu'une très large troupe était en marche.
Friedrich posa l'oreil contre le sol, bientôt imité par Henri de Volvestre, mais tous deux en vinrent à la même conclusion : le son se rapprochait, et s'il était celui d'une forte troupe qui avançait relativement lentement, cette dernière ne devait pas être en ordre de bataille.

" Vous pensez qu'une armée pourrait s'approcher d'ici ?" demanda le seigneur de Schwytz.
- Les chevaux ont pu fort heureusement prendre un peu de repos, dit Lot d'un ton sinistre, en harnachant sa monture.
- Vous pensez faire une sortie ? s'etonna Théobald. Sans même savoir de quoi il retourne ?
- J'ai combattu assez d'hommes bêtes pour reconnaître le son de leurs cors, retorqua assez sèchement le vieux chevalier. EN SELLE !

Arius et Henri ouvrirent la faible porte de bois et sortirent pour tenter d'en voir plus, s'armant à la va-vite. Au loin brûlaient de très nombreuses torches. Il ne faisait alors plus aucun doute qu'une harde entière d'hommes bêtes répugnants venait vers Murtillaut dans le but de l'incendier en totalité !
Les deux seigneurs eurent d'ailleurs très vite l'occasion de mettre à l'épreuve les compétences de ces assaillant lorsque l'un d'eux, visiblement envoyé en éclaireur, bondit de derrière l'un des murs de l'étable et manqua de renverser sire Henri. Sans réfléchir un quart de seconde, Arius dégaina et enfonça sa longue épée dans le gosier de la bête puante dont les cornes étaient garnies d'algues et de mousse. Henri le regarda et déclara qu'il avait bien vengé la perte de ses gourdes par cette belle aération, ce à quoi tous les chevaliers de la compagnie, juchés sur leurs puissants destriers et sortis de leurs quartiers de fortune en tenant par les rênes les montures de leurs compagnons, rirent à gorge déployée car l'idée de partir au combat les ravissait.

La première troupe arriva au village par la pente Ouest. Tandis que les paysans difformes hurlaient et couraient en tous sens, les haches et les cimeterres débutèrent la curée et les premiers flambeaux furent lancés sur les chaumières. Leurs chevaux lancés à fond de train, les chevaliers arrivèrent sur eux. le choc fut si violent qu'une foule d'ennemis furent jetés à terre ! Beaucoup se relevèrent en essayant de se défendre de leurs armes couvertes de rouille, mais après avoir essuyé de grandes pertes, ils reculèrent puis se débandèrent, en proie à la panique. La première vague d'assaillants venait de se briser, mais une autre arrivait déjà, dévalant la pente à vive allure.

- Depuis le temps que vous trainiez votre lance comme un fardeau à travers bois et vallons, voici enfin l'occasion de la dégourdir ! cria Arius à Théobald.
- N'ai-je pas un titre de meilleur jouteur à défendre, ici ? sourit Théobald, haletant mais tout à fait stimulé par la bataille.

Ils s'élançèrent. Le choc fut une nouvelle fois retentissant car ces ennemis n'étaient pas équipés pour repousser une charge de cavalerie, même menée par seulement cinq hommes. Après seulement une poignée de minutes, la compagnie avait déjà tué plus de trois fois son nombre et mis en déroute le quintuple, mais l'armée adverse était vaste et composée de nombreuses petites bandes éparses qui agissaient de manière autonome. Un tel déploiement de forces était des plus étonnants pour un simple village de bouseux déformés, mais les faits était là. Déjà une nouvelle troupe mêlant Ungors, Bestigors et autres sous-espèces d'ignobles hybrides s'approcha par l'Ouest tanids que par le Sud arrivait une menace encore bien plus sérieuse.



Tuant à la pelle les humains en fuite et les quelques rares courageux qui avaient décidé de se défendre, des Centigors pénétrèrent dans le village et, si leur nombre était des plus restreints, ils n'en demeuraient pas moins une forme de cavalerie lourde eux aussi, par là même, de dangereux rivaux sur un champ de bataille.Sans attendre, sans se passer le mot, s'étant échangé pour certain un simple regard, les chevaliers galvanisés abaissèrent une nouvelle fois leur visière et chargèrent à la rencontre de la harde bruyante. Ce qui sembla être un chef, plus massif et aux plus longues cornes que les autres, pointa son vaste hachoir en direction des chevaliers pour indiquer à ses frères leur prochaine cible. Dans un pénible fracas, les deux troupes se heurtèrent. L'imposante monstrosité périt dès l'impact, le coeur traversé par l'infaillible lance du jeune héritier de Bastogne, un de ses camarades perdit la tête, fauché par la redoutable épée du vieux Lot d'Orcadie, un autre parvint presque à toucher Arius qui dû avorter son attaque et se coucher sur sa selle pour éviter l'empalement, mais le vil centaure qui perdit là sa chance s'effondra tué par l'épée de friedrich de Schwytz. Henri de Volvestre se débarrassa sans peine de celui qui lui faisait face, après quoi, la bâtarde de Lot écrasa le dernier. Même si l'affrontement avait tourné court grâce aux prouesses dont étaient capables ces cinq authentiques héros, ils vécurent cela comme l'indiscutable supériorité des chevaliers bretonniens sur de vulgaires animaux et lancèrent un tonnerre de hourra. Ce fut le son du cor qui les rappela à la bataille car une troupe plus forte que les précédentes fondait déjà sur eux.

Théobald transperca un nouvel ennemi de sa longue lance d'un geste élégant et parfaitement maîtrisé. Il fut toutefois finalement obligé à se séparer de son arme de charge car il menaçait d'être submergé par la masse puante et grognante qui se répandait dans tout le village. Libérant son épée du fourreau, il frappa toutes les têtes qui se présentaient à lui. D'un coup vertical, il rompit la corne d'un ungor, d'une frappe latérale, il élargit jusqu'aux oreilles la bouche d'un autre. Perdu dans une foule de lances et de haches, le jeune chevalier refusait de céder le moindre pouce de terrain, préférant mourir sous les coups d'innombrables ennemis que de ternir le nom de sa famille.
Hélas, tous n'avaient pas son courage et les gens du village, plus viles encore que les serfs de l'empire, couraient en tous sens et se faisaient massacrer de toute part.

Firedirich, tiré par des nombreuses mains crochues, fut jeté à bas de sa selle et manqua d'être piétiné par une multitude de sabots. A coups de bouclier, il repoussa ceux qui se jetaient sur lui pour l'étrangler puis se releva, bousculé de tout côté. Fort heureusement, son armure était solide car son heaume comme son écu furent mis à contribution à chaque instant. Sans cesse contraint à la défense, Friedrich avalait sa salive avec difficulté et ne parvenait plus à reprendre son souffle que dans les rares secondes de repis qui succédaient à la mort d'un opposant. Cependant, malgré sa pénible situation de chevalier désarçonné dans un corps de monstres furieux, chaque assaut porté à son encontre aboutissait à un echec. Sa défense était à présent instinctive plus qu'autre chose et il aurait volontiers ôté son casque qui l'étouffait mais cela aurait signé son arrêt de mort. Il devait donc continuer ainsi aussi longtemps qu'il le pourrait.
Il repoussa un nouvel assaut et, dans un élan de rage, dégagea son bras gauche de son écu enchanté pour l'utiliser comme arme. Par trois fois il frappa et la tête du chaotique se trouva séparée de ses épaules. Devant ce spectacle horrifiant, les créatures comprirent qu'elles ne parviendraient pas à venir à bout du noble montagnard en l'attaquant un à un et firent cercle autour de lui, tels une meute de loups en chasse.
Or il arriva que les cinq se retrouvèrent tour à tour à terre, obligés à combattre comme de vulgaires piétons. La situation était périlleuse, mais le combat était de toute façon perdu d'avance face à une telle multitude. Leur seule option était d'opposer la plus vaillante résistance possible et d'emporter un maximum de ces démons cornus, de sorte que ses derniers, peu habitués à subir la moindre opposition, en vinssent à se débander pour de bon.
Le feu avait gagné la moitié du village et l'on y voyait à présent comme un plein jour. Au milieu du carnage se trouvaient cinq chevaliers pris dans une lutte qui n'était pas la leur, combattant avec fougue pour l'honneur et la survie.

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MessageSujet: Re: A la poursuite du faux Astrabell   Ven 24 Aoû 2007 - 1:12

Arius planta son épée dans l'abdomen d'un massif bestigor qui l'accueillit en beuglant. Les adversaires étaient comme des bêtes sauvages, galvanisées par l'odeur du sang et l'appel du combat.
Malgré la très nette supériorité physique de la bête humaine qui culminait à plus de sept pieds et demi, elle se révéla incapable d'extraire la lame de son ventre meurtri.
Rentrant encore plus profondément son arme dans la chair du monstre chaotique, le seigneur de Chort se trouva bientôt à portée de coup de tête. Les deux opposants avaient leurs visages tout proches l'un de l'autre, leurs regards ne se quittaient pas, habités de la même lueur sauvage et inflexible. Aux babines retroussés de l'animal répondaient les dents serrés de l'homme ayant retrouvé ses instincts meurtriers. D'un geste, le guerrier de Havras retira son arme, faisant se déverser sur l'herbe grisâtre un torrent de sang poisseux et de viscères. Un autre ennemi, fou de rage, chargea, talonné de près par trois autres. Exécutant une botte parfaitement maitrisée, Arius le jeta à terre d'un seul geste, il posa son pied sur le torse de l'humanoïde et lui trancha net la carotide de la pointe de son épée avant même que ses camarades n'aient pu le rejoindre pour lui prêter main forte. Ces derniers arrivèrent à l'instant suivant et reçurent un accueil similaire. Gracieux et pourtant tout en puissance, sire Arius, le plus vaillant et le plus renommé des guerriers de sa terre, accomplit son œuvre de mort. Le premier ennemi encaissa un coup bien trop violent pour lui. Son sang, volant en une magnifique gerbe partit teinter ses deux congénères. Le suivant tenta un coup, mais son mouvement sembla gauche et pataud au magnifique chevalier qui plongea pour éviter l'attaque et trancha dans le même mouvement la jambe droite de la malheureuse créature qui roula sur le sol en poussant d'infâmes cris de douleur. Les deux derniers tentèrent une attaque simultanée, mais leur manque de coordination fit qu'ils s'entravèrent plus qu'autre chose. Le sourire aux lèvres, Arius tourna sur lui-même et porta à l'un des deux une véritable grêle de coups qui le mit vite hors d'état. Il porta alors son attention sur le dernier qui, par chance ou peut-être guidé par une sorte d'inspiration divine, parvint à parer l'attaque qui aurait dû lui fracasser le crâne pile entre les deux cornes. Séparant leurs lames pour un nouvel échange, les deux combattants armèrent tous deux leur coup, mais le bretonnien était indiscutablement le plus rapide. Le serviteur du chaos tomba, privé du bras qui lui avait permis de tuer tant de pauvres bougres au fil des ans.
Une fois empêtré dans la mêlée, une fois passés tous les avantages de la charge et le combat rapproché amorcé, le seigneur de Chort était le plus talentueux de la compagnie et faisait ici une véritable démonstration de ses capacités mariales.
Constatant bientôt que plus un seul ennemi n'était à portée immédiate, il retira son heaume qu'il laissa choir dans la terre imbibée d'humeur noirâtre. Loin de vouloir s'accorder le moindre repos, il profita de son répit pour observer la bataille et se chercher les ennemis les plus nombreux. Tel un lion scrutant un troupeau depuis de hauts fourrés, il sélectionna le groupe qui lui semblait le plus intéressant et se dirigea lentement mais sûrement dans sa direction, car s'il devait s'économiser un peu, il ne voulait surtout pas laisser la flamme de sa fureur faiblir. Très vite, ces mutants comprendraient qu'ils avaient eu grand tort de venir ici. Murtillaut serait leur tombeau.

Non loin, Henri de Volvestre faisait lui aussi merveilles. Habitué des concours virils et des jeux de force typiquement cathariens auxquels personne ne pouvait rivaliser avec lui, il ne s'embarrassait pas de formalités et n'hésitait pas à user de ses poings entre deux estocades. Un ennemi tomba, le jarret tranché, puis un autre reçut en pleine face pommeau, quillon et main gantée. Dès qu'un adversaire sonné se redressait, le jeune chevalier de Catharie ne manquait pas de le renvoyer au tapis, définitivement quand il le pouvait.
Avec un courage extraordinaire, il se rua dans une féroce mêlée au cœur de laquelle était perdu Friedrich de Schwytz et l'en dégagea au risque d'avoir à affronter lui-même plus d'adversaires encore.

Le malheureux chevalier des montagnes était sonné, à bout de souffle et incapable de continuer le combat. Les monstres qui l'avaient entouré avaient commencé à s'acharner sur lui, l'empêchant de combattre sans parvenir pourtant à passer outre ses remarquables pièces d'armure.
Henri le tira tout en combattant de l'autre main les nombreux ungors qui sautaient autour.
Sur plus de treize pieds il le tira, lui offrant une relative sûreté.

Ce fut alors qu'une montagne de muscles surgit devant eux, dégoulinante de sang humain. Cette atrocité dépassait d'une bonne tête même les plus gros bestigors qu'il avait eu à frapper ce soir et tenait en mains deux haches aux dimensions colossales. Faisant rouler ses muscles, le monstre poussa un hurlement inhumain qui fit s'éloigner les autres bêtes qui se mirent en cercle pour former une enceinte improvisée pour le duel qui s'annonçait.
Jugeant le défi à sa mesure, Henri laissa le montagnard reprendre son souffle, effectua un moulinet et salua la créature avant de se ruer sur elle furieusement. Ses coups étaient vifs et bien portés et l'animal recula longtemps avant de pouvoir à son tour porter quelque coup. La situation ne tarda pas à s'inverser, néanmoins. Henri tint encore un instant la bête en échec usant de son bouclier magique et de son arme pour contrer les haches qui s'abattaient sur lui mais le rapport de taille jouait très nettement en sa défaveur. Un coup violent envoya valdinguer le chevalier qui manqua de s'écrouler, près de trois mètres plus loin. Le sire de Volvestre demeura sous le choc car sa parade avait été bonne, aussi ne comprenait-il pas d'où la créature pouvait puiser pareilles ressources. Ce dernier coup, s'il n'avait été protégé d'antiques artefact, l'aurait très certainement équarri comme un vulgaire pourceau. Sans doute avait-il quelque peu surestimées ses chances.
La massive créature frappa d'une vigueur redoublée et ses coups firent jaillir de nombreuses étincelles en frappant l'écu de sire Henri, condamné à garder une posture défensive face à tant d'ardeur.
Coup après coup, les frappes se faisaient plus violentes, empêchant le chevalier d'effectuer la moindre riposte. A quelques mètres de là, Friedrich, toujours sonné, reprenait lentement ses esprits.
Il avait encore le souffle court et se sentait oppressé par son heaume qu'il ôta et laissa choir dans la gadoue.
A l'instar de l'homme retrouvant la terre après avoir échappé de justesse à la noyade, il inspira en grand bruit. Sa surprise fut ensuite très grande car il constata qu'il était égaré au milieu d'un cercle d'hommes boucs mugissants et beuglants. Son regard encore embué trouva enfin Henri.
Ce dernier était en terrible posture et semblait condamné.

Friedrich rampa instinctivement vers son épée et s'en empara. Il se remit sur pieds et tituba en direction de l'ignoble bête. Il était vrai que le jeune catharien était engagé en combat singulier et qu'il était probablement préférable de ne pas interférer, cependant, l'idée même de perdre un camarade dans un tel endroit était assez difficile à supporter pour faire entorse aux codes.
Subrepticement, le montagnard s'approcha et, une fois à portée, lança son assaut. Comme il manquait cruellement de forces à cause de la fatigue et du manque de nourriture, sa colère n'y suffit malheureusement pas. A l'affût du moindre geste, le monstre s'était retourné et accueillit le vaillant seigneur d'un très virulent revers du bras.

Dans un aveuglant et soudain éclat de lumière, Friedrich fut projeté. De nombreux anneaux de sa cotte de maille pénétrèrent ses chairs et sans doute venait-il de perdre une molaire. Pourtant, sa survie même semblait relever du miracle.
Voyant son nouvel opposant toujours en vie, la créature laissa un lent frisson parcourir son échine puis fit marche vers le malheureux pour en finir. Après seulement une enjambée, elle fit subitement halte, sentant son mouvement entravé.
Il lui fallut une bonne dizaine de secondes pour remarquer le fer de la lame d'épée qui traversait sa cuisse.
Profitant de la diversion offerte par le seigneur de Schwytz, le jeune catharien n'avait pas chômé et s'il lui avait fallu à lui aussi crapahuter dans la boue, le jeu en avait valu la chandelle. L'animal était désormais blessé et sa mobilité réduite.

Il régna dans l'instant suivant une très grande confusion. De violents coups de sabots s'abattirent sur Henri qui les encaissa un à un, dans un même temps, un javelot traversa l'un des ungors qui formaient le cercle, provoquant sa dislocation immédiate, réaction typiquement animale.
D'abord perturbé par le désordre ambiant, Friedrich se releva tant bien que mal et vit le brave Théobald s'avancer. Sans doute cette aide providentielle était-elle son œuvre.

Le montagnard bondit sur l'occasion et empoigna une fois encore sa fidèle épée. Son cri de guerre retentit et son arme trouva finalement son chemin entre deux muscles du dos du féroce animal qui ploya enfin le genou.
Henri, dont de nombreux os étaient fêlés, se dressa devant elle et pour la première fois de sa vie, à la vue de ce jeune homme ébouriffé qui esquissait à travers son visage ensanglanté un sourire satisfait, la monstruosité du chaos ressenti la peur.
Une respiration passa, puis une autre... à la troisième, l'épée du cadet pénétra le trapèze de l'animal dont elle traversa tissus et organes sans difficulté.

A quelques pas seulement, Lot d'Orcadie abattit sa lourde épée une fois encore sur un massif bestigor baveux qui bloqua in extremis. Ils croisèrent ainsi le fer à deux ou trois pouces du groin du monstre qui tomba à genou devant la surprenante vigueur de ce splendide vieillard. Le regard rempli d'incompréhension face à cette situation inédite, la créature baveuse hurla de dépit. Le vieux chevalier de la quête, les mains cramponnées sur la poignée de sa longue épée, accroissait la pression à chaque instant. Son regard était dépourvu de toute émotion et son visage, balafré, marqué par le temps et les embruns, apparaissait étonnement majestueux. Il avait déjà eu cette expression lorsqu'il s'était battu dans les bois. L'écho des batailles lui donnait un air plus noble et plus digne encore qu'à l'accoutumé.

Théobald avait rejoint Friedrich de Schwytz et tous deux travaillaient de concert à l'élimination des vicieuses bêtes. Même s'ils n'avaient jamais eu l'occasion de combattre côte à côte dans une mêlée, leur action n'en demeura pas moins d'une remarquable efficacité de sorte qu'aucun servituer des dieux sombres ne put trouver la moindre ouverture. Dos à dos, les chevaliers se montraient d'une telle opiniâtreté dans leur défense que leurs ennemis finirent par totalement perdre patience et à attaquer en désordre, créant une vértiable cohue. Le sang vola en jets qui éclaboussèrent herbe, tabards et visages sans distinction. Un homme bête d'une lacheté incroyable tenta de poignarder Théobald qui eut l'excellent reflexe de se fendre pour effectuer une manchette qui trancha les tendons du poignet du scélérat dont la main pendouillait encore lorsqu'il prit la fuite. Celui-ci ne revint jamais... mais ceux qui n'avaient pas été tués ou n'avaient pas reçu de blessure incapacitante se relevaient immanquablement pour repartir à l'assaut. Passé le choc des premières minutes de combat et à présent que plus un seul paysan n'était dans le village, les bêtes se tournèrent toute vers les chevaliers, réalisant juste qu'ils n'étaient que cinq !

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MessageSujet: Re: A la poursuite du faux Astrabell   Ven 24 Aoû 2007 - 1:39

Des suites de son épique affrontement, Henri de Volvestre avait une echarde de fer de près d'un empan dans l'épaule gauche et ne pouvait plus utiliser son bras pour se protéger. Il frappait en ahanant sans s'accorder la moindre pause. Le manque total de tactique dont avait fait preuve les hommes bêtes dans les premiers temps du combat leur avait coûté cher en vies, bien plus qu'il n'aurait dû. Les cadavres étaient innombrables. Combien avaient bien pu tomber ? Quarante ? Cinquante ? Bien plus avaient été blessés ou avaient pris la fuite, généralement pour revenir à la charge peu après, donnant l'illusion que les forces ennemies se renouvelaient sans cesse.
A présent qu'ils attaquaient de concert, les chances de les mettre en déroute étaient absolument nulles. Les cinq paladins étaient à bout de force, leur exploit remarquable touchait à sa fin. L'espoir les avait animé et ils avaient même cru pouvoir tenir la dragée haute à une armée entière.

Les cinq chevaliers étaient perdus. Ils se trouvaient dos à dos au cœur de ce hameau devenu fournaise.
Tout autour d'eux étaient assemblés les "glodios". Un bon nombre était blessé mais leurs effectifs restaient encore six à sept fois supérieurs à la compagnie. La mise à mort était pour bientôt.

Il sembla qu'un flot ininterrompu d'ennemis s'écoulait sur la place du village de Murtillaut.
Bientôt, à la stupeur des cinq sires, toutes les hardes s'arrêtèrent d'avancer et formèrent une formidable verrou qui empêchait toute retraite... mais quand bien même, car à quoi bon fuir ? Avaient-ils seulement un endroit ou aller ? Cette place en valait bien une autre pour trouver la mort car tel était l'esprit de chevalerie des seigneurs de Bretonnie. A une mort sans honneur était mille fois plus souhaitable un dernier haut fait.


Devant les flammes se dessina la forme d'un glodio pourvu de trois pairs de cornes décorées de divers accessoires du plus vilain effet. Dans sa main droite était un bâton de bois tordu tandis qu'il serrait en main gauche un long collier d'ossements. Pour le peu qu'ils connaissaient des bêtes du chaos, celui-ci leur sembla être un chaman, sorte de guide spirituel versé dans les arts interdits. Surpris de trouver quelconque résistance, ce dernier voulait étudier ces démons humains qui venaient de faire un si impressionnant carnage.
Sans doute ses dieux lui diraient-ils quel sort il convenait de leur offrir.

Un curieux rituel débuta alors.
Plongé dans une sorte de transe, le sorcier cornu psalmodia toutes sortes de choses incompréhensibles et fut pris de nombreuses convulsions.
Un paysan surgit alors de derrière des arbres situés à l'entrée du village et lança un caillou qui rebondit sur le crâne du chaman en criant "VA MOULIR GRRRODIO !".
Ce dernier s'interrompit net. Tout autour l'assistance était divisée. Quelques-uns, plus bêtes que leurs congénères, étaient au bord de l'hilarité tandis que d'autres, plus malins certainement, craignaient les conséquences de ce crime odieux. Une poignée chargea furieusement le pauvre bougre sous les mugissements de toute l'armée. Alors qu'ils réduisaient en pièces le malheureux, l'attention sembla se détacher un court instant des splendides paladins.

Sentant le moment décisif arrivé, Friedrich fonça sur la bannière de l'ennemi, alors fort peu protégée, suivit par Arius qui s'élança sans réfléchir à sa suite. Ils occirent avec aisance les quelques gardes et Friedrich arracha des mains du porte étendard sa précieuse icône. La bête protesta, écumante de rage, et ne comprit qu'elle ne récupérerait pas l'objet dont il avait la garde que lorsque sang qui jaillissait de sa gorge tranchée occulta totalement sa vue.
Suivant ce magnifique élan, les trois autres comparses se ruèrent sur le chaman qui fuit, frappé par une terreur sans nom, aussitôt imité par la totalité des glodios qui pouvaient encore marcher.

En moins de deux minutes, tous avaient disparu. Murtillaut était en flamme mais libéré.
Sur les six héros qui avaient obtenu cette brillante victoire, cinq vivaient encore... nul ne retiendrait jamais le nom du simple Gaspard. Tel était le sens de la vie d'un vulgaire paysan. Telle était la dure réalité dans le duché maudit.
Pourtant, à bien y réfléchir, cette nuit était plutôt belle. Au milieu du sang, des corps et des flammes, cinq chevaliers venaient de sceller définitivement leur pacte avec le destin.

Dans le feu du combat, les héros d'une geste s'étaient animés. Au loin, dans les montagnes de Catharie, par delà les monts et les rivières, une dame au regard aiguisé observait leur avancée et protégeait leur route.
S'il ignorait l'existence de pareille compagnie lancée à sa poursuite, l'usurpateur ne perdait rien pour attendre.

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MessageSujet: Re: A la poursuite du faux Astrabell   Mer 21 Jan 2009 - 2:45

Dix-neuvième partie : La vie de Gaspard

Depuis six mois à présent, le soleil n'avait pas pointé le bout de son nez sur la région. Pire, les grêles de ces derniers jours avaient réduits à néant toutes les maigres récoltes que les paysans du village parvenaient parfois à extraire de cette terre infertile, soit quelques cucurbitacées aux formes extravagantes et autres fruits au goût improbable, choses qui les contentaient cependant grandement du fait qu’ils n’avaient jamais rien mangé d’autre.
Perdu au milieu de ce champ boueux, une silhouette se redressa partiellement et essuya la sueur qui perlait sur son front. Son nom était Gérard, simple habitant et rempailleur de Murtillaut, village livré à lui-même au cœur d'un duché déchu et sans suzerain. Il était aujourd'hui épuisé par cette journée de labeur infructueux sur une parcelle de terre désertée par les autres villageois. Pourtant, homme entêté, Gérard avait refusé de partir avec les autres à la chasse aux vers bousiers, déclarant malgré les invectives de Marcelin le ripeur qu'il préférait tenter sa chance à récolter les productions du champ que de gratter le sol dans l'espoir d'en tirer de gluants vers, furent-ils si bons en potage. Et puis, de toute manière, Marcelin était un idiot fini et mieux valait ignorer ses recommandations... tout le monde savait cela.
Malgré ce pénible échec, Gérard n'éprouvait aucune tristesse, car, en ce jour, alors qu'il était âgé de 26 ou 30 ans, selon sa propre évaluation, il était le plus heureux des hommes ! En effet, sa demi-sœur et épouse, Berthe, attendait leur premier rejeton et le terme était pour les heures à venir d'après le vieux rebouteux.
Une voix l'interpela alors qu'il prenait le chemin du retour.
"Geulard ! Geulard ! Cria-t-elle. Ta pucelle a mis bas !"
Lorsqu'il eu reconnu Marculf, son propre cousin, Gérard se hâta de rentrer à son foyer. Il fut au comble du bonheur lorsqu'il eut la double surprise de voir que son épouse avait survécu à l'accouchement et que l'enfant ne présentait pas la moindre difformité.
Son bonheur fut complet lorsque Marculf lui rappela que les Glodios, monstrueuses créatures qui assuraient la protection du village et, disait-on, de nombreux villages de la région, bien que peu nombreux étaient ceux à jamais avoir dépassé le vieil étang, et moins encore à en être revenus pour en attester, n'étaient pas passés depuis la crue de l'été précédent, soit plus d'une année auparavant.
Gérard prit le nourrisson couvert de placenta et de liquide amniotique et le souleva haut pour l'observer à travers les faibles faisceaux de lumière qui traversaient les lattes de la porte d'entrée. L'enfant qui débutait son existence poussa alors un cri strident. Ainsi débuta la vie de Gaspard fils de Gérard le rempailleur.

**************************************



Dix années passèrent et le jeune Gaspard vécut sa vie dans ce qui s'approchait le plus à de ce qu’ailleurs, on nommait l'insouciance. Comme tous, il avait appris très rapidement les coutumes et règles à respecter pour survivre à Murtillaut. Tout d'abord, la première règle avait toujours été de ne jamais dépasser la vieille mare qui marquait la limite du village, cette mare que les gens d'autrefois, disait-on, dépassaient allégrement et sans peur. La seconde règle était de ne jamais communiquer avec une personne ne l'on ne reconnaissait pas, et la troisième consistait à toujours cracher par dessus son épaule quand le nom de la Dame du lac était prononcé, afin de faire fuir les mauvais génies qui, d'après tout un chacun, vivaient dans le dos des gens. Sans ces règles élémentaires, les enfants ne faisaient pas de vieux os, car d'ignobles bêtes grondantes et des lépreux trébuchants traversaient régulièrement toute la région en quête de chair fraiche.
La vie était rude mais simple, ici. Les gens vivaient entourés d'un monde de dangers et de mystères. Les contacts avec les villages alentours, dont on prononçait les noms avec crainte et méfiance, étaient inexistants. Tous avaient fait partie du même comté, naguère, mais en l'absence de seigneurs chevaliers pour préserver les populations, la seule sécurité que l'on pouvait trouver était celle que constituaient les vieilles maisons de village. Tous les bâtiments trop lointains, comme le vieux moulin et l'ancienne forge, avaient été abandonnés depuis fort longtemps. Tel était Murtillaut en cette journée, et le jeune Gaspard s'amusait dans la boue à tuer de gros escargots, aidé des quelques enfants qui formaient la jeunesse du village.
Cette journée-ci était un peu particulière, pourtant, car elle ne se produisait que tous les trente mois. De fait, Gaspard n'y avait lui-même que peu assisté. Ce jour était celui qu'on appelait "la fieste o Glodios". En effet, les Glodios, ces démons à cornes qui vivaient dans un marécage lointain, avaient pour coutume de venir à date régulière pour leur collecte d'enfants nouveaux nés, en vertu de l'accord séculaire passé entre les ancêtres et les Glodios, arrangement qui plaçait, normalement, le village à l'abri de la soif destructrice des hommes-bêtes.
C'était un jour d'effervescence, où chaque villageois préparait ses offrandes. Comme à l'accoutumée, le bossu passait avec ses brouettes pour ramasser les éventuels morts conservés pour l'occasion. Car les Glodios, pensait-on, aimaient qu'on leur laisse à l'entrée du village quelques cadavres à dévorer.
Les gens avaient été prévoyants cette fois, et s'étaient pris suffisamment à l'avance pour avoir quelques enfants à donner... les morts inutiles pourraient certainement être évités pour cette fois.
La nuit arriva enfin, et une dizaine de monstres dansants déboula au village pour s'emparer de ce fort beau butin. L'un d'eux, un encapuchonné à six cornes, étudia longuement les trois nourrissons que l'on avait déposé à son intention, près de l'autel. Manifestement satisfaite, la créature émit un ricanement sifflant et confia son précieux chargement à ses camarades.
Cachés dans leurs demeures, les murtillois les observaient en retenant leur souffle, veillant à ce qu'aucun enfant ni aucun vieux ne laisse échapper le moindre bruit.
Cette vision marqua à jamais l'esprit du jeune Gaspard...

Dès le lendemain, la vie reprit comme si de rien n'était. Les hommes et quelques femmes retournèrent chasser les vers, les vieux que la goutte et la tuberculose n’accablaient pas se regroupèrent pour se féliciter de la dernière cérémonie, et le malheureux Jacquot, plus connu sous le sobriquet de « Jacquot l’pied bot »passa la journée à se faire harceler par d’infâmes garnements. Piqué par de multiples branches de bois mort, il n’échappa pas au supplice de manducation de matières fécales canines. Rien que de très normal, en somme.
Les jours passèrent, puis les années. Des rumeurs atteignaient parfois le hameau, parlant d’une augmentation inquiétante dans la population des Glodios, d’un village plus ou moins lointain rasé ; attaqué par les bêtes ou envahi de goules. Gaspard devint rempailleur et prit bientôt la place de son défunt père. Ainsi continua-t-il sa vie tranquillement, sans jamais se mêler de la vie des autres et en évitant autant qu’il le pouvait les contacts inutiles. Pour cette raison, il n’avait même pas pris d’épouse, ce qui lui valut une fort mauvaise réputation, mais se contenta grandement de la situation car il maudissait les Glodios et ne voulait pas avoir à leur donner d’enfants. C’était toutefois son seul acte de rébellion à leur égard car il se plaisait à rester caché dans son grenier lorsque la première corne apparaissait.

**************************************



Gaspard avait passé la journée à cueillir des champignons et n’avait pas prêté attention au temps qui passait. Il savait que cette journée était celle d’une nouvelle offrande, mais il se sentait assez peu concerné, n’ayant de toute façon rien à leur offrir à part deux chaises, ses dernières créations. Mais il doutait que les Glodios utilisent vraiment ce genre de choses. Tout ce qu’il avait à faire était donc de rentrer avant la tombée de la nuit et d’attendre le lendemain, mais lorsqu’il apprit que des étrangers avaient pénétrés dans le village, un mauvais pressentiment le gagna et il décida de rester à la lisière, en attendant. C’est encore là qu’il se trouvait lorsque survinrent les hommes-bêtes. Il ne fallut pas longtemps à Gaspardpour réaliser qu’une chose n’allait pas. Les bêtes étaient trop nombreuses et très agressives, armées de torches comme si elles avaient décidé de venir raser le village. Bientôt, un combat s’engagea entre eux et ces fameux étrangers… des chevaliers, une chose que le pauvre gueux n’avait jamais vus de sa vie entière. Ils étaient aussi forts que dans les contes et semblaient réellement capables de massacrer les monstres. A la réflexion, ils l’effrayaient tout autant que les Glodios, plus même, et il voulut du plus profond du cœur qu’ils s’en aillent et que la vie redevienne comme avant.
Gaspard était prostré derrière son arbre, recroquevillé pour qu'aucune partie de son corps ne soit visible. Le son des lames s'entrechoquant, les cris des bêtes et l'infâme grondement des sabots piétinant l'herbe le rendaient fou. Il voulait fuir mais craignait d'être vu. A cet instant, il aurait aimé disparaître, être ailleurs. Pour la première fois de sa vie, Gaspard désirait se trouver par delà la vieille mare, dans son monde vaste et inconnu mais, finalement, plein de promesses. Les combats lui semblaient interminables. Partout, des bêtes couraient dans un sens puis dans l'autre, tandis que ces saints chevaliers, tout comme ceux des légendes à qui l'on attribuait le pouvoir de repousser les mangeurs d'âmes et de guérir les écrouelles par simple toucher, semblaient se jouer de la mort et refuser de se laisser faire comme n'importe qui de sensé se trouvant face aux Glodios. Il advint cependant que ces cinq guerriers se retrouvèrent acculés au centre du village. Les choses allaient enfin pouvoir reprendre leur cours et le rempailleur aurait dû s’en sentir soulagé, pourtant, c’était un autre sentiment qui sembla prédominer en son fort intérieur. Dans son coin, il se remémora sa très longue existence. Ses heures passées à Murtillaut, toutes ces fiestes o Glodios qu'ils avaient déjà vu, et une rage indicible le gagna.
Sans qu’il comprenne ce qu’il faisait, Gaspard se redressa, sortit de sa cachette et poussa un grand cri en lâchant un caillou sur la plus ignoble des bêtes qu’il avait en vue.
Il reconnut alors ce même Glodios à six cornes qu’il avait aperçu si souvent, le premier Glodio qu’il avait vu de sa vie. Il éclata de rire en pensant au ricochet qu’il venait de réussir tandis que d’épouvantables créatures à cornes s’approchaient, l’arme à la main.

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MessageSujet: Re: A la poursuite du faux Astrabell   Mer 21 Jan 2009 - 2:54

Vingtième Partie : Célébration

Une nouvelle aube se leva sur le village de Murtillaut.
Au cœur des ruines fumantes des bâtisses hier encore habitées se tenaient cinq chevaliers.
Devant la vieille grange à présent effondrée était assis le jeune Henri de Volvestre. Son corps était meurtri et son armure largement cabossée. Son fourreau gardait à présent une lame ébréchée en quatre endroits. Pourtant, rien ne semblait pouvoir entamer la joie que ressentait le jeune catharien.
Les hommes bêtes avaient fui, aucun des cinq paladins n'avait reçu ni blessure incapacitante, ni coup mortel, et les montures, elles aussi, avaient toutes reparu.
Henri contemplait le sol jonché de nombreux corps, membres et cornes brisées, imbibé de sang épais et sombre, et hélas, toujours aussi nauséabond. L'odeur de l'incendie lui sembla être une bénédiction et il regretta qu'elle doive immanquablement finir par céder le pas à celle qui caractérisait le duché perdu. Son regard passa alors sur la première forme animée qui s'offrait à lui. Celle-ci n'était autre que Friedrich de Schwytz qui, debout non loin, semblait faire l'inventaire, malgré ses yeux agars, de ce qu'il restait de lui.
Pendant un long instant, le montagnard observa ses bras et se tâta les jambes, puis, portant la main sur sa poitrine, il eut la surprise de toucher directement son haubergeon de maille qui apparaissait maintenant clairement au travers de son tabard sévèrement entamé.
Dans une flaque de boue, il ramassa son étincelant heaume enchanté et fut bien affligé de le voir si esquinté. Henri eut un léger sourire et laissa son regard se poser sur le vieux Lot d'Orcadie et le brave Théobald de Bastogne. Tous deux semblaient plongés dans une intense réflexion.
Le vieux se tenait droit comme un piquet, une main sur le menton, tandis que le jeune gardait les mains sur les hanches, d'un air dubitatif.
Devant eux se trouvait l'objet de leurs pensées.
Tel un haut mât, la lance du jeune chevalier était plantée dans la carcasse d'un épouvantable Glodio et rien ne pouvait, semblait-il, l'en dégager. un fracas abominable survint alors et attira tous les regards dans sa direction.
De la grange effondrée, la porte tomba pour laisser apparaître le dernier chevalier, les mains pleines de chopines ouvertes.

"J'ai sauvé ceci !" hurla-t-il avant de se rincer le gosier du contenu de son fabuleux trésor.
"La Dame est grande!" ajouta-t-il avec entrain.

Enfin, le jeune cadet de Catharie se mit-il en mouvement et en ressentit une vive douleur à l'épaule.
Il lui faudrait plusieurs jours, malgré se solide constitution, pour espérer une rémission. Il mit son bras en écharpe et pria pour ne pas avoir à choisir en cours de route entre les rênes et l'épée.

Bientôt, comme par enchantement, les villageois rescapés firent leur grand retour, les mains chargées de fruits d'aspect correct, de petits oiseaux et de rongeurs morts. D’autres encore portaient du foin et du fourrage en quantité. Les malheureux avaient trouvé leurs nouveaux saints et, déjà, une vieille s'efforçait d'ériger un autel de pierres et de boue en leur honneur.
S'ils n'osaient pour l'instant pas tous s'approcher, tous étaient plongés dans l'allégresse.
S'ensuivit une parodie de banquet qui dura jusqu'au soir car aucun paysan ne se pensait plus en danger. On y mangea et bu à profusion malgré les faibles ressources des locaux, on y vit un grand nombre d'édentés danser et il n'y eut pas une mère qui ne tenta de fiancer sa fille, voire ses filles, à Théobald, suscitant l'hilarité de ses frères d'armes.

Le lendemain matin, les cinq héros enfin renforcés et bien nourris reprirent leur route, créant panique et désespoir au sein du peuple, au cours des heures qui suivirent.
Leurs fiers sauveurs s'en étaient allé. La longue lance de Théobald n'était plus fichée dans le sol. Ne restaient plus qu'n vaste amoncellement de cadavres puants.
Une fosse commune fut remplie. Gaspard reçut une sépulture convenable, quoique peu profonde, et fut enterré vers le bas, à la mode de la région.
Sans doute les Glodios ne viendraient-ils plus réclamer d'offrandes avant bien des saisons.

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MessageSujet: Re: A la poursuite du faux Astrabell   Jeu 22 Jan 2009 - 7:10

Vingt-et-unième partie: Le marécage des Malgeosmes

Les cinq chevaliers avaient quitté Murtillaut depuis près d'une journée et cheminaient de plaines en collines en direction du comté de Castagne qui paraissait encore si lointain.
Tel était le lot des rares voyageurs et aventuriers qui se rendaient dans le duché perdu, condamnés à cheminer dans un décor sinistre et peu diversifié, et incapables d'emprunter la route la plus directe.
Bientôt, les inquiétantes landes cédèrent la place à une région plus escarpée faite de hautes indentations et de rochers acérés.
Les chevaliers connurent les plus grands peines à les franchir et ne le firent que pour atterrir dans de fétides marécages. Une nouvelle nuit à éloigner grâce au feu de torches improvisées les spectres et êtres des marais. Une autre nuit sans vrai repos.
Plus préoccupante fut la fièvre qui s'empara du jeune Henri qui déclara pourtant qu'il fallait plus qu'une simple éraflure pour terrasser un catharien.
A l'examen, le seigneur Lot ne vit aucune écharde de métal dans la plaie et ainsi remirent-ils la guérison du jeune et robuste chevalier entre les mains de la Dame. Tour à tour, ses camarades se relayèrent à ses côtés durant la journée, tenant par la bride son destrier tandis qu’il était le dernier encore en selle. De l’eau jusqu’au bassin dans les pires moments, des moustiques obscurcissant la vue, les compagnons marchèrent sans relâche, manquant à plusieurs reprises de mourir embourbés ou noyés dans ce lieu insalubre d’où semblait émaner des cris de gens en grande souffrance.

« C’est assez ! » gémit Arius, alors en charge d’Henri.
- Qu’est-ce donc ? s’enquit Lot d’Orcadie.
- Ces marais sont malsains, sans doute l’avez-vous senti vous aussi, mes frères, déclara le chevalier de Havras. N’entendez-vous pas ces hurlements en provenance des profondeurs ou appelez-vous cela le vent ?
- Le vent… oui, je le sens, il est comme le Cers des montagnes de Catharie, chuchota le jeune Henri dont le teint était passé du diaphane au cadavérique pur et simple en quelques heures.
- Un poison ? laissa échapper le vieux chevalier de la Quête d’Orcadie, en réponse aux regards effrayés de ses trois camarades valides.
- Il m’inquiète, vint lui dire Arius. Son état se dégrade bien trop vite et je doute qu’il tienne la journée à ce rythme !
- Sans parler de ces marécages, nous ne progressons qu’à grand peine et j’ai senti plusieurs fois quelque chose frôler ma jambe, dit Théobald qui approcha, tirant à sa suite sa monture et celle d’Arius.
- Ne voyez-vous rien de suspect sur ce brouillard ? interrogea Friedrich, revenu de l’avant-garde.
- Il pue, répondit Arius.
- Certes, mais si je l’avais pris pour un simple frimas hivernal ce matin, il ne s’est pas levé, rétorqua le montagnard. Le frimas est courant par chez moi, mais il est impossible qu’il tienne toute la journée sur un terrain aussi humide. De plus…
- Qu’y a-t-il ? demanda Lot.
- Si vous vous en souvenez, j’avais pris un peu d’avance sur le reste de notre troupe, il y a une heure de cela, et j’ai pu constater que cette brume ne s’étendait que sur un périmètre restreint, tout autour de nous, expliqua Friedrich.
- C’est inhabituel, lança Arius.
- C’est un présage funeste ! ajouta Théobald.
Mais à peine avait-il terminé sa phrase qu’un phénomène plus qu’étrange survint, comme une manifestation de ses dernières paroles. Des mains éthérées et des visages grimaçants de terreurs semblaient apparaître çà et là les frôlant. Arius tira l’épée et enroula la bride du destrier d’Henri autour de son bras en prenant son air le plus menaçant. De leur côté, Lot, Friedrich et Théobald s’éloignèrent pour former un cercle de défense autour du blessé et tentèrent d’éparpiller les apparitions à grands coups de taille, mais l’opération s’avéra rapidement vaine.

« Rien à faire ! » s’offusqua le vieux paladin d’Orcadie.
- Même les armes magiques semblent inefficaces, ajouta Friedrich.
Occupé à repousser ces esprits malfaisants, le chevalier de Chort ne savait plus où donner de la tête.
- N’ayez crainte, Henri, mon ami, nulle créature ne posera la main sur vous tant qu’un souffle de vie m’habitera ! dit-il d’une voix forte comme pour mettre au défi ses opposants.
- Friedrich... répondit simplement Henri.

A cette réponse étrange, Arius opposa un froncement de sourcils. Inquiété, il chercha du regard ses frères d’armes au cœur du brouillard mais ne pouvait les distinguer qu’avec difficulté. Ce ne fut qu’alors qu’il réalisa que la brume s’était nettement épaissie en une poignée de minutes. Les deux formes un peu plus loin sur sa droite devaient être Lot à côté de sa monture, les trois de gauche étaient Théobald avec deux chevaux, celles-ci, il les voyait plus distinctement, mais un doute subsistait en ce qui concernait Friedrich. S’il y avait bien quelque chose devant lui, là où était parti le chevalier des montagnes, il était incapable de dire laquelle des deux formes, situées de part et d’autre du cheval, pouvait être son camarade. Il y eut alors un rapprochement entre les deux ombres, suivi d’un cri étranglé puis, l’instant suivant, plus rien.

- Friedrich ! hurla à pleins poumons Arius, seul témoin du drame.

Un instant passa, sans réponse, puis un autre. Bientôt, la brume se dispersa pour revenir à son niveau d’avant l’attaque et les choses apparurent plus clairement. A l’avant ne restait manifestement plus qu’un destrier sans son maître. Lot et Théobald accoururent auprès d’Henri et de son garde pour apprendre ce qui s’était joué un peu plus loin.

- Une personne ou… une bête a emporté le seigneur de Schwytz tenta d’expliquer Arius. Elle faisait au moins la taille d’un homme et l’a pris par derrière. Je ne saurais dire ce que ce dont il s’agissait, mais il n’était plus là l’instant d’après.
- Moi je saurais bien dire ce dont il s’agissait, répondit Friedrich qui revint vers le groupe à la stupeur générale. Nous avons ici à faire à un excès de vin et un esprit embrouillé par la peur.
- Impossible ! s’étouffa Arius, trop surpris pour prendre ombrage du dernier commentaire. Je suis sûr d’avoir vu une chose s’en prendre à vous.
- Et moi, je suis sûr d’être bien vivant, déclara Friedrich avec vigueur et agressivité, ce qui surpris grandement le reste du groupe.
- Si tout le monde est en une seule pièce, je propose d’avancer avant que ces esprits ne reviennent, intervint Lot. Désirez-vous qu’un autre prenne votre place à la garde d’Henri, Arius ? Vous semblez bien chamboulé pour l’heure.
- Ma foi, non ! répondit Arius avec dédain. Sauf s’il plaisait à Henri de changer de gardien pour l’heure.

Mais Henri ne répondit rien à ce sujet, alors la troupe reprit son chemin sans attendre.
Comme plus tôt, Friedrich repartit à l’avant-garde, visiblement pas vacciné par les derniers événements. Comme plus tôt, l’avancé fut lente. Théobald se demanda bien quelle taille pouvait faire ce maudit marécage et s’il n’aurait pas été plus sage de le contourner, même sur des nombreux milles.
Même si le brouillard avait à présent presque entièrement disparu, le silence était pesant, comme si quelque chose de malsain entourait encore la compagnie.
Contre toute attente, ce fut Henri qui le brisa en s’adressant à son guide.

- Arius, mon ami, lança-t-il avec difficulté.
- Henri ? répondit Arius, bien étonné.
- Où allez-vous ? questionna le jeune cadet.
- Loin de ce lieu maudit, rétorqua Arius qui trouvait la question bien étrange.
- Friedrich, il faut retourner le chercher… ajouta Henri.

Un nouveau froncement de sourcils accueillit la réplique. Arius s’arrêta, lâcha la bride et retourna sur ses pas. Il avait un étrange pressentiment. Au loin, derrière, un homme semblait avancer en titubant.
Arius plissa les yeux et ressortit sa lame du fourreau, prêt à en découdre, mais quelle ne fut pas sa surprise de voir débouler ainsi Friedrich, trempé et couvert d’algues. Ce dernier lui expliqua qu’un tentacule l’avait attrapé et attiré au fond dont il avait eu le plus grand mal à s’extirper pour constater que ses compagnons avaient repris la route sans lui.

A l’avant, Théobald s’était arrêté, constatant qu’Henri avançait désormais seul, chancelant sur sa selle.

- Lot ! appela-t-il. Arius a disparu !
- Que dites-vous, donc ? hurla le vieux chevalier en manquant de s’étrangler. Mais où est donc passé ce fou ?
- N’est-ce pas lui qui accourt, au loin ? s’étonna le jeune homme.
- Mais… qui diable nous ramène-t-il ? ajouta Lot.
Il y eut alors un bruit de métal dans le dos des deux hommes et le vieux paladin ne dut sa survie qu’à sa très longue expérience et à une chance insolente. S’étant retourné promptement, il avait dévié in extremis la lame qui voulait l’embrocher avec son gantelet duquel coulait maintenant du sang en abondance.

- Dopplegänger ! cracha Lot. Arius avait donc raison pour Friedrich ! Par chance, la Dame est avec nous.
- Vieux fou, la Dame n’existe pas ici, répondit le faux Friedrich.
- Un changelin, s’écria Théobald. Tuez-le ! Tuez-le, Lot !

Gardant bien serrée sa poigne sur l’arme de son ennemi, le vieux chevalier porta sa main encore valide dans son dos, saisissant sa grande épée. D’un geste fluide et maîtrisé, il abattit un coup assez violent pour couper un ogre en deux et trancha net le bras, l’épaule et la tête du monstre qui lui faisait face. Son haut fait accompli, le chevalier de la Quête n’eut même pas un regard pour son opposant qui glissa lentement dans l’eau boueuse dans laquelle il s’enfonça pour disparaître à jamais.

Il fallut une heure à la compagnie pour quitter le marécage d'où aucune créature ne sortit plus pour l'attaquer. Manifestement, le double de Friedrich avait tenté de les faire dévier de leur route, sans aucun doute pour les perdre et les dévorer plus tard. Dans sa malice, il n’avait pourtant osé imaginer que Friedrich put survivre et ressortir de l’eau.

Une fois de plus, les cinq héros avaient échappé de peu à une bien triste fin, cependant, l’état d’Henri devenait de plus en plus préoccupant.

Après une très courte marche, les compagnons tombèrent sur une borne indiquant deux directions sans mention des distances. Derrière eux était indiqué le marécage des Malgeosmes, devant eux était une terre nommée Naizon. Castagne ne devait plus être loin, du moins l’espéraient-ils.

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MessageSujet: Re: A la poursuite du faux Astrabell   Sam 24 Jan 2009 - 6:31

Vingt-deuxième partie : Castagne

La troupe passa la fin de la journée à trottiner sur des terres habitées où des paysans craintifs fermaient leurs volets, rentraient dans leurs maisons ou cachaient le visage de leurs enfants à son passage. Ailleurs, à l’opposé, les gueux se faisaient curieux et suivaient la compagnie de son entrée dans leur village jusqu’à sa sortie. Il y avait ici ou là des châteaux plus ou moins délabrés, des champs plus ou moins à l’abandon et même, parfois, des gardes ou des miliciens gardant un vieux pont en bois ou une tour en ruine. Jamais aucun de ces derniers ne s’approcha toutefois, préférant rester à manger des pommes ou à discuter avec d’autres gardes.
Les chevaliers croisèrent bon nombre de péages et d’octroies, mais personne ne semblait déterminé à venir leur réclamer le moindre sou. Ce dont ils ne se plaignirent pas.

Le soir venu, ils s’installèrent aux abords d’un vieux chemin et consommèrent ce qui restait des maigres rations qu’ils avaient pu soutirer à Murtillaut. Malgré la présence humaine un peu plus abondante dans la région, les lieux demeuraient aussi sinistres que l’avait été le reste du duché maudit depuis leur arrivée, et la nuit n’apporta que peu de quiétude aux voyageurs.

Au lever du jour, sous un ciel morne en gris, ils se remirent en marche. Henri, attaché à sa selle et en permanence épaulé par un frère d’armes, n’était pas au mieux. Il ne semblait même plus en état de parler autrement que pour bredouiller des choses incompréhensibles à cause de sa fièvre.
Ils croisèrent encore un village et en virent un autre au loin plus tard dans la journée. Ils progressaient vite et sans rencontrer le moindre ennemi, tandis que les champs et les marécages constituaient la majeure partie du paysage. De temps à autres, des vilains travaillaient la terre ou semblaient affairés à ramasser des bestioles.
Un court interrogatoire effectué sur l’un de ces bouseux leur appris que Castagne était un nom connu pour les gens du cru même s’il se révéla incapable de leur fournir la moindre information sur une quelconque distance, ni même une direction précise. Ils savaient cependant qu’il leur faudrait certainement poursuivre encore un peu vers l’Est.
Chevauchant en groupe sur une petite route, ils discutaient pour tuer le temps dans ce pays triste en ennuyeux.

- Et comment devrions-nous aborder le château de Castagne, selon vous ? demanda Lot
- Je pensais qu’il nous suffirait de nous annoncer franchement et simplement puis d'attendre, répondit Théobald.
- Dois-je vous rappeler que nous n’avons pas de preuves précises de l’implication du comte Dangorn dans notre affaire ? rétorqua Lot en jetant un regard à Henri en trop piètre état pour répondre. La dame de Catharie nous a envoyé ce fringant cadet en lui disant d’aller en Castagne, mais je doute qu’il sache lui-même ce qui nous attend là-bas.
- Vous dites vrai, mon ami, dit Théobald un peu perplexe.
- Si nous nous annonçons comme de simples invités, je ne doute pas que nous recevrons un accueil digne de notre rang, mais qu’adviendra-t-il quand nous lancerons au visage du comte nos accusations ?
- Hum… fit simplement Théobad qui ne savait quoi dire d’autre.
- Si, au contraire, nous arrivons ouvertement hostiles, je doute que nous puissions assiéger son château à quatre, expliqua Lot d’Orcadie.
- Maintenant que vous exposez la situation, dit Théobald, j’en viens à penser que l’idéal serait que le sieur Dangorn soit innocent de ce crime et qu’il possède un bon médecin pour notre Catharien.
- Il va donc nous falloir un plan pour rentrer ? demanda Friedrich.
- En effet, et un plan solide, déclara Lot.
- J’ai un plan, dit Arius qui n’avait pas l’air plus perturbé que cela par la situation actuelle.
- Quelqu’un d’autre ? questionna Lot.
- Nous pourrions peut-être entrer dans le château en paix et le prévenir que notre camarade mourant a quelque chose à lui dire, ce qui l’obligera à le guérir pour connaître la vérité, proposa Théobald. Nous verrons bien comment les choses tourneront ensuite.
- Voilà qui n’est pas mal pensé, dit Lot, mais il nous faudrait une idée un peu plus solide. Appelons cela le plan B.
- Nommer ses plans avec une lettre ? s’étonna Friedrich. Voilà une curieuse idée. Peut-être pourrions-nous établir un campement non loin de son château et lui envoyer un courrier pour le prévenir de notre affaire en lui demandant de nous rejoindre en terrain neutre… enfin, ailleurs que dans son château puisqu’aucune terre ne saurait être neutre dans son propre domaine.
- Moi, j’ai un bon plan, insista Arius.
- C’est une idée, Friedrich, reprit le vieux paladin, et c’est certainement ce que recommanderait la bienséance puisque nous ne venons pas forcément en paix. Cependant, nous n’avons pas de quoi établir un campement, il nous reste peu de rations et nous ne disposons pas du matériel d’écriture nécessaire.
- Ma foi… vous dites vrai, dit tristement le chevalier des montagnes, un peu honteux d’avoir parlé trop vite.
- Disons que nous en ferons notre plan C, si nous nous faisions accueillir à coups de flèches avant même d’avoir pu entrer dans le château, rétorqua Lot avec bienveillance et humour.
- Ce qui nous amène à notre plan A, comme Arius, déclara le chevalier de Havras.
- Bon, expliquez donc votre idée, finit par s’incliner Lot.
- Vous me laissez passer devant, je pénètre dans la citadelle avec panache et je sème le chaos, après quoi…
- Ce plan est vraiment épouvantable, marmonna Lot, consterné.
- Après quoi nous profitons de la pagaille pour aller débusquer Dangorn dans son château et le questionner ? déclara Théobald. Ce n’est pas mal, quoiqu’un peu violent.
- Ah oui, soit, dit Arius… je pensais pousser jusqu’à sa chambre et le ramener moi-même, mais vous pouvez faire cela, en effet.
- Il n’avait même pas pensé à nous inclure dans son plan, chuchota Lot, affligé.
- Mais, mon ami, votre plan ne tient aucun compte de la discussion que nous tenons depuis tout à l’heure, constata Théobald.
- Je crois savoir ce que nous devrions faire, dit Lot. Nous irons nous présenter à son château, comme l’a proposé Théobald mais nous attendrons qu’il nous questionne sur notre périple pour lui exposer la situation. S’il ne l’a pas fait d’ici au diner, et si les règles de l’hospitalité sont respectées ici, nous exposerons durant le diner, comme une rumeur, l’histoire du faux Astrabell en profitant du fait que le bouillonnant sire de Volvestre ne sera pas en état de sauter de manière bien irréfléchie au visage de Dangorn. En masquant ainsi notre pensée, nous devrions obtenir de lui la vérité ou au moins pouvoir jauger sa sincérité.
- Voilà notre plan A ? demanda Théobald, satisfait.
- j’aimais mieux mon plan, soupira Arius.
- Oui… certes… nous l’appellerons donc le plan F ou même G pour contenter notre camarade barbare, conclut Lot. Nous l’utiliserons si nous nous retrouvons dans l’impossibilité de mener à bien ceux d’avant.

Les braves chevauchaient depuis plus d’une dizaine d’heures et étaient vraiment las, d’autant que le paysage n’offrait aucune diversité. Il n’était que vieux bois, marais et plaines grisâtres et avait de quoi briser le moral du plus joyeux des halflings du Moot.
Soudain, une tour sembla apparaître à quelques centaines de mètres. Elle se dressait fièrement, debout sur une colline et aurait certainement offert un remarquable panorama sur la région s’il y avait eu, ici, quelque chose à voir. S’ils l’ignoraient encore, les cinq compagnons voyaient là les collines et la tour du borgne, porte du comté de Castagne.

Les quatre chevaliers et leur camarade comateux dépassèrent bientôt la tour, franchirent les collines et pénétrèrent dans les terres d’Andragon, baronnie la plus occidentale de Castagne, à la fin de l’après-midi. Si des gardes veillaient en haut, aucun d’eux ne sembla vouloir donner l’alarme. Une borne leur indiqua, en tout cas, qu'ils se trouvaient bel et bien dans le comté de Castagne, ce qui leur redonna espoir. En cette saison, la nuit ne tarderait pas à venir. Il leur restait une heure de clarté, tout au plus, un temps bien insuffisant pour parvenir jusqu’au château du seigneur Dangorn, à l’exact opposé du comté. Leur méconnaissance totale de la géographie locale leur rendait cependant inaccessible cette information.
Ils continuèrent leur avancée, prudemment. Ils virent un peu plus loin sur leur droite un château assez splendide mais qui paraissait quelque peu délabré.

- Castagne ! s’exclama Arius.
- Castagne ! se réjouit Théobald, à son imitation.
- Castagne ! répéta Friedrich.
- Ce n’est pas le bon château… confia Henri, sortant momentanément de sa fiévreuse torpeur.
- Comment allez-vous, Henri ? s’enquit Lot.
Mais le jeune homme ne répondit pas et sa mine faisait toujours aussi peur à voir. A dire vrai, Lot doutait même que ces mots avaient été les siens. A ce que lui avait dit Arius, il s’était montré particulièrement clairvoyant dans les marécages et maintenant ces paroles énigmatiques semblaient plutôt surnaturelles et inquiétantes.
- Gardez-le bien, Dame de Catharie, lui chuchota à l’oreille le vieux Lot qui avait compris d’où provenait cette soudaine possession.
- Et comment savez-vous cela ? l’interpela Arius, revenu à sa hauteur.
- Ne comptez pas trop sur une réponse, prévint Lot. Mais croyez-en mon expérience, l’écouter me semble sage.
- Vraiment ? s’étonna Théobald. Dans ce cas, où passerons-nous la nuit ? Nous ne pouvons continuer à avancer à l’aveuglette alors que la nuit va tomber !
- Les choses seraient peut-être plus simples si nous passions la nuit dans ce château-ci, intervint Friedrich de Scwhytz.
- Les choses ne me plaisent pas ainsi, nous allons nous retrouver face à l’un des vassaux de Dangorn avant de tomber sur le maître, ce qui n’était pas prévu, réfléchit Lot.
- Il serait fort déplacé de dormir sur les terres d’un seigneur sans réclamer l’hospitalité en son château, déclara Théobald. Ce serait là les manières d’un gueux !
- Et peut-être que ce nobliau saura en faire plus que nous pour Henri, dit Arius.

Ainsi décidés, ils Poussèrent leurs montures jusqu’aux remparts de la Citadelle et y parvinrent en une poignée de minutes. Quelle ne fut pas leur surprise, alors, d’en trouver le pont levis relevé ! Ayant traversé ce qu’ils avaient traversé pour arriver ici, ils pouvaient concevoir qu’ l’on referme les châteaux à la nuit tombée, mais il restait encore quelques minutes de lumière et furent donc fort affligés par cette déconcertante découverte.

- Ohé, du château ! hurla Arius à pleins poumons, grillant la politesse à ses camarades. Nous demandons l’hospitalité.
- Qui va là ? demanda une tête qui avait surgit entre les créneaux, quelques mètres plus haut.
- Nous sommes des chevaliers en quête, répondit Théobald, et nous demandons l’hospitalité !
- Le baron Erwedeg ne veut pas vous voir, cria le garde.
- Plait-il ? s’offusqua Lot.
- Abaissez le pont levis, bande de manants sans cervelle ! s’emporta Arius.
- Seul le baron peut décider de ça… rétorqua un autre garde.
- En ce cas, prévenez-le de notre arrivée, déclara le chevalier d’Orcadie.
- Notre baron dort, répliqua le premier garde.
- Dormir avant même le diner ? s’étonna Théobald.
- Je me croirais pour un peu revenu à Havras, soupira Arius.
- Partez ou nous appelons les archers ! menaça le second garde.



Déçus, renvoyés comme des malpropres, les cinq camarades allèrent passer la nuit hors de portée de flèches du château. Ils ne mangèrent pas et dormirent autant qu’ils le purent. La journée de demain promettait d’être longue dans ce comté de fous.

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MessageSujet: Re: A la poursuite du faux Astrabell   Dim 11 Mai 2014 - 4:15

Vingt-troisième partie : Mieux vaut tard que jamais


La nuit que les cinq compères venaient de passer leur sembla avoir duré une éternité (Nda: en même temps, la dernière partie que j'avais écrite remonte à il y a cinq ans... c'est vrai que ça fait long Laughing).
Perdus dans une lande puante et humide, continuellement agressés par d'odieux moustiques aux dimensions surnaturelles et gênés par les cris de douleur d'Henri de Volvestre, les compagnons ne venaient pas de passer ce qu'il conviendrait d'appeler une bonne nuit.
Hélas! les heures qui suivirent ne furent guère plus glorieuses.

Ayant raclé le fond de leurs sacoches pour en tirer quelque aliment, ils firent un repas d'une grande frugalité et décidèrent d'emprunter la route qui partait du château du grossier baron Erwedeg pour s'étendre vers l'Est, direction qui leur sembla toujours la plus logique.
L'état du jeune chevalier gasconnien était au delà du préoccupant et qui était envoyé à ses côtés pour le veiller pendant le chemin craignait de le voir périr sous sa garde.

A mesure que la matinée s'écoulait, le ciel passa de morne et gris à un étrange bleu grisâtre. Mais la pluie ne semblait jamais très loin.
Néanmoins, la brise paraissait peu à peu se faire moins désagréable et la route sur laquelle ils se trouvaient, si elle était toujours faite de gadoue et non de pavés, était à présent mieux délimitée.
Dans les champs alentours, des paysans semblaient s'affairer bien qu'aucune culture ne fut visible dans ces terres de marécages. Toutefois, la région semblait déborder d'activité comparé à ce qu'ils avaient pu voir jusque là.

Ils passèrent alors devant un homme d'âge moyen qui, assis sur le muret de pierre qui longeait la route, contemplait ses pieds nus avec attention.

« Hé, l'homme ! l’interpella Lot d'Orcadie. Saurais-tu nous indiquer la direction du Castel de Castagne ?»
- Monseignor, combien que j'ai de doigt de pied à mes arpions ? rétorqua le jeune-vieux paysan couvert de bouse.
- Plaît-il ? s'étonna Théobald.
- Combien que j'ai d'doigt que j't'y d'mande, mon beau sire !
- Eh bien... hum... il me semble bien que vous en avez... dix, répondit Lot, qui tentait de ne pas perdre toute contenance malgré l'étrangeté de la situation.
- Ah ! J'l'y sôvais ! C'te foutu collecteur m'a dit que c'étions quatorze... j'y vais tou tuder ce saligaud la prochaine fois qu'y se point'ra c'est moi qui tou l'disions !
- De... de quoi s'agit-il ? s'étonna Friedrich qui avait parfois l'impression de ne pas comprendre toutes les subtilités de l'humour purement bretonnien.
- C'est qu'le Comte Dangorn il a dit qu'on paye si qu'on a des doigts aux pieds et que moi le percé-péteur l'a dit que j'y avais quatorze... mais qu'en fait j'en ayons pas quatorze. Non pas que je sais si qu'ça fait plus ou moins que ce que t'y m'y as dit mais t'y m'as point dit quatorze pour sûr !
- Hum, si je puis me permettre, je crois que vous avez commis quelque erreur, seigneur Lot, intervint Arius, quelque peu gêné. Cet homme semble avoir un sixième doigt à son pied droit.

Tous les regards se portèrent alors sur les pieds du malheureux paysan qui fit bouger ses doigts avec amusement.

- Diantre ! vous dites vrai, s'étonna Lot. J'ai dit dix par habitude, je présume...
- Hé donc que c'est quoi le vrai ? J'y ai dicsse ou sicsse ?
- Onze au total, réctifia Arius.
- Oooooh ! s'étonna le vilain, entre fierté et ébahissement. Et... ?
- C'est bien plus que quatorze ! affirma Arius avec malice et amusement.

Sautant de son muret après un long moment de réflexion, l'homme entreprit une étrange danse, tout heureux qu'il était d'avoir réussi à flouer un collecteur de taxe.

- L'castel au Comte l'y par lô ! finit par dire le curieux personnage en indiquant la direction dans laquelle la compagnie se rendait de toute façon.

L'information, au final inutile, se révéla parfaitement exacte. Néanmoins, il leur fallut plusieurs heures avant de voir finalement apparaître les tours du château recherché. Puissant mais délabré, manifestement en pleine reconstruction, celui-ci trônait fièrement au milieu de marécages nauséabonds.
Ici, l'activité semblait incroyable. Des gens vaquaient à des occupations variées et la compagnie croisa le chemin de quelques chevaliers manifestement trop pressés pour leur adresser plus qu'un regard en biais.

« J'ai bien cru que nous n'arriverions jamais, laissa échapper Théobald.»
- Je ne vous le fais pas dire... le terrain de ce duché est tellement peu praticable que l'on s'y déplace à l'allure d'une saleté d'escargot ! renchérit Friedrich.
D'une manière inattendue, ce dernier commentaire sembla faire naître une certaine hostilité chez les quelques roturiers qui se trouvaient à proximité et de nouveaux regards, mauvais ceux-là, se rivèrent sur les étrangers.
- Quelque chose cloche chez ces gens, s'inquiéta Théobald.
- Au cas où vous l'ignoreriez, il y a quelque chose de pourri dans le duché de Moussillon, expliqua Lot. Ne prêtez pas trop attention à la roture locale.

Arrivés à quelques coudées du pont levis, les cinq chevaliers firent halte, éveillant la suspicion des deux gardes qui faisaient le planton devant la herse levée.

« Souvenez-vous bien du plan, rappela Lot d'un ton paternel.»
- Bien ! répondit Arius en commençant à dégainer sa longue épée, bientôt retenu par Friedrich et Théobald.
- En route... rétorqua le vieux chevalier de la Quête qui préféra faire abstraction de la dernière facétie du chevalier de Havras.

S'élançant au trot, ils franchirent le pont et les portes sans difficultés, malgré une nouvelle flopée de regards en coin provenant de toutes les directions.
Partout, dans la cour intérieure, des hommes allaient et venaient, portant des poutres ou poussant des blocs de pierre sous les yeux de quelques hommes d'armes à moitié assoupis.
Puisque personne ne semblait leur porter la moindre attention, aucun domestique ne vint aider les compagnons qui durent emmener eux-mêmes leurs montures à l'écurie.
Après quelques minutes d'attente, constatant avec dépit que personne ne venait s'enquérir de leurs identités et des raisons de leur visite, les cinq étrangers firent descendre de selle leur camarade blessé qu'ils placèrent sur une sommaire couche de paille et entreprirent d'explorer eux-même cette étrange place forte.

Le confort ne semblait pas être une priorité pour le comte Dangorn, pas plus que ne l'était l'ostentation. Le mobilier était rare et usé, les tapisseries, ternes. On entendait résonner ça et là les cliquetis des ouvriers occupés à rebâtir une partie de la forteresse.
Après avoir fait face à moult cul-de-sac et autres couloirs obstrués, la compagnie se retrouva devant une solide et haute porte de bois sculpté. De derrière elle semblait provenir des éclats de voix.

« Je suppose qu'il faudrait que nous frappions, dit Lot.»
- Après vous, répondit Théobald, inquiet.

Par trois fois, le vieux chevalier Orcadien frappa, sans succès. Las, il se décida à ouvrir la porte pour débouler dans ce qui semblait être la salle principale du château de Castagne. Là encore, le luxe n'était pas très apparent, toutefois, de nombreux chevaliers étaient là à festoyer joyeusement et bruyamment autour de longues tables. Manifestement, si l'argent venait à manquer au seigneur des lieux, cela ne l'empêchait pas de savoir faire la fête quand il le fallait.

Quelque peu gênés de faire irruption ainsi au milieu de quelque festivité incroyable, les quatre chevaliers s'approchèrent. Au milieu de la table principale, discutant avec un étrange personnage vêtu comme un bouffon coiffé d'une toque qui lui parlait à l'oreille, se trouvait le comte Dangorn de Castagne, chevalier du Graal fameux dans toute la Bretonnie.
A leur approche, il tourna la tête dans leur direction et s'adressa à eux d'une voix forte.

« Ha ! Voici enfin les messagers que j'attendais ! Mieux vaut tard que jamais.»

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MessageSujet: Re: A la poursuite du faux Astrabell   Dim 11 Mai 2014 - 19:16

Vingt-quatrième partie : Mauvais plan


Les quatre paladins étaient stupéfaits. Un étrange silence régnait à présent dans la salle tandis que l'assistance semblait attendre une réponse de leur part.

« Vous nous... attendiez ?» s'étonna Lot.
- Se pourrait-il qu'ils aient été avertis de notre quête par quelque moyen ? s'interrogea Théobald.
- Votre plan ne valait guère mieux que le mien, finalement, constata Arius.
- Le vôtre n'aurait sans doute pas obtenu de meilleurs résultats, vous savez, dit Théobald avec une certaine gêne.
- Après tout, les chevaliers du Graal savent souvent des choses qu'ils ne devraient pas, réfléchit Lot en se caressant le menton. La déesse leur parle parfois en rêve.
- Le seigneur Cordred rencontré sur la route était de ceux-là, il est vrai, renchérit Friedrich.
- Hum... à moins que l'une de ces damoiselles ne soit douée de double vue, continua de réfléchir le vieux chevalier de la Quête en scrutant un à un les visages des damoiselles assises à la table comtale.
- Ce filon a déjà été exploité une fois dans cette histoire, commenta discrètement Arius. Je doute que ce soit à nouveau le cas.
- Alors, que faire ? s'impatienta Théobald, que le silence de plus en plus pesant commençait à rendre nerveux.

De fait, pris par leur improbable discussion, aucun des quatre seigneurs n'avait remarqué l'approche du cuisinier-bouffon de Castagne qui se tenait à présent devant eux, attendant manifestement quelque chose.

- Messires ? lança le petit homme d'un air dubitatif.
- Hum... oui ! reprit Lot. Nous voici... comme vous l'attendiez, semble-t-il.
- Fort bien, mais où est-il ? insista le bouffon.
- Euh... nous sommes là pour le découvrir, n'est-ce pas ? s'étonna Lot en cherchant quelque soutien parmi ses camarades.

A ces paroles, de nombreux murmures fusèrent dans toute la tablée.

- Vous... ne l'avez pas amené ? s'offusqua le petit personnage sur le point de s'étouffer.
- Je ne suis pas sûr qu'ils parlent de la même chose que nous, tenta de faire remarquer Théobald trop discrètement pour être entendu.

Cependant, Lot, de son côté, était sûr de son fait. Chevalier de la Quête depuis trop longtemps, peut-être, il voyait des mises à l'épreuve partout et était persuadé d'avoir là affaire à une quelconque charade qu'il lui fallait à tout prix résoudre.
Ayant l'impression de marcher sur des œufs, il craignait de faire un faux pas en en disant trop.

- Je vois, reprit-il. Sans doute parlez-vous de celui que nous avons laissé dans les écuries ! Son état ne nous a pas permis de le traîner jusqu'à vous, mais...
- Dans les écuries ? Que voilà une bien piètre escorte ! s'emporta le bouffon-cuisinier. Et... de quel état parlez-vous donc ? L'auriez vous esquinté, bande de margoulins sans manières ?
- C'est-à-dire, que... ce fut là le fait d'hommes bêtes et nous espérions que vous sauriez le remettre sur pied vous-mêmes, bredouilla Lot, visiblement abattu.

Sans plus attendre, une véritable horde de domestiques portant la livrée du comte se rua à l'extérieur de la pièce comme une tornade, sans doute pour se rendre en urgence aux écuries.

Un silence de plus en plus gêné s'installa dans la grande salle tandis que tous attendaient le retour de la troupe des manants frénétiques.
Arius, Théobald et Friedrich, très inquiets, n'avaient de cesse de se lancer des regards.
Lot, pour sa part, restait aussi impassible qu'il le pouvait, fixant le comte Dangorn qui, lui, fixait une large cuisse de cygne au caramel placée sur sa table.
Des chuchotements éclataient parfois. De temps à autres, un ricanement de damoiselle venait à nouveau briser le silence.
Au milieu de la salle, enfermés au centre des trois tables qui formaient l'ensemble du mobilier du hall de Castagne, les héros n'en pouvaient plus d'être ainsi dévisagés.
L'attente fut longue, très longue, trop longue.

Lorsque revinrent enfin les domestiques, la situation changea pourtant radicalement. Troublés, le regard perdu, trois d'entre eux se ruèrent en avant et se jetèrent au sol en signe d'imploration, comme s'ils avaient commis quelque faute grave.

- Il.. il n'est pas là ! cria l'un des serviteurs, en larmes.
- P...pas là ? réagit le bouffon, au bord de l'infarctus.
- Que nenni ! Il n'y a là-bas rien d'autre que des chevaux et un homme moribond ! reprit un autre domestique sanglotant.
- Nous avons cependant trouvé quelques gourdes bien pleines, tenta d'intervenir le troisième laquais.
- Mon trésor ! rugit Arius, sur le point de sortir de ses gonds. N'y touchez pas !

L'assistance semblait horrifiée par la nouvelle. Les quatre compagnons, eux, terrifiés par l'enchaînement improbable des événements.
Le caractère emporté du seigneur de Chort n'allait pas arranger les choses en la matière et, devant son air menaçant, nombre de chevaliers se dressèrent pour porter la main à l'épée.

- C'est un pièze ! hurla Dangorn en pivotant sur son haut siège.
- C'est un malentendu ! hurlèrent en chœur les quatre chevaliers, en vain.
- Gardes ! Emmenez-les dans les geôles ! gémit Dangorn. On leur fera dire par la force où ils ont caché notre précieuse cargaison !

Cernée par la garde, entourée d'une pléthore de chevaliers qui l'observait l'arme à la main, la petite troupe fut contrainte à la reddition.
Jetés aux cachots, leurs armes confisquées, les aventuriers grommelèrent, visiblement fort mécontents de la tournure qu'avaient pris les événements.

« Où est Henri de Volvestre ?» s'inquiéta le jeune chevalier de Bastogne.
- Sans doute l'ont-ils conduit dans quelque autre endroit vu son état, tenta d'expliquer Lot.
- La prochaine fois, peut-être nous faudra-t-il commencer par le plan B, siffla Arius.

Ainsi, victimes d'un lamentable quiproquo, les quatre chevaliers passèrent-ils leur première soirée à Castagne. Il y avait décidément quelque chose de bien pourri sur les terres du duché maudit.

Pendant ce temps, à quelques lieues de là, dans un village nommé Verdeleaux, le faux Astrabell passait une nuit paisible sous les branches d'un vieux saule. Il fit cette nuit-là le plus merveilleux des rêves et dormit comme un nouveau-né, sans être inquiété par qui que ce fut.

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Dernière édition par Baron de Havras le Jeu 25 Sep 2014 - 16:18, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: A la poursuite du faux Astrabell   Lun 12 Mai 2014 - 5:10

Vingt-cinquième partie : Jailhouse rock


« Hé bien, nous voilà dans de beaux draps !» soupira Arius qui venait de passer près d'une heure à tenter de forcer ses chaînes.
- Au moins avons-nous été nourris... nous nous en sortons mieux que si nous étions restés à l'extérieur, je crois, relativisa Friedrich de Schwytz.
- Certes, mais sans mon armure, je me sens bien nu ! gémit le chevalier blond, toujours prêt à râler à la moindre contrariété.
- L'odeur n'est-elle pas encore plus forte ici que dans le reste du château ? demanda Théobald en reniflant bruyamment.
- Nous sommes plus bas et donc plus près des marécages, expliqua Friedrich.
- Non, je crois que cela vient du vieil homme de la cellule d'à côté, contesta Arius.
- Mais je ne suis pas un criminel ! s'égosilla ce dernier. Je n'avais pas vu que ma chariotte avait écrasé cet escargot !
- Silence ! tonna le vieux Lot. Quelqu'un approche.

Les oreilles du vieux chevalier de la Quête semblaient encore bonnes, car il s'avéra bien que des personnes approchaient. On entendit résonner les pas de quelques hommes et le tintement de pièces d'armures se fit entendre avant que la lueur de quelque torche ne vienne illuminer le sombre escalier descendant aux cachots.

Bientôt, sire Dangorn en personne, magnifique dans sa longue tenue rehaussée d'hermine et de pierreries, fit son apparition accompagné de deux de ses gardes en tenue de guerre.
Ainsi éclairé par la lumière des torches brandies par ses soldats, le visage du comte était étonnant. Noble et beau, les traits sévères et doux à la fois, il aurait été bien ardu de lui donner un âge précis.
Il arborait une barbe délicatement ciselée et ses cheveux étaient proprement coupés. Néanmoins, sa pilosité dépourvue de toute coloration n'aidait clairement pas à définir l'âge du personnage.


« Alors, mes bons sires, je crois qu'il est temps pour vous de parler» grogna le comte Dangorn, manifestement de mauvaise humeur.
- Il s'agit là d'un malentendu, je crois, monseigneur ! répondit timidement Théobald de Bastogne.
- Ainsi donc, c'est là tout ce que vous avez pu trouver malgré les heures de réflexion qui vous furent laissées. Fort bien ! Puisque la confrérie des chevaliers du Saint Goulot le prend sur ce ton, alors ce sera la guerre, foi de Castagnet ! J'aurais toutefois cru que la guilde des vignerons de Bordeleaux saurait honorer les contrats passés avec elle. Quel désenchantement ! Il y a vraiment quelque chose de pourri dans le duché de Bordeleaux !
- Ecoutez donc Shallya se moquer de la charité, ricana Arius.
- Mais... c'est à dire que nous ne sommes pas des chevaliers du...comment dites-vous ? Goulot ? intervint Théobald.
- Parlez pour vous, lança Friedrich en regardant Arius qui gigotait dans son coin.
- Félons ! Ne reconnaissez-vous pas avoir été envoyés en ces lieux pour vous payer ma noble tête quand vous deviez normalement venir escortés d'une cuvée spéciale que tous ici attendions ?
- Ma foi... il y eu bien quelques cuvées et autres décuvées durant notre voyage, déclara Lot, mais rien qui ressemble à ce dont vous nous accusez, mon bon sire.
- Ainsi, malgré la missive de votre ordre que nous avions reçue il y a trois jours pour nous prévenir que notre précieuse cargaison arriverait accompagnée de cinq chevaliers en armure, vous niez être liés à cette affaire ?
- Coïncidence ! soupira Lot.
- Je vous jure que ma roue a roulé sur cet animal par accident ! intervint le détenu d'à côté.
- Silence ! répondirent de concert le comte et les quatre chevaliers.
- Je comprends qu'il soit honteux pour vous de vous être fait dérober votre chargement, mais les preuves et l'état dans lequel était votre compagnon laissent bien peu de doute, déclara Dangorn.
- Notre compagnon, où est-il ? interrogea Théobald, plein d'inquiétude.
- Ailleurs, dans mon castel, dit Dangorn d'un air évasif. Mes meilleurs hommes de sciences essayent en ce moment sur lui quelques-uns de leurs remèdes, ce qui est une bonne nouvelle... probablement.
Mais, trêve de bavardage, sans doute est-il temps pour vous d'avouer et de raconter l'ensemble de votre histoire, coquins !
- Avant toute chose, permettez-nous de nous présenter, déclara solennellement le patriarche de la troupe. Je me nomme Lot d'Orcadie, chevalier de la Quête et ancien comte des îles Orcades.
- Mon nom est Théobald du Pincelet de Bastogne, chevalier fraîchement adoubé et cousin du duc Bohémond, continua le jeune Théobald.
- Je suis Friedrich de Schwytz, gardien de l'un des cols des Montagnes Grises, loin à l'Est, et défenseur de l'Abbaye d'Einfelder, enchaîna le chevalier des montagne.
- Arius de Chort... chevalier de Havras, dit nonchalamment le quatrième larron.

A l'évocation de ces noms, Dangorn resta interdit. Quelques secondes plus tard, cependant, il éclata de rire bientôt imité par ses deux gardes qui se mirent à glousser comme des pintades.

- Ha ha ha ! Oui ! Bien entendu ! Un ancien comte, un impérial et un descendant de Gilles le Breton en personne. Vous pourrez également voir derrière moi Saint Guinefort et le Baron de La Tour !

Comprenant qu'il serait vain de continuer la conversation plus avant, Dangorn décida qu'il serait plus judicieux de laisser à ses invités un peu plus de temps pour mettre leurs idées en ordre. Toujours hilare, il remonta l'escalier, accompagné de ses gardes ricanants et alla préparer ses plans pour retrouver le tonneau qu'il croyait avoir été caché ou perdu par ses hôtes.

- Il est parti, fit justement remarquer Arius.
- Il reviendra, soupira Friedrich.
- Il est fou, déclara Théobald.
- Il va nous falloir trouver un moyen de le faire revenir, insista Lot.
- Et pour l'usurpateur ? Nous n'avons même pas eu l'occasion de lui poser la moindre question à ce sujet ! se plaignit le chevalier de Bastogne.
- C'est la raison pour laquelle je croirais bon de le faire revenir, expliqua Lot. Mal luné comme il l'est, même s'il devait s'avérer innocent, je suppose qu'il nous ferait couper les oneilles avec supplice pour lui avoir posé la question, mais dans notre situation actuelle, avons-nous quelque chose à perdre ?

D'un commun accord, les quatre compères passèrent le reste de la nuit à causer autant de raffut qu'ils le purent, dans l'espoir de faire revenir à eux le maître des lieux ou une personne susceptible de l'amener.
Ce fut finalement aux premières lueurs de l'aube qu'une personne pointa le bout de son nez dans les geôles humides et sombres de Castel Castagne.
Il s'agissait d'une très jeune servante visiblement chargée d'apporter quelques quignons de pain aux prisonniers.
Le premier d'entre eux, un vieux fou presque nu qui se contentait depuis le début de la soirée de rester assis comme un hibou en exhibant sa dentition lacunaire, ne prit même pas la peine de bouger à son arrivée.
Le deuxième, l'homme accusé du crime odieux de gastéricide, tenta une nouvelle fois de clamer son innocence, en vain.
Quand vint le tour des quatre nouveaux venus, la jeune fille se montra étonnamment aimable et curieuse.
Rougissant et ricanant lorsqu'elle s'adressait au beau Théobald, elle finit par totalement oublier toute forme de retenue et révéla tout ce qu'elle savait de la vie du Comté de Castagne.

Dangorn, le célèbre comte qui régnait sur ces terres, avait entrepris d'importants travaux pour tenter de faire consolider toute l'aile Ouest de son château. Ce dernier, construit sur de puants marécages, nécessitait des réparations constantes et l'on espérait que ces nouvelles améliorations régleraient le problème pour longtemps.
La fin des travaux devant coïncider avec la date anniversaire de son retour après sa Quête du Graal, Dangorn avait décidé de passer commande d'une mirifique cargaison d'un vin extrêmement coûteux auprès de la guilde des vignerons de Bordeleaux qui devait normalement livrer sous peu. Toutefois, la livraison ayant été retardée à de nombreuses reprises, les artisans de Bordeleaux rechignant à venir si près des terres maudites, le comte commençait à être sur les nerfs et redoutait un peu plus chaque jour une entourloupe de ses partenaires commerciaux.

« Voici donc le fin mot de cette pitoyable affaire !» s'indigna Lot.
- Nous sommes arrivés au plus mauvais moment, semble-t-il, dit Théobald.
- Mais cette triste histoire de vinasse ne nous dit rien de notre autre affaire, déclara Friedrich en observant Arius se baver dessus en rêvant d'un grand tonneau du meilleur des vins.
- Mais, de quoi s'agit-il ? questionna la petite servante, décidément très curieuse.
- Nous sommes des chevaliers à la recherche d'un usurpateur, répondit poliment Théobald.
- Un usurpateur ? reprit la domestique.
- Un chevalier se faisant passer pour un autre, tenta d'expliquer le jeune Bastognien. Nous savons juste de lui qu'il provient de Castagne et l'avons traqué sur bien des milles à travers maints périls !
- Un chevalier se faisant passer pour un autre ? s'étonna la jeune fille. Je me demande s'il s'agit du vieux Chlodobert...
- Le vieux Chlodobert ? s'exclama Théobald, surpris.
- Cela remonte à bien avant ma naissance. Chlodobert était le sénéchal du baron Dregor de Castagne à l'époque où Castagne n'était pas encore le luxueux et puissant comté que nous connaissons. Je ne connais pas tous les détails affreux, mais l'on dit que Chlodobert n'était pas au château le jour où Mauldred le fou, qui était le frère du baron Dregor, massacra tout le monde dans un ignoble bain de sang. Il en d'vint fou et se mit à vivre reclus dans les chapelles du Graal de la région. Aux dernières nouvelles, il disait être chevalier du Graal ou je-ne-sais-quoi et se baladait à droite à gauche en essayant d'aider les gens comme s'il était un grand héros ou je-ne-sais-qui.

A ces révélations, les quatre compagnons écarquillèrent les yeux. Si la jeune fille avait vu juste, les choses prenaient enfin un certain sens. L'usurpateur, sans lien avec le seigneur des lieux, était bien originaire de Castagne et était lui-même sincèrement convaincu d'être le célèbre Astrabell de Pinsaguel.
Atterrés, les camarades ne savaient pas quelle posture adopter. Si la chose était vraie, alors leur quête perdait pour bonne partie son sens. Toutefois, liés par leur serment et la promesse faite à Henri, désormais incapable de continuer la lutte lui-même, il se sentaient contraints de poursuivre leur aventure jusqu'au bout.

Forts de ces nouvelles informations, ils demandèrent audience au comte Dangorn dans l'espoir de balayer les malentendus d'un dernier revers de main. Il ne leur restait plus qu'à espérer que cette fois, il les écouterait...

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Dernière édition par Baron de Havras le Sam 11 Oct 2014 - 18:55, édité 2 fois
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